lundi 29 juin 2009

Mes plaisirs et mes jours.



Finalement, nous avons décidé de rester un peu plus longtemps que prévu en Normandie. Le jardin est très beau en cette saison, caché derrière ses murs couverts de vigne vierge, dans l'odeur de l'herbe et du bigarreau. Rien ne vaut ces premières journées d'été, sur une chaise longue, en compagnie des chats. Rien ne vaut cette impression de reprendre son souffle, de retrouver une certaine intimité avec le Temps.
Samedi après-midi, nous avons subi le Premier Salon du Livre de Rouen dont les organisateurs pensent qu'il suffit d'entasser cent cinquante auteurs dans un monument historique surchauffé pour faire un événement culturel. Les Rouennais n'ont décidément pas changé depuis Flaubert qui décrit si bien ce qu'ils sont dans sa Correspondance. Le public, dans lequel les quinquagénaires faisaient figure de galopins sans vergogne, a fait preuve d'une très grande curiosité intellectuelle en se précipitant autour de la table de Jean-Louis Debré et plus généralement des "vus à la télé".
En plus, nos ex devaient toutes être mariées avec des types qui avaient trop fait joujou avec les subprimes puisque si elles sont venues nous dire bonjour, elles n'ont pas mis la main au porte-monnaie pour autant. Alors, après avoir demandé à ce que l'on nous exfiltre de ce piège à rats, nous nous sommes longuement promenés dans la ville où il y a toujours un coin qui nous rappelle...Nous sommes entrés dans les deux seules sortes d'échoppes qui nous intéressent vraiment, les bouquinistes et les cavistes. Bien nous en a pris puisque nous avons trouvé un René Fallet que nous n'avions pas lu, Les Pas perdus, avec remerciement de l'auteur à André Breton pour la libre disposition du titre. Mais aussi et surtout, nous avons trouvé de L'antidote, le vin naturel de Jean-Christophe Comor, gaulliste auldescoule que nous avons quelques fois rencontré dans d'aimables conjurations et qui a abandonné la politique pour devenir vigneron afin de travailler le cépage Carignan comme il aurait voulu s'occuper de la France, avec amour.
Alors, évidemment, le soleil, le jardin, le vin, et René Fallet qui écrit: "Georges rapide attrapa un fusain et traça sur le mur un Y aussi grand que la blonde. Et cette fourche le projeta au fond des granges de l'été."
Sincèrement, vous trouvez qu'il y a des raisons de repartir dans l'immédiat? Vraiment?