dimanche 30 mai 2010
vendredi 28 mai 2010
Sébastien Lapaque est mon ami...
..et il a raison parce que je l'aime. Ce petit frère bernanosien est l'auteur de livres admirables, dont un pamphlet contre Sarkozy, Il faut qu'il parte (Stock 2008). Il l'a écrit tout en étant journaliste au Figaro, ce qui réclame quand même une sacrée paire de burnes.
Tous les deux, venant de bords politiques opposés, nous sommes pourtant d'accord sur l'essentiel: l'antilibéralisme radical, la république, notre royaume de France, la force révolutionnaire du passé et le goût pour le vin que nous poussons, avec un certain mépris pour les puritains buveurs d'eau, jusqu'à l'ivrognerie qui nous permet de faire l'amour avec les fées et de retrouver une paix magnifique et terrible, le vrai goût du passage du temps. D'ailleurs, entre la rue du Four et la rue de Buci, où notre jeunesse s'est si complètement perdue, en buvant quelques verres, on pouvait sentir avec certitude que nous ne ferions jamais rien de mieux.
Nous nous flattons, depuis des années, de remplir nos chargeurs avec des munitions similaires: Les manuscrits de 1844 et Le sermon sur les richesses de Bourdaloue, l'Encyclopédie des nuisances, Orwell, Pasolini, Michéa, Clouscard...
Seulement, Sébastien, qui m'a donné un des meilleurs conseils que j'ai reçus de ma vie, ne jamais boire en territoire ennemi, ne se l'est pas appliqué à lui-même en revenant du festival Etonnants voyageurs dans un train où déclamant un tract situ en imitant Malraux, il s'est retrouvé filmé par Reza, photographe iranien qui prétend avoir été insulté ensuite dans des termes racistes, et excusez du peu, en ayant entendu mon vieux camarade parler, s'être dit: "Ahmadinejad est à nos portes!"
Qui connaît Lapaque sait que le racisme lui est totalement étranger et que sa conception universaliste, chrétienne et républicaine de la nation ne lui fait croire qu'en un seul droit, celui du sol.
Victime d'un de ces procès que la meute pavlovienne de l'Empire du Bien aime intenter à tous les dissidents, il a néanmoins déjà reçu le soutien du célèbre journal fasciste Témoignage Chrétien auquel il donne une chronique hebdomadaire.
En attendant, voici le texte de mon ami:
J’ai pris connaissance des accusations extrêmement graves de Reza concernant
les propos que j’aurais tenus dans le train de retour du Festival
Étonnants Voyageurs, lundi 24 mai 2010. Tout a commencé à cause d’un
tract intitulé De la littérature bourgeoise et de sa mort annoncée
que j’étais en train de lire à voix haute en imitant André Malraux
prononçant l’oraison funèbre de Jean Moulin au milieu d’une bande d’amis
hilares. Apprenant que j’étais journaliste au Figaro et
croyant tenir un ennemi du genre humain, Reza m’a filmé afin de détenir
une preuve de ma vilenie. Malheureusement pour lui, ce tract vieux de
deux ans ridiculisant «le capitaine Le Bris et sa bande de pirates» —
chacun peut le consulter ici — n’est pas mon œuvre, mais celle d’un collectif
d’extrême gauche baptisé «Institut de démobilisation» dont les textes
sont consultables sur le site Le Terrier. Lorsque j’ai achevé ma lecture, que
j’ai entendu un des amis de Reza accuser notre joyeuse troupe d’être
«une bande de pétainistes» et que j’ai découvert que j’avais été filmé
sans mon accord, je me suis retourné vers lui et je suis passé d’une
imitation d’André Malraux à une imitation de Jean Gabin, et du Terrier à
Jojo Lapin. Il me semblait que la colère affectée et le délire surjoué
rendaient évidente la référence à Jean Gabin vociférant : «Salauds de
pauvres !» dans La Traversée de Paris.
Reza se prend trop au sérieux pour avoir compris que la simple allusion à Jojo Lapin établissait le caractère burlesque de ce numéro d’improvisation comique.
D’ailleurs, c’est quoi la France de Jojo Lapin ? Une France qui vit sous terre, dans ses terriers, tremblante et peureuse, loin du soleil et de la lumière. Il suffit de lire mes textes (Il faut qu’il parte, Stock, 2008; Au hasard et souvent, Actes Sud, 2010), pour savoir que ce pays n’est pas ma France et qu’autant que Reza, ce sont les patrouillotes que je ridiculisais à travers ce sketch de trublion anarchiste.
Humilié par ma diatribe dont plusieurs personnes autour de moi peuvent attester du caractère satirique, Reza s’est employé à la transformer en philippique raciste. À cet effet, il a nourri ses souvenirs de mots qui n’appartiennent pas à mon vocabulaire et ajouté des phrases que ne n’ai pas pu prononcer. Ce qui est étrange, dans cette affaire, c’est que la preuve que détient Reza est un film où je lis un tract dénonçant les anciens gauchistes passés au service du Capital et «les intérêts du monde de l’entreprise et du racisme d’État» et qu’il m’impute des propos ignobles et infamants qui auraient été tenus après que sa caméra a fini de tourner.
Reza se prend trop au sérieux pour avoir compris que la simple allusion à Jojo Lapin établissait le caractère burlesque de ce numéro d’improvisation comique.
D’ailleurs, c’est quoi la France de Jojo Lapin ? Une France qui vit sous terre, dans ses terriers, tremblante et peureuse, loin du soleil et de la lumière. Il suffit de lire mes textes (Il faut qu’il parte, Stock, 2008; Au hasard et souvent, Actes Sud, 2010), pour savoir que ce pays n’est pas ma France et qu’autant que Reza, ce sont les patrouillotes que je ridiculisais à travers ce sketch de trublion anarchiste.
Humilié par ma diatribe dont plusieurs personnes autour de moi peuvent attester du caractère satirique, Reza s’est employé à la transformer en philippique raciste. À cet effet, il a nourri ses souvenirs de mots qui n’appartiennent pas à mon vocabulaire et ajouté des phrases que ne n’ai pas pu prononcer. Ce qui est étrange, dans cette affaire, c’est que la preuve que détient Reza est un film où je lis un tract dénonçant les anciens gauchistes passés au service du Capital et «les intérêts du monde de l’entreprise et du racisme d’État» et qu’il m’impute des propos ignobles et infamants qui auraient été tenus après que sa caméra a fini de tourner.
A thousand stars
Le consul dans la nuit de mai roule
un peu trop vite
Le consul entre evora et elvas
pense que les cabriolets allemands
hélas
c'est tout de même quelque chose
quand on aime sentir le vent de l'alentejo
à cent cinquante kilomètres heure
caresser vos cheveux
Le consul écoute du doo wop
il pense encore à evora
le moteur a un nombre indécent de chevaux
et pourtant n'empêche pas d'entendre
a thousand stars des rivileers
il pense encore à evora
Le consul aime aussi l'odeur des eucalyptus
qui se mêle joliment à la jeune fille endormie
sur le siège passager
a thousand stars des rivileers
et tout à l'heure l'amour dans une pousada d'elvas
l'alentejo en mai la nuit à cent cinquante kilomètres heure
est un moment
qui restera bien au-delà de sa durée
Le consul qui ne croit pas en dieu a pourtant
du paradis une idée assez personnelle
disons dix ou douze moments
de sa propre vie
qui auront atteint un équilibre parfait
et qu'il revivra indéfiniment passant de l'un à l'autre
selon un mode aléatoire comme celui qu'il peut choisir
sur le lecteur de cd de son cabriolet
a thousand stars des rivileers
Le consul sait que les eucalyptus
et l'odeur de la jeune femme
et l'alentejo et la nuit de mai
et l'attente d'elvas et du plaisir
tout cela lui sera compté éternellement rendu
et il comprendra qu'il est mort
comme il comprend qu'il est vivant
et pourtant n'en concevra aucune peine
parce que ce sera la même chose
en fait
peut-être d'ailleurs est-il déjà mort
allez savoir
peut-être a-t-il surestimé la tenue de route
du cabriolet
peut-être n'aura-t-il jamais connu la suite
elvas et le plaisir
mais quelle importance finalement
Le consul dans la nuit de mai roule
un peu trop vite
Le consul entre evora et elvas
pense que les cabriolets allemands
hélas
c'est tout de même quelque chose
quand on aime sentir le vent de l'alentejo
à cent cinquante kilomètres heure
caresser vos cheveux
Le consul écoute du doo wop
il pense encore à evora
le moteur a un nombre indécent de chevaux
et pourtant n'empêche pas d'entendre
a thousand stars des rivileers
il pense encore à evora
Le consul aime aussi l'odeur des eucalyptus
qui se mêle joliment à la jeune fille endormie
sur le siège passager
a thousand stars des rivileers
et tout à l'heure l'amour dans une pousada d'elvas
l'alentejo en mai la nuit à cent cinquante kilomètres heure
est un moment
qui restera bien au-delà de sa durée
Le consul qui ne croit pas en dieu a pourtant
du paradis une idée assez personnelle
disons dix ou douze moments
de sa propre vie
qui auront atteint un équilibre parfait
et qu'il revivra indéfiniment passant de l'un à l'autre
selon un mode aléatoire comme celui qu'il peut choisir
sur le lecteur de cd de son cabriolet
a thousand stars des rivileers
Le consul sait que les eucalyptus
et l'odeur de la jeune femme
et l'alentejo et la nuit de mai
et l'attente d'elvas et du plaisir
tout cela lui sera compté éternellement rendu
et il comprendra qu'il est mort
comme il comprend qu'il est vivant
et pourtant n'en concevra aucune peine
parce que ce sera la même chose
en fait
peut-être d'ailleurs est-il déjà mort
allez savoir
peut-être a-t-il surestimé la tenue de route
du cabriolet
peut-être n'aura-t-il jamais connu la suite
elvas et le plaisir
mais quelle importance finalement
Le consul dans la nuit de mai roule
JL O5/2010
Libellés :
bonheur,
jeune fille,
nous sommes des fantômes,
poetry in motion,
portugal,
Temps,
éternité
jeudi 27 mai 2010
Babouse hebdo, 18
-Dis, Babouse, tu te rappelles le gros con trotskiste toulousain?
-Celui qui voulait nous interdire de séjour dans sa ville? Qui nous traitait de fils de vomi et de flaque de pute, à moins que ce ne soit le contraire? Qui devait venir faire le coboïlle stéroïdé à Arras pour nous killer?
-C'est ça, ma couille. Le même étron qui nous menaçait de mort sur fessebouque... Eh bah figure toi que ce mou du bulbe, y dit la même chose qu'on disait y a deux mois. Qu'y aurait eu comme une dérive chez ses copains du Vaucluse et une couille dans le potage relativement à la stratégie troskautiste.
-Y serait devenu intelligent?
-Naaann! Déconne pas, ma bouse. Il se la surjoue juste lucidité amère. Que le NPA, sa seule chance, c'est méluche, tout ça. C'est beau, un abruti à quetbaule qui a un éclair de lucidité, tu sais...
-Personne lui a dit, alors?
-Quoi, ma bouse?
-Bah que le Front de Gauche, ça existe déjà. Et que vu que le NPA, maintenant c'est keuche, qu'il peut se la tailler en pointe son offre de service. Surtout lui. Quoique, voir ce purotin arrogant coller avec Picquet de GU, y aurait de quoi prendre des photos.
mercredi 26 mai 2010
vendredi 21 mai 2010
Moi, j'aime Jean-Claude Trichet
et je lui déclare ma flamme sur Causeur.
A ceux qui peuvent s'interroger ici sur la présence d'une femme nue, je réponds qu'outre la cohérence digitale entre les deux photos, il me semble psychologiquement indispensable d'assurer l'équilibre entre une photo qui fait peur aux enfants et une autre qui leur fait plaisir. Aux enfants.
Libellés :
brûler les banques
Eloge de la débutante, 3
Il y avait l'orgue Hammond. C'est très important l'orgue Hammond. C'est la couleur même des années soixante, un paysage sonore vibrant entre le soyeux, le mélancolique, l'ironique et le rutilant.
Il y avait l'envie de philosophie. La libido sciendi qui n'empêche pas l'autre, qui est même consubstantielle de l'autre.
Il y avait l'honnête tartine dans un bistrot. On ne brunchait pas dans ce monde-là: le brunch, invention d'esclaves feignants, d'autoentrepreneurs sous coke.
Il y avait une bouche qui ne devait rien au botox.
Il y avait le service militaire, "l'armée me les emmène, la nuit me les ramène" et donc la violence, même lointaine (quoique la fin de la guerre d'Algérie datât d'un an avant), de l'Histoire qui donne à cette fille de dix huit ans une présence au monde tellement différente des monades d'aujourd'hui, égarées dans le présent perpétuel de la cybernétique triomphante.
Il y avait une certaine lucidité sur la famille, sans haine, sans illusion.
Il y avait "Vous croyez que les filles doivent rester sages?"
Il y avait l'art de la moue.
Coulez mes larmes, dit le nostalgique
jeudi 20 mai 2010
...que celui du soleil.
Photos prises dans la nuit du 30 avril au 1er mai, à Arras.
"C’est en vain que les ennemis de la liberté s’agitent pour déchirer le
sein de leur patrie ; ils n’arrêteront pas plus le cours de la raison
humaine, que celui du soleil ; la lâcheté ne triomphera point du
courage ; c’est au génie de l’intrigue à fuir devant le génie de la
liberté. Et vous, législateurs, souvenez-vous, que vous n’êtes point les
représentans d’une caste privilégiées, mais ceux du peuple français,
n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice ; que le plus
sûr garant de la tranquillité publique, c’est le bonheur des citoyens,
et que les longues convulsions qui déchirent les Etats ne sont que le
combat des préjugés contre les principes, de l’égoïsme contre l’intérêt
général ; de l’orgueil et des passions des hommes puissants, contre les
droits et contre les besoins des faibles."
"C’est en vain que les ennemis de la liberté s’agitent pour déchirer le
sein de leur patrie ; ils n’arrêteront pas plus le cours de la raison
humaine, que celui du soleil ; la lâcheté ne triomphera point du
courage ; c’est au génie de l’intrigue à fuir devant le génie de la
liberté. Et vous, législateurs, souvenez-vous, que vous n’êtes point les
représentans d’une caste privilégiées, mais ceux du peuple français,
n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice ; que le plus
sûr garant de la tranquillité publique, c’est le bonheur des citoyens,
et que les longues convulsions qui déchirent les Etats ne sont que le
combat des préjugés contre les principes, de l’égoïsme contre l’intérêt
général ; de l’orgueil et des passions des hommes puissants, contre les
droits et contre les besoins des faibles."
Robespierre, Discours du 2 décembre 1792
Libellés :
brûler les banques,
colère,
révolution
ELDORADIO 2
Même dans ma cuisine, je reste une combattante marxiste-léniniste consciente car je peux préparer des zakouski pour les camarades tout en écoutant ELDORADIO.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont marxistes-léninistes, ils savent boire leur coup, ils aiment les famapouales et les films de série Z. Avec tout ça, ils ont fait une ouèberadio qui est devenue, forcément et par décision unilatérale du politburo de Feu sur le Quartier Genéral, la station officielle de notre jolie zone chaviste libérée.
Vous trouverez désormais un pléyeure sur le côté. Mais allez voir le blogue qui va avec, surtout pour les extraits de Benazeraf.
Libellés :
alcool,
débauche,
démoralisation du capitalisme,
femmes nues,
radio,
vhs is still alife
mardi 18 mai 2010
Eloge de la débutante, 2
Cette impression, sur les premières mesures, qu'elle chante presque faux.
Commencer, souvent, c'est être sur la ligne de crête entre la maladresse et le sublime, qu'il s'agisse d'amour, de poésie ou de révolution.
Sylvie reprend ici une chanson des Shirelles de 61 qui fera aussi le bonheur des Beatles. On appréciera le Baby, c'est vous. Surement choisi pour rappeler à l'oreille l'original anglais, Baby it's you. Ce contraste entre le vouvoiement et la familiarité du "baby" crée un décalage charmant, discrètement érotique. Les paroles, elles aussi, hésitent entre l'intuition poétique et le vers de mirliton.
Ainsi peut-on douter de la cohérence métaphorique de
Oh loin
La nuit je m'en vais loin, très loin
Et lorsque je fais ces voyages aériens
Qui me conduit, me sourit
Qui me tient par la main en chemin
La nuit je m'en vais loin, très loin
Et lorsque je fais ces voyages aériens
Qui me conduit, me sourit
Qui me tient par la main en chemin
mais reconnaitre une certaine qualité de transparence, que ne renierait pas un Philippe Jaccottet traducteur d'Homère à
Mais qui, mais qui n'est pas là
Tout près de moi
Quand je m'éveille
Au grand jour
Qui tant que ça
Manque à mon amour
Tout près de moi
Quand je m'éveille
Au grand jour
Qui tant que ça
Manque à mon amour
Enfin, au moins, à l'époque, Sylvie appartenait à une nation qui traduisait encore. Une nation dont les filles ne se sentaient pas obligées de dire que qu'elles avaient des plans girly et trendly. Une nation où il y avait encore de la princesse de Clèves chez une chanteuse yéyé d'origine bulgare ou chez la moindre vendeuse de bonbons.
Maintenant, c'est l'anglomanie ridicule d'Odette de Crécy à tous les étages. Toutes devenues des demi-mondaines, semi-prostituées à la langue des maîtres du monde capitaliste, sans même s'en rendre compte, avec seulement des veuleries d'esclave. Retour à Baudelaire effaré par les premiers effets effets de l'horreur marchande sur la jeune fille: "La jeune fille, ce qu'elle est en réalité. Une
petite sotte et une petite salope ; la plus grande imbécile unie à la
plus grande dépravation. Il y a dans la jeune fille toute l'abjection du
voyou et du collégien."
Maintenant, il n'y a plus de débutantes.
Maintenant, il n'y a plus de bal.
Maintenant, il n'y a plus rien.
Alors écoutez Sylvie et pleurez sur le monde d'avant.
Coulez mes larmes, dit le nostalgique.
lundi 17 mai 2010
Point Média
Apparemment, les lunettes noires plaisent.
Elles ont plu à Thierry Clermont du Figaro Littéraire qui nous a fait un beau papier.
Elles ont plu à Didier Jacob. Lui a poussé la gentillesse jusqu'à faire sa chronique dans Grazia, un nouveau féminin ET à la compléter par une note dans le Nouvel Obs (lien)
Dimanche, c'est Jean-Marc Parisis dans le Figaro Magazine qui a cité le passage qu'il fallait citer car il a un instinct de chasseur.
Le 25 mai , on sera en direct à la Matinale de Canal+ pour une innetèreviou.
Le 29 mai, on sera (c'est déjà enregistré) à Ca balance pas mal à Paris sur Paris Première. Là ceux qui ne nous aiment pas pourront se réconforter. Les chroniqueurs trentenaires de cette émission chassant en meute, ne nous ont pas pardonné de dire qu'ils ne vivaient pas dans le meilleur des mondes possibles. On ne sait pas ce que ça donnera au montage, mais si on a eu l'impression d'en prendre plein la gueule, on a aussi eu l'impression de rendre des coups. Bizarrement, le seul à être gentil et courtois, c'était le maître de cérémonie Pierre Lescure. On dit bizarrement parce que c'est sa génération post-68 que je cogne le plus. Il faut croire que l'âge, chez certains, va de pair avec la courtoisie et la bienveillance. A moins qu'il ne l'ait toujours été.
Et pour finir, le mensuel Chronic'art parle de nous dans un dossier sur Les Nouveaux rebelles. Le premier qui rigole...
Libellés :
Brejnev au soleil,
lunettes noires,
Spectacle
Une histoire d'amour radioactive.
On parle du dernier roman d'Antoine Chainas sur Causeur
Antoine Chainas, Une histoire d'amour radioactive (Série Noire/Gallimard)
Antoine Chainas, Une histoire d'amour radioactive (Série Noire/Gallimard)
Libellés :
amour,
littérature,
roman noir,
sens,
sexe,
violence,
éternité
samedi 15 mai 2010
jeudi 13 mai 2010
Aux écologistes, la matrie reconnaissante
Article paru dans Causeur mensuel (édition papier avec toujours beaucoup d'inédits), n°21 de mars 2010
A
Louise Michel et Rosa Luxembourg, matérialistes antimaternalistes.
Il n’y a rien d’étonnant, finalement, à
ce que la contre-attaque maternaliste vienne du côté des écologistes, ou plus
exactement d’Europe Ecologie qui masque derrière son sympathique visage libéral
libertaire un pétainisme de fait. Il ne s’agit pas de dire que Cécile Duflot ou
Daniel Cohn-Bendit sont des pétainistes conscients, non, bien entendu, mais l’éloge
de la couche lavable et de l’allaitement par l’égérie française multipare des néo
verts a un petit air de déjà entendu, une manière de faire bruisser la langue
aurait dit Barthes qui rappelle quelque chose, même si c’est lointain, même si
c’est inconscient.
Le Maréchal Pétain, finalement, fut le
premier décroissant. En signant l’armistice le 22 juin 1940, il commença par
faire décroitre la superficie nationale, réduisant la taille de la zone non
occupée à un gros royaume mérovingien.
Du même coup, il fit également sérieusement décroître, vieux rêve écologiste,
notre production industrielle passée
entièrement sous contrôle nazi.
Que nous restait-il, du coup, à part des villes d’eau et des amiraux
sans flotte ?
La Terre.
La
Terre, elle, ne ment pas. Je le verrais très bien, moi, ce slogan
d’Emmanuel Berl qui valait dix mille Séguéla en matière de communication
politique, sur les affiches d’Europe écologie. Bon, forcément, il est un peu
connoté et les écologistes haïssent ces mensonges qui nous ont fait tant de
mal.
La terre, donc, c’est à dire Gaïa, c’est à dire la mère. Notre mère à tous.
C’est à Vichy que nous devons la fête des Mères, comme par hasard. Et
aujourd’hui, c’est tous les jours la fête des mères. Sortez chez des
trentenaires moyens (tous les trentenaires sont moyens en même temps) et écoutez
les sujets de conversation. La politique ? A peine. La littérature ?
Vous voulez rire.
Les enfants. Les enfants d’abord, les
enfants encore, les enfants toujours. Ceux qu’on voudrait car l’horloge
biologique tourne et ceux qu’on a et qui sont dans vos pattes, à tourner et à
criailler jusqu’à pas d’heure alors qu’ils devraient être au lit comme la génération
d’avant lorsque les parents recevaient. Mais là, non, la mère trône en faisant
passer l’assiette de cacahuètes équitables pendant que le mari ou plus
probablement « le compagnon » prépare des tagliatelles pour tout le
monde.
Pétain ne le savait pas, mais il était décroissant
et new-age, en fait. Il n’était pas
aussi extrémiste que le malthusien Yves Cochet mais il était sur la bonne voie.
Avec son million de prisonniers en Allemagne, la chute de la natalité était inévitable.
D’où glorification de la Mère,
cette denrée rare.
C’est pour cela que le maternalisme écologiste
sera d’autant plus célébré que l’enfant sera unique, comme chez les
Chinois, pour éviter de manière
citoyenne l’apocalypse démographique programmée.
Pour Pétain , comme pour nos écologistes,
la terre est censée être bonne en soi, a priori, puisqu’elle est une mère et
que depuis Euripide avec Médée,
c’est bien connu, les mères sont des femmes charmantes avec leurs enfants. Peu
importe par exemple, qu’au cours de la dernière décennie, la Terre-Mère ait tué
un quart de million de personnes
dans un tsunami du Sud-Est et un
autre quart dans un tremblement terre sur une île qui est un des pays les plus
pauvres du monde. Peu importe que pendant de siècles dans l’hémisphère nord et
encore aujourd’hui dans l’hémisphère Sud, la terre ait donné des récoltes aléatoires
et fait périr des générations et
des générations par la famine au point que les Irlandais, en 1845 ait préféré
quitter leur beau pays et leur bon whiskey pour aller faire policier à New
York, poseur de rail en Californie ou fermier dans le Dakota à se faire trouer
la peau par des Sioux qui n’avaient rien de bons sauvages (encore un mythe écolo
tiers-mondiste) mais étaient presque aussi cruels que l’armée anglaise. Peu importe qu’il ait fallu des efforts
héroïques pour dominer ses sautes d’humeurs volcaniques, ses coups de chaleurs,
ses inondations hyperboliques
comme nous le rappelle si bien Descartes, qu’on ne doit pas trouver dans
la bibliothèque de Cohn-Bendit: « Connaissant
la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de
tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous
connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en
même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre
comme maîtres et possesseurs de la nature ».
Et si elle est méchante, la Terre-Mère,
c’est nous qui l’avons bien cherché ne cessent de nous répéter les écolo-maternalistes. Oublié Descartes mais aussi oublié Marx
qui remarquait tout de même avec un certain bon sens : « Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé
est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver
et reproduire sa vie ; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes
les formes de la société et sous tous les types de modes de production. » C’est qu’il faut pour nos écologistes arriver
à l’autre grand moment du raisonnement maternaliste : la culpabilisation.
Pour Pétain, si on avait perdu la guerre, c’était à cause de l’esprit de
jouissance, des juifs et du Front Populaire. Pour un écolo de ces jours-ci, si
on va vers la fin du monde, c’est parce que les pauvres veulent des voitures,
des enfants et nous des douches trop longues pour faire des câlins ou se détendre
de la propagande universelle proclamant « tous coupables, tous
coupables ! »
L’offensive maternaliste, cache sexe de
l’européo écologie est à distinguer du matriarcat. Le matriarcat était
insupportable mais ne cherchait pas à donner le change : il se présentait
pour ce qu’il était, l’inverse du patriarcat, c’est à dire une oppression avec
tout de même cette touche féminine qui rajoute toujours un peu de sadisme à ce
genre de choses. Le maternalisme, lui est un anti humanisme soft, une négation
cool de l’universalisme. Dans sa logique, une femme ne sera vraiment une femme
que mère et le fait d’être mère lui donnera des privilèges, comme par exemple
celui de vous écraser les arpions avec la poussette du petit dernier sans
s’excuser le moins du monde ou encore de transformer un homme normalement
constitué en porteur de bébé façon kangourou mimant le bonheur de la grossesse.
Comment, alors, ne pas se souvenir de
Muray et de son admirable poème La
Nursery s’étend où un dîner d’amoureux au restaurant prend des allures de cauchemars scatologiques
quand une maman épanouie change les couches de son lardon à la table d’à côté
et veut faire partager son bonheur à l’assistance. Relisez ce poème, relisez le
bien et vous verrez qu’il sera
difficile de ne pas superposer à « cette
garce infinie à sa table maudite (qui) gueulait que le petit barbotait dans sa
merde » le visage doux et radieux, corrégien, de la prétotalitaire Cécile Duflot .
Jérôme Leroy
mercredi 12 mai 2010
Eloge de la débutante, 1
Les paroles des chansons yéyé furent peut-être le dernier feu de la poésie maniériste en France qui commença avec Pontus de Tyard et Jacques de Constans pour s'achever avec Jean-Jacques Debout. Oui, il y eut un temps comme celui-ci, où une jeune fille disait, alors que le loup du plaisir approchait,Comme le feu de bois je tremble
Chaque fois que nous sommes ensemble
Sans compter que ce "Sois gentil" est manifestement une des sources conceptuelles de Bernard Stiegler dans son stimulant Prendre soin de la jeunesse (Flammarion, 2008)
Libellés :
atlantide,
monde d'avant,
variétoche
mardi 11 mai 2010
Pour la Belgique
La Belgique a raison parce qu'on l'aime.
Et sa mort, dont il est tellement question ces temps-ci, serait encore une victoire du capitalisme spectaculaire intégré submergeant sous "les eaux glacées du calcul égoïste" une nouvelle Atlantide.
lundi 10 mai 2010
"...et je savais pour quoi désormais le décor était planté"
"14 juillet 2006
C'était dans les premières années de mes relations avec Julien Gracq. Nous nous promenions dans le parc. Je lui demandai naïvement comment interpréter cette phrase finale du Rivage des Syrtes: "Et je savais maintenant pourquoi le décor était planté": énigme suprême d'un livre énigmatique en son entier.
Il répéta la phrase après moi, prit un air lointain. Fit un geste évasif, et ne me répondit pas."
Jean de Malestroit, Julien Gracq, quarante ans d'amitié, 1967-2007 (Pascal Galodé éditeurs)
Libellés :
bientôt,
fin de partie
Une course de champion
Etrangement, dès qu'on parle de littérature, sur Causeur comme ailleurs, il n'y a plus grand monde pour commenter. Ou alors juste pour le plaisir de dénigrer. Cette haine de la littérature, très présente dans la nouvelle génération adulescente, à l'extrême droite comme à l'extrême gauche, de la petite pute ultralibérale racialiste au bourrin néo-trotsko (les écrivains sont tous narcissiques alcooliques communistes fascistes pédés pédophiles fous bipolaires réacs)* s'exprime curieusement dans les mêmes termes.
Ca tombe bien: le roman de Le Guern, Du soufre au coeur, va les énerver à mort si par hasard improbable, ils le feuillettent en librairie. Ils en crèveront d'épilepsie en se roulant sur le sol. En ce sens, Le Guern, dont c'est pourtant le dernier des soucis, aura fait oeuvre de salubrité publique en dégageant le paysage de tous ces assassins potentiels.
Pour les autres, les quelques autres, les maniaques de la dernière étreinte et du baroud d'honneur, ils seront heureux de rencontrer cette insolente gratuité, cette admirable manifestation du négatif devant la positivité morgueuse des enfants du spectaculaire intégré: le style.
Attention, il y a désormais un nouveau tireur sur les remparts de Fort Alamo.
Vous gagnerez peut-être à la fin, mais vous allez avoir de sacrées pertes lors de l'ultime assaut.
Vous gagnerez peut-être à la fin, mais vous allez avoir de sacrées pertes lors de l'ultime assaut.
*ce qui est souvent vrai, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils sont écrivains, habruttys!
Guy Goffette
1
Avec l'âge nous viennent toutes sortes de choses
des maîtresses des varices ou la furonculose
qu'on prend sans rechigner et sans dire merci
n'ayant rien demandé quand notre seul souci
est de pouvoir encore gravir un escalier
derrière une inconnue aux jambes déliées
et frémir doucement tout en serrant la rampe
de ce reste d'été qui nous chauffe les tempes
comme à l'heure des amours qui n'en finissaient pas
de rallonger la route en dispersant nos pas
Guy Goffette, "Blues du mur roumain" in Le pêcheur d'eau (Poésie/Gallimard)
Libellés :
"le pont des Français tiendra",
goffette,
poetry in motion
vendredi 7 mai 2010
Bientôt l'été, bientôt la Grèce.
Au peuple grec, pour qu'il ne lâche rien, renverse le monde ancien dans la furie prolétarienne et retrouve cette Sainte-Trinité, la seule qui tienne dans un temps enfin libéré.
Libellés :
baston,
bleu,
marxisme et lingerie,
marxisme solaire,
matin profond,
mer,
merci,
naxos,
plage,
plaisir,
souffle,
théologie et bikini
Cons, dysorthographiques, nazis et menteurs.
Chez les nains nazis nuls de certains sites réacosphériques, on tente d'amuser le tapis en feignant de déplorer la barbarie des manifestants grecs qui auraient tué trois employés de banques.
Rappelons à ces abrutis psychotiques que c'est Bruxelles qui a allumé les cocktails molotov et que, beaucoup plus important, comme nous l'a obligeamment signalé notre ami Serge Quadruppani, il semble même au contraire que ces trois victimes aient été sciemment exposées, par la direction de la banque, au danger pour mieux discréditer le mouvement. Echec total, d'ailleurs. Mais il faudra bien que les capitalistes paient pour ces morts qui étaient des travailleurs grecs victimes de l'UE-FMI
On peut se renseigner ici. (À propos de l’incendie mortel de la Marfin
Egnatia Bank)
Têtes de mort apeurées par le réel, ne vous inquiétez pas, ce n'est qu'un début. Les banques n'ont pas fini de brûler et vous n'avez pas fini de courir.
NB: je renvoie ici à l'excellent site anarchiste (nobody is perfect et tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes) Le Jura Libertaire
NB: je renvoie ici à l'excellent site anarchiste (nobody is perfect et tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes) Le Jura Libertaire
Libellés :
Bruxelles,
brûler les banques,
fafounets rurbains,
fumier,
furie prolétarienne
jeudi 6 mai 2010
Gobseck gifle Aphrodite
La photo représente Manolis Gleizos, militant communiste et héros de la résistance grecque au nazisme. C'est lui qui a décroché le drapeau à croix gammée de l'Acropole, le 30 mai 1941. Tout ça pour ça?
Libellés :
honneur,
when they fight
mercredi 5 mai 2010
LES REVOLTES LOGIQUES
Les lecteurs de Feu sur le quartier général ne seront pas surpris de savoir que nous apportons ici au peuple grec un soutien inconditionnel et définitif.
Le FMI et l'UE, chevaux de Troie du capitalisme financier le plus barbare ont fait couler cet après-midi, dans les rues d'Athènes, le premier sang. Les trois employés de banque morts dans un incendie sont morts du feu allumé par Strauss-Khan, Merkel et autres fumiers néo-libéraux.
En attendant de créer, pourquoi pas, des brigades internationales, comme le suggérait assez intelligemment le camarade Ubifaciunt, on peut signer la pétition de soutien au peuple grec initiée par l'Huma.
Répétons-le, il s'agit bien d'une agression semblable à celle d'une force étrangère ou néo-coloniale qui refuserait à un peuple le droit pourtant inaliénable de disposer de lui-même.
Et que les "pays-frères" de l'UE qui ont l'indécence de prêter de l'argent "avec intérêts" méditent avant que ne les gagne la contagion insurrectionnelle, ce Fragment d'Héraclite: "Qui se cachera du feu qui ne se couche pas?"
Parce que le peuple grec ne s'est jamais couché et ne se couchera jamais.
Salut et fraternité!
Libellés :
anticapitalisme,
brûler les banques,
coeurs purs,
colère,
européisme,
France,
fumier,
grec ancien,
Héraclite,
pas en mon nom,
réel,
résistance,
révolution,
soleil
lundi 3 mai 2010
Nous ne sommes pas dans une société idéalement communiste...
...vous l'avez sans doute remarqué. On s'apprête à napalmer économiquement le peuple grec (on y reviendra souvent ici) quand en France une offensive sans précédent se prépare avec la deuxième phase du quinquennat, qui va commencer avec les retraites. Alors, même si FQG, notre délicieuse zone chaviste libérée préfère habituellement vous parler de poésie et de roman noir (c'est souvent la même chose), de plages, de jolies actrices, de merveilleux nuages et de l'âme du vin qui chante dans les bouteilles, il n'en demeure pas moins que la barbarie capitaliste continue dehors. Et que nous ne serons tranquilles que lorsque la dernière banque aura brûlé et que les derniers capitalistes se seront vus octroyés un bantoustan hermétiquement fermé sur l'îlot de Clipperton, presque entièrement recouvert à marée haute, où ils pourront expérimenter les vertus de la concurrence libre et non faussée.
Mais pour l'instant ce sont encore eux les maîtres, d'autant plus méchants qu'ils sont sur le point de mourir.
Vous voulez un preuve de cette méchanceté? Il y a une dizaine de jours, nous étions en reportage pour Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord, aux Prud'hommes de Lannoy. Et voilà ce que ça a donné. Et voilà pourquoi, si la révolution prolétarienne n'advient pas de notre vivant, nous mourrons avec la rage rouge au coeur.
Discrimination syndicale ?
Vous voulez rire ?
Le conseil des Prudhommes de
Lannoy se trouve dans un endroit hors du temps alors que ce qu’on peut y
entendre nous renvoie pourtant à toute la férocité très actuelle de ce qu’il
faut bien se résoudre à appeler la lutte des classes. L’endroit est une grande
maison bourgeoise sans doute construite à la fin du siècle dernier. Elle est au
milieu d’un joli parc qui sent le printemps. Tout inviterait à la sérénité si
ce n’était, en ce début d’après-midi ensoleillée, les groupes qui se massent à
l’entrée et dont l’anxiété est palpable. On fume nerveusement, on a des sourires
forcés.
La salle d’audience, avec son
papier peint, ses rideaux et ses boiseries ressemble à une salle à manger et
l’on est presque surpris de voir la barre avec derrière les quatre sièges des
conseillers et sur le côté gauche celui de la greffière.
Spontanément, les salariés et leurs
avocats qui enfilent leur robe dans la salle elle-même se placent du même côté
de l’allée centrale. De l’autre, ce seront les avocats des employeurs. Et
seulement eux. Ceux qui licencient se contentent de se faire représenter quand
les salariés sont là aussi pour monter au feu. Il y a ceux qui jouent leur
existence sociale, et les autres…
Aux prudhommes comme ailleurs,
les forts ne daignent pas se déranger. Et puis, mais c’est sans doute nous qui
avons mauvais esprit, comment ne pas remarquer que les avocats des salariés
sont des avocates plutôt jeunes alors que du côté des employeurs, il s’agit d’hommes
grisonnants que l’on pressent davantage installés. Parfois, c’est la réalité
qui est caricaturale.
Nous sommes venus plus particulièrement
pour Steeven Demeurisse. Les lecteurs de Liberté ont entendu parler de cette
histoire, emblématique de la manière dont Auchan conçoit la liberté syndicale,
notamment sur le site de V2. Voilà un jeune homme embauché en mai 2008 comme
vendeur et devenu la cible d’un licenciement pour insuffisance professionnelle
pile poil un an après alors qu’il s’apprêtait, quel étrange hasard, à créer une
section CFDT…
Mais voilà les conseillers
prudhommaux qui arrivent. Ils sont « en civil » mais ont une médaille
autour du cou. L’assistance se lève.
Ce n’est pas Steeven qui passe en
premier, il devra même attendre la toute fin de l’après-midi.
Cela nous permettra donc de voir
une série de cas qui a eux seuls indiquent bien la violence des rapports
sociaux à l’époque de la droite décomplexée.
La première affaire est particulièrement
sordide. C’est l’histoire d’un agent de surveillance chez Toyota, employé par
une société de sécurité qui le faisait travailler douze heures d’affilée sept
jours sur sept. Oui, vous avez bien entendu. Et pour l’accompagner, la société
en question employait un seul autre salarié aux mêmes conditions. Dans sa
grande générosité, l’employeur leur avait même laissé la possibilité de « trouver des copains pour les
remplacer » s’ils avaient besoin de se reposer. Le résultat d’un tel
traitement, c’est un soir, un homme épuisé qui prend sa voiture et a un
accident qui va le laisser dans le coma puis dans un centre de réveil entre
janvier et mai 2008. Les séquelles sont visibles aux yeux de tous. L’avocate précise
qu’elle a du demander à un huissier d’aller chercher le cahier de postes pour
prouver la matérialité des faits.
Le cas suivant en apparaît évidemment
moins lourd. C’est un salarié Auchan, tiens tiens, qui a été licencié pour
avoir utilisé sa carte maison lui accordant une remise sur les produits pour en
faire profiter sa belle sœur dans l’achat d’un lave linge. L’avocat d’Auchan,
sans rire, parle d’une grave atteinte au pacte social de l’entreprise. C’est
vrai, trente euros de remise pour la famille et c’est tout un système qui
s’effondre. A se demander s’il n’est pas responsable, à lui seul, ce salarié ,
du krach boursier de septembre 2008.
Quand Steeven passe enfin, c’est
le même avocat, qui niera toute discrimination syndicale et parlera
d’insuffisances dans les objectifs. Il est soutenu par le DRH licencieur arrivé dans la salle qui s’adressera plusieurs
fois directement à Steeven en le tutoyant (on est tous potes dans le pays où le
licenciement est moins cher. Sauf qu’il est impossible de savoir de quels
objectifs il était question. Sinon, la CFDT interdite à Auchan V2, vous voulez
rire, nous dit l’avocat. La preuve, il y a eu un syndicaliste CFDT jusqu’en
2005. Mais il a mystérieusement démissionné après une promotion.
Finalement, on ne rit pas. Du tout.
On attendra le décision du conseil, prévue le 7 juin. Et on vous tiendra au
courant.
Jérôme Leroy
dimanche 2 mai 2010
RADIO ATLANTIDE
De 19H à 19H30, hier, nous avons répondu aux questions de Sophie Nauleau et lu quelques uns de nos poèmes sur France Culture, dans l'émission Ca rime à quoi.
Libellés :
atlantide,
lecture,
poetry in motion
Inscription à :
Messages (Atom)






























