mercredi 4 novembre 2009

La possibilité du communisme







Sur le Piton d'eau, avec les derniers éleveurs de boeufs en liberté de l'île, au flanc du volcan. 60 têtes environ pour 4000 hectares. Une insulte à l'agriculture productiviste.
Boucan clandestin, ciels changeants, on est à près de 2000 mètres.
Ils vivent là deux jours sur trois, traqués par l'ONF, le Parc, Bruxelles. Leur élevage traditionnel abimerait l'environnement. C'est pour cela sans doute qu'ils ont pu nous offrir tout ce qu'on trouve naturellement dans un rayon de deux cents mètres: le miel sauvage et les piments, le gingembre et les grenadines galets, j'en passe et des meilleures, comme la zamal que l'on fume sans tabac pour ne pas perdre son goût de fleurs. Elle vous envoie, accompagnée par le rhum arrangé avec le camphre, le citron, les écorces de benjoin et les noix de cola, en vol supersonique à basse altitude dans la ravine et sur le cuivre de l'Océan Indien.
Zamal airlines.
Quand vous revenez, on parle à nouveau. On parle politique, agriculture biologique, refus du marché, bonheur d'être au monde, là, avec une morale des sommets. L'odeur de bois fumé entête.
Et l'on ne sait plus si on a affaire aux derniers hommes libres du monde d'avant ou aux premiers de l'âge des nouvelles émancipations.
On est venu pour leur faire écrire sur tout cela.
On aura besoin de toutes les expériences d'utopies concrètes, de tous les témoignages quand l'effondrement prochain de la sphère technomarchande fera apparaître l'hypothèse communiste dans toute sa radieuse beauté matinale et qu'il faudra, ce coup-ci, ne pas la rater et l'étreindre comme une amoureuse de la dernière chance.

"Le communisme, c'est le retour total de l'homme à soi, en tant qu'homme social, c'est à dire humain."
Karl Marx, Manuscrits de 1844