jeudi 16 avril 2009

FLANDRES


C'est très simple finalement, c'est à quarante kilomètres d'une métropole, ce sont des collines dans un pays plat, c'est une villa au sommet d'une centaine d'hectares et l'on voit très loin jusqu'aux monts d'Artois, jusqu'à la côte si le temps est clair.
Avril est comme dans un poème de Toulet.
Pas de télévision, mais des livres et des grandes filles blondes à vélo qui peinent sur la fin. Les portables passent mal.
On entend son sang dans la nuit et on se souvient de ce présocratique (Héraclite, Empédocle?) qui avait dit Le sang qui baigne le coeur est pensée.
On écrit beaucoup, on se promène aussi avec le sentiment géographique de passer, le temps d'une clairière, d'un pays l'autre.
On relit Breton au soleil.
On reçoit la couverture de Jean-Claude Claeys pour En harmonie, notre roman sur Frédéric Fajardie.
On reçoit un fax (oui les fax existent encore...) de la section: "Tu peux être dimanche à Wazemmes? On distribue avec le PG" .
On met deux heures à ouvrir le Net: petites calomnies hystériques habituelles. Haine du sens, du détour, de la dialectique. On est étonné. La bêtise à front de taureau se porte bien. Réflexes prévisibles de la haine de soi. On oublie. On sait que d'autres grains de voix apaisés vous aiment dans les conversations nocturnes. Toutes les femmes ne sont pas Américaines comme les décrit Sollers dans son seul bon livre de ces dernières années, Mémoires, un vrai roman: "Infréquentables pour la plupart: argent, plaintes, roman familial, infections pseudo-psy."
On écrit. On écrit. On écrit.
Le texte se déroule tout seul sur l'écran.
Les jacinthes explosent sur l'herbe en quarante huit heures mauves.
Nous n'avions jamais vu de renard, auparavant, dans le brume du matin.
Le mèle d'un ami là bas en Bretagne avec sa fille donne des envies d'embruns.Lui aussi relit Breton.
Hasard objectif?
Nous avons le sourire aux lèvres.
Le temps est de notre côté, décidément.