mercredi 20 octobre 2010

L'insurrection qui est là

Ce qui serait bien, dans l'hypothèse où l'insurrection qui vient irait enfin jusqu'au bout de son mouvement et parviendrait à mettre cul par dessus tête ce monde-là, c'est que nous aurions enfin, tous, le temps de lire de la poésie. D'en lire vraiment. Apprécier les effets secondaires d'un bon poème peut demander plusieurs jours. Il serait stupide de passer une vie à travailler quand on sait que l'on n'en aura jamais fini avec Rimbaud, Apollinaire, Toulet, Aragon...

L'automne, dans le Nord, doit être un lycéen manipulé. Il a fait merveilleusement beau les 16 et 19 octobre sur les cortèges lillois.

J'ai mis un certain temps à me rappeler à qui me faisaient penser Fillon, Hortefeux, Estrosi et consorts, annonçant impertubablement sur tous les JT de leurs chiens de garde qu'il n'y aurait pas de pénurie d'essence. Ce déni de réel propre à tous les régimes finissants me renvoyait pourtant à une image bien particulière. Et c'est revenu d'un seul coup. Vous vous souvenez peut-être du dernier ministre de l'Information de Saddam Hussein (il ressemblait d'ailleurs étonnamment à Saddam) qui, le temps que dura cette ratonnade pétroléophile assistée par ordinateur que l'on a appelée seconde guerre du Golfe, abreuva les journalistes de communiqués psychotiques annonçant des victoires décisives sur l'ennemi qui subissait des pertes effroyables alors que les tanks bushistes étaient déjà dans les faubourgs de Bagdad.

Du coup, par association d'idées, je me demande ce qu'est devenu Tarek Aziz, le premier ministre de Saddam. Je n'ai pas entendu dire qu'il ait été pendu. Les Américains avaient trouvé dans sa maison désertée des films de Godard, des disques de jazz et quelques jolies bouteilles (du bordeaux, hélas). Ah oui, Tarek Aziz était chrétien nestorien, je crois. Ou chaldéen.  Les bougnoules ne sont pas tous musulmans comme le pensent si souvent les débiles légers des sites identitaires. On se dit qu'une soirée avec Tarek Aziz devait ressembler à une soirée avec un homme civilisé, contrairement à une soirée avec les GI qui entrèrent chez lui et qui durent  être bien déçus de voir qu'il n'y avait ni bière, ni film porno, ni rap. Regarder Masculin/Féminin en buvant du Chasse-Spleen, ça ne devait pas être leur truc. Ce n'était pas non plus le truc de leur président, d'ailleurs. On a les maîtres qu'on mérite. C'est pour cela que l'actuel soulèvement social, quelle que soit son issue, est en soi une victoire. Sarkozy gagnera peut-être avec les médias et la police, mais pas avec l'opinion. Mais enfin, rien ne dit qu'il va gagner, en plus.


Maintenant, on va écouter du doo-wop. Les Ronettes qui ont bien raison de dire que toutes les filles sont bonnes. Ecoutez ce petit joyau joyeux, et dites-moi si ça ne donne pas envie de danser un rock auldscoule au milieu des carcasses calcinées avec une fleur de pavé qui sent l'émeute et le plaisir: