Dans un pays apparemment réduit à l'hystérie communautariste des néofascistes ou à l'attitude purement tribunicienne et puritaine de quelques gauchistes sociétaux, nous, marxistes à sang froid, communistes maintenus, archéojacobins lyriques, avons des choses plus urgentes à faire. Notamment partir à La Réunion pour faire de l'éducation populaire avec Colères du Présent et puis aussi, pour nos aimables abonnés, continuer à vous faire redécouvrir les Surfs, nos Platters à nous, qui chantaient du doo wop français sous De Gaulle. Ca n'a pas d'importance est un bijou de désinvolture discrètement amère, de légèreté inquiète, de second degré élégant, d'ironie antiphrastique, bref, tout ce qui manque à ce temps à front de taureau, où les flics de la pensée ont en littérature et en art la même méthode que les flics d'Hortefeux ont en banlieue. Alors, pour oublier tous les cons, retrouvons l'élégance des Surfs et allons boire une ou deux bouteilles de Saumur Champigny Terres Chaudes de Thierry Germain en bonne compagnie.
"Dans un moment de lucidité, Winston se vit criant avec les autres et frappant violemment du talon contre les barreaux de sa chaise. L'horrible, dans ces Deux Minutes de la Haine, était, non qu'on fût obligé d'y jouer un rôle, mais que l'on ne pouvait, au contraire, éviter de s'y joindre. Au bout de trente secondes, toute feinte, toute dérobade devenait inutile. Une hideuse extase, faite de frayeur et de rancune, un désir de tuer, de torturer, d'écraser des visages sous un marteau, semblait se répandre dans l'assistance comme un courant électrique et transformer chacun, même contre sa volonté, en un fou vociférant."
En italien, menefreghista est l'équivalent du dilettante, du gars à la coule, qui n'en a rien à fiche. Dean Martin était un vrai menefreghista. On pourra lire ou relire l'excellente biographie de Nick Tosches, Dino (Rivages), à ce sujet. Et son élégance fait du bien, son manque absolu de sérieux, son sens de l'autodérision et son goût délicieusement exagéré pour le bourbon. A l'heure où les néo-puritains de tous bords sévissent dans la haine la plus irrationnelle du plaisir et de l'art, nous rappelons ici notre profession de foi(e) aux buveurs d'eau "révolutionnaires" et pisse froid de la gonflette ethnodifférentialiste: le communisme sera balnéaire, sexy et poétique ou ne sera pas. En attendant, on écoute Dean Martin qui chante et picole à la fois. Me ne frego, moi aussi Dino!
Il avait toujours su, au plus profond de lui, que la chose innommable qui l'avait raté de peu dans le ghetto de Cracovie en septembre 39, puis dans sa villa californienne en août 69, le retrouverait un jour ou l'autre.Ca vous retrouvait à chaque fois. On pouvait retarder le moment, faire diversion et, avec un peu de chance, laisser cinq ou six chef-d'oeuvres derrière soi mais ça ne vous oubliait jamais. Jamais. Qu'il lui faudrait, sale petit juif errant, artiste en plus, prendre sur lui tous les péchés du monde. C'était quand même beaucoup plus facile de s'attaquer à lui. De se refaire une virginité en l'écorchant vif alors qu'on acceptait à peu près tout de cette société-là, du management par la terreur aux désastres écologiques, de la surveillance planétaire généralisée aux bombardements massifs de populations civiles et de la domestication du vivant aux néo-virus émergents.
Les SS, Charles Manson et puis, pour finir, l'Empire du Bien.
Il allait payer. Et cher.Il était là pour ça, en fait. Depuis le commencement des temps. Allez, ordure, descends, c'est l'heure...
On s'en retourne au Mont-Noir. Et c'est bien. Comme toutes les frontières, les confins, les finistères. Mais on ne vous laisse pas seuls. Les Surfs, le groupe doo wop le plus caressant de tous les temps s'associe à moi pour vous encourager, encore et toujours, à lutter contre la société spectaculaire marchande. Car c'est bien au capitalisme que ce discours s'adresse: