lundi 9 février 2009

Anticommunisme, cholesterol et mitrailleuse lourde

Le talon de fer du vendredi 5 février dans Liberté Hebdo




« Tout anticommuniste est un chien » avait dit Jean-Paul Sartre, au moment de la Guerre Froide. La Guerre Froide est terminée, contrairement à la guerre de classes qui elle dure toujours, et pourtant ça aboie encore dans les travées de l’Assemblée Nationale. Deux députés, qui s’étaient déjà fait remarquer en voulant réécrire l’histoire de France pour souligner « le rôle positif de la colonisation », Christian Vanneste et Lionel Lucca veulent créer une journée de commémoration pour les victimes du communisme. On ne plaisante pas : apparemment, ils n’ont rien de plus urgent à faire. Elle aurait lieu le 9 novembre, jour de la chute du mur de Berlin. Christian Vanneste, député de Tourcoing, est bien connu pour sa mansuétude envers les homosexuels qui seraient un danger pour l’humanité. Les cocos, les pédés, il y en a qui ont de la suite dans les idées. On attend les Nègres, les Juifs, les Arabes. Mais là, ça va être un peu plus compliqué, il y a une loi pour empêcher de dire n’importe quoi sur n’importe qui. C’est la loi Gayssot. Mais dites donc, Gayssot, il ne serait pas communiste ? La vie est compliquée, Christian, parfois.
On peut se demander pourquoi cette idée leur vient maintenant, à ces élus de choc. C’est vrai, je n’ai pas l’impression que les chars soviétiques soient à nos portes, je n’ai pas entendu dire que Cuba nous menaçait d’invasion et jusqu’à preuve du contraire, hélas, le Parti Communiste Français n’est pas sur le point de gagner les prochaines élections présidentielles (Quoique, au train où ça va, on ne sait jamais…). Alors pourquoi Lucca, Vanneste et quelques autres Dalton de l’ultra-droite ont un soudain souci pour les victimes du communisme ? Ne serait-ce pas, tout bêtement, parce que le communisme revient à la mode, que l’on se remet à lire Marx un peu partout dans le monde et que, lorsqu’on a perdu sa maison, son travail et que l’on voit son gouvernement inventer des plans de relance qui relancent surtout les bénéfices des banquiers, des phrases comme celles-ci font leur petit effet : « Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. » On trouve ça juste à la fin d’un livre qui peut toujours servir, qui s’appelle Le Manifeste du Parti Communiste et qui, à ma connaissance n’a jamais tué personne. Et puis le jour où j’aurais envie de discuter des expériences du socialisme réel, notamment en Europe de l’Est, allez savoir pourquoi, ce n’est pas avec Lucca et Vanneste que j’aurais envie de le faire. Ce serait comme parler œnologie avec un buveur d’eau ou sexe avec un moine tibétain : je ne pense pas que le dialogue soit très fructueux, au bout du compte.
Le capitalisme, lui, en revanche, du monde, il continue à en tuer. Et tous les jours, et sous les formes les plus variées. Une des plus abjectes est sans aucun doute le commerce des armes parce que le vendeur sait très bien que ce qu’il vend est mortel (bon d’accord, c’est vrai aussi pour la restauration rapide, mais le cholestérol tue moins vite tout de même qu’une rafale de mitrailleuse.) C’est pour cela que nous recommandons à l’attention des lecteurs de Liberté Le journal intime d’un marchand de canons (1). L’auteur, Philippe Vasset est journaliste et sait de quoi il parle puisqu’il est rédacteur en chef de la lettre d’information Intelligence On Line. Il s’agit d’un roman passionnant, extrêmement documenté, et l’on reconnaîtra sans peine nombre d’affaires récentes. Le narrateur, ce qui est glaçant, n’a pas le moindre scrupule moral et emploie le vocabulaire habituel des cadres de haut niveau. Dans un de ses rares accès d’humanité, il explique que tout petit, il voulait être espion.
Tiens, comme moi.
Mais moi, je voulais être espion communiste.


(1)Journal intime d’un marchand de canons de Philippe Vasset (Fayard, 15 euros 90)



NB:La première illustration représente une des dates tragiques de l'histoire du XXème siècle: la chute du mur de Berlin qui permit au capitalisme de plonger l'humanité toute entière dans la stupeur sans réplique et le présent perpétuel des démocraties spectaculaires-marchandes.