vendredi 28 mai 2010

Sébastien Lapaque est mon ami...

..et il a raison parce que je l'aime. Ce petit frère bernanosien est l'auteur de livres admirables, dont un pamphlet contre Sarkozy, Il faut qu'il parte (Stock 2008). Il l'a écrit tout en étant journaliste au Figaro, ce qui réclame quand même une sacrée paire de burnes. 
Tous les deux, venant de bords politiques opposés, nous sommes pourtant d'accord sur l'essentiel: l'antilibéralisme radical, la république, notre royaume de France, la force révolutionnaire du passé et le goût pour le vin que nous poussons, avec un certain mépris pour les puritains buveurs d'eau, jusqu'à l'ivrognerie qui nous permet de faire l'amour avec les fées et de retrouver une paix magnifique et terrible, le vrai goût du passage du temps. D'ailleurs, entre la rue du Four et la rue de Buci, où notre jeunesse s'est si complètement perdue, en buvant quelques verres, on pouvait sentir avec certitude que nous ne ferions jamais rien de mieux.
Nous nous flattons, depuis des années, de remplir nos chargeurs avec des munitions similaires: Les manuscrits de 1844 et Le sermon sur les richesses de Bourdaloue, l'Encyclopédie des nuisances, Orwell, Pasolini, Michéa, Clouscard...
Seulement, Sébastien, qui m'a donné un des meilleurs conseils que j'ai reçus de ma vie, ne jamais boire en territoire ennemi,  ne se l'est pas appliqué à lui-même en revenant du festival Etonnants voyageurs  dans un train où déclamant un tract situ en imitant Malraux, il s'est retrouvé filmé par Reza, photographe iranien qui prétend avoir été insulté ensuite dans des termes racistes, et excusez du peu, en ayant entendu mon vieux camarade parler, s'être dit: "Ahmadinejad est à nos portes!"
Qui connaît Lapaque sait que le racisme lui est totalement étranger et que sa conception universaliste, chrétienne et républicaine de la nation ne lui fait croire qu'en un seul droit, celui du sol.
Victime d'un de ces procès que la meute pavlovienne de l'Empire du Bien aime intenter à tous les dissidents, il a néanmoins déjà reçu le soutien du célèbre journal fasciste Témoignage Chrétien auquel il donne une chronique hebdomadaire. 

En attendant, voici le texte de mon ami:

J’ai pris connaissance des accusations extrêmement graves de Reza concernant les propos que j’aurais tenus dans le train de retour du Festival Étonnants Voyageurs, lundi 24 mai 2010. Tout a commencé à cause d’un tract intitulé De la littérature bourgeoise et de sa mort annoncée que j’étais en train de lire à voix haute en imitant André Malraux prononçant l’oraison funèbre de Jean Moulin au milieu d’une bande d’amis hilares. Apprenant que j’étais journaliste au Figaro et croyant tenir un ennemi du genre humain, Reza m’a filmé afin de détenir une preuve de ma vilenie. Malheureusement pour lui, ce tract vieux de deux ans ridiculisant «le capitaine Le Bris et sa bande de pirates» — chacun peut le consulter ici — n’est pas mon œuvre, mais celle d’un collectif d’extrême gauche baptisé «Institut de démobilisation» dont les textes sont consultables sur le site Le Terrier. Lorsque j’ai achevé ma lecture, que j’ai entendu un des amis de Reza accuser notre joyeuse troupe d’être «une bande de pétainistes» et que j’ai découvert que j’avais été filmé sans mon accord, je me suis retourné vers lui et je suis passé d’une imitation d’André Malraux à une imitation de Jean Gabin, et du Terrier à Jojo Lapin. Il me semblait que la colère affectée et le délire surjoué rendaient évidente la référence à Jean Gabin vociférant : «Salauds de pauvres !» dans La Traversée de Paris.
Reza se prend trop au sérieux pour avoir compris que la simple allusion à Jojo Lapin établissait le caractère burlesque de ce numéro d’improvisation comique.
D’ailleurs, c’est quoi la France de Jojo Lapin ? Une France qui vit sous terre, dans ses terriers, tremblante et peureuse, loin du soleil et de la lumière. Il suffit de lire mes textes (Il faut qu’il parte, Stock, 2008; Au hasard et souvent, Actes Sud, 2010), pour savoir que ce pays n’est pas ma France et qu’autant que Reza, ce sont les patrouillotes que je ridiculisais à travers ce sketch de trublion anarchiste.
Humilié par ma diatribe dont plusieurs personnes autour de moi peuvent attester du caractère satirique, Reza s’est employé à la transformer en philippique raciste. À cet effet, il a nourri ses souvenirs de mots qui n’appartiennent pas à mon vocabulaire et ajouté des phrases que ne n’ai pas pu prononcer. Ce qui est étrange, dans cette affaire, c’est que la preuve que détient Reza est un film où je lis un tract dénonçant les anciens gauchistes passés au service du Capital et «les intérêts du monde de l’entreprise et du racisme d’État» et qu’il m’impute des propos ignobles et infamants qui auraient été tenus après que sa caméra a fini de tourner.

Sébastien Lapaque

A thousand stars

Retrouvez ce poème dans Sauf dans les chansons, mars 2015, à La Table Ronde.

jeudi 27 mai 2010

ET LE 27 MAI...

...on n'oublie pas, pour les retraites, 


1° La Grève

2°La Manif

Babouse hebdo, 18


-Dis, Babouse, tu te rappelles le gros con trotskiste toulousain?
-Celui qui voulait nous interdire de séjour dans sa ville? Qui nous traitait de fils de vomi et de flaque de pute, à moins que ce ne soit le contraire? Qui devait venir faire le coboïlle stéroïdé à Arras pour nous killer?
-C'est ça, ma couille. Le même étron qui nous menaçait de mort sur fessebouque... Eh bah figure toi que ce mou du bulbe, y dit la même chose qu'on disait y a deux mois. Qu'y aurait eu comme une dérive chez ses copains du Vaucluse et une couille dans le potage relativement à la stratégie troskautiste.
-Y serait devenu intelligent?
-Naaann! Déconne pas, ma bouse. Il  se la surjoue juste lucidité amère. Que le NPA, sa seule chance, c'est méluche, tout ça. C'est beau, un abruti à quetbaule qui a un éclair de lucidité, tu sais...
-Personne lui a dit, alors?
-Quoi, ma bouse?
-Bah que le Front de Gauche, ça existe déjà. Et que vu que le NPA, maintenant c'est keuche, qu'il peut se la tailler en pointe son offre de service. Surtout lui. Quoique, voir ce purotin arrogant coller avec Picquet de GU, y aurait de quoi prendre des photos.

vendredi 21 mai 2010

Moi, j'aime Jean-Claude Trichet

et je lui déclare ma flamme sur Causeur.
A ceux qui peuvent s'interroger ici sur la présence d'une femme nue, je réponds qu'outre la cohérence digitale entre les deux photos, il me semble psychologiquement indispensable d'assurer l'équilibre entre une photo qui fait peur aux enfants et une autre qui leur fait plaisir. Aux enfants.

Eloge de la débutante, 3


Il y avait l'orgue Hammond. C'est très important l'orgue Hammond. C'est la couleur même des années soixante, un paysage sonore vibrant entre le soyeux, le mélancolique, l'ironique et le rutilant.

Il y avait l'envie de philosophie. La libido sciendi qui n'empêche pas l'autre, qui est même consubstantielle de l'autre.

Il y avait l'honnête tartine dans un bistrot. On ne brunchait pas dans ce monde-là: le brunch, invention d'esclaves feignants, d'autoentrepreneurs sous coke.

Il y avait une bouche qui ne devait rien au botox.

Il y avait le service militaire, "l'armée me les emmène, la nuit me les ramène" et donc la violence, même lointaine (quoique la fin de la guerre d'Algérie datât d'un an avant), de l'Histoire qui donne à cette fille de dix huit ans une présence au monde tellement différente des monades d'aujourd'hui, égarées dans le présent perpétuel de la cybernétique triomphante.

Il y avait une certaine lucidité sur la famille, sans haine, sans illusion.

Il y avait "Vous croyez que les filles doivent rester sages?"

Il y avait l'art de la moue.

Coulez mes larmes, dit le nostalgique

jeudi 20 mai 2010

...que celui du soleil.

Photos prises dans la nuit du 30 avril au 1er mai, à Arras.


"C’est en vain que les ennemis de la liberté s’agitent pour déchirer le sein de leur patrie ; ils n’arrêteront pas plus le cours de la raison humaine, que celui du soleil ; la lâcheté ne triomphera point du courage ; c’est au génie de l’intrigue à fuir devant le génie de la liberté. Et vous, législateurs, souvenez-vous, que vous n’êtes point les représentans d’une caste privilégiées, mais ceux du peuple français, n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice ; que le plus sûr garant de la tranquillité publique, c’est le bonheur des citoyens, et que les longues convulsions qui déchirent les Etats ne sont que le combat des préjugés contre les principes, de l’égoïsme contre l’intérêt général ; de l’orgueil et des passions des hommes puissants, contre les droits et contre les besoins des faibles."
Robespierre, Discours du 2 décembre 1792 

Arras samedi soir, Perpignan dimanche matin...

ELDORADIO 2

 Même dans ma cuisine, je reste une combattante marxiste-léniniste consciente car je peux préparer des zakouski pour les camarades tout en écoutant ELDORADIO.


Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont marxistes-léninistes, ils savent boire leur coup,  ils aiment les famapouales et les films de série Z. Avec tout ça, ils ont fait une ouèberadio qui est devenue, forcément et par décision unilatérale du politburo de Feu sur le Quartier Genéral, la station officielle de notre jolie zone chaviste libérée.
Vous trouverez désormais un pléyeure sur le côté. Mais allez voir le blogue qui va avec, surtout pour les extraits de Benazeraf.

mardi 18 mai 2010

Eloge de la débutante, 2


Cette impression, sur les premières mesures, qu'elle chante presque faux. 
Commencer, souvent, c'est être sur la ligne de crête entre la maladresse et le sublime, qu'il s'agisse d'amour, de poésie ou de révolution.
Sylvie reprend ici une chanson des Shirelles de 61 qui fera aussi le bonheur des Beatles. On appréciera le Baby, c'est vous. Surement choisi pour rappeler à l'oreille l'original anglais, Baby it's you. Ce contraste entre le vouvoiement et la familiarité du "baby" crée un décalage charmant, discrètement érotique. Les paroles, elles aussi, hésitent entre l'intuition poétique et le vers de mirliton.
Ainsi peut-on douter de la cohérence métaphorique de
Oh loin
La nuit je m'en vais loin, très loin
Et lorsque je fais ces voyages aériens
Qui me conduit, me sourit
Qui me tient par la main en chemin
mais reconnaitre une certaine qualité de transparence, que ne renierait pas un Philippe Jaccottet traducteur d'Homère à
Mais qui, mais qui n'est pas là
Tout près de moi
Quand je m'éveille
Au grand jour
Qui tant que ça
Manque à mon amour 
Enfin, au moins, à l'époque, Sylvie appartenait à une nation qui traduisait encore. Une nation dont les filles ne se sentaient pas obligées de dire que qu'elles avaient des plans girly et trendly. Une nation où il y avait encore de la princesse de Clèves chez une chanteuse yéyé d'origine bulgare ou chez la moindre vendeuse de bonbons. 
Maintenant, c'est l'anglomanie ridicule d'Odette de Crécy à tous les étages. Toutes devenues des demi-mondaines, semi-prostituées à la langue des maîtres du monde capitaliste, sans même s'en rendre compte, avec seulement des veuleries d'esclave. Retour à Baudelaire effaré par les premiers effets effets de l'horreur marchande sur la jeune fille: "La jeune fille, ce qu'elle est en réalité. Une petite sotte et une petite salope ; la plus grande imbécile unie à la plus grande dépravation. Il y a dans la jeune fille toute l'abjection du voyou et du collégien." 
Maintenant, il n'y a plus de débutantes. 
Maintenant, il n'y a plus de bal. 
Maintenant, il n'y a plus rien.
Alors écoutez Sylvie et pleurez sur le monde d'avant. 
Coulez mes larmes, dit le nostalgique.

lundi 17 mai 2010

Point Média

Apparemment, les lunettes noires plaisent. 
Elles ont plu à Thierry Clermont du Figaro Littéraire qui nous a fait un beau papier.
Elles ont plu à Didier Jacob. Lui a poussé la gentillesse jusqu'à faire sa chronique dans Grazia, un nouveau féminin ET à la compléter par une note dans le Nouvel Obs (lien)
Dimanche, c'est Jean-Marc Parisis dans le Figaro Magazine qui a cité le passage qu'il fallait citer car il a un instinct de chasseur.
Le 25 mai , on sera en direct à la Matinale de Canal+ pour une innetèreviou.
Le 29 mai, on sera (c'est déjà enregistré) à Ca balance pas mal à Paris sur Paris Première. Là ceux qui ne nous aiment pas pourront se réconforter. Les chroniqueurs trentenaires de cette émission chassant en meute, ne nous ont pas pardonné de dire qu'ils ne vivaient pas dans le meilleur des mondes possibles. On ne sait pas ce que ça donnera au montage, mais si on a eu l'impression d'en prendre plein la gueule, on a aussi eu l'impression de rendre des coups. Bizarrement, le seul à être gentil et courtois, c'était le maître de cérémonie Pierre Lescure. On dit bizarrement parce que c'est sa génération post-68 que je cogne le plus. Il faut croire que l'âge, chez certains, va de pair avec la courtoisie et la bienveillance. A moins qu'il ne l'ait toujours été.
Et pour finir, le mensuel Chronic'art parle de nous dans un dossier sur Les Nouveaux rebelles. Le premier qui rigole...





Une histoire d'amour radioactive.

On parle du dernier roman d'Antoine Chainas sur Causeur


Antoine Chainas, Une histoire d'amour radioactive (Série Noire/Gallimard)

samedi 15 mai 2010

Hommage à la Catalogne

On est là depuis hier après-midi et c'est bien agréable. 


jeudi 13 mai 2010

Aux écologistes, la matrie reconnaissante

Article paru dans Causeur mensuel (édition papier avec toujours beaucoup d'inédits), n°21 de mars 2010


A Louise Michel et Rosa Luxembourg, matérialistes antimaternalistes.


Il n’y a rien d’étonnant, finalement, à ce que la contre-attaque maternaliste vienne du côté des écologistes, ou plus exactement d’Europe Ecologie qui masque derrière son sympathique visage libéral libertaire un pétainisme de fait. Il ne s’agit pas de dire que Cécile Duflot ou Daniel Cohn-Bendit sont des pétainistes conscients, non, bien entendu, mais l’éloge de la couche lavable et de l’allaitement par l’égérie française multipare des néo verts a un petit air de déjà entendu, une manière de faire bruisser la langue aurait dit Barthes qui rappelle quelque chose, même si c’est lointain, même si c’est inconscient.
Le Maréchal Pétain, finalement, fut le premier décroissant. En signant l’armistice le 22 juin 1940, il commença par faire décroitre la superficie nationale, réduisant la taille de la zone non occupée à un gros royaume mérovingien.  Du même coup, il fit également sérieusement décroître, vieux rêve écologiste, notre production industrielle passée  entièrement sous contrôle nazi.
Que nous restait-il, du coup,  à part des villes d’eau et des amiraux sans flotte ?
La Terre.
La  Terre, elle, ne ment pas. Je le verrais très bien, moi, ce slogan d’Emmanuel Berl qui valait dix mille Séguéla en matière de communication politique, sur les affiches d’Europe écologie. Bon, forcément, il est un peu connoté et les écologistes haïssent ces mensonges qui nous ont fait tant de mal.
La terre, donc,  c’est à dire Gaïa, c’est à dire la mère. Notre mère à tous. C’est à Vichy que nous devons la fête des Mères, comme par hasard. Et aujourd’hui, c’est tous les jours la fête des mères. Sortez chez des trentenaires moyens (tous les trentenaires sont moyens en même temps) et écoutez les sujets de conversation. La politique ? A peine. La littérature ? Vous voulez rire.
Les enfants. Les enfants d’abord, les enfants encore, les enfants toujours. Ceux qu’on voudrait car l’horloge biologique tourne et ceux qu’on a et qui sont dans vos pattes, à tourner et à criailler jusqu’à pas d’heure alors qu’ils devraient être au lit comme la génération d’avant lorsque les parents recevaient. Mais là, non, la mère trône en faisant passer l’assiette de cacahuètes équitables pendant que le mari ou plus probablement « le compagnon » prépare des tagliatelles pour tout le monde.
Pétain ne le savait pas, mais il était décroissant et new-age, en fait. Il n’était pas aussi extrémiste que le malthusien Yves Cochet mais il était sur la bonne voie. Avec son million de prisonniers en Allemagne, la chute de la natalité était inévitable. D’où glorification de la Mère,  cette denrée rare.
C’est pour cela que le maternalisme écologiste sera d’autant plus célébré que l’enfant sera unique, comme chez les Chinois,  pour éviter de manière citoyenne l’apocalypse démographique programmée.
Pour Pétain , comme pour nos écologistes, la terre est censée être bonne en soi, a priori, puisqu’elle est une mère et que depuis  Euripide avec Médée, c’est bien connu, les mères sont des femmes charmantes avec leurs enfants. Peu importe par exemple, qu’au cours de la dernière décennie, la Terre-Mère ait tué un  quart de million de personnes dans un tsunami du Sud-Est et  un autre quart dans un tremblement terre sur une île qui est un des pays les plus pauvres du monde. Peu importe que pendant de siècles dans l’hémisphère nord et encore aujourd’hui dans l’hémisphère Sud, la terre ait donné des récoltes aléatoires et  fait périr des générations et des générations par la famine au point que les Irlandais, en 1845 ait préféré quitter leur beau pays et leur bon whiskey pour aller faire policier à New York, poseur de rail en Californie ou fermier dans le Dakota à se faire trouer la peau par des Sioux qui n’avaient rien de bons sauvages (encore un mythe écolo tiers-mondiste) mais étaient presque aussi cruels que l’armée anglaise.  Peu importe qu’il ait fallu des efforts héroïques pour dominer ses sautes d’humeurs volcaniques, ses coups de chaleurs, ses inondations hyperboliques  comme nous le rappelle si bien Descartes, qu’on ne doit pas trouver dans la bibliothèque de Cohn-Bendit: « Connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ».
Et si elle est méchante, la Terre-Mère, c’est nous qui l’avons bien cherché ne cessent de nous répéter les écolo-maternalistes.  Oublié Descartes mais aussi oublié Marx qui remarquait tout de même avec un certain bon sens : « Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de modes de production. » C’est qu’il faut pour nos écologistes arriver à l’autre grand moment du raisonnement maternaliste : la culpabilisation. Pour Pétain, si on avait perdu la guerre, c’était à cause de l’esprit de jouissance, des juifs et du Front Populaire. Pour un écolo de ces jours-ci, si on va vers la fin du monde, c’est parce que les pauvres veulent des voitures, des enfants et nous des douches trop longues pour faire des câlins ou se détendre de la propagande universelle proclamant « tous coupables, tous coupables ! »
L’offensive maternaliste, cache sexe de l’européo écologie est à distinguer du matriarcat. Le matriarcat était insupportable mais ne cherchait pas à donner le change : il se présentait pour ce qu’il était, l’inverse du patriarcat, c’est à dire une oppression avec tout de même cette touche féminine qui rajoute toujours un peu de sadisme à ce genre de choses. Le maternalisme, lui est un anti humanisme soft, une négation cool de l’universalisme. Dans sa logique, une femme ne sera vraiment une femme que mère et le fait d’être mère lui donnera des privilèges, comme par exemple celui de vous écraser les arpions avec la poussette du petit dernier sans s’excuser le moins du monde ou encore de transformer un homme normalement constitué en porteur de bébé façon kangourou mimant le bonheur de la grossesse.
Comment, alors, ne pas se souvenir de Muray et de son admirable poème La Nursery s’étend où un dîner d’amoureux  au restaurant prend des allures de cauchemars scatologiques quand une maman épanouie change les couches de son lardon à la table d’à côté et veut faire partager son bonheur à l’assistance. Relisez ce poème, relisez le bien et vous  verrez qu’il sera difficile de ne pas superposer à « cette garce infinie à sa table maudite (qui) gueulait que le petit barbotait dans sa merde » le visage doux et radieux, corrégien,  de la prétotalitaire Cécile Duflot .

Jérôme Leroy

mercredi 12 mai 2010

Eloge de la débutante, 1


Les paroles des chansons yéyé furent peut-être le dernier feu de la poésie maniériste en France qui commença avec Pontus de Tyard et Jacques de Constans pour s'achever avec Jean-Jacques Debout. Oui, il y eut un temps comme celui-ci, où une jeune fille disait, alors que le loup du plaisir approchait,Comme le feu de bois je tremble Chaque fois que nous sommes ensemble Sans compter que ce "Sois gentil" est manifestement une des sources conceptuelles de Bernard Stiegler dans son stimulant Prendre soin de la jeunesse (Flammarion, 2008)

mardi 11 mai 2010

Pour la Belgique

La Belgique a raison parce qu'on l'aime. 
Et sa mort, dont il est tellement question ces temps-ci, serait encore une victoire du capitalisme spectaculaire intégré  submergeant sous "les eaux glacées du calcul égoïste" une nouvelle Atlantide.

lundi 10 mai 2010

"...et je savais pour quoi désormais le décor était planté"



"14 juillet 2006
C'était dans les premières années de mes relations avec Julien Gracq. Nous nous promenions dans le parc. Je lui demandai naïvement comment interpréter cette  phrase finale du Rivage des Syrtes: "Et je savais maintenant pourquoi le décor était planté": énigme suprême d'un livre énigmatique en son entier.
Il répéta la phrase après moi, prit un air lointain. Fit un geste évasif, et ne me répondit pas."

Jean de Malestroit, Julien Gracq, quarante ans d'amitié, 1967-2007 (Pascal Galodé éditeurs)


Une course de champion

Etrangement, dès qu'on parle de littérature, sur Causeur comme ailleurs, il n'y a plus grand monde pour commenter. Ou alors juste pour le plaisir de dénigrer. Cette haine de la littérature, très présente dans la nouvelle génération adulescente, à l'extrême droite comme à l'extrême gauche, de la petite pute ultralibérale racialiste au bourrin néo-trotsko (les écrivains sont tous  narcissiques alcooliques communistes fascistes pédés pédophiles fous bipolaires réacs)* s'exprime curieusement dans les mêmes termes. 
Ca tombe bien: le roman de Le Guern, Du soufre au coeur, va les énerver à mort si par hasard improbable, ils  le feuillettent en librairie.  Ils en crèveront d'épilepsie en se roulant sur le sol. En ce sens, Le Guern, dont c'est pourtant le dernier des soucis, aura fait oeuvre de salubrité publique en dégageant le paysage de tous ces assassins potentiels.
Pour les autres, les quelques autres, les maniaques de la dernière étreinte et du baroud d'honneur, ils seront heureux de rencontrer cette insolente gratuité, cette admirable manifestation du négatif  devant la positivité morgueuse des enfants du spectaculaire intégré: le style.
Attention, il y a désormais un nouveau tireur sur les remparts de Fort Alamo. 
Vous gagnerez peut-être à la fin, mais vous allez avoir de sacrées pertes lors de l'ultime assaut.


*ce qui est souvent vrai, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils sont écrivains, habruttys!




Guy Goffette


                                    1

 Avec l'âge nous viennent toutes sortes de choses
des maîtresses des varices ou la furonculose

qu'on prend sans rechigner et sans dire merci
n'ayant rien demandé quand notre seul souci

est de pouvoir encore gravir un escalier
derrière une inconnue aux jambes déliées

et frémir doucement tout en serrant la rampe
de ce reste d'été qui nous chauffe les tempes

comme à l'heure des amours qui n'en finissaient pas
de rallonger la route en dispersant nos pas

Guy Goffette, "Blues du mur roumain" in Le pêcheur d'eau (Poésie/Gallimard)





vendredi 7 mai 2010

Bientôt l'été, bientôt la Grèce.

Au peuple grec, pour qu'il ne lâche rien, renverse le monde ancien dans la furie prolétarienne et retrouve  cette Sainte-Trinité, la seule qui tienne dans un temps enfin libéré.

Cons, dysorthographiques, nazis et menteurs.

Chez les nains nazis nuls de certains sites réacosphériques, on tente d'amuser le tapis en feignant de déplorer la barbarie des manifestants grecs qui auraient tué trois employés de banques.
Rappelons à ces abrutis psychotiques que c'est Bruxelles qui a allumé les cocktails molotov et que, beaucoup plus important, comme nous l'a obligeamment signalé notre ami  Serge Quadruppani, il semble même au contraire que ces trois victimes aient été sciemment exposées, par la direction de la banque, au danger  pour mieux discréditer le mouvement.  Echec total, d'ailleurs. Mais il faudra bien que les capitalistes paient pour ces morts qui étaient des travailleurs grecs  victimes de l'UE-FMI
On peut se renseigner ici.  (À propos de l’incendie mortel de la Marfin Egnatia Bank
Têtes de mort apeurées par le réel, ne vous inquiétez pas, ce n'est qu'un début. Les banques n'ont pas fini de brûler et vous n'avez pas fini de courir.

NB: je renvoie ici à l'excellent site anarchiste (nobody is perfect et tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes) Le Jura Libertaire

jeudi 6 mai 2010

Gobseck gifle Aphrodite

Soutien indéfectible au peuple Grec dans sa résistance à la sauvagerie des marchés. Sur Causeur.


La photo représente Manolis Gleizos, militant communiste et héros de la résistance grecque au nazisme. C'est lui qui a décroché le drapeau à croix gammée de l'Acropole, le 30 mai 1941. Tout ça pour ça?

mercredi 5 mai 2010

LES REVOLTES LOGIQUES

Les lecteurs de Feu sur le quartier général ne seront pas surpris de savoir que nous apportons ici au peuple grec un soutien inconditionnel et définitif. 
Le FMI et l'UE, chevaux de Troie du capitalisme financier le plus barbare ont fait couler cet après-midi, dans les rues d'Athènes, le premier sang. Les trois employés de banque morts dans un incendie sont morts du feu allumé par Strauss-Khan, Merkel et autres fumiers néo-libéraux. 
En attendant de créer, pourquoi pas, des brigades internationales, comme le suggérait assez intelligemment le camarade Ubifaciunt, on peut signer la pétition de soutien au peuple grec initiée par l'Huma. 

Répétons-le, il s'agit bien d'une agression semblable à celle d'une force étrangère ou néo-coloniale qui refuserait à un peuple le droit pourtant inaliénable de disposer de lui-même. 
Et que les "pays-frères" de l'UE qui ont l'indécence de prêter de l'argent "avec intérêts" méditent avant que ne les gagne la contagion insurrectionnelle, ce Fragment d'Héraclite: "Qui se cachera du feu qui ne se couche pas?"
Parce que le peuple grec ne s'est jamais couché et ne se couchera jamais.
Salut et fraternité!


lundi 3 mai 2010

Nous ne sommes pas dans une société idéalement communiste...

...vous l'avez sans doute remarqué. On s'apprête à napalmer économiquement le peuple grec (on y reviendra souvent ici) quand en France une offensive sans précédent se prépare avec la deuxième phase du quinquennat, qui va commencer avec les retraites. Alors, même si FQG, notre délicieuse zone chaviste libérée préfère habituellement vous parler de poésie et de roman noir (c'est souvent la même chose), de plages, de jolies actrices, de merveilleux nuages et de l'âme du vin qui chante dans les bouteilles, il n'en demeure pas moins que la barbarie capitaliste continue dehors. Et que nous ne serons tranquilles que lorsque la dernière banque aura brûlé et que les derniers capitalistes se seront vus octroyés un bantoustan hermétiquement fermé sur l'îlot de Clipperton, presque entièrement recouvert à marée haute, où ils pourront expérimenter les vertus de la concurrence libre et non faussée.
Mais pour l'instant ce sont encore eux les maîtres, d'autant plus méchants qu'ils sont sur le point de mourir.
Vous voulez un preuve de cette méchanceté? Il y a une dizaine de jours, nous étions en reportage pour Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord, aux Prud'hommes de Lannoy. Et voilà ce que ça a donné. Et voilà pourquoi, si la révolution prolétarienne n'advient pas de notre vivant, nous mourrons avec la rage rouge au coeur.

Discrimination syndicale ? Vous voulez rire ?




Le conseil des Prudhommes de Lannoy se trouve dans un endroit hors du temps alors que ce qu’on peut y entendre nous renvoie pourtant à toute la férocité très actuelle de ce qu’il faut bien se résoudre à appeler la lutte des classes. L’endroit est une grande maison bourgeoise sans doute construite à la fin du siècle dernier. Elle est au milieu d’un joli parc qui sent le printemps. Tout inviterait à la sérénité si ce n’était, en ce début d’après-midi ensoleillée, les groupes qui se massent à l’entrée et dont l’anxiété est palpable. On fume nerveusement, on a des sourires forcés.
La salle d’audience, avec son papier peint, ses rideaux et ses boiseries ressemble à une salle à manger et l’on est presque surpris de voir la barre avec derrière les quatre sièges des conseillers et sur le côté gauche celui de la greffière.
Spontanément, les salariés et leurs avocats qui enfilent leur robe dans la salle elle-même se placent du même côté de l’allée centrale. De l’autre, ce seront les avocats des employeurs. Et seulement eux. Ceux qui licencient se contentent de se faire représenter quand les salariés sont là aussi pour monter au feu. Il y a ceux qui jouent leur existence sociale, et les autres…
Aux prudhommes comme ailleurs, les forts ne daignent pas se déranger. Et puis, mais c’est sans doute nous qui avons mauvais esprit, comment ne pas remarquer que les avocats des salariés sont des avocates plutôt jeunes alors que du côté des employeurs, il s’agit d’hommes grisonnants que l’on pressent davantage installés. Parfois, c’est la réalité qui est caricaturale.
Nous sommes venus plus particulièrement pour Steeven Demeurisse. Les lecteurs de Liberté ont entendu parler de cette histoire, emblématique de la manière dont Auchan conçoit la liberté syndicale, notamment sur le site de V2. Voilà un jeune homme embauché en mai 2008 comme vendeur et devenu la cible d’un licenciement pour insuffisance professionnelle pile poil un an après alors qu’il s’apprêtait, quel étrange hasard, à créer une section CFDT…
Mais voilà les conseillers prudhommaux qui arrivent. Ils sont « en civil » mais ont une médaille autour du cou. L’assistance se lève.
Ce n’est pas Steeven qui passe en premier, il devra même attendre la toute fin de l’après-midi.
Cela nous permettra donc de voir une série de cas qui a eux seuls indiquent bien la violence des rapports sociaux à l’époque de la droite décomplexée.
La première affaire est particulièrement sordide. C’est l’histoire d’un agent de surveillance chez Toyota, employé par une société de sécurité qui le faisait travailler douze heures d’affilée sept jours sur sept. Oui, vous avez bien entendu. Et pour l’accompagner, la société en question employait un seul autre salarié aux mêmes conditions. Dans sa grande générosité, l’employeur leur avait même laissé la possibilité de « trouver des copains pour les remplacer » s’ils avaient besoin de se reposer. Le résultat d’un tel traitement, c’est un soir, un homme épuisé qui prend sa voiture et a un accident qui va le laisser dans le coma puis dans un centre de réveil entre janvier et mai 2008. Les séquelles sont visibles aux yeux de tous. L’avocate précise qu’elle a du demander à un huissier d’aller chercher le cahier de postes pour prouver la matérialité des faits.
Le cas suivant en apparaît évidemment moins lourd. C’est un salarié Auchan, tiens tiens, qui a été licencié pour avoir utilisé sa carte maison lui accordant une remise sur les produits pour en faire profiter sa belle sœur dans l’achat d’un lave linge. L’avocat d’Auchan, sans rire, parle d’une grave atteinte au pacte social de l’entreprise. C’est vrai, trente euros de remise pour la famille et c’est tout un système qui s’effondre. A se demander s’il n’est pas responsable, à lui seul, ce salarié , du krach boursier de septembre 2008.
Quand Steeven passe enfin, c’est le même avocat, qui niera toute discrimination syndicale et parlera d’insuffisances dans les objectifs.  Il est soutenu par le DRH licencieur arrivé  dans la salle qui s’adressera plusieurs fois directement à Steeven en le tutoyant (on est tous potes dans le pays où le licenciement est moins cher. Sauf qu’il est impossible de savoir de quels objectifs il était question. Sinon, la CFDT interdite à Auchan V2, vous voulez rire, nous dit l’avocat. La preuve, il y a eu un syndicaliste CFDT jusqu’en 2005. Mais il a mystérieusement démissionné après une promotion.
Finalement, on ne rit pas. Du tout. On attendra le décision du conseil, prévue le 7 juin. Et on vous tiendra au courant.



Jérôme Leroy


dimanche 2 mai 2010

RADIO ATLANTIDE

De 19H à 19H30, hier, nous avons répondu aux questions de Sophie Nauleau et lu quelques uns de nos poèmes sur France Culture, dans l'émission Ca rime à quoi.
Au cas où, réactions bienvenues de nos aimables abonnés.