dimanche 25 janvier 2009

De quoi la gauche est-elle le nom?



Chronique du vendredi 23 janvier parue dans Liberté hebdo:



De quoi la gauche est-elle le nom ?




Dans l’Antiquité, on confondait le messager et le message. Quand le messager portait de mauvaises nouvelles, il était exécuté. Alors, préparez les pierres et les couteaux parce que :
-Obama n’est pas de gauche. Un type, même Noir, même sympathique, quand il est politiquement du centre-droit, il reste de centre droit. Les USA n’ont pas élu à leur tête Che Guevara, mais François Bayrou. Vous me direz que c’est mieux que Bush. En même temps, il était difficile de faire pire., A propos de Chavez, président du Venezuela, inventeur d’un socialisme réel pour le vingt et unième siècle, Obama, par exemple, dit qu’il n’est pas, je cite, « un facteur de progrès dans la région ». Ça veut dire qu’Obama traitera Chavez comme Gerald Ford a traité Allende, avec des chars d’assaut et des stades remplis d’opposants qu’on va exécuter. Rendez-vous aux manifs pour défendre la démocratie au Venezuela. Par sûr du tout d’y retrouver les supporters du Hamas. Chavez, ce n’est pas le genre à voiler les filles.
-Nicolas Sarkozy n’est pas de gauche. Il ne s’est même pas converti au keynésianisme. Son plan anti-crise, c’est donner le pognon du contribuable aux banques et faire semblant d’être en colère quand les banquiers ont l’impudeur de ne pas vouloir renoncer à leur bonus de fin d’année. Un bonus de fin d’année, pour un banquier moyen, c’est à peu près la somme qui suffirait dans l’école de vos enfants à pourvoir les trois postes manquants, aux 39% de Français qui se rationnent sur leurs dépenses de santé à aller chez le dentiste sans avoir peur d’avoir des dents mais plus de nourriture pour les utiliser. Les médias dominants voudraient nous faire croire que ce sont des nationalisations. Les mots ne veulent décidément plus rien dire. Une nationalisation, ce n’est pas l’Etat qui dit à un patron et des actionnaires : « Bon, voilà l’argent des Français pour réparer vos bêtises mais maintenant faites bien attention, sinon vous allez au coin. ». Une nationalisation, c’est le peuple qui dit au patronat : « C’est à nous et si tu n’es pas content, c’est le même prix. »
- Che Guevara, part one, n’est pas un film de gauche. C’est un film hollywoodien. C’est un bon film parce que Soderbergh est un bon cinéaste (Sexe, mensonges et vidéos, Kafka, Trafic). Les scènes d’action sont remarquables, l’acteur qui joue Castro est étonnant de ressemblance, il y a de très beaux passages fraternels quand les guérilleros se retrouvent dans la jungle mais, bon, le discours politique est totalement inexistant. Il faudrait le talent plastique de Soderbergh et la cohérence idéologique de Ken Loach. Par exemple, le film de Ken Loach, Land and freedom, sur la Guerre d’Espagne est un film de gauche. Mais parfois, on a l’impression que c’est une coproduction France 3-Région Midi-Pyrénées. On ne peut pas tout avoir, diront les modérés. C’est bien le problème : quand on est de gauche, on veut tout : c’était le slogan des ouvriers de Fiat en grève à Turin dans les années 70.
Pour se rappeler ce qu’est la gauche, on pourra lire la biographie du Colonel Fabien écrite par sa propre fille(1) et puis aussi Le second manifeste pour la philosophie(2) d’Alain Badiou, le philosophe qui a donné l’année dernière une belle leçon de résistance au préfascisme ambiant avec De quoi Sarkozy est-il le nom ? Dans ce second manifeste, il écrit notamment : « Disons, pour faire court, aujourd’hui, que la technique, la culture, la gestion et le sexe viennent occuper la place générique de la science, de l'art, de la politique et de l'amour."
Ça, pour le coup, c’est une phrase de gauche.



(1) Le colonel Fabien était mon père de Monique Georges. (Mille et une nuits, 18 euros). On appréciera la préface de Gilles Perrault et l’on se dispensera de la postface d’Olivier Besancenot qui a dû l’écrire entre deux émissions sur Canal +
(2) Second manifeste pour la philosophie d’Alain Badiou (Fayard, 14 euros)