mardi 31 mars 2009

L'anarchie, cette cousine trop pressée.



Elisée Reclus (1835-1905) fut un homme selon notre coeur: géographe, communard, libertaire. Il aimait les fleuves, les femmes, l'union libre. Il devait être aimable et impitoyable, précis et poète, comme notre ami Serge Quadruppani.
Voici ce qu'il écrit en 1894 dans L'anarchie(1):

"Sans doute le mouvement de transformation entrainera des violences et des révolutions, mais déjà le monde ambiant est-il autre chose que violence continue et révolution permanente? Et dans les alternatives de la guerre sociale, quels seront les hommes responsables? Ceux qui proclament une ère de justice et d'égalité pour tous sans distinction de classes ni d'individus, ou ceux qui veulent maintenir des séparations et par conséquent les haines de castes, ceux qui ajoutent lois répressives à lois répressives, et qui ne savent résoudre les questions que par l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie!"



(1)L'Anarchie, d'Elisée Reclus, (Mille et une nuits, 2, 50 euros)

Sauter les descriptions, 16



Tout un hiver, à l’époque où il fut professeur de Français, il fut hanté par le visage d’une jeune kabyle. Il n’y eut pas que l’extrême beauté de cette jeune fille qui joua un rôle dans cet envoûtement heureux. Elle ne fut même pas son élève, il la croisa simplement dans les couloirs ou lorsque les élèves se rangeaient après la récréation. Il essaya à chaque fois de ne pas la fixer trop longtemps, pour éviter toute ambiguïté. Ce fut difficile. Quelque chose l’attira, tout le temps. Il se souvint de la manière dont Aurélien fixait pendant des heures un buste représentant la noyée de la Seine. Tout un hiver avec un visage. Ce visage. Il se demanda pourquoi, évidemment. Réminiscence, vie antérieure, présage. La proximité de la frontière belge lui donna l’humeur fantastique. Il n’en parla à personne mais il fut persuadé qu’il y avait un signe. Il neigea beaucoup, cette année-là, et la neige tint. Le visage lui apparut toujours emmitouflé dans des écharpes comme seules les adolescentes savent s’emmitoufler, avec l’élégance et le sens du confort des chats. Toujours, également, sur fond blanc. Jeune kabyle sur fond blanc. Il pensa aussi à « La mort viendra et elle aura tes yeux ». Il rêva même de ce visage, certaines nuits. Des paysages dévastés qui contrastèrent avec sa sérénité à elle, son sourire et ses grands yeux qui lui mangeaient le visage. Muette, mais lui faisant comprendre qu’il ne fallait pas qu’il s’inquiétât.
Quand arriva le printemps, un jour qu’elle traversa l’avenue en face du collège, elle fut renversée par un chauffard et mourut sur le coup.

lundi 30 mars 2009

Européennes: ne pas se tromper de vote à gauche

une électrice de Lutte Ouvrière. Tu ne vas pas rigoler tous les jours. Elle ne boit pas, ne fume pas, elle ne baise pas mais elle cause.
Une électrice du NPA. Tu vas passer toutes tes après-midi à feuilleter un cahier avec des décalcomanies d'Olivier B. et le soir tu devras faire la claque à Canal+



















Une électrice du Front de Gauche (PCF-PG-GU): elle est avenante, elle boit du vin naturel, écoute du doo-wop et elle aime que vous lui lisiez les Manuscrits de 1844 en lui massant les épaules car en plus du sexe, elle adore aussi la théorie.





Nous n'avons pas mis les vers ni péhesse car on a dit "à gauche".

samedi 28 mars 2009

Sauter les descriptions, 15


Il entra dans la chambre presque obscure de la petite pension d’Evora où la Fugitive et lui traînaient depuis une semaine. Quand elle le vit arriver, elle ferma un peu plus les volets et le soleil ne fut plus qu’un rayon sur le visage de son premier amour. Le bruit du passeio de Diana s’étouffa. Elle noua ses bras autour de son cou. Après, ils restèrent en sueur sur le lit. Elle feuilleta le guide du routard Espagne-Portugal 1986. Elle demanda quand le garagiste pensait que le cabriolet 204 serait réparé. Il répondit qu’il n’en savait rien, qu’il n’était même pas passé se renseigner. Il avait juste cherché L’Humanité, sans succès. Ils convinrent que c’était déjà un miracle que la voiture ait tenu jusque-là. Le rayon rougit, arriva sur le sexe blond de la Fugitive. Le soir tomba, ils sortirent, se promenèrent dans la ville aux ruelles compliquées et somptueuses. Ils dînèrent en terrasse près d’une fontaine. Sexe, été, fontaine, vinho verde. Ils n’arrivèrent jamais en Algarve. L’Alentejo leur suffit.
Ce fut quelque chose l’Alentejo, en 1986.

Jean-Marc Rouillan, écrivain de langue française


"Nous n'attachions déjà plus aucune valeur aux titres de propriété et nous nous réclamions avec impatience de la seule valeur d'usage."

De Mémoire (1) (Agone)

jeudi 26 mars 2009

Poetry in motion





C’était un temps béni nous étions sur les plages
Va-t’en de bon matin pieds nus et sans chapeau
Et vite comme va la langue d’un crapaud
L’amour blessait au cœur les fous comme les sages

Guillaume Apollinaire, Les saisons.

Caviar noir à la Française



Après le Marignac chez Causeur, on dit du bien de DOA dans les colonnes du Figaro(1). On attend maintenant le Chainas, histoire d'avoir passé une superbe saison noire et de se rappeler que la littérature de ce temps se réfugie dans ces livres-là, racés et obscènes, politiques, sexuels, sexués, déments,hormonaux, scandaleux, sadiques, désespérés, amoureux, courageux, abjects et enchanteurs. Avec ces trois-là, le mal est de retour dans le roman noir, et ça nous change.(2)








(1)Les éventuelles remarques de la police pensée postchoc ou du kouyemaulisme kto frustré sur le fait qu'il y aurait contradiction entre l'engagement pécéheffe-situ et le fait d'écrire pour Causeur, Le Figaro, voire Valeurs actuelles seront écoutées et prises en compte avec une extrême attention par les services concernés, et notamment mon cul.
(2)Ces livres n'ont pas été approuvés par la PPP et le CULPET(comité uni des lecteurs de polars éthiques.)

Sauter les descriptions, 14




La jeune fille de quinze ans lui demanda une dédicace. On était dans la salle des mariages, classée, du Grand-Lucé. Ces noms. Ces jeunes filles. Il eut un bref instant l’impression qu’il n’allait plus tenir très longtemps. Tout cela mettait trop de temps à mourir. On ne pouvait même plus désespérer jusqu’au bout tranquillement. Le soleil par la verrière, la jeune fille, le nom, les rues de la petite ville dans la brume matinale de l’Ouest, au printemps. Un monde où les descriptions valaient la peine. Le monde d’avant. Fragments, traces, buttes témoin. Pour rappeler tout ce qu’on avait perdu. Pour souffrir de cette perte, de façon très concrète.
Il sourit à la jeune fille, griffonna quelque chose sur la page de garde. Il aurait bien mis « A Pauline, que les livres ne sauveront pas si elle ne s’enfuit pas très loin. » ou « A Pauline, pour se préparer à l’enfer prochain. » La verrière, un instant, fit exploser un rayon de soleil mauve, bleu et rouge sur le visage confiant et les cheveux blonds qu’une main encore potelée ramena derrière l’oreille. Alors il se contenta d’écrire, comme un lâche : « A Pauline, en souvenir d’une rencontre avec la 3ème 2, Le Grand-Lucé, 22 mars 2009 ».
Ça lui ferait une belle jambe, à Pauline, cette dédicace, quand elle chercherait dans cinq ou six ans sa nourriture au milieu des ruines radioactives et qu’elle la disputerait aux rats mutants, aux chiens sauvages ou aux pillards amateurs de viols collectifs.

dimanche 22 mars 2009

Poetry in motion



Antonioni


Fidèles

A nos éclipses
On aura beau dire
On aura beau faire
On ne pourra nous retirer
Cette élégance des temps endormis

Là-bas
En Atlantide.



JL, Opal Coast, 03 /09

samedi 21 mars 2009

Trois ans après


Un bel hommage du toujours excellent Bruno Maillé sur Causeur pour les trois ans de la mort de Philippe Muray. Muray, penseur majeur un moment qualifié de nouveau réactionnaire par un crétin, est avant tout un écrivain indispensable pour résister à la post-modernité et à toutes les polices postchoc de la pensée. Contre la Tyrannie du Bien, la Bonne Conscience, le Sociétal, il avait compris et fait comprendre, dès son ouvrage majeur Le Dix-neuvième siècle à travers les âges, qu'il n'y a aucune différence de nature entre la bêtise meurtière du bourgeois louis-philippard et celle par exemple de Laurence Parisot mais aussi de Dany Cohn-Bendit.
On pourra lire les poèmes de Minimum Respect, ou se procurer le CD où ils sont slamés par l'auteur lui-même. C'est à la fois tragique, lucide et irrésistiblement drôle.
Muray est mort, et il n'y a toujours aucune réconciliation possible avec ce monde-là.

vendredi 20 mars 2009

La manif

Chronique du Talon de fer parue ce jour dans Liberté Hebdo:

La veille du 19

Demain ce sera le 19 et, quand vous lirez cette chronique, nous serons le 20. Les esprits déductifs comprendront donc qu’elle est écrite le 18, et que c’est un peu comme une veillée d’armes, quand on attend, l’espérance au pied, la minute prescrite pour l’assaut. Nous aurons tous, bien sûr, des mots d’ordre communs comme il convient à une grande démonstration de force populaire. Et puis, dans le secret de nos cœurs, il y aura des raisons plus intimes, mais toutes aussi justifiées. Une lutte sociale, c’est aussi un moyen de se souvenir ou d’espérer, de rêver ou d’exprimer sa colère pour des motifs plus personnels, le temps d’un défilé, entre banderoles, slogans et calicots.
Alors, comme nous sommes le 18, voici 18 raisons secrètes, tragiques ou dérisoires, qui seront peut-être dans les têtes de celles et ceux qui vont arpenter le pavé lillois :
1) Je manifeste parce que j’aimerais bien revoir la grande infirmière blonde avec qui j’avais discuté le 29 janvier.
2) Je manifeste parce qu’il fait beau et qu’il faut que je prépare mon bronzage.
3) Je manifeste parce que je t’aime et que j’aimerais t’aimer dans un monde plus juste.
4) Je manifeste parce que je n’ai pas terminé ma dissertation de philo pour vendredi et que j’aurai une excuse. Sujet : « Toute prise de conscience est-elle libératrice ? » Si ça se trouve, en plus, la manif me donnera des idées.
5) Je manifeste parce que le 19 mars 1962, c’était la fin de la Guerre d’Algérie mais que je fais toujours des cauchemars cinquante après avoir été soldat là-bas.
6) Je manifeste parce que je n’ai pas dormi de la nuit. Ma fille de huit ans a toussé sans arrêt mais c’est bien connu que les sirops sont des médicaments de confort et ne sont plus remboursés.
7) Je manifeste parce que j’aime bien le soleil sur la façade de la gare et les fontaines quand le cortège arrive rue Faidherbe.
8) Je manifeste parce que j’ai entendu dire qu’ils ne voulaient pas toucher au « bouclier » fiscal des riches mis en place par Sarkozy. Et que je voudrais avoir une épée, moi, fiscale ou pas. Juste une fois. Pour rétablir l’équilibre.
9) Je manifeste parce que le 19 mars, c’est la Saint Joseph. Et que moi aussi je suis couvreur, cocu et pas content. Je suis chômeur en plus.
10) Je manifeste parce que j’ai encore une fois entendu ce matin à la radio un éditorialiste collabo se demander pourquoi la France est si difficile à réformer. Un éditorialiste qui va claquer le midi dans un repas avec ses potes ma paie mensuelle de caissière à temps partiel.
11) Je manifeste parce qu’on ne sait jamais, ce sera peut-être le début de la révolution et que ce sera bien de raconter à mes enfants comment tout a commencé.
12) Je manifeste parce que j’ai voté Sarkozy en 2007 et qu’il n’est jamais trop tard pour rattraper une erreur. Et tant mieux si mes chaussures me font mal. Je l’ai bien mérité.
13) Je manifeste parce que j’ai été contrôlé par la police quatre fois cette semaine. Que je sois Noir, que je m’appelle Abdoulaye n’a évidemment aucun rapport, n’est-ce pas, monsieur Besson ?
14) Je manifeste parce que pour la troisième fois on a refusé de remettre en liberté Julien Coupat, en prison depuis le mois de Novembre, accusé sans preuve d’avoir saboté des TGV mais surtout de vouloir penser un monde différent (1), où l’homme compterait plus que la technique et l’économie.
15) Je manifeste parce que je vais rencontrer des gens en vrai, pas comme sur Facebook. C’était bien la peine d’avoir lutté contre le fichier Edwige pour donner de soi-même des informations sur soi que tout le monde pourra lire, tout ça pour trouver des « amis » qu’on ne verra jamais…
16) Je manifeste parce que je suis fatiguée et que si je ne manifeste pas, ce soir, je serais encore plus fatiguée
17) Je manifeste parce que j’ai peur et que si je ne manifeste pas, ce soir, j’aurais encore plus peur.
18) Je manifeste parce que je veux réussir ma vie, c’est à dire surtout ne pas avoir de Rolex à cinquante ans.


Jérôme Leroy

Dernier livre publié : La minute prescrite pour l’assaut (Fayard / Mille et une Nuits)

(1) L’insurrection qui vient et Théorie du Bloom (La Fabrique)

jeudi 19 mars 2009

Poetry in motion


pour ALG, à nos terrasses, à nos échos


J'ai bien connu cette fille
L'année de ma mort
Elle fumait au soleil
Aimait le jus d'orange
La plage était un sport de combat
Derniers orgasmes avant la marée
La marée haute.

3 -19-09 jleroy

mercredi 18 mars 2009

Engels, jeune homme en colère.


La postface à notre réédition de La situation des classes laborieuses en Angleterre est en ligne sur Causeur.
Vos commentaires seront les bienvenus, quand bien même le terrain ne vous plairait pas. Je ne peux que saluer, en ce qui me concerne, la liberté totale dont je bénéficie sur ce site.

DEMAIN, LA GREVE; APRES-DEMAIN, LA SOCIETE REELLEMENT SOCIALISTE








"Anéantir ce néant n’a rien d’une triste besogne.
L’agir y retrouve une nouvelle jeunesse. Tout prend
sens, tout s’ordonne soudain, espace, temps, ami-
tié. On y fait flèche de tout bois, on y retrouve
l’usage – on n’est que flèche. Dans la misère des
temps, «tout niquer» fait peut-être office – non
sans raison, il faut bien l’avouer – de dernière
séduction collective."

Comité Invisible, L'insurrection qui vient.



mardi 17 mars 2009

Sauter les descriptions, 13



Ils s’aimèrent comme des fous. Ce fut en 1984, et il ne laissa personne dire par la suite qu’avoir vingt ans en 84 fut le plus bel age de la vie. La gauche n’était déjà plus la gauche, elle était partout où était le Capital. On s’aperçut que le temps d’Orwell était arrivé. On fit de sinistres prédictions. On eut raison. Eux, malgré tout, ils vécurent comme des agents secrets heureux. Ils passèrent leurs journées au lit, à Rouen, Trouville, Lisbonne, Florence, Rome puis encore Trouville, puis encore Lisbonne. Ils burent du thé vert. Ils lurent Proust. Ils firent l’amour. Ils fumèrent des Benson dorées et s’amusèrent à faire dans l’obscurité des courbes orangées avec leurs cigarettes.Tout ça dans des proportions variables selon les saisons, les humeurs, les villes. Une fois, elle lui lut La Prisonnière pendant deux heures d’affilée dans une chambre de l’Alfama. Ce fut un monde sans téléphone portatif, qui exista réellement. Un monde dans lequel être loin fut relativement facile, même sur une plage normande, le temps d’un ouiquènde. Un monde beau et provisoire comme le corps d’une longue blonde française qui ressembla, à cette époque de sa vie, aux Van Dongen sur les couvertures de l’édition Folio de la Recherche.

Combattre sur tous les fronts


On a dit du mal du capitalisme et de la science mais du bien de Julien Coupat chez Taddeï hier soir.
Ne jamais lâcher l'affaire

samedi 14 mars 2009

Le bon goût d'Ariane

Il Sorpasso, dans le top five, évidemment. Voire le podium. La plage, la légèreté, la tragédie, le twist, Catherine Spaak en bikini. Du génie de Dino Risi en particulier et de l'Italie en général. Catherine Spaak en bikini, et je n'étais même pas né ou à peine. Y a pas de justice.

Les vraies valeurs









Nous nous aperçevons avec horreur que nous avons posté deux photos traumatisantes aujourd'hui, enfin hier, celle de la sociale-libérale et celle du préfasciste otanien. Pour nous faire pardonner, des photos représentant les vraies valeurs musicales, poétiques, politiques, picturales et sexuelles de Feu sur le quartier général!
Pour ceux que ça intéresse, nous sommes invités chez notre pote Pierre-Louis Basse demain vers 12H30 en direct du salon du livre. C'est bien parce que c'est lui. Le salon du livre, l'endroit qui vous donne envie de ne pas savoir lire.

vendredi 13 mars 2009

ET ON DIT MERCI QUI?


9 mai 2012, second tour des élections présidentielles


Monsieur Nicolas Sarkozy (UMP): 76, 52%
Monsieur Olivier Besancenot(NPA): 23, 48%

Julien Coupat reste en prison.




Troisième demande de remise en liberté refusée pour Julien Coupat, terroriste aux pouvoirs parapsychologiques qui arrête les TGV par les seules forces de la pensée.
Les services de police ont renforcé la surveillance autour de la Santé car on craint une tentative d'évasion orchestrée par ses amis superhéros, notamment les Quatre Fantastiques.
En effet plusieurs exemplaires de L'insurrection qui vient et de la Théorie du Bloom ont été retrouvés au domicile de La Chose. La Femme Invisible, quant à elle, aurait une résidence secondaire à Tarnac. Ce coup-ci ,Alain Bauer et Mam sont sûrs de leur affaire...
Avis à tous les trentenaires et les Jeunes-Filles (Coupat a trente cinq ans): ne vous avisez pas de produire du concept, ou c'est le gnouf. Restez sur Fessebouque et les réseaux sociaux, on s'occupe de tout. Vous n'avez rien à craindre.

Erotiquement libertarien? Bah...



Bon, il fallait bien que ça arrive. Mais entre les deux, là, il n' y a pas photo. Ma chasseuse de grizzly a l'air quand même plus heureuse sous l'homme que la Bernadette Soubirous du social-libéralisme.
Le calme de l'orgasme souverain contre l'hystérie néo-féministe.
Le clin d'oeil sexy contre le sourire plaqué.
Le corps réel contre le corps virtuel.
L'une aime le sexe, la chasse, les dérives alcoolisées en motoneige. L'autre préfère la pseudo- diversité, l'empire du bien, le puritanisme spectaculaire.
L'une jouit, l'autre communique.
Fra-ter-ni-té, mon cul.
Je veux picoler et baiser sur des peaux de bêtes, pas faire de la démocratie participative.
Sarah, je t'aime.
L'Alaska, c'est par où?
Attends-moi. Je viens. Je viens fort.

jeudi 12 mars 2009

Sauter les descriptions, 12


L’été 2000, il resta à Naxos deux mois. L’après-midi, il écrivit son roman à la Moutsouna et le soir, il dériva avec son hôte dans les bars et les boîtes du port ou de la vieille ville vénitienne. Ils burent exagérément d’ignobles vodkas redbull et dansèrent comme des furieux sur Kati Garbi, une Sheila dionysiaque qui chantait To Kati, le tube panhéllenique de ce dernier été du siècle. À l’aube, ils fumèrent souvent une herbe d’excellente qualité sur les transats des plages d’Hagia Anna. To Kati. Les Choses. Dionysiaque ou perequienne, allez savoir. Si, dionysiaque plutôt. Quand il repensa à tout ça, plus tard, il n’arrivait pas à se souvenir d’avoir dormi plus d'une ou deux fois pendant ces huit semaines. Le roman avançait tout seul dans le matin naxiote.
Ça ressemblait au bonheur, en fait.

Tuons les mous du slam.


Notre camarade dandy Arnaud Le Guern, en compagnie de Thierry Sechan, publie Nos amis les chanteurs, dernière salve. On sait l'importance que les Défuntes puis ce blog ont accordé et accordent à la variétoche comme symptôme codé de l'histoire contemporaine.
Je n'oublierai jamais que j'ai mis ma langue pour la première dans la bouche de Corinne en 1976 sur Adieu Jolie Candy et que j'ai pleuré comme un veau sur La plus belle pour aller danser en 1988 lors de mon premier chagrin d'amour.
C'est pour cela que le livre de Séchan Le Guern est indispensable et qu'on vous en dit plus sur Causeur

Poetry in motion et insomnie



pour Jane


225 jours sous l'herbe
et tu en sais plus que moi.

ils ont pris ton sang depuis longtemps
tu es une brindille sèche dans un panier.

est-ce ainsi que ça marche?

dans cette chambre
les heures de l'amour
font toujours des ombres.

quand tu es partie
tu as presque tout
emporté.

je m'agenouille dans la nuit
devant les tigres
qui ne me laisseront pas en paix.

ce que tu étais
n'arrivera plus.

les tigres m'ont trouvé
et je m'en fous.

Charles Bukovski

mardi 10 mars 2009

Un bien triste anniversaire


L'université de Kaboul en 1980 pendant la présence soviétique: une promiscuité malsaine entre filles et garçons.



Merci, l'Otan: notre émancipation est désormais totale.



Il y a vingt ans, les troupes soviétiques se retiraient d'Afghanistan. Sous la pression conjuguée de hordes barbues féodales et théocratiques, de conseillers américains qui les surarmaient et de la mollesse gorbatchévienne, les glorieux soldats de l'Armée Rouge laissaient, les larmes aux yeux et la rage au coeur, un peuple qui connut durant leur présence une parenthèse enchantée, celle de l'universalisme marxiste. Demandez à une Afghane de cinquante ans, mettons, la seule période de sa vie où elle put se promener à visage découvert, passer son permis de conduire et suivre des cours à l'université ou à l'école d'infirmière. La seule période où le taux d'alphabétisation augmenta.
Depuis, ce qu'elle a connu, c'est les Taliban (armés par les Américains puis ennemis des Américains suite à un différent immobilier new-yorkais le 11 Septembre), la guerre totale puis l'occupation otanesque ET les talibans. C'est vrai qu'elle aurait pu connaître Massoud, ce héros martyr des droits de l'hommes, dont la principale liberté qu'il avait prévue d'accorder était la longueur du tchador.