jeudi 28 août 2014

Pirotte, donc.

"Ne raconterait-on que ses manies anciennes, ses souvenirs de lectures, et, pour en retrouver un instant la saveur, ses émerveillements des temps candides, est-ce que cela déjà ne nous absoudrait pas, ou presque?"

Jean-Claude Pirotte, Rue des Remberges (Le temps qu'il fait)

Propos comme ça, 8




 "amis je vous écris simplement pour vous dire que vous
 et moi sommes encore en vie:
 il ne faudrait pas perdre la chose de vue"
Daniel Biga, L'amour d'Amirat (Cherche-Midi)



Il est tout de même bizarre, ce monde. Dans la même après-midi, lire Daniel Biga qui me donne envie de prendre la route et une déclaration de Gattaz qui me donne envie de poser une bombe. En plus, je sens bien que la météo des plages va s'arrêter à la téloche. Et ça, ça m'a toujours foutu un cafard monstre.



Medef est servi.


Pour la rentrée scolaire, petit exercice de révision.
Conjuguez aux temps et aux modes qui conviennent les verbes entre parenthèses: "Nous (avoir payé) les études du ministre-banquier Macron à l'ENA pour qu'il (aller) se faire des couilles en or en pantouflant chez Rotschild et nous (être) de vrais cons."


Vous êtes Français? Vous êtes délinquant? Choisissez une carrière d'avenir. Faites vous nommer à la tête du FMI.


Quand tu voles à un étalage, t'es un délinquant allogène islamisé. Quand tu truandes un arbitrage dans ton ministère pour un patron véreux, tu es "négligent."


Christine Lagarde mise en examen pour négligence dans l'arbitrage Tapie. Une dame si bien coiffée.
-NVB à l'éducation nationale, tu ne vas pas me dire que...
-Tais-toi, raciste, misogyne, affreux!
-Mais Macron à l'économie qui vient directement de la banque Rothschild...
-Et en plus, t'es antisème! Salopard, islamiste, Gazaoui!
En ne faisant pas entrer Edgar Faure et Robert Fabre, Valls prouve bien qu'il tourne le dos à la gauche. 
Valls, lecteur de Chamfort: "Vous ne trouverez pas d'homme plus valet que moi." 
   


mercredi 27 août 2014

Merci Livre-Hebdo!

Dans Livre-Hebdo de cette semaine, Alexandre Fillon annonce la parution de L'Ange Gardien, le 4 septembre, dans un bel article qu'il termine par un compliment à faire rougir:"Parfaitement orchestré, "L'ange gardien" parle tout à la fois d'amour, de politique et de mélancolie. On y retrouve la prose affûtée et le regard singulier d'un Jérôme Leroy au sommet de sa forme".

mardi 26 août 2014

Décence

A la nomination du gouvernement Valls II et à celle d'Emmanuel Macron au ministère de l'économie et de la banque, le Medef a su adopter une réaction aussi décente que mesurée.

lundi 25 août 2014

La France vient d'échapper de peu à un pustch marxiste

La nuit où Valls sauva la République
Cette nuit, la France a évité le putsch de peu. Sans la fermeté du président Hollande et de son Premier ministre Valls, le complot bolchévique mené par les ministres félons Montebourg, chargé de l’Economie, et Hamon de l’Education nationale,  aurait pu infléchir la politique économique de la France dans une direction suicidaire. Alors qu'il suffit d’attendre que la conjoncture se retourne, comme dit Michel Sapin depuis quelques années maintenant, qui sait parfaitement mouiller son doigt pour sentir d’où vient le vent, ce qui est la première compétence demandée à un ministre des Finances français en ces temps d’ordolibéralisme européen. On a d’ailleurs une pensée pour Michel Sapin, voisin de bureau de Montebourg, qui doit soupirer de soulagement ce matin car si le putschiste Montebourg avait réussi, il aurait bien pu se retrouver en résidence surveillée dans sa bonne ville d’Argenton-sur-Creuse, bien qu’il ait presque trouvé le moyen de la perdre aux dernières municipales.
Si vraiment on cherchait la petite bête, la seule chose que l’on pourrait reprocher au tandem de l’exécutif, c’est d’avoir si longtemps entretenu de telles vipères en leur sein, et à des postes aussi sensibles. Hamon, au contrôle de la jeunesse à travers ses milices syndiquées de profs barbus d’économie prônant le tout-Etat et de profs féministes de SVT cherchant à pervertir les enfants dans l’indifférenciation sexuelle. Montebourg, en mesure de contrôler tout Bercy et d’imposer un discours irresponsable auprès duquel la NEP de Lénine ferait figure de bluette. Qu’a osé dire en effet Montebourg, alors qu’il réunissait ses amis factieux dans la Bresse ? Des menteries, des coquecigrues, des billevesées déguisées sous le masques de truismes qu’il aurait voulu faire passer pour du bon sens : « La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l’offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s’ils n’ont pas des revenus suffisants” Et puis quoi encore, alors que chacun sait que seule la politique de l’offre est responsable. Le président en a même fait un pacte. Plus loin encore, Montebourg éructe : « Il faut donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l’austérité et à la montée continue du chômage.” Il est dur d’aller plus loin dans l’impudence. La réduction des déficits est un impératif catégorique sinon après, c’est nos enfants qui hériteront de la dette et qui n’auront plus d’hôpitaux, d’écoles ou de retraite comme les petits Grecs. Bon, en même temps, les Grecs, ils ont réduit les déficits et ils n’ont quand même plus d’école, de retraite et de Sécu mais ne compliquez pas tout, voulez-vous ?  Vous n’allez tout de même pas inverser les rôles et accuser les pragmatiques Valls et Hollande d’être enfermés dans une idéologie alors que ce sont Hamon (qui avait rejoint son compère à la Fête des traîtres) et Montebourg qui ont une vision faussée de marxistes attardés ou de keynésiens intégristes, allez savoir.
Mais leur manœuvre a été déjouée. François Hollande, qui connaît bien l’histoire, a été alerté par l’interview de Montebourg dans Le Monde qui lui a sans doute rappelé  comment s’est déclenché la Révolution Culturelle de Mao à partir d’un simple article critiquant une pièce de théâtre dans un journal de Shanghaï.  La réaction ne s’est pas fait attendre, c’est bien. Il y aura des têtes sur le plateau que Valls apportera aux prochaines journées du Medef.  Avec un peu de chance, celle de l’inconséquente Aurélie Filippetti qui a apporté son soutien aux rebelles alors qu’elle n’est même pas capable de tenir ses intermittents et de Christine Taubira, grande responsable du vidage des prisons et de la décadence de nos mœurs qui en plus est également partisane d’une économie planifiée, de celle par exemple qui paupériserait les Français au point que moins d’un sur d’eux ne parte en vacances.
On ne félicitera pas pour conclure monsieur Dupont-Aignan qui accuse l’exécutif d’avoir procédé à cette purge pour complaire à Madame Merkel. C’est tout à fait faux et déplacé. D’après nos informations, la chancelière n’a montré aucune exigence particulière sur la couleur des moquettes que choisira le futur ministre de l’Economie pour son bureau.
paru sur Causeur.fr

jeudi 21 août 2014

L'Ange Gardien dans Transfuges, en attendant le 4 septembre

On remercie Elise Lépine pour sa "précritique" diablement bien tournée dans Transfuges de septembre 2014 en kiosque depuis la mi-août.



mardi 19 août 2014

Propos comme ça, 7

Catherine Spaak, nue, lisait Les Présocratiques en Pléiade sur la plage.
Quand elle s'est aperçue que je la regardais avec insistance, elle m'a demandé comment je m'appelais.
-Empédocle, j'ai dit. Et j'ai perdu une espadrille...
Après tout, qui ne tente rien n'a rien.


Ce que je préfère, c'est le Bushmills et le Chinon. L'année prochaine, penser à aller en vacances moins loin, dans l'Eire et Loire par exemple.


CFDT: l'idole des jaunes.


Petite annonce: cherche, pour les dix ans à venir, pays oublié du monde, au climat chaud et sec, pourvu d'une façade maritime où l'on danse sur les plages, sans crispations ethnico-religieuses, sans inégalités sociales criantes, produisant si possible un vin loyal et doté d'une monnaie faible. Répondre ici même.

  
Vous vous souvenez de l'époque où il y avait des gens de gauche? 


Un document rare, repéré par notre ami le baron rouge. On vous reparlera de lui. Je crois qu'on atteint des sommets de bêtise, de connerie, de nullité littéraire (c'est le plus grave) et de saloperie idélogique. Lisez-le attentivement. Qu'on ne vienne plus jamais, jamais m'emmerder avec "Oui mais Aragon et son poème pour la guépéou, nia, nia, nia." Au moins, c'était dada et drôle. Là c'est prudhommesque, voire présénile. 


A quelque chose malheur est bon. L'ordolibéralisme merkélien aura fait disparaitre presque totalement le touriste allemand. Soit parce que la modération salariale germanique n'est pas un vain mot, soit parce que l'Allemand en chorte n' a pas vraiment envie d'éprouver la popularité de sa chancelière sur le terrain. 


Devant le bel immeuble des camarades du KKE, au Pirée. Je ne dis pas qu'ils ne sont pas un peu stals, je ne dis pas qu'ils ne sont pas parfois un peu psychorigides à l'idée d'une allliance avec Syriza. Non, c'est juste que ce sont des camarades. Et qu'il y a un peu moins de quarante ans, ils luttaient encore dans la clandestinité contre la dictature des Colonels.
 


samedi 16 août 2014

...un poème par jour.

"J'avais envie d'écrire un poème par jour. Dans le temps, quand je vagabondais, c'est ainsi que je me souvenais des lieux. Un arrêt, un poème, trois vers, trois mots, le nom d'une rue, d'une place, d'un inconnu dont le buste vert-de-gris paraît frisonner sous le soleil chauffé à blanc." Jean-Claude Pirotte, Le voyage en automne.

jeudi 14 août 2014

Tous les rêves du monde

"Não sou nada.
Nunca serei nada.
Não posso querer ser nada.
À parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo."

Dominique Noguez ou l'érudition heureuse




Il existe une érudition heureuse et Dominique Noguez est son prophète. Voilà un écrivain qui nous enchante depuis longtemps par son gai savoir jamais didactique et son humour poli, discrètement désespéré, bien éloigné de ce ricanement contemporain si répandu qui cache trop souvent des crispations haineuses. Lisez, par exemple, pour vous en convaincre, La véritable origine des plus beaux aphorismes. C’est une lecture d’été idéale. On ne vous garantit pas que ce court manuel maintiendra votre serviette sur la plage mais il y a de fortes chances que vous le feuilletiez encore quand l’automne sera venu car ce livre a pour vocation de devenir ce qu’on appelait jadis un vade-mecum. Un peu plus de quatre-vingt citations sont examinées, expliquées, traquées serait-on tenté de dire, par un Noguez détective pour qui la citation est une affaire trop sérieuse pour être laissée à ces citeurs (ou citateurs) inconséquents qui veulent briller en société et multiplient les contresens ou les approximations.

Trouver l’origine exacte d’une citation n’est pas une manie universitaire, c’est, nous dit Noguez, aider le lecteur « à pousser ses investigations, à faire de quelques mots un tremplin pour plonger dans un océan inconnu et merveilleux, pour, comme on dit se cultiver-mais pas seulement : pour penser aussi, et, qui sait, pour changer sa façon de penser. »

D’autant plus, comme c’est le parti pris ici, quand la citation a la forme de l’aphorisme, c’est à dire d’une arme de précision qui flirte toujours un peu avec le paradoxe et qui utilise comme ligne de mire le deuxième degré, ce deuxième degré dont on a l’impression, par les temps qui courent, qu’il n’est plus compris de grand monde. Prenons par exemple cette phrase de Térence qui était apparue à Montaigne lui-même comme le résumé le plus parfait de la philosophie humaniste au point qu’il l’avait inscrite sur les poutres de sa célèbre bibliothèque : « Je suis homme : rien de ce qui n’est humain ne m’est étranger. » Ce n’est pourtant à l’origine, nous explique Noguez que la réplique vexée et maladroite d’un personnage  de comédie à qui on a surtout demandé de se mêler de ses affaires…

Au menu, on trouvera d’ailleurs beaucoup d’Anciens, Hésiode, Plaute, Pline l’Ancien ou encore Martial dont Noguez a traduit naguère les épigrammes hautement pornographiques, mais aussi des classiques, des grands romanciers du XIXème, des esprits acérés fin de siècle comme Jules Renard ou Laurent Tailhade ou même des contemporains inattendus tel le metteur en scène Sam Karmann qui, dans La vérité ou presque, un film de 2007, fait dire à un de ses personnages « On peut s’aimer pour toujours mais pas tout le temps ». Commentaire de Noguez qui sait aller au-delà l’apparente banalité de la phrase : « Elle est remarquable, car elle mêle deux temporalités : celle des grands serments, celle de Tristan et Yseult ou de Roméo et Juliette, et celle de la petite vie quotidienne. Celle de l’absolu et du relatif. Celle du continu et des pointillés. Celle du ‘ Jusqu’à la mort’ et celle du ‘ N’oublie pas qu’on se lève demain matin.’»

Pour ma part, je suis particulièrement reconnaissant à Noguez de faire une place à Scutenaire, surréaliste belge et aimable anarchiste trop méconnu dont l’œuvre est uniquement composée d’Inscriptions où l’on trouve cet aphorisme mémorable « C’est mon opinion ; et je ne la partage pas » qui m’a toujours semblé une devise idéale pour Causeur.

La véritable origine des plus beaux aphorismes, Dominique Noguez, Payot.

On signalera également de Dominique Noguez la réédition de Comment rater complètement sa vie en onze leçons. (Rivages/Poche)

Paru sur Causeur.ft

mercredi 13 août 2014

Mort d'un polygraphe belgo-australien

-Simon Leys est mort! -Qu'est-ce que tu veux que ça me foute?
La mort de Simon Leys, qui est somme toute un écrivain assez verbeux et répétitif préfaçant ses postfaces indéfiniment et postfaçant ses préfaces si bien qu'on ne trouve jamais où est le livre lui-même, présente une particularité intéressante. Il est pleuré aujourd'hui par tous les néoréacs qui l'insultèrent à l'époque où ils étaient maoïstes avant de devenir les relais zélés du noéoconservatisme et de l'islamophobie raciste la plus crasse.
Sinon, Simon Leys est aussi l'auteur de quelques récits maritimes qui sentent la rédaction conradienne, d'une uchronie amusante sans plus sur Napoléon et d'une formidable intuition que personne n'avait eu avant lui: Orwell serait un auteur antitotalitaire.
La droite anticommuniste néocon qui lit d'ailleurs Leys comme elle lit Orwell, pour des raisons de récupération interne et d'autoamnistie, chouine à chaudes larmes, donc. Mais moi je n'oublie pas la beauté radieuse du Détachement Féminin Rouge qui vaut toutes leurs rancoeurs vaguement honteuses d'ex de la la GP ou du PCMLF dirigeant désormais des journaux, émargeant au Medef ou donnant des leçons d'un air grave à la terre entière sur la fin de la culture française et l'ensauvagement de banlieues qu'ils ne voient jamais.
Assumez, les gars, vous étiez  beaucoup plus marrants quand vous bandiez pour les gardes rouges en jupette...
Vive émotion chez les néo-réacs en tenue de deuil traditionnelle.


lundi 11 août 2014

Loin


Nous sommes tous des ponts byzantins oubliés, et qui ne mènent plus nulle part.

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 15

"J'ai préféré les bistrots, en ces années profondes où le vin se montrait encore loyal, et aussi le cognac, dans les provinces que peuplaient avec un sérieux bienveillant les platanes. J'ai vieilli comme on prolonge une fête, quand les bonnes âmes sont au chaud, que les lampions pâlissent, et qu'une envie d'huitres et de sancerre vous étreint telle une mélancolie future."
Jean-Claude Pirotte, Un voyage en automne.

samedi 9 août 2014

La chaise éclectique



Eté 2014 (les titres marqués en gras « méritent le détour » voire  « valent le voyage » ou sont l’objet de relecture. Les autres vont de l’insignifiance parfois plaisante à la nullité encombrante.)

A l’épreuve de la faim  de Frederick Exley (Monsieur Toussaint Louverture)
Les noirs et les rouges de Alberto Garlini (Gallimard,  Du monde entier)
HHhH de Laurent Binet (Livre de poche)
Le secret du chant des baleines de Christopher Moore (Gallimard, Série Noire)
Les douze enfants de Paris de Tim Willocks (Sonatine)
Aimez-vous Brahms ? de Françoise Sagan (Julliard)
Boléro de Jean-Claude Pirotte (La Table Ronde)
Un voyage en automne de Jean-Claude Pirotte (La Table Ronde)
Et les chiens parlaient de Kââ (Fleuve Noir, collection SF)
Le nuage radioactif de Benjamin Berton (Ring, à paraître)
La théorie de l’information de Aurélien Bellanger (Folio)
Fay de Larry Brown (Folio Noir)
Prise directe de Eion Colfer (Gallimard, Série Noire)
Liquidations à la grecque de Petros Markaris (Points Seuil)
Monsieur Paul de Henri Calet (Gallimard)
L’Odyssée  (traduction de Philippe Jaccottet, La découverte)
Œuvres complètes de Rimbaud (La Pléiade)
Manuscrits de 1844 de Karl Marx  (Editions Sociales)



vendredi 8 août 2014

Des traces de pneu sarkozyste dans la moussaka noire





 Sarko veut revenir. On a la mémoire courte, mais pas le polar qui, lui, n’oublie rien. C’est même pour ça qu’on l’aime, le polar. Il nous rappelle, par exemple, qu’on est passé aux yeux de toute l’Europe pour de sacrés salopards xénophobes sous le règne admirable de ce mec qui a instrumentalisé sans vergogne les questions d’ « identité nationale » et adorait trouver des boucs émissaires à la situation économique désastreuse comme n’importe quel leader populiste. En témoigne cette citation trouvée dans Liquidations à la grecque de Petros Markaris (Seuil). Le roman date de 2010 et se passe la même année, au moment où la Troïka renvoie le pays à l’âge de pierre  et où les banques se remboursent sur la bête. C’est un dialogue doux-amer et ironique entre le commissaire Kostas Charitos et sa femme :
« -Mais maintenant les quatre-vingts premières années ne sont pas seulement difficiles. On va les passer à bosser.
-Tu connais une meilleure solution ?
-Oui, diminuer la population de moitié. Nous ne serons plus que cinq millions et demi et nous dépenserons moitié moins. On ferait comme les Français qui chassent les Roms. »

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 14


Reading Henri Calet on the beach.
« En combien d’infimes bourgades ne me suis-je pas arrêté, entre deux trains ? J’en ai perdu des heures, une par-ci, une par-là, à me promener mélancoliquement dans la grand’rue ou à la buvette de la gare, devant un bock ou un café, à Rosendaël, à Melun, à Sucy-en-Brie, à Gravelines, à Malo-les-Bains, à Sens, à Montereau, à Pierrefitte-Stains, à Crépy-en-Valois, à Creil, à Meaux, à Lagny, à Survilliers, à Gargan-Livry…On devait me prendre pour un touriste fourvoyé. Voilà où vous mène le goût de l’exotisme : à Arnouville-lès-Gonesse. »

Henri Calet, Monsieur Paul.

lundi 4 août 2014

Cela pourrait peut-être faire un poème



Je ne sais pas. Cela pourrait peut-être faire un poème.
Il est très vieux. Il me voit passer depuis cinq étés, avec un livre à la main, sur le chemin qui va au moulin où je vais lire aux heures chaudes, à l’ombre des figuiers. Il me fait un signe de la tête, à l’aller et au retour. Il sourit. Il ne bouge jamais, assis sous les citronniers, devant une petite maison, toujours deux ou trois chats à ses pieds, de ces chats de par ici qui ressemblent à des divinités maigres, calmes et puissantes.
Hier, le hasard fait que je  croise N sur le chemin au moment où je passe devant lui. N est franco-grecque.  Elle le connaît bien. La conversation s’improvise à trois. Les chats nous regardent, lointains. J’apprends qu’il n’a jamais quitté l’île et pas souvent le village mais qu’il connaît le monde parce qu’il a beaucoup lu, malgré tout, et regardé la mer. Il me demande ce que je lis. N traduit. Je ne sais pas comment on dit Un voyage en automne de Jean-Claude Pirotte en grec, mais c’est joli.
Et puis il conclut "Je ne crois pas au bonheur, je crois à la tranquillité et ici je suis tranquille."
Je ne sais pas. Cela pourrait peut-être faire un poème.

©jérôme leroy, juillet 2014

jeudi 31 juillet 2014

Pour finir juillet avec Pirotte



Donc, il nous en reste quand même quelques uns à lire de celui qui vit désormais, et pour toujours, en juillet. Comme ce Boléro (1998).
Thanks to Alice Déon.

« Nous devons échapper aux regards fixes de nos mères, suis mon exemple, viens me rejoindre là où les garces blondes du Nord tressent leur chevelure devant la mer et cambrent la poitrine. Il faut apprendre à vivre de rapines et de désir. »

« La lumière du matin n’est pas brutale, lumière du corent, d’un rose fané, elle descend de la montagne avec circonspection, elle hésite à se poser, renonce à tout arbitraire, brumeuse comme une jeune fille qui a trop dormi. »

« …avec la svelte, rousse et pulpeuse épouse dont nous respirions la trace odorante au détour des rues alanguies du jeudi. »

« Un soir précautionneux montait du Tage, avec des allures de souvenirs baudelairiens, et tu murmurais en souriant sois sage, ô ma douleur et tiens toi plus tranquille, tu réclamais le soir, cependant que tous les soirs du mondes, nous voulions le croire à n’importe quel prix, tous les grands soirs aventureux et vagabonds, s’étendaient devant nous, prêts à nous appartenir. »

vendredi 25 juillet 2014

Propos comme ça, 6:

Ecrivain embrassant une chimère. allégorie






"Il est exclu de retrouver des survivants". Communiqué du ministère des transports pour le crash du AH 507. Penser à s' habituer à cette phrase dans les années qui viennent.


"Ils gagnèrent le fond de la grotte profonde
où, demeurés ensemble, ils se livrèrent au plaisir."


Il est tellement évident qu'un jour nous ne rentrerons pas.


L'Odyssée, on aura beau dire, c'est quand même l'histoire d'un gigantesque acte manqué. L'histoire d'un type qui prétend vouloir rentrer chez sa femme et met dix ans à le faire parce qu'il rencontre des nymphes, des sorcières, des princesses, des sirènes, un cyclope et même des morts.

"Bientôt l'aube survint trônant dans l'or, qui réveilla Nausicaa la bien vêtue" 



"Puis, une fois baignées et tout enduites d'huile fine
les filles prirent leur repas sur les rives du fleuve,
attendant que le linge aux feux du soleil eût séché."


Il s'aperçut soudain qu'il devait être un des derniers types nés dans les années soixante qui ne se sentait pas obligé d'avoir du poil sur le visage.


Mélenchon prend du recul car il est fatigué. Deux remarques: il est vrai que le narcissisme, ça use. Pas persuadé non plus que ce soit forcément une mauvaise nouvelle pour le Front de Gauche. Bon, je retourne me baigner.

Par son instrumentalisation de l'antisémitisme, son désir de rabaisser la France Libre et sa politique de larbin du capitalisme, Manuel Valls est l'exemple même de la pourriture en politique. Il est évident que ma "discipline républicaine" qui consistait à voter socialiste en me bouchant le nez au deuxième tour, il peut désormais se la carrer définitivement et profondément dans l'oignon.

Une bonne partie de sa vie, il avait essayé de transformer des beautés renversantes en beauté renversées. Avec des fortunes diverses, il faut bien le dire.

Je suggère à Manuel Valls d'envoyer des drones pour la prochaine manifestation, voire de procéder à des exécutions ciblées. Il est un peu couille molle, avec ses petites interdictions, là. 



Une des rares choses qu'il aimait: être nulle part. Et il y arrivait de mieux en mieux. Il ne desespérait d'ailleurs pas, un de ces jours, de se perdre définitivement de vue.




Du mal à ne pas être hanté des jours-ci, après la rédaction d'un article sur SF et écologie, par le titre d'une novella de James Blish qui semble résumer parfaitement ce que cette époque nous réserve: " Nous mourrons nus."  
 
    

mercredi 23 juillet 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 13

"Je m'endormis donc en me sentant une mentalité d'aventurier jeune, optimiste et bien portant. Il ne me vint pas à l'esprit une seconde que cela était peut-être aussi une définition du con de base."
  Et puis les chiens parlaient, de Kââ.

lundi 21 juillet 2014

L'Ange Gardien, bonnes feuilles dans le Progrès

Cette semaine, le premier chapitre de L'ange gardien, à paraître le 4 septembre chez Gallimuche, est en feuilleton dans Le Progrès.

De Gaulle, reviens, nous sommes devenus fous.

Cinq regrets pour un été de poudre


1. Je regrette l’époque où la France avait encore une diplomatie qui lui aurait permis de faire s’asseoir Israël, le Hamas, l’Autorité Palestinienne, les USA et un ou deux pays arabes autour d’une même table dans une de nos grandes demeures de la République, légèrement excentrée, qui sont souvent des châteaux, histoire de donner sa chance à un processus de paix. À Rambouillet, à Champs-sur-Marne ou à Marly-le-Roy. Les accords de Marly-le-Roy, ça aurait quand même eu quelque chose d’un peu mois mortifère que cet été de tous les dangers. Mais la France, depuis son alignement méthodique sur l’Europe, elle-même alignée sur les USA, depuis Sarkozy l’Américain et Hollande l’homme qui voulait aller bombarder Damas tout seul,  n’a plus de « politique arabe » comme on disait, avant… Aucune voix originale, c’est à dire héritée du gaullisme, à faire entendre en ces jours qui sentent la poudre et le sang. Mais ça va faire plus de dix ans, ça, de toute façon. Au moins depuis le discours de Villepin à l’ONU
2. Je regrette que l’on ne pense pas plus, au hasard et dans le désordre, aux communistes israéliens, aux gays ou aux ivrognes gazaouis, aux féministes palestiniennes, aux manifestants pacifistes de Tel-Aviv, bref aux derniers civils, à ceux qui- consciemment ou non – refusent d’enfiler un treillis mental. Il faudrait leur dire qu’on les aime, ces bisounours admirables.
3. Je regrette l’époque où un président, un Premier ministre  et un ministre de l’Intérieur n’interdisaient pas des manifestations dans un mélange de lâcheté et de cynisme, de machiavélisme à la petite semaine et de trouille devant un communautarisme qui n’a rien d’irréversible pour peu qu’on donne à tous l’impression de vivre dans le même pays, aussi bien sur le plan des valeurs que sur le plan économique. Faire passer une manifestation « propalestinienne » par Barbès et Château-Rouge… Autant que les CRS fournissent directement les cocktails Molotov aux manifestants.
4. Je regrette que la gauche de la gauche, comme on dit, ayant fait du Palestinien la figure ultime du damné de la terre alors qu’il y en a d’autres, accepte de manifester en compagnie de femmes voilées, voire de barbus abrutis qui comparent nazis et israéliens. La religion, opium du peuple, soupir de la créature accablée par le malheur, ça ne vous dit rien les gars ? Il n’est tout de même pas si compliqué de manifester pour "la paix maintenant", de critiquer la violence de la riposte de  Tsahal sans pour autant frayer avec la lie antisémite qui commence à prospérer dans les banlieues où quelques salopards religieux aident toute une jeunesse à se tromper de colère.
5.  Je regrette qu’un Premier ministre comme Valls, alors que la France aurait plus que jamais besoin de se voir un peu plus belle qu’elle n’est, pour tenir le choc contre cette importation sauvage du conflit israélo-palestinien, en rajoute dans l’automutilation repentante lors du discours sur le 72ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv avec un retentissant : « Oui, la France était à Vichy ».  Eh bien non, la France n’était pas à Vichy, monsieur Valls, la France n’est pas comptables des crapuleries d’une collaboration avec le nazisme dans sa grande lutte contre le « complot judéobolchévique » Oh, et puis quelqu’un expliquerait ça beaucoup mieux que moi à Valls, quelqu’un qui a écrit : « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de 84 ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait.” C’est  de Charles de Gaulle. C’est le discours prononcé pour le premier anniversaire de la France Libre, le 18 Juin 1941. Il manque, là, De Gaulle. Vraiment.
paru sur Causeur.fr

mercredi 16 juillet 2014

Une tentative d'explication


Un quart de siècle, ou presque: février 90, septembre 14...Et cette réponse à un ami qui me demande pourquoi ce virage vers le noir après un premier roman hussard et hédoniste: 

"Tu sais bien, toi qui m'as lu il y a longtemps... Les cabriolets 304, la plage, mes éditions originales et les filles en espadrilles, je ne demandais que ça. Mais à chaque fois que j'écoutais les infos, entre deux chansons de Christophe, boum, je redevenais communiste! Pas possible d'être heureux tout seul! C'est pas par amour de l'humanité, j'ai aucun mérite, c'est physique...Un genre d'allergie... D'allergie française si je puis me permettre. Et du coup, le cabriolet change de direction, je  fonce sur le Palais d'Hiver et je braille l'Internationale..."

lundi 14 juillet 2014

Pivoine

Ce midi, j'ai mangé un lapin que j'ai vu être tué. J'ai en cela répondu à un souhait de Serge Quadrupanni qui m'a dit qu'on ne devrait avoir le droit de manger un animal que si on l'a regardé dans les yeux avant.  Il a été cuisiné (le lapin, pas Serge) à la moutarde violette de Brive avec des carottes, des champignons, des olives et des cerneaux de noix. Il y avait aussi des rates du Touquet, à part, cuites à la vapeur. Je l'ai accompagné par un cheverny, un Pivoine de Villemade, pour ceux qui savent. 
Je suis sûr d'une chose, j'ai eu infiniment plus de respect pour ce lapin que tous les "végans" qui commencent à me les briser menu.

Un tombeau pour Nanard



Mon ami, cet inconnu de François Cérésa (Pierre Guillaume de Roux éditeur)

Il est impossible, en lisant le dernier livre de François Cérésa, Mon ami, cet inconnu, de ne pas penser au Feu Follet de Drieu et à ses codicilles couleur de ténèbres, L’adieu à Gonzague et La valise vide. Le tombeau pour l’ami suicidé est toujours un exercice délicat. Il faut savoir trouver un équilibre précaire entre les larmes retenues et le sourire crispé, la colère qui pointe derrière la nostalgie et la culpabilité de n’avoir pas su comprendre à temps. Le seul moyen est dans l’élégance. Celle de Cérésa est à la fois brutale et sensible, servie par un style un peu voyou de castagneur habitué aux fins de nuit arrosées où l’aube, à défaut d’arriver comme une rédemption, permettra au moins de continuer un jour de plus.
L’ami de Cérésa s’appelait Nanard. Nanard n’a pas triché avec le suicide contrairement à d’autres que l’auteur ne porte pas dans son cœur : « Je hais les désespérés qui meurent dans leur lit. Je hais les pessimistes qui vous assomment avec leur cynisme, leur Cioran, leur nihilisme. Toi, tu étais l’optimisme. L’optimisme inquiet, sombre, agité, qui ne tenait pas en place. Mais l’optimisme, le vrai. L’optimisme sans espoir. Celui qui n’emmerde personne avec ses aigreurs. Celui qui finit par franchir le pas. » Ce fut le cas pour Nanard. À 59 ans, il a tiré sa révérence volontairement, avec une corde.
Pour saisir la silhouette de Nanard, il faut remonter aux années 70, cette décennie qui ressemble de plus en plus pour ceux qui l’ont connue à une Atlantide dont les seuls souvenirs sont ceux des filles qui ont vieilli et des bistrots qui ont disparu. Une Atlantide confondant ses frontières avec un Saint-Germain-des-Prés qui brûlait ses derniers feux avant la mise aux normes spectaculaire-marchande : « On adorait ce quartier. Son église mérovingienne où sont enfermées les dalles funéraires de Descartes et Boileau, ses concerts de musique sacrée, son parfum de truffe noire. Seulement voilà : le drugstore, les Assassins, le père Petrov, le Twickenham, chez Dédé, les Saint-Pères ont fermé boutique. Saint-Germain des Prés est devenu Saint-Germain-des-Pieds. On avait en horreur la fripe. La fripe nous a taillés un costard. »
Nanard, Cérésa en dresse un portrait sans concession. C’est la rançon d’une sincérité écorchée par la mélancolie, cet autre nom du temps qui passe. Nanard, c’était des cils de jeunes filles et des manières de soudard, une propension à piquer les petites amies des copains et à vieillir à l’envers entre cent métiers différents, des histoires d’amours ratées, des plans tirés sur la comète des illusions perdues : « On est inconscient à vingt ans, toi tu l’es devenu en vieillissant ».
Il faut croire que Nanard était le seul à être vraiment sain d’esprit dans un monde malade puisque pour faire semblant d’y vivre, il lui a fallu tenir avec l’alcool à haute dose et la chimie anxiolytique, le Médoc et les médocs. Pourtant, les choses étaient bien parties, sous le signe du cinéma de Losey et des westerns italiens, de Nerval et du « Pénitencier » joué à guitare. Il faut croire, aussi, que cela ne suffisait pas.
Le pire, c’est qu’un ami suicidé est miroir impitoyable pour soi et pour l’époque. Cérésa ne se rate pas non plus : il parle de son cancer, de ses lâchetés, de ses indifférences sans pathos mais sans pitié. Après tout, lui a choisi de continuer dans ce monde-là où si l’on a pu discuter avec Blondin, Nucera, Boudard ou Jacques Laurent, où s’il y a eu des étés à l’Ile de Ré qui ressemblaient à un film de Michel Lang, il faut désormais se fader un réel qui se paume dans le virtuel avec pour contemporains « ces geeks, nerds et nolife qui carburent au Net pour tirer leur crampe. »
Mais quand on a terminé Mon ami, cet inconnu, on se dit tout de même qu’il fait bien de continuer, Cérésa. Sinon, la littérature y perdrait et la littérature, c’est tout ce qui nous reste, au bout du compte.
paru sur Causeur.fr

dimanche 13 juillet 2014

Il est l'été depuis toujours, Pirotte.



Juillet gris.
Remplacer la messe par une lecture picorante d'Il est minuit depuis toujours.
Prier pour Pirotte. Se demander où il passe l'été, du coup, depuis qu'il est mort.
Il aimait la pluie, à Rethel ou dans les villages de la Haute-Marne inondés, enlacés plutôt, par la crue.
A moins qu'il n' ait choisi de se perdre dans cette contrée où rien ne nous ressemble, cette regio dissimulationis dont parle Saint-Augustin. Ce serait bien son genre.

Après, on ira préparer le carpaccio et les pâtes fraiches maison. On hésitera entre un chinon de Lenoir, un bourgueil de Jacky Blot ou alors, on délaissera le cabernet franc pour voir comment se comporte le Patrimonio de Vincent Arena.
On décidera en temps voulu.

"Quelquefois, je me sens bien. C'est alors, en somme, que ça va le plus mal."

samedi 12 juillet 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 12

"Ce n'est pas parce que la vie n'est pas élégante qu'il faut se conduire comme elle."
Françoise Sagan, Des bleus à l'âme.

vendredi 11 juillet 2014

L'ange gardien: premiers chapitres en avant-première...

...pour les heureux habitants de Lyon, du Rhône, de l'Ain, de l'Isère, de la Loire, de la Haute-Loire et du Jura qui pourront les lire cet été dans Le Progrès.

mercredi 9 juillet 2014

Non, ce n'est pas de votre faute

Arrêtez le Lexomil, le Deroxat, le Stilnox, le Prozac. On s'en doutait, c'est confirmé. On remercie pour cette jolie découverte iconographique l'anonyme du 9 juillet à 1H58 qui nous a communiqué ce document. Il nous rappelle par ailleurs ce passage de L'Insurrection qui vient, le livre préféré d'Alain Bauer, qui disait à peu près (on cite de mémoire): "Nous ne sommes pas déprimés, nous sommes en grève."

mardi 8 juillet 2014