samedi 22 août 2009

Aucune raison de rentrer dans l'immédiat.




Finalement, aucune raison de rentrer dans l'immédiat. Le soleil du matin fait un losange lumineux sur le bois du lit, dans la grande chambre encore obscure et fraîche. Nous sommes loin, libres, inquiets, heureux, attentifs, au coeur vivant du vieux pays.
Allen, Allen!
Le journal régional, plutôt bien fait, suffit à nous renseigner sur l'infamie du réel. Il faut aller le chercher à cinq ou six kilomètres. Nous vieillissons, mais nous vieillissons dans un bonheur aimablement tragique.
La fin approche. La nôtre, celle du monde, allez savoir.
La vue est magnifique. Il faut quelques jours pour s'aviser que c'est l'absence de toute contruction humaine qui la rend encore plus émouvante.
Deux lignes de collines, des prairies, des forêts pour maquisards FTP et le souvenir d'un vers de ce cher Guillaume: "Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir."
Ou alors une des dernières phrases écrites par Hemingway, quelques jours avant son suicide, en réponse à la lettre d'un petit garçon: "La campagne est si belle par ici."
Nous citons de mémoire. Nos bibliothèques sont loin.
Nous pourrions tenter notre chance plus au sud, où les coeurs purs créent un peu partout des utopies concrètes qui ont l'air heureuses, quand elles ne sont pas raflées par l'antiterrorisme des temps terminaux.
Mais nous sommes des hommes du monde d'avant, trop vieux pour ces vies nouvelles, inutiles avec nos nostalgies, nos concessions, nos lâchetés. Nous les gênerions.
Décidément, aucune raison de rentrer dans l'immédiat. La campagne est si belle par ici.