jeudi 26 février 2009

Sauter les descriptions, 8


Il regarda le couple, dans le bar de nuit où il buvait, sans éprouver la moindre douleur. Il en fut plus surpris que soulagé. Ce n’était pas forcément bon signe. Le couple, donc : lui avait son age, une belle gueule, pas de ventre, le salaud, et elle, la sensualité fraîche et l’élégance sage des jeunes femmes catholiques, immatriculées 78. D’habitude, quand il voyait des couples comme celui-là, il sentait son cœur se pincer et s’apercevait qu’il en avait assez des folles, des psychanalysées, des martyres obscures, des dépressives, des inhumaines, des mutantes. Oui, des couples comme celui-là lui donnaient des envies de berlines luxueuses et sans ostentation qui font crisser le gravier dans l’allée d’une malouinière, la nuit. Et l’envie, aussi, de ce long corps pâle de française, avec des hanches et des seins comme avant, dans le rêche des draps empesés. Et de faire tout ça sans complication excessive parce que la chaudière n’a pas encore eu le temps de bien se mettre en route, et que l’important sera de s’endormir dans les bras l’un de l’autre en écoutant la mer ou en lisant un roman de Paul Gégauff.
Mais là, non. Rien. Pas d’images, pas de pincements.
Il commanda un autre ouisquie. Il était encore plus mort qu’il ne pensait.