vendredi 13 février 2009

Sauter les descriptions, 2


Il apprit la mort de son père alors qu'il était dans un TGV, entre Lille et Paris. Il ferma son portable. Il comprit pourquoi il avait toujours détesté les téléphones. Les téléphones étaient l’équivalent symbolique de la mort. Il avait trouvé de tout temps quelque chose de discrètement obscène à ces voix sans corps. Ces voix plus ou moins déformées. C’était sa femme qui lui avait annoncé la nouvelle. Peut-être qu’elle pleurait, après tout. On entendait mal avec le bruit du TGV. Le trajet allait encore durer une demi-heure. Il regarda son portable. Saleté. Des voix déformées, sans corps, pour dire que d’autres corps avaient disparu, définitivement. D’autres corps qui ne téléphoneraient plus jamais. Le corps de son père, par exemple.
Son père qu’il n’avait pas eu au téléphone depuis un temps fou, d'ailleurs.


JL 2/2009