jeudi 29 avril 2010

De Gaulle et les Nains Rauques

(Non, ce n'est pas un groupe de touiste, élasse!)
Si par une malchance existentielle ou une aberration génétique on avait été de droite, on aurait été gaulliste. Gaulliste auldscoule, en fait, époque Londres et Bir Hakeim. A faire le coup de feu contre des affreux dans le désert entre des anciens des Brigades Internationales, des étudiants royalistes et des aventuriers juifs. Je m'avise soudain que ce n'est pas être de droite, ça, de toute façon. Réac, peut-être mais pas de droite.
Enfin tout ça pour dire que lorsque les Inrocks piaulent au complot caralbrunesque parce qu'on leur interdit de faire jouer leur variétoche néobourgeoise un 18 juin, sur l'esplanade du Louvre, nous ça nous fait bien rigoler. Et on les allume sur Causeur avec un vrai plaisir.






C'est fou ce qu'on nous aime à Toulouse...

...et on nous fait de  très beaux articles dans l'Opinion Indépendante de notre ami Christian Authier. En plus, il a mis une photo d'Audrey Hepburn à tomber. C'est dans Voyage à deux, le film de Donen que je préfère,  poignant et drôle, léger et amer, sur le couple et Temps.

Hammettien, au bout du compte...

On a déjà dit ici la souveraine admiration littéraire que nous éprouvions pour Dashiell Hammett. Hier soir,  dans les nombreuses manifestations organisées par Colères du Présent et précédant le salon de livre d'expression populaire et de critique sociale du 1er mai, on a pu assister, à Arras, au vernissage de l'exposition Le mystère Hammett, la naissance du roman noir, qui fit auparavant, jusqu'en mars, les beaux jours de la Bilipo. Pour l'occasion, Natalie Beunat, la (re)traductrice de Hammett qui a redonné aux romans la fraicheur lustrale de leur violence subversive, était venue et reviendra samedi pour le salon, participer à un débat à 15H sur l'engagement politique dans la série noire. Elle a présenté l'exposition puis une projection du Faucon Maltais de John Huston.
Les circonstances ont fait, soudain, que je me suis senti très proche de Hammett, jusque dans ses apparentes contradictions.
Il y eut d'abord, sur un des panneaux rédigés par Natalie Beunat, cette citation de Manchette à propos de Hammett mais qui l'air de rien, depuis quelques temps, décrit assez bien notre état d'esprit et notre ligne de conduite.

"Si Hammett a été le meilleur des meilleurs, c'est peut-être aussi qu'il a l'air de penser (quoique membre du PC) qu'il n'y a aucun bon côté dans le monde, sauf dans le coeur de l'homme et de la femme qui disent non et qui boivent un coup parce que tout de même, c'est dur."

Plus loin, on apprend que les six mois de prison politique qu'il fit pour ne pas avoir balancé les noms de ses potes,alors qu'il était malade,  ne le dégoutèrent pas pour autant de l'Amérique. Qu'il refusa de confondre Mc Carthy avec les USA, qu'il se rengagea en 41 à l'age de 48 ans, qu'il fit une belle guerre et  qu'il fut enterré à Arlington. 
Cela intrigua le FBI même après sa mort. Les flics , contrairement aux guerriers, comprennent mal que le communisme, pour le communiste,  soit consubstantiel de tout ce que sa propre patrie peut avoir d'émancipateur. Et que cela est même indispensable à une articulation dialectique avec un internationalisme bien compris.
Et sa fille Jo, de commenter:


"L'image que je garde de mon père est celle d'un homme de la vieille école, le genre gentleman du Sud, le genre qui n'injurie personne à la légère."



"Je refuse de répondre."


mercredi 28 avril 2010

Swann et Johnny, même combat...

Nous avons toujours ici été convaincu de la profonde pertinence historique, psychologique, philosophique et sociologique de la variétoche. La preuve.




"Mais tout à coup ce fut comme si elle était entrée, et cette apparition lui fut une si déchirante souffrance qu’il dut porter la main à son cœur. C’est que le violon était monté à des notes hautes où il restait comme pour une attente, une attente qui se prolongeait sans qu’il cessât de les tenir, dans l’exaltation où il était d’apercevoir déjà l’objet de son attente qui s’approchait, et avec un effort désespéré pour tâcher de durer jusqu’à son arrivée, de l’accueillir avant d’expirer, de lui maintenir encore un moment de toutes ses dernières forces le chemin ouvert pour qu’il pût passer, comme on soutient une porte qui sans cela retomberait. Et avant que Swann eût eu le temps de comprendre, et de se dire: «C’est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n’écoutons pas!» tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu’il avait réussi jusqu’à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d’amour qu’ils crurent revenu, s’étaient réveillés, et à tire d’aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur."

Du côté de chez Swann, Marcel Proust.

lundi 26 avril 2010

Vers le 1er Mai

Le Premier Mai,  il faudra d'abord défiler de manière unitaire pour foutre sur la gueule à la barbarie néo-libérale qui s'apprête à napalmer socialement la Grèce avant d'essayer d'en finir avec l'idée de retraite en France et les justes revendications pour une vie où, si on le souhaite, on pourrait ne rien faire dans des conditions décentes pendant dix, quinze, vingt ou trente ans.
Ensuite vous pourrez passer, si vous êtes dans le coin, votre journée au  9ème Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale, à Arras. Plein de jolis écrivains, de jolis penseurs et de jolis dessinateurs (sauf Meirieu qui n'est pas joli, pas penseur, pas écrivain, pas dessinateur mais gros fossoyeur de l'école de la République et démagogue emplumé d'Europe Ecologie) seront là et pourront discuter avec vous de comment on va s'y prendre collectivement pour donner la punition au sarkozisme.
Enfin, vous pourrez écouter votre serviteur sur France Culture, de 19H à 19H30 dans l'émission Ca rime à quoi?
Je parlerai avec Sophie Nauleau d'Un dernier verre en Atlantide.

dimanche 25 avril 2010

25 de Abril: Grandola, vila morena...


Comme chaque année, la zone chaviste libérée de ce blogue souhaite un bon anniversaire à la révolution la plus douce, la plus sexy et la plus balnéaire du vingtième siècle. Entre avril 74 et novembre 75, il y eut en Europe, dans notre cher Portugal, une idée neuve: le bonheur. 

Grandola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade

samedi 24 avril 2010

La pluie du ciel



"Je choisis tout"
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus

"Nous voulons tout" 
Les ouvriers en grève de Fiat Turin, 1969

Comme Chantal Goya, comme la petite Thérèse, comme Nanni Balestrini, acceptons tout du réel pour enfin jouir de l'émancipation révolutionnaire. Bénis soient la pluie et la Révolution, les baisers humides et le renversement de l'économie spectaculaire marchande.

vendredi 23 avril 2010

До завтра, Лев Николаевич!

Mourir. Comme Tolstoï.
Les étés sont-ils toujours aussi lumineux à Iasnaïa Poliana?

jeudi 22 avril 2010

Mandiargues

Alyscamps

Il y eut des pas sur le sable
Qui conduisaient à des pieds nus,

Ses yeux et l'eau étaient si clairs
Que le fond de tout paraissait

Les vêtements et les mensonges 
Avaient été démis du songe,

N'eût-elle relâché les doigts
Lui eût-il mieux tenu la main,

Tous deux auraient dormi mille ans
Dans un tombeau des Alyscamps.

André Pieyre de Mandiargues, L'ivre Oeil


Mandiargues, (1909-1991 c'est un des plus beaux surgeons du surréalisme. Un des rares écrivains de l'érotisme qui ne soit pas ennuyeux mais merveilleusement troublant: Le Lis de Mer, La Motocyclette, ou "La Marée", une nouvelle adaptée au cinéma par Walerian Borowczyk dans Contes immoraux. Il faudrait lire tout Mandiargues: sa poésie, ses romans, sa critique d'art. Mandiargues a le fantastique à la fois japonais et bunuelien, très politique aussi parfois, comme dans La marge (Goncourt 67)
Dans ce poème, il laisse sans doute planer une réminiscence de Toulet, et puis aussi, qui sait, du mythe d'Orphée. Que les conditionnels passés sont déchirants quand ils renvoient à un rendez-vous raté pour l'éternité...










mercredi 21 avril 2010

Avant, pendant, après...

Finalement, c'est foutu. La barbarie capitaliste achève de désenchanter le monde, à peine ralentie par la formidable beauté plastique du nuage islandais. On n'aura pas assez de cartouches pour tous les salauds.
Ce qu'il restera du vieux pays, une fois qu'ils auront tout foutu en l'air, ce sera quoi? 
Une édition originale de Fermina Marquez dans les ruines? 
Une petite encre de Michaux dans un charnier? 
Une bouteille de Jurançon 93 éclaboussée de sang ou cette cassette VHS, regardée au coeur d'une de ces nuits qui précédèrent le carnage terminal? 
On vous en donne un extrait, de ce film désuet, élégant, innocent sur la fraîcheur des années SLC.  Il s'appelle Cherchez l'idole et on y trouve une des plus jolies chansons en langue française. La Princesse de Clèves du Yéyé. Vous remarquerez les sous-titres. Ils sont prophétiques: bientôt il n'y aura plus que des archéologues cinéphiles et sentimentaux pour se souvenir de qui nous fûmes.
Que l'on sache néanmoins que l'on ne partira pas tout seul. Pas assez de cartouches, disions nous, mais quelques unes tout de même. Nous les tirerons le dos au mur,  la rage rouge au coeur, et le sourire aux lèvres. 
Histoire de laisser la chanson aller jusqu'au bout. 2 minutes et 28 secondes. De grâce efficace, de grâce absolue.
On devrait pouvoir tenir et en coucher quelques-uns, de zombies néolibéraux. 
"Quand la nuit referme ses ailes..."



mardi 20 avril 2010

La chère vieille cause

On monte encore au feu pour défendre l'école. Publique, s'entend. Comme on disait en 1984, quand la gauche a reculé contre les curetons et leurs suppôts, la seule école publique, c'est l'école de la République. 

Tu reconnais la façade, chère Florence?

lundi 19 avril 2010

Babouse Hebdo, 17

Babouse a du taf et c'est tant mieux. Ceci explique que ses inédits soient moins hebdomadaires ces temps-ci. Le 1er mai à Arras, pour la neuvième édition du salon d'Arras organisé par Colères du Présent, vous pourrez nous retrouver tous les deux. On va se pacser là-bas, tellement on s'aime.

dimanche 18 avril 2010

Encore un jour dans la lumière

Le nuage islandais, il fait ce qu'il veut. On en rigole sur Causeur, d'ailleurs. Pour l'instant, ce qui compte, c'est l'orgie heureuse de lumière maritime.

"Entre Tho Briand et la Douane...L'est-ce choisi?...vous voyez n'est-ce pas le site? Rocchabé...les récifs, les Bée...La porte Saint-Vincent...Quiquengrogne!...le kiosque des tramways...l'anse des yachts...le climat!...les baigneuses!...les sables...le croissant d'or jusqu'à Cancale...ou presque...or sur émeraude! Pas croyable de toute beauté!"

"...la malle de Jersey s'annonce... se dessine... effleure l'horizon...frôle à la bouée, la "sonore"...bourre à la lame...grandit...détache sur Cézembre...c'est de la brisure de mousse partout...mille récifs et le Fort Royal! le majestueux rafiot borde...mille miss en mollets sautent, s'échappent, ah s'égaillent!...riantes...pépiantes!...d'un pensionnat on ne sait d'où?...retenues par le Temps quelque part!"

Céline, Féerie pour une autre fois



C'est la fin du monde...

...mais les animaux, apparemment, n'en ont rien à battre.

vendredi 16 avril 2010

ELLE


ELLE nous aime, on dirait. ELLE est notre meilleur espoir féminin pour les ventes. Merci à ELLE. Merci. Merci. Merci. 40 ans, le top du style: c'est l'histoire de ma vie, ça.

Rimbaud

La neuvième photo. Prise circa 1880, à Aden, sur la terrasse de l'hôtel de l'Univers. La seule information réellement importante, au bout du compte, depuis pas mal de temps.


"Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour."

"Génie", Illuminations 

jeudi 15 avril 2010

EN LIBRAIRIE!


Elles sont sorties, avec les beaux jours. Ciel d'une rare pureté d'ailleurs, depuis une semaine, sur la côte d'Emeraude.

mercredi 14 avril 2010

La classe ouvrière va-t-elle enfin finir par Pouget, Emile?

Pendant qu'on amuse le tapis médiatique avec l'heureux crash forestier de l'"élite" de la Pologne ou l'affaire du string de la Reine à l'Elysée (où l'on retrouve comme par hasard notre ami le cloune Squarcini de la DCRI), la classe ouvrière morfle comme jamais dans les délocalisations et la désindustrialisation accélérée d'un pays qui finira peuplé de garçons de bains et de cireurs de chaussures dans une "économie de services", comme ils disent, ces salauds.
On en parle sur CAUSEUR

mardi 13 avril 2010

L'homme seul

Sur L'étranger de Camus (paru dans Témoignage Chrétien,  janvier 2010)


L’étranger paraît en 1942, chez Gallimard, dans la collection Blanche. Si Camus l’avait publié ne serait-ce que trois ans plus tard, on aurait très bien pu imaginer Marcel Duhamel, le directeur de la Série Noire, s’emparer du manuscrit et le publier aux côtés de Chandler ou de Goodis. On plaisante à peine : L’étranger a tous les ingrédients du roman noir. Meursault est un homme parmi d’autres dans la grande ville, il côtoie des maquereaux qui battent les femmes, sort avec une fille de peu, commet un meurtre, se retrouve face à un juge et finit condamné à mort. Donnez ce roman à lire à quelqu’un qui ignorerait tout de Camus, de sa philosophie de l’absurde, de son athéisme solaire et vous verrez la réaction. L’étranger est d’abord un roman avant d’être l’illustration d’une thèse et c’est de cette manière d’ailleurs qu’il faudrait le relire.
On s’apercevrait alors que Camus met en scène, au travers du personnage de Meursault, si complexe dans son apparente vacuité, un type d’antihéros que l’on retrouve assez fréquemment dans le roman français de l’après première guerre mondiale : celui de l’homme seul. Peut-on imaginer un rapport de cause à effet entre le premier carnage industrialisé de l’Histoire et l’apparition de Meursault, mais aussi du Roquentin de Sartre, du Feu follet de Drieu, de la série des Salavin de Georges Duhamel ou encore de nombre de personnages de Simenon qu’il s’agisse de Monsieur Monde, du Bourgmestre de Furnes ou encore du Locataire ? L’hypothèse reste à démontrer.
 Mais il y a en effet un air de parenté troublant entre tous ces petits frères de la désolation, ces compagnons de l’acédie, ces naufragés d’une réalité qui les fuit. Meursault est un petit employé sans ambition, il fâche d’ailleurs son employeur en refusant une promotion. Le Salavin de Duhamel aussi qui cherche un sens à sa vie, décide de tenir un journal intime (Le journal de Salavin) et s’aperçoit du vide de ses jours quand la seule chose qu’il trouve à consigner  est « Aujourd’hui, rien ».
Le petit employé est aussi le personnage favori de Simenon qui, comme Camus, a compris l’intérêt de prendre un individu ordinaire, « sans grande importance collective » aurait dit Céline et de lui faire commettre un crime ou de lui faire prendre la fuite dans ce que les psychiatres ont joliment nommé « l’escapisme » et qui consiste à privilégier toutes les conduites d’évitement d’un réel auquel on se sent, précisément, étranger. L’angoisse provoquée chez le lecteur est ainsi d’un type nouveau,  et c’est celle qu’il retrouvera d’ailleurs dans les romans noirs américains des années cinquante. Ce n’est pas un monstre qui assassine, ni un étudiant torturé par la métaphysique comme chez le Dostoievski de Crime et Châtiment, non, c’est votre voisin de palier.
Cette banalité du mal va de pair avec une inappétence foncière, une indifférence aux sentiments du commun des mortels. C’est à plusieurs reprises que Meursault déclare à Marie Cardona non pas qu’il ne l’aime pas mais surtout qu’il ne voit pas l’intérêt de l’aimer, elle en particulier et l’humanité en général. On rejoint là pleinement le personnage d’Alain, dans le Feu Follet de Drieu, roman paru à peine dix ans plus tôt. Oisif, toxicomane par lassitude, Alain n’arrive jamais à trouver dans l’amour physique l’amour tout court et c’est pour lui l’image d’un monde qui le fuit autant qu’il le fuit. C’est la cocaïne, son escapisme, et le meurtre qu’il commettra sera un meurtre contre lui-même, le roman se terminant sur son suicide avec ces dernières phrases révélatrices : « Un revolver c’est solide, c’est en acier. C’est un objet. Se heurter enfin à l’objet. »
Se heurter à l’objet parce que tout semble noyé dans une inconsistance pénible, tel est le souhait de Roquentin, l’écrivain exilé à Bouville pour rédiger une improbable biographie de Lauzun et c’est aussi ce qui provoque cette Nausée, titre au roman de Sartre qui lui aussi est proche dans le temps de L’étranger et du Feu Follet puisqu’il date de 1938. Et si Roquentin, ne passe pas à l’acte cela ne l’empêche pas à plusieurs reprises dans le livre, de penser à tuer, notamment le personnage de l’Autodicacte comme si le meurtre, et notamment celui commis par Meursault, était l’ultime et terrifiant moyen de communiquer dans un modernité devenue définitivement solipsiste.


Jérôme Leroy

dimanche 11 avril 2010

Merci, camarade Tupolev!

Il semblerait que l'aviation soviétique ait encore accompli un exploit. Nous débarrasser de la clique nationale-catholique fascisante au pouvoir à Varsovie. Merci au camarade Tupolev!

Physiologie des lunettes noires, 14 avril.

Rendez-vous le 14 en librairie.
En attendant, cette "précritique" dans Livres Hebdo, la bible des professionnels de la profession. On en remercie bien sûr l'auteur et puis, pour fêter ça, on va aller manger des huitres tsarskaïa au Ty-Breiz café de Cancale. Avec une bouteille de muscadet amphibolite. Ou deux.

on cliquera avec profit sur l'image pour lire l'article. 

vendredi 9 avril 2010

Camarade Aboubacar Dramé

Chronique du Talon de Fer, parue ce jour dans Liberté Hebdo
Samedi matin, 9H30. Prendre le Mongy jusqu’à la gare. Voir des familles partir en vacances, skis et grosses valises. Se diriger par les rues désertes du Vieux-Lille jusqu’au palais de justice. S'apercevoir que le temps hésite entre des pluies violentes et brèves et un soleil qui pourrait presque être chaud. Arriver devant le palais de Justice. Ne voir d’abord qu’un seul camarade, F.B. Se saluer. Se demander si on ne s’est pas trompé, si ce n’était pas plutôt au Tribunal administratif. Entrer quand même. Ne voir personne. Demander au camarade : « Tu le connais, toi, Aboubacar Drame ? ». Ecouter le camarade répondre que oui, qu’il milite à la cellule de Wazemmes, qu’il a été arrêté il y a quelques jours par la police de l’air et des frontières. Sans papier. 
Se faire la remarque que ce n’est pas tout à fait vrai. Que posséder une carte du Parti Communiste Français, c’est plutôt pas mal comme preuve d’identité. D’identité internationale. 
Se renseigner auprès d’une dame qui a l’air d’être une habituée des lieux et passer sa vie là à s’occuper bénévolement des sans-papiers : café, réconfort, coups de fil. 
Voir enfin d’autres camarades arriver, puis des copains et de la famille d’Aboubacar Drame. Rentrer dans la salle d’audience. Constater la simplicité du dispositif : une juge en civil, son greffier. En face d’eux, le représentant de la préfecture d’un côté, l’avocat de l’autre. Et puis trois policiers, deux hommes, une femme, chargés d’amener les prévenus de leur cellule dans le palais de justice à la salle d’audience. Se dire que tout le monde, la juge, le greffier, le représentant de la préfecture, l’avocate, donnent l’impression qu’ils seraient mieux ailleurs en ce début de week-end pascal. 
Apprendre qu’Aboubacar Drame ne passera qu’en fin de matinée. Assister, donc, à tous les autres cas. Sept. Se souvenir de ce Chinois vivant en Pologne et arrêté pour défaut de ceinture de sécurité alors qu’il faisait du tourisme avec sa femme et se retrouve depuis trois jours au centre de rétention de Lesquin. Kafka et Ubu pas morts. En pleine forme, même. Se dire que la préfecture veut vraiment faire du chiffre. Se souvenir aussi de cette Africaine anglophone qui se fait expliquer ce que disent la juge et l’avocate par une interprète au beau visage asiatique. Se faire la réflexion que c’est ça, la France aujourd’hui, et que ce n’est pas plus mal. Qu’il suffirait d’un peu de générosité pour éviter que tout ce monde là se rencontrent ailleurs que dans un tribunal. 
S’étonner de la relative rapidité et de la monotonie un peu triste de chaque passage. Exposé des faits par la juge, qui fait en général part du désir de la préfecture de prolonger de quinze jours le délai de rétention. Puis le représentant de la préfecture qui détaille. Puis l’avocate qui défend. Ligne toujours identique : pas d’interprète au moment de l’arrestation, défaut de procès-verbal. Voir la juge donner raison à la défense, à chaque fois, après une délibération de cinq minutes à l’abri des regards. Sentir que dans le camp de la préfecture, on est tellement pressés par les exigences du gouvernement que l’on finit par faire un peu n’importe quoi dans la précipitation. Tant mieux pour ce Géorgien, ce Brésilien, cet Algérien. Se rendre compte que certains ont même été arrêtés, comble de l’absurdité, alors qu’ils étaient justement entrain de quitter le territoire français. 
Tous être là, famille, amis et camarades quand passe enfin Aboubacar Dramé.
Voir l’argumentation du représentant de la préfecture exploser en plein vol puisque la garde à vue du camarade n’a pas été contresignée par un OPJ. Sentir le soulagement de tous. Ressortir au soleil. Se congratuler. Se rappeler qu’on a gagné sur la forme, pas sur le fond. Et donc que tout sera toujours à recommencer. 
Savourer, quand même, le répit.

jeudi 8 avril 2010

La lunga strada di sabbia

Ici, dans notre zone chaviste libérée, il est peu de dire que nous aimons Pasolini. Alors quand on tombe sur un livre de lui qui parle des plages, vous imaginez notre bonheur. En plus, il parle des plages italiennes de l'été 59, autant dire de l'Atlantide. Comme dans un scopitone de Mina.
C'est aussi sur une plage près d'Ostie, ironie de l'Histoire qui n'en manque pas, que Pasolini sera assassiné dans des conditions atroces, le 1er novembre 1975.  Cet assassinat est d'ailleurs une date possible, avec le choc pétrolier par exemple,  de notre grand basculement à tous dans le monde d'après.
Mais là, pour l'instant, retour à l'été 59. De Vintimille à Trieste, par la côte.  Pur bonheur de la présence, lucidité solaire, joie sensuelle.
Lisez, et dites-moi si ça ne donne pas envie d'apprendre l'italien, ça, et de se construire une machine à remonter le Temps.

"A gauche, sur la mer, la première baigneuse, une toute jeune Hollandaise, belle comme un petit cyprès."

"C'est le fleuve bariolé de la vie congestionnée par le désir d'être, au sens le plus immédiat: peu importe comment, mais être ici, sur ces superbes plages, chacun au mieux de ses possibilités, à jouir de l'été, à concentrer ses forces pour être heureux, et donc à l'être réellement, à voir, à être vu, dans une fête amoureuse."

"Dans la lumière de l'orage, on devine la silhouette de quelqu'un qui se baigne. Une fille blonde, nue, sa chair, sa chair chaude parmi tout ce fer."

"Au bar, chaude, massée, tendre comme une pêche, la comtesse Volpi di Misurata, et, légèrement euphorique à cause du cocktail, en compagnie d'un courtisan qui ressemble à De Sica, -mais qui, ayant quarante cinq ans et non soixante cinq, se comporte comme s'il en avait vingt cinq-, la fille du directeur du Messagero, qui parle dans le vide, sur un haut tabouret,  les jambes nues comme deux poignards."

"La plupart des visages que je vois sont modestes, joyeux, farceurs et honnêtes. Sur ces longues promenades de bord de mer, toutes désordonnées et grandioses, il y a toujours un air de fête, comme dans le Sud: mais c'est une fête de respect pour la fête des autres."



 "...vous comprenez qu'ils sont en train d'observer les femmes qui se baignent. Vous regardez, vous aussi, et vous voyez des femmes minuscules, noires, semblables à de petits vers, mais les hanches déjà un peu fortes, même quand ce sont encore des adolescentes, avec des yeux sombres et troubles, mystérieuses et insipides. Elles ignorent tout, elles barbotent dans cette eau qu'il leur est réservée, basse, bleue, et pensent à leur avenir de mères après la brève tragédie de l'amour qui arrivera bientôt."
 
"Je vole le long de la côte la moins connue d'Italie: je suis happé par un tel bonheur à voir les choses que j'en deviens presque aveugle."

"Et puis soudain, voilà les jolies femmes! A Pescara, déjà, et puis, triomphantes, à San Benedetto, à Falconara, à Seniglia... Sur la côte romagnole, elles deviendront finalement les seules, les incontestables protagonistes, celles qui ordonnent, les reines, les amazones. On ne voit plus de groupes de garçons sans voir aussitôt des filles bronzées, au corps d'éphèbe, intelligentes, charmantes."

"C'était un des plus beaux pays au monde, je le jure."

Et pour finir, ce don de double vue des vrais écrivains, toujours un peu terrifiant:

"J'arrive à Ostie  sous un orage bleu comme la mort." 



Bénie soit l'insomnie...

...n'est-ce pas Florence? Bon anniversaire, très chère amie retrouvée dans le Temps. Ce Temps qui est, évidemment, de notre côté.
Nous allons continuer la nuit avec ça, maintenant, une belle histoire onirique d'amour et de lutte des classes, dans l'Italie de 1970.  Et nous dédions ce film à tous nos frères et soeurs en insomnie...

mardi 6 avril 2010

Le gros livre rouge


Le point commun entre Cheri-Bibi, Gatsby, Big Brother, Jules Maigret, Fantomas, Cosette et la dame aux Camélias ? Ne cherchez pas, ils sont tous, d’une manière ou d’une autre, des personnages populaires de la littérature des deux derniers siècles. On les connaît pour avoir lu leurs exploits dans les livres de notre enfance et regardé leurs aventures à la télé quand elle n’était pas encore un robinet à publicité. Il leur fallait bien un dictionnaire, à ces pouilleux, ces irréguliers, ces rebelles, ces infréquentables, ces révoltés (1). 
Des dictionnaires des littératures populaires, il y en avait déjà. Là, l’entreprise menée par Stéfanie Delestré et Hagar Desanti, deux jeunes universitaires dont la première est en outre directrice de la collection Le Poulpe chez Baleine, est d’une nature toute différente. Le personnage populaire appartient en effet souvent à la littérature du même nom, c’est à dire au roman noir, au roman fantastique, à la science fiction ou au récit d’aventures. Mais ce n’est pas une obligation. 
Les Misérables ne sont pas un polar mais nous connaissons tous Jean Valjean ou Gavroche qui sont donc, de fait, devenus des personnages populaires, puisqu’ils sont connus par le peuple et qu’ils lui servent même souvent de référence dans ses désirs d’émancipation. Victor Hugo est loin d’être le seul à avoir donné des personnages populaires, c’est-à-dire que l’on connaît sans même avoir lu le livre. Ainsi en est-il de Big Brother de George Orwell dans son roman 1984. Tout le monde, hélas, à notre époque de flicage informatique et de télésurveillance voit de quoi on parle quand on invoque son nom. 
Avec ce dictionnaire tout rouge et or, qui ressemble à un livre de prix de fin d’année scolaire, préparez-vous à une lecture de pur plaisir, un voyage dans vos souvenirs d’enfance et dans ce qui est finalement, pour nous tous, de l’ordre de la culture commune. Chaque notice a été rédigée par un écrivain qui a entretenu avec le personnage qu’il a choisi un compagnonnage particulier. Nous avons ainsi des couples inattendus comme Amélie Nothomb sur Cosette et d’autres, comment dire, plus évidents quand nous lisons l’article Lady Chatterley sous la plume de Catherine Millet. A tout seigneur, tout honneur, on trouvera également, parmi les rédacteurs, un certain nombre d’excellents auteurs de romans noirs comme nos amis Serge Quadruppani sur Fantômas et Jean-Baptiste Baronian  sur Harry Dickson (Jean Ray) mais aussi Jean Vautrin qui a choisi évidemment son homonyme balzacien, le génie du crime qui inspira Vidocq, Jean-Bernard Pouy (à cheval) sur Flicka, Dominique Sylvain sur Fantômette ou Caryl Ferey (qui n’a pourtant pas un gros nez) sur Cyrano de Bergerac. 
Pour finir, on signalera que ce dictionnaire délicieux comporte aussi des notices thématiques qui forment à elles seules un vrai programme de déstabilisation de l’ordre établi et sont comme le poème du beau travail du négatif : « Aventuriers », « Bagnards et prisonniers », « Bêtes humaines ou hommes sauvages » « Criminels », « Femmes fatales » , « Espions », « Génies du mal et sociétés secrètes » sans compter les « Prostituées et demi-mondaines ». Au bout du compte, pour un dictionnaire, il n’est pas très cher. Avec sa paye tunisienne de 137 euros, un ouvrier délocalisé de chez Conti aurait de quoi s’en payer au moins deux ou trois. Il en garderait un pour lui et pourrait comme ça balancer les autres à la gueule des actionnaires américains. Les personnages populaires de ce dictionnaire ne lui en voudront pas. Il n’est même presque certain, au contraire, que ça leur fasse bien plaisir. 

Jérôme Leroy 

(1) Le dictionnaire des personnages populaires de la littérature des XIXè et XXè siécles par cent écrivains d’aujourd’hui. (Seuil, 29 bolivars)


Les auteurs, connaissant mon goût prononcé pour l'Atlantisme, les costumes en alpaga et les croupes ravageuses multicolores m'ont confié la notice de Malko Linge, alias SAS.

Cet article a fait l'objet de ma chronique Le Talon de Fer dans Liberté Hebdo.

Volkstaat dans ton cul!

On revient de ouiquènde pascal et voilà qu'on tombe sur cette dépêche de l'AFP. On veut nous faire croire en Dieu ou quoi?

"Personnage violent sous des dehors folkloriques, l'extrémiste Eugene Terre'Blanche, tué samedi à l'âge de 69 ans, a vainement consacré sa vie à la défense de la suprématie blanche en Afrique du Sud.
Souvent vêtu de kaki, parfois d'un masque qui révèle des yeux bleus perçants, le leader du Mouvement de résistance afrikaner (AWB) n'a jamais caché son admiration pour Adolf Hitler. L'emblème de l'AWB, composé de trois "7" en étoile, évoque la croix gammée sous l'aigle nazi.(...)
Auteur de diatribes contre le "pouvoir communiste noir", Terre'Blanche tonne: "Si Mandela ne nous donne pas notre Volkstaat, nous combattrons jusqu'à conquérir l'ensemble de l'Afrique du Sud."
La justice ne lui permettra pas de mettre sa menace à exécution. En 2002, il est condamné à cinq ans de prison pour avoir battu à coups de barre de fer un vigile noir à qui il a causé des lésions cérébrales irréversibles.
Remis en liberté conditionnelle pour bonne conduite en 2005, Terre'Blanche tombe dans un oubli relatif, jusqu'à son meurtre samedi par deux de ses ouvriers agricoles. Il aurait refusé de leur verser un salaire mensuel de 300 rands (30 euros)." (AFP)

Joie, joie, pleurs de joie!

lundi 5 avril 2010

Citer Vailland, aimer Staline.

Pour mon cher camarade Serge Quadruppani, qui a le bon goût de citer Roger Vailland sur son blog, cette phrase admirable des Ecrits Intimes,  (p 391 de l'édition Gallimuche)
 
"Le Baffone (Staline) est un solide buveur d'alcool, et je suis sûr qu'il a une grosse bite et s'en sert."

vendredi 2 avril 2010

Devenir Bonobo

"-Vous avez testé l'empathie chez les primates?
  -Il y a eu des dizaines d'expériences. Je vous citerai celle où des singes refusent d'activer un mécanisme qui leur distribue de la nourriture quand ils réalisent que le système envoie des décharges électriques à leurs compagnons. Leur sensibilité à la souffrance des autres était telle qu'ils ont arrêté de se nourrir pendant douze jours."

Frans de Wall, primatologue, auteur de L'age de l'empathie (LLL) et de Bonobos: le bonheur d'être singe (Fayard)

jeudi 1 avril 2010

Une lettre de Jean-Claude Pirotte...

...pour notre Atlantide. Il y a des adoubements, décidément, qui valent tous les prix littéraires.