vendredi 17 avril 2009

Sauter les descriptions, 18


Il entendit Sapore di sale de Gino Paoli et se dit qu’il aurait pu faire comme si. Comme si ne pas avoir connu l’Italie des années soixante n’était pas pour lui une manière d’exil. Comme si on ne l’avait pas chassé de l’Eden. Dieu avait évidemment fait une erreur de casting. Garçon de bain en 62 à Positano, c’était quand même plus intéressant. Passer de l’huile solaire sur le dos de Catherine Spaak, rapporter un peignoir dans la cabine de Monica Vitti, servir à Léa Massari un granité au citron qu’elle aurait appliqué un instant à la naissance de ses seins parce que ce n’est pas pour dire, mais juillet 62 sur la côte amalfitaine, ça tapait fort. Mais il ne fit pas comme si. Il accéléra et, au bout d’un moment, la Fugitive lui fit remarquer qu’il allait un peu vite tout de même. Comme ce n’était pas une idiote, elle changea de station, une fois la chanson terminée. Ce fut, assez vite, un bulletin d’information.
On apprit ainsi qu’un terrain de jeu avait été pilonné en Slavonie par une artillerie post-communiste quelconque et que trois enfants avaient été déchiquetés alors qu’ils faisaient de la balançoire.
Faire comme si.