dimanche 28 juin 2009

"Qu'il me baise des baisers de sa bouche..."



Bon, alors, au coeur de la nuit, les choses deviennent soudain très claires.
Cette chanson est une des plus jolies de la variété française.
Cette chanson, dans sa légèreté acidulée, pourrait assez facilement mettre les larmes aux yeux.
Cette chanson, avec Le lis de mer d'André Pieyre de Mandiargues et Le Cantique des Cantiques d'un roi juif mélancolique, est sans doute le plus beau texte jamais écrit sur une initiation sexuelle acceptée, souhaitée, appelée dans la souveraineté d'un désir à la fois libéré, inquiet et rieur.
Cette chanson prouverait, si besoin en était, que rien n'est plus beau que les filles de la mer Noire, à vingt ans.
Cette chanson mesure avec cruauté "la perte de tout langage adéquat aux faits" en moins d'un demi siècle. Qui comprend aujourd'hui des mots comme "évincer", "le souffle qui manque à ma vie", "au seuil des amours éternelles" quand même les postchocs de bonne famille disent "ouais", "fais chier", "grave" à tout bout de champ.
Cette chanson a notre age et nous saisissons soudain à quel point nous sommes du monde d'avant.
Cette chanson sera assez idéale pour vider notre dernier chargeur de Mac 50 sur on ne sait qui, on ne sait quoi, quand les dernières villas seront en flammes.
En attendant, écoutez et mesurez ce qui a été perdu et qui ne reviendra plus.
Pour nos frères et soeurs en insomnie, salut et fraternité.