dimanche 15 février 2009

Sauter les descriptions, 3


Il éprouva, pour la première fois, vers l'age de huit ou neuf ans, ce qu'il devait appeler plus tard "un fort sentiment d'irréalité." La sale impression d'être le rêve de quelqu'un ou, à l'inverse, de rêver le monde qui l'entourait, le monde qui se réduisait à une illusion. Tout cela était extrêmement angoissant, en fait. Il avait toujours peur de se réveiller un matin et de se retrouver dans une réalité pénible, par exemple comme compagnon d'orphelinat d'Oliver Twist, brutalement rappelé à l'ordre par la férule d'un maître victorien sadique le chassant du rêve qu'il avait cru être sa vie, celle d'un petit garçon de 1972, avec des grands parents qui l'emmenaient à la mer, dans une Simca 1100. Ce "fort sentiment d'irréalité" le fit beaucoup souffrir, pendant plusieurs années, par intermittences violentes. Quelque chose le dissuada, pourtant, de se confier à une humanité aussi incertaine. Il n'avait pas confiance. Il avait sans doute raison.
Tout cela disparut définitivement quand il entra pour la première fois dans une fille.
Il était temps.

JL 2/2009