mercredi 4 mars 2009

Sauter les descriptions, 10


L’année de sa mort, il lut beaucoup de poésie. Il avait toujours trouvé quelque chose de consolant dans la beauté. Et la beauté, comme la raison, on ne la trouvait plus que dans la poésie. Il se dit que s’il avait été Dieu, il aurait pardonné aux hommes d’avoir salopé la création, simplement parce que les hommes avaient parfois écrit de la poésie. Seulement Dieu n’existait pas et si par hasard Il existait, Il était beaucoup moins coule que lui. C’était cela, Dieu n’était ni coule ni poète. Dieu n’aimait pas qu’on arrive dans une station balnéaire à bord d’un cabriolet Peugeot, une fille aux jambes bronzées sur le siège du passager et, dans le coffre minuscule, un sac de voyage avec des chemises blanches, des bermudas et une édition originale des Contrerimes de Paul-Jean Toulet. Celle du Divan, avec les losanges. On l’aurait su s’Il avait aimé ça.
L’année de sa mort, oui, il caressa pas mal de jambes bronzées et lut pas mal Toulet dans pas mal de stations balnéaires.
Une année plutôt agréable, finalement, l'année de sa mort.