dimanche 12 juillet 2009

Sauter les descriptions, 23


Apaisé par un paysage chinois, il retrouva sa respiration, non sans quelques difficultés. Fleurs et oiseaux. Wang Wei. Boire du thé pou’er, minuscule, tout en bas du rouleau, rêveur dans un pavillon rouge, à regarder vers l’Ouest, au bord de l’eau. Il pensa que rentrer dans l’image serait une bonne solution, tous ceux qui allaient rentrer dans une image seraient sauvés, de toute manière. Cet album de Bob et Bobette, lu enfant. Le fantôme du tableau flamand ou quelque chose de ce genre. Pas contre. Vraiment pas contre. La ligne claire, la mise en abyme. Les couleurs simples. Respire. Il entendit une voiture qui passa dans la rue avec un haut-parleur. On annonça un spectacle gratuit. Respire. Une voix du monde d’avant, une façon de faire du monde d’avant. Le temps où l’on disait réclame, transistor, amour. Le temps où l’on n’avait pas besoin de Wang Wei ou du souvenir incertain de Bob et Bobette pour rattraper le souffle qui se sauvait comme un chat refusant d’être pris dans les bras. Il se rappela dans le même genre les marchands de glaces. Respire. Le petit air saturé dans l’été de la ville natale. Le xylophone grésillant, sibilant.
Sa respiration s’affola de nouveau, partit un peu n’importe comment. Le chat. La ville natale. Le rouleau. Le haut-parleur. Le pavillon rouge.
Il s’évanouit enfin.