lundi 7 septembre 2009

Catherine Isabelle Duport


Avec la folie obsessionnelle qui nous caractérise périodiquement, nous ne cessons de voir et revoir en ce moment Masculin Féminin de Godard. Nous y traquons non sans un certain désespoir devant la vanité de la quête, une clef, un signe, un indice, une trace, un avertissement, enfin quelque chose qui nous dirait: "Attention, il est minuit moins cinq à l'horloge du monde d'avant". Et nous ne trouvons pas. Et nous tournons dans la nuit.
A moins que.
A moins que le visage de l'adorable Catherine-Isabelle Duport ne soit le signe tant attendu. Ce n'est pas un hasard d'ailleurs si Léaud, déjà saisi par les prodromes de la folie spectaculaire lui préfère Chantal Goya, starlette yéyé dans le film.
Oui, regardez ce visage, ce visage de Française de 1966.
Imaginez cette bouche qui n'a jamais mangé les aliments trafiqués de l'agro-alimentaire contemporain.
Imaginez ces oreilles qui n'ont jamais été pénétrées par des écouteurs délivrant directement dans le cortex du son MP3.
Imaginez ces yeux qui n'ont jamais vu la pornographie du chômage de masse, de la précarité, des fortunes démesurées et de la misère voisinant à quelques stations de métro délabrées. Imaginez-la ne consultant pas dix fois par jour un téléphone portable, en sortant du cinéma, du bain, ou de l'amour.
Imaginez-la avec pour seul "réseau social" son agenda et deux ou trois photos de classe.
Imaginez-la dans un temps, une durée et des lieux où elle pouvait encore aisément s'abstraire de la propagande publicitaire qui n'en était qu'à ses balbutiements.
Imaginez-la qui danse.
Elle s'appelle Catherine-Isabelle Duport.
Elle est belle d'une beauté antéspectaculaire. La clarté, la douceur corrégienne qui vient de ce visage-là dit assez tout ce que nous avons perdu.
Elle vit en Atlantide.