samedi 22 novembre 2014

Robespierre contre Super Mario

Alors, si on a bien compris, le personnage de Robespierre et, au passage les soldats de l'An II, sont attaqués dans un jeu vidéo du nom d'Assassin's Creeds. On est assez nul en jeu vidéo, et même complètement étranger à cet univers. On vient d'ailleurs de lire dans le Monde que le joueur de jeux vidéo avait en moyenne 31 ans, était un homme et était inactif. On ne sait pas pourquoi mais ce genre de portrait robot ne nous donne pas très envie de nous intéresser davantage à cet univers-là. Ca sent tout de même un peu le célibataire malpropre un poil autiste, un genre de personnage de Simenon des années 2.0. qui est à deux doigts de sombrer dans le meurtre en série ou d'aller s'engager dans le Jihad pour voir comment ça fait d'égorger IRL (in real life), comme ils disent.
Il n'empêche, on a cru comprendre aussi que c'était, du fait de l'abondance de pratiquants, un enjeu aussi commercial qu'idéologique. On peut non seulement par ce biais se faire du pognon mais aussi, de manière très gramsciste, créer des représentations dominantes. Dans ce cas précis, faire passer Robespierre pour un monstre. Finalement, ça ira plus vite que du Furet, historien et tennisman stipendié par les universités US aux fonds abondés par les think tanks néolibéraux et anticommunistes, qui a beaucoup fait pour détruire jusqu'au désir de changer la moindre des choses dans notre monde car cela conduirait forcément à la Terreur, au Goulag, aux Camps de la mort. C'est pas compliqué, tu demandes une augmentation du SMIC et la sauvegarde des services publics, et t'es déjà un khmer rouge...
Robespierre en prend donc plein la tête, ces derniers temps. L'année dernière, c'était un masque de l'Incorruptible reconstitué par un soi-disant spécialiste de la chose et un médecin légiste de chez Pinder. Comme par hasard, Robespierre y apparaissait monstrueux et grêlé, car c'est bien connu, quand on est méchant, on a une sale gueule, selon la philosophie politique décidément très élaborée de ces gens-là.
Il faut donc croire, comme le dit Méluche, qui est monté au créneau dans les deux cas, - le masque bidon et le jeu vidéo- que Robespierre gêne encore assez pour être victime de telles manips aussi sordides que ridicules. La réécriture de l'histoire, sans précédent, par le néocapitalisme aidé par les idiots utiles que sont les cathos ultras, voudrait nous faire croire, depuis Furet justement, que le bilan de 89 est "globalement négatif", notamment à cause de la Terreur ou des guerres de Vendée. Mais cela a surtout pour but de faire fermer leur gueule à tous ceux qui désirent changer le monde.
Alors rappelons, simplement, que sur Robespierre, on n'est pas obligé de croire les libéraux et les réacs, que la Terreur à Paris a fait moins de morts que la Semaine Sanglante lors de la Commune et que Robespierre est une des plus belles voix humaines au service de l'émancipation. Mais sans doute, à l'époque où un Gattaz voudrait que la France sorte de l'Organisation internationale du Travail, l'organisme onusien sur les questions sociales, car il trouve encore trop contraignantes leurs recommandations pourtant minimales, est-il difficile d'accepter la parole de celui qui osait dire: "Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier ”
Et puis, il n'y a pas que Furet dans la vie. Allez voir du côté de Badiou ou de Zizek qui essaient de penser Robespierre et la Terreur comme un moment dans une histoire beaucoup plus complexe et claire à la fois puisque c'est celle de l'émancipation humaine et écoutons justement, en guise de conclusion, ce que dit Zizek, tout de même plus crédible que SuperMario sur cette question:  “Ma thèse est de dire : il y a des situations où la démocratie ne fonctionne pas, où elle perd sa substance, où il faut réinventer des modalités de mobilisation populaire. La Terreur ne se résume pas à Robespierre. Il y avait alors une agitation populaire, incarnée par des figures encore plus radicales, comme Babœuf ou Hébert. Il faut rappeler qu’on a coupé plus de têtes après la mort de Robespierre qu’avant – mais lui avait coupé des têtes de riches… En fait, il est resté très légaliste. La preuve, il a été arrêté.”

jeudi 20 novembre 2014

Petites fugues en Franche-Comté

On y sera du 23 au 30 novembre. On a préparé sa valise, on a même acheté une carte IGN de la Franche-Comté, comme dans le monde d'avant.

Le foot, ce roman noir

Ce qu’il y a de bien avec le roman noir aujourd’hui, c’est sa capacité à s’emparer de l’histoire pour en proposer des relectures inédites en choisissant des angles toujours neufs. L’auteur de roman noir, c’est un peu un sniper. On croit que la situation est calme, que l’ordre règne et soudain une détonation claque : les décors familiers, les récits habituels, les certitudes confortables se retrouvent alors bouleversés par la peur, la haine et la paranoïa. Jeudi noir de Michaël Mention est un assez bon exemple de cette capacité à nous surprendre, y compris par le choix d’un sujet que l’on pourrait croire à priori peu fait pour le traitement de choc appliqué d’habitude à des histoires de meurtres, de manipulations et autres violences brutes accompagnées d’une critique sociale qui se fait tantôt au scalpel, tantôt au lance-flammes.
En moins de deux cents pages serrées, hypnotiques, Jeudi noir nous raconte en effet la demi-finale France-RFA , le 8 juillet 1982, à Séville, lors de la Coupe du Monde en Espagne. Même ceux qui n’aiment pas le football s’en souviennent encore puisque ce match symbolique a cristallisé la vieille névrose autour de la rivalité séculaire que la France et l’Allemagne entretiennent encore aujourd’hui, comme l’avait remarqué Jean Cau, cité par Mention, dans le Paris-Match du 13 juillet 82 : « Tout est guerre. De 1914 à 1940. De 1982 où, pour la troisième fois en un siècle, le France rencontrait l’Allemagne dans un match capital et sur le champ de bataille de Séville. Je sais que nous dirons vite que, là, c’était du sport mais…Mais le fascinant, l’étrange et le troublant spectacle ! D’un côté, la l’Allemagne dans la force et la puissance de ses divisions blondes, et rousses. De l’autre, la France et ses héroïques « petits ». »
La France menait 3 à 1 dans les prolongations après un match tendu, marqué par l’agression impunie du gardien allemand Schumacher sur Battiston, avant de se faire remonter au score dans les toutes dernières minutes et de perdre finalement aux tirs aux buts. Cette demi-finale a été, depuis, régulièrement commentée, analysée et racontée, notamment par Pierre-Louis Basse dans Séville 82 (La  Table Ronde). Mais jamais encore on n’en avait fait un roman, ou plutôt une tragédie. Une tragédie au sens premier du terme, car dans une tragédie, et c’est là qu’un  roman noir comme celui de Mention s’en fait l’héritier le plus direct, il y a unité de temps, de lieu et d’action,- ici 90 minutes  sur un terrain de foot andalou qui sombre dans la nuit d’été-, sans compter une fin que l’on connaît déjà au début- la mort des héros, inéluctable, en l’occurrence celle du Onze tricolore dont Mention montre bien qu’il préfigurait entre Platini, Trésor ou Tigana, et bien avant 98,  cette France mosaïque qui défrisait finalement beaucoup moins en 1982 qu’en 2014 les inquiets pathologiques du Grand Remplacement .
Le coup de génie de Mention est de raconter le match, minute par minute, à travers un joueur français fictif dont le monologue intérieur rythme une rencontre sportive qui devient un combat à mort entre deux équipes, une Iliade où parfois un affrontement entre héros est isolé  le temps d’un  duel au milieu de la bataille.  Un autre découpage vient aussi se superposer au premier : France Vs RFA, France Vs Troisième Reich (après l’agression de Battiston en début de seconde mi-temps), France Vs France (lors de l’effondrement des prolongations) et à nouveau France Vs RFA au moment des tirs au but. Il résume parfaitement l’état d’esprit de tout un groupe incarné par ce joueur fictif qui est le sismographe de toute l’équipe.
Mention entremêle aussi de manière très habile les douleurs physiques, le corps entre shoots d’adrénaline, d’endorphine et de testostérone tout en réinscrivant  le match dans son contexte historique : la France de Mitterrand qui croit encore pouvoir changer la vie contre une Allemagne toujours divisée entre Ouest et Est, complexée par son passé. Ce n’est pas le moindre exploit de l’auteur que de rendre également passionnantes les angoisses autour de la condition physique d’un Rocheteau, de la violence d’un Schumacher et des considérations sur les ministres communistes, la Fraction armée rouge ou la tentative d’enlèvement de la femme de Michel Hidalgo. Le tout sur une bande son où l’on retrouve, entre autres, Pink Floyd, Magma, AC/DC,  et qui scande comme des tambours de guerre ce Jeudi Noir aux allures de requiem de sueur et de sang.
Jeudi Noir de Michaël Mention (Ombres Noires)
paru sur Causeur.fr

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 21

"Je suis redevenu ce gamin ivre de printemps
qui fonçait à vélo dans les petites rues de New York
devant les bornes d’incendie ouvertes
-trempé jusqu’aux os
lançant ma vie vers un ciel
où Dieu sautait à la corde."
Dan Fante, Bons baisers de la grosse barmaid.

lundi 17 novembre 2014

Propos comme ça, 15

Le Val André, 16 novembre 2014, 10H20
Le seul crime parfait, c'est le suicide puisque l'assassin et la victime portent le même nom.

Ce soir, j'ai envie d'abolir l'économie.

"J'ai prévu des faits; je n'en ai pas pressenti l'horreur."
Max Jacob, Le cornet à dés.

Toi aussi, jette ton smartphone et choisis les coquillages pour communiquer. En plus, tu entendras la mer.

 Il ne faut pas avoir peur du travailleur clandestin tamoul. Ce n'est qu'un tigre sans papier. Surtout en Seine et Marne.

Sarkozy veut abroger la loi Taubira. Gattaz veut abroger le Code du Travail. Gays mariés en CDI, inscrivez vous-vite sur la liste des espèces en voie de disparition. A défaut du PS, vous avez peut-être une chance avec la WWF.

Il est évident que j'apporte un soutien inconditionnel et fraternel à ceux qui font reculer des militaires, par tous les moyens même légaux, quand ces militaires ne sont plus que les chiens de garde d'un système économiquement exténué et écologiquement suicidaire.

Les derniers républicains dans ce pays, ils sont dans les Zad et pas ailleurs: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».


A Lamballe, au Festival Noir sur la ville je me suis souvenu que dès que la révolution mondiale sera accomplie et que la furie prolétarienne en aura terminé avec le monde capitaliste, je pourrais retourner aux choses sérieuses.

dimanche 16 novembre 2014

Où écrivez-vous?

C'était la question posée par les organisateurs du festival Noir sur la ville de Lamballe pour une exposition. Il demandait en outre aux auteurs d'accompagner leur réponse d'une photo.

vendredi 14 novembre 2014

Nabilla dans les tranchées avec Fillon et Jouyet


paru sur causeur.fr
Attendez-vous à ne pas en entendre parler, mais pas du tout. Après tout, il y a plus urgent. Par exemple, les intrigues confuses et lamentables menées par Jouyon, Fillet et des journalistes du Monde qui jouent aux starlettes et offrent l’exemple plaisant de l’art de se tirer une balle dans le pied puisqu’ils écrivent un livre pour discréditer Sarko (quelle originalité....) qui le victimise in fine.
Le problème de l’époque, c’est tout de même le casting : on n’a plus que des comiques et des branquignols pour jour Machiavel et le cardinal de Retz ou Benjamin Bradlee et Carl Woodward. Ou alors des stars de la téléréalité pour jouer des drames passionnels. C’est sûr que Nabilla et son copain poignardé, ce n’est pas Clytemnestre et Agamemnon sur W9. On pourrait presqu’en arriver à penser qu’on a ce qu’on mérite. On en est au deuxième président, -avec Hollande après Sarkozy-, qui reconnaît sans trop de honte des rapports lointains avec la littérature. Résultat, on a une ministre de la Culture qui n’a même plus besoin de faire semblant de lire Modiano et lors d’une commémoration pour le 11 novembre 1914,  on prononce un discours avec une citation approximative de Dorgelès. En plus, il me semble tout de même étrange, d’un point de vue strictement logique, de fêter le centenaire du 11 novembre 1918 quatre-vingt-seize ans après. Si on voulait vraiment respecter la chronologie et non traiter la mémoire comme un grand spectacle hollywoodien et unanimiste, on aurait attendu le 11 novembre 2018.
Mais les convenances de l’aménagement spectaculaire de l’information en ont décidé autrement. Parce que, précisément, entre Jouyon et Fillet au resto, Nabilla en zonzon et Hollande à Vimy, on évite de mettre bout à bout d’autres infos qui pourraient donner un aspect radicalement autre de la réalité, un aspect beaucoup plus gênant pour qui veut savoir comment vivent, ou plutôt refusent de vivre les Européens, cent ans après la guerre civile qui les a envoyés au carnage au nom de la patrie alors qu’ils mourraient pour des industriels comme le disait déjà Anatole France qui n’était pourtant pas un pacifiste excité.
Par exemple, pas très loin de là ou Hollande s’est exprimé, il y a eu moins d’une semaine auparavant, le 6 novembre, 120 000 manifestants à Bruxelles contre l’austérité. Soit un Belge sur cent. Est-ce qu’on sera sur le même ordre d’idée, en France, le 15, pour la manifestation  contre l’austérité , soit plus de 650 000 ? On n’en a pas entendu parler, sans doute parce que cette grève était à l’initiative des syndicats -et les syndicats en France, on les balance seulement quand il s’agit de dénoncer des scandales surjoués comme la rénovation de l’appartement d’un leader de la CGT. Mais cette manif était aussi aussi à l’initiative du PTB, le Parti du Travail Belge, ancien groupuscule maoïste qui, ayant accompli une mue très « Front de gauche », est passé d’un score infinitésimal à une représentation municipale significative depuis 2012 et a réussi, pour les élections fédérales de mai 2014 à obtenir 2 des 150 sièges au Parlement fédéral, 4 des 89 sièges au Parlement bruxellois et 2 des 75 sièges au Parlement wallon et le système électoral complexe de la Belgique a même permis de « voler » un siège au Sénat au PTB. Le PTB, c’est l’exemple en devenir de ce qu’est aujourd’hui Syriza en Grèce, c’est à dire une gauche radicale, avec des propositions, et qui finit par inverser le rapport de force avec de vieux partis socialistes,  grecs ou wallons, usés jusqu’à la corde par la corruption et qui ont noyé ce qu’il leur restait de marqueurs de gauche dans les grandes coalitions austéritaires avec la droite et le centre. Vous imaginez un peu le mauvais exemple ? Des peuples assez conscients pour s’apercevoir que la solution, ce n’est pas l’extrême droite, que l’erreur de cible sur l’immigré, le chômeur ou l’assisté (maintenant même les socialistes façon Valls ou Rebsamen n’ont plus de surmoi sur ces questions) est le meilleur moyen que rien ne change ou que tout empire.
Mais on pourrait aussi s’intéresser à la grève dans les chemins de fer allemands, une grève longue et dure, la plus longue de l’histoire récente de l’Allemagne. Là, on n’en entendra pas parler non plus parce  que ça ne cadrera pas du tout avec la doxa philogermanique ambiante. Il est vrai que l’Allemagne est non seulement passée sur le plan mémoriel d’ennemi héréditaire à  co-victime des boucheries qu’elle a pourtant tout de même initiées mais que sur le plan économique, c’est le nec plus ultra. Alors une grève à la Deutsche-Bahn, non, ce n’est pas possible, pas eux… Les chiens de garde médiatiques nous avaient pourtant expliqué depuis des décennies que seuls les syndicats de la SNCF étaient corporatistes et « prenaient les usagers en otage ». Alors quoi, les Allemands aussi ? Décidément on ne peut plus se fier à personne. Donc, taisons-nous et regardons ailleurs.
Comme on se taira sur les manifs en Italie qui réunissent depuis le 25 octobre plusieurs centaines milliers de personnes contre les atteintes au code du travail et au statut de fonctionnaire alors que Matteo Renzi est le nouveau chouchou du blairisme à la sauce bolognaise. Comme on se taira, encore, sur les manifs grecques, continuelles, que ce soit contre l’austérité ou pour dénoncer la mort de Rémi Fraisse dans ce pays où, précisément, la gauche de transformation est donnée en tête dans tous les sondages. Comme on se taira, toujours, sur les 100 000 manifestants londoniens antilibéraux de la mi-octobre, chiffre assez rare au Royaume-Uni, qui réclamaient eux aussi la fin du  talon de fer social dans la Mecque européenne du free market.
Bref, pour reprendre le titre d’un roman célèbre sur la guerre de 14 : à l’Ouest, rien ne nouveau. Ni au Nord, ni au Sud, ni à l’Est.
Et pourtant…

mercredi 12 novembre 2014

Vers l'Ouest...

L'ange gardien va aller se baigner en Bretagne au festival de Lamballe. Viendèze lui dire bonjour, si vous êtes dans le coin

L'ange gardien dans le Point sous la plume d'Eric Naulleau.

Un long et bienveillant développement d'Eric Naulleau dans son article Pitié pour les arbres, dans Le Point du 6 novembre qui s'achève de la façon suivante:
"Quant à l'autre théorie du genre,  celle qui agite la République des Lettres plutôt que la Manif pour tous, voici ce qu'en dit l'intéressé page 128: "Parfois, Hélène Rieux ou d'autres reprochent à Martin Joubert d'écrire des romans noirs. Martin Joubert répond en général qu'il n'a jamais eu le désir particulier d'écrire des romans noirs, juste celui de parler de son temps." Mission accomplie. Et message reçu du côté du Goncourt et du Renaudot, du Médicis et du Décembre?"

mardi 11 novembre 2014

11 novembre



"Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
  Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
  Déjà le souvenir de vos amours s’efface
  Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri."

Aragon,  Le roman inachevé.

Monument aux morts, Doudeville-en-Caux, Seine Maritime.
 

« Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit/ Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places/ Déjà le souvenir de vos amours s’efface/ déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri » - See more at: http://www.humanite.fr/11-novembre-1918-cette-guerre-quil-ne-fallait-pas-faire-557172#sthash.HdwKnkGk.dpuf
« Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit/ Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places/ Déjà le souvenir de vos amours s’efface/ déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri » - See more at: http://www.humanite.fr/11-novembre-1918-cette-guerre-quil-ne-fallait-pas-faire-557172#sthash.HdwKnkGk.dpuf

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 20

"Il commençait aussi à donner des signes de ce poignant narcissisme du hors-la-loi vieillissant,  le genre qui s'époumone à rapporter des témoignages de sa propre valeur."
Bruce Benderson, Toxico.

"Si Hammett a été le meilleur des meilleurs, c'est peut-être aussi qu'il a l'air de penser (quoique membre du PC) qu'il n'y a aucun bon côté dans le monde, sauf dans le coeur de l'homme et de la femme qui disent non et qui boivent un coup parce que tout de même, c'est dur."
Jean-Patrick Manchette, Chroniques.

"Se réveiller, c'est se rendre compte qu'il y a toujours déjà quelque chose qui était là, le lit, la maison, le temps qu'il fait...et il y a des gens toujours anxieux au réveil parce qu'ils ont plus ou moins conscience d'être dépassés, chaque fois dépassés un peu plus par ce qu'il leur arrive au réveil, -toute leur vie qui s'alourdit."
Henri Thomas, Le Promontoire.

lundi 10 novembre 2014

Devine qui vient dîner?

Un auteur de roman noir reste un auteur de roman noir comme un nègre reste un nègre, un juif un juif, un bougnoule un bougnoule et un pédé un pédé. L'intégration demeure très, mais alors très fragile. Il suffit d'avoir lu le mépris à peine dissimulé dans les yeux d'une X, par exemple, à la Foire de Brive, son étonnement muettement réprobateur à l'idée que je signais, moi aussi, sur le stand Gallimard, pour savoir que tous les beaux discours sur l'effacement des genres, sur le roman noir qui serait de la littérature à part entière, c'est de la couille en barre.
Il suffit de gratter un peu, parfois très peu pour que revienne vite, chez certains écrivains "de blanche" quelque chose qui est de l'ordre du racisme, c'est un dire un mélange de peur, d'ignorance et de connerie.
En même temps, je publie de la poésie au printemps et je les encule.

Esquisse d'un catalogue pour une bibliothèque de l'injoignable

L'humeur vagabonde, La tête en fuite, Le pays où l'on n'arrive jamais, Albertine disparue, Loin de Rueil, L'équipée malaise, La fuite de Monsieur Monde, L'école des absents, Daimler s'en va, Je m'en vais, Cavale, Hors d'atteinte, La consolation du voyageur, Sur la route, On liquide et on s'en va, Du vent dans les voiles, Bande à part...

jeudi 6 novembre 2014

Un point sur L' ange gardien: Brive et Prix du meilleur polar 2014 par le magazine Transfuges

Nous serons vendredi, samedi et dimanche à la 33ème foire du Livre où le samedi matin, à 11H nous débattrons avec Ian Manook et Olivier Truc.
Par ailleurs, le magazine Transfuge qui avait été un des premiers à rendre compte de L'ange gardien en termes très plaisants et très fins a persisté en nous remettant le prix du meilleur polar 2014.

mercredi 5 novembre 2014

Rimbaud, zadiste et tarnacien



mon Bien! Ô mon Beau! Fanfare atroce où je ne trébuche point! chevalet féerique! Hourra pour l'oeuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendus à l'ancienne inharmonie. ô maintenant nous si digne de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés: cette promesse, cette démence ! L'élégance, la science, la violence ! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, - ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, - cela finit par une débandade de parfums.
Rire des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace."


dimanche 2 novembre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 19

"Il s'éloigna, tout seul, à pied. Il avait le temps, puisqu'il ne savait même pas où il allait."
Simenon, Maigret

samedi 1 novembre 2014

Open bar à Nantes et à Toulouse

C'est open bar à Nantes et à Toulouse, apparemment. 
Attendez vous aux discours habituels sur "l'ennemi intérieur", les "casseurs", les "anarchistes violents" de la part des journalistes et des zompolitiks. Attendez vous aux clichés genre "véritables scènes de guérilla urbaine" par ceux qui ont applaudi les fascistes de Maïdan.
Attendez vous aux conneries sur "séparer le bon grain de l'ivraie". 
Attendez-vous à la critique de "cette jeunesse de petits bourgeois" faite par de vieux grands bourgeois shootés aux salaires indécents de la génération lyrique et qui chevrotent des "analyses" à 80 piges et mèche dans les grands médias. Et puis comparez avec ce que disait Marcellin, le chasseur des gauchistes dans les seventies.
Sauf que si eux ne changent pas de discours, en face ça a changé et en face ça va vaincre parce que les chiens de garde ont perdu la grille de lecture à force de gâtisme.

Et que le week-end où Gattaz demande à la France de sortir de l'OIT, quelques cocktails molotov demeurent, somme toute, une riposte raisonnable, voire modérée. 
Sauras-tu repérer les flics provocateurs dans cette manif?

Que c'est bon quand Tarnac fait sa fête aux morts



Mathieu Burnel – l’insurrection est arrivée... par ce-soir-ou-jamais
Le suicide français, (et mondial), il y a deux façons d'en parler. Comme Zemmour ou comme dans L'insurrection qui vient, et aujourd'hui, dans A nos amis. Une mention spéciale à la vieille dame zombie Pascal Bruckner qui parle comme un psy qui aurait pris sa carte à l'UDR en même temps que Raymond Marcellin. Comme quoi, au passage, la critique de "l'idéologie 68" par Zemmour ou par ses fiancés même, c'est  du kif et vraiment de la couille en barre.

"Si on veut lutter conséquemment aujourd'hui en France, accessoirement on meurt."

"Dans les démocraties libérales, la sphère politique est foncièrement apocalyptique. La seule chose qu'elle parvient à proposer, c'est de retenir le désastre." 

Mathieu Burnel ayant ensuite quitté le plateau, il était temps d'éteindre le télécran et de lire un bon livre.

vendredi 31 octobre 2014

Lisez les poètes tant qu'il sont vivants, 1

Ca leur fera plaisir...par exemple Mon vrai boulot de Grégoire Damon (Le Pédalo ivre, collection poésie).


"Je crois encore aux divorcées soûles
seize ans en toc plantés sur leur quarante et un
qui dansent en after dans les PMU
le vendredi soir quand noël tombe un vendredi."


extrait de "Credo" in Mon vrai boulot de Grégoire Damon.

Propos comme ça, 14

Les clowns, vous voudriez que j'ai peur des clowns alors que les zombies sont déjà partout?

Si à cinquante ans, on n'est pas devenu communiste, on a raté sa vie.

Quand on aura le pouvoir, on fera la ferme des mille patrons. Seuls ceux qui auront bien mérité de la révolution pourront manger du banquier bio élevé sous la mère, comme Macron.`

Une loi va reconnaitre que les animaux sont des êtes vivants doués de sensibilité. Les mille vaches applaudissent et les 440 000 enfants supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté demandent à bénéficier du nouveau statut.

Le nom du soldat des forces spéciales qui a tué Ben Laden sera bientôt révélé. En revanche le nom de l'agent de la CIA qui l'a armé dans les années 80 en Afghanistan reste un mystère.

Nous aurons gagné quand nous serons devenus injoignables.

jeudi 30 octobre 2014

J'avais oublié que c'était si beau.

"Je n'hésitai presque pas avant de lui dire que je l'appellerai Glaise.
Glaise. Elle en avait la couleur nocturne, de même que la densité suggérant quelque calme gestation au plus profond d'un monde figé dans son silence natal. Un monde de marais perdus sans doute, car il était impossible de ne pas songer aux marécages en regardant ses yeux dans lesquels, en de fulgurants reflets, se diluaient toutes les couleurs stagnantes de la nuit, des algues et des herbes à moitié décomposées. Glaise."
 

 




mercredi 29 octobre 2014

Daniel Boulanger (1922-2014)

retouche à la fatigue

avenir à la marche incertaine
garde sous ton bras le livre où sèche
la fleur du seul amour
ne te retourne pas
oublie mon visage usé

Daniel Boulanger, Etiquettes (1994)

Le roi de coeur de Philippe de Broca, scénario de Daniel Boulanger

mardi 28 octobre 2014

Mort d'un coeur pur

Il n'aura pas la légion d'honneur à titre posthume. Il est vrai qu'il ne pratiquait pas l'optimisation fiscale, les stock options, les retraites chapeau, le travail forcé en Birmanie, l'empoisonnement du delta du Niger ou des côtes bretonnes, la corruption à l'échelle continentale et le néocolonialisme capitaliste à la sauce Françafrique. Il n'aura donc pas le droit, non plus, aux condoléances serviles et kimiljonguiennes des ordures et des décombres qui contrôlent, certes de plus en plus mal, l'appareil politico-médiatique.
Il s'appelait Rémi Fraisse, il avait vingt et un ans et il est mort pour empêcher un barrage de se construire et de perpétuer la  vision délirante d'une agriculture productiviste qui, ailleurs en France, a déjà transformé des rivières en zones hautement toxiques et fait rôder notre fin dans nos canalisations.
La manière dont l'enquête multiplie les circonvolutions pour expliquer sa mort rappelle un scénario que même Yves Boisset aurait trouvé caricatural. On attend le moment où le procureur conclura que Rémi Fraisse s'est suicidé en se tirant une grenade lacrymogène dans le dos juste pour embêter les forces de l'ordre. Tout le monde ne peut pas mourir, aurait dit Lautréamont, de la rencontre fortuite sur une table de dissection entre un jet privé et une déneigeuse.
Rémi Fraisse appartenait à cette fraction de la jeunesse qui, de Tarnac à Notre Dame des Landes, des places d'Espagne ou de Turquie aux centres sociaux italiens, de la vallée de Suze à Taksim, d'Exarchia à Occupy Wall street, de ZAD en TAZ, s'est libérée de la matrice et a compris que ce que "nos enfants allaient payer", ce n'étaient pas les intérêts de cette dette fantasmatique inventée par un système aux abois pour domestiquer la population, non, ce qu'ils allaient payer, c'étaient les conséquences écologiques d'un mode de production aberrant. 
Pour un peu méditer cette fin violente, il est peut-être temps de lire A nos amis (La Fabrique) qui vient de paraître sept ans après l'Insurrection qui vient et en confirme tellement d'intuitions.
On a toujours raison de se révolter, et de refuser le choix entre une fin effroyable et un effroi sans fin.

lundi 27 octobre 2014

Aucune raison de se presser

Pont de l'Yèvre, deux heures.
Aucune raison de se presser. Soleil d'automne sur Vierzon. Des poèmes de Fombeure, de Thomas et de Hardellet dans la poche. 
Le bord de l'eau. 
Ca sent les prolongations dans l'errance,  pour tout dire.

"Et plus tard
  Il suffit de renverser le sablier"
Celui-là, cela faisait un bail qu'on le recherchait.

Pirotte, en automne, pour toujours





Deux textes posthumes de l’écrivain mort en mai 2014 viennent de paraître. Retour sur une œuvre majeure
 Paru dans Causeur Magazine, octobre 2014

Il faudrait aimer et lire les poètes quand ils sont encore là, avant qu’ils ne deviennent des classiques et que leur parole vivante, chaude comme la peau d’une fille au cœur de l’été, ne devienne l’objet d’études plus ou moins savantes, enveloppée dans la cellophane universitaire et disséquée par des étudiants plus ou moins adroits. On me dira que c’est le prix de la postérité. Sans doute. Il y a tellement eu d’écrivains très connus de leur temps qui ont sombré dans le néant à peine les clous plantés dans leur cercueil que la postérité est la vraie revanche des oubliés, des méconnus, des francs-tireurs.
J’ai confiance en la postérité de Jean-Claude Pirotte qui est mort le 24 mai 2014, à soixante quatorze ans, d’un cancer. Son nom circulait déjà depuis au moins une génération comme un mot de passe entre quelques amis dont le nombre ne cessait de grandir bien avant qu’il ne reçoive en 2012, coup sur coup Le Grand Prix de l’Académie Française de Poésie et le Prix Robert Sabatier, nouveau nom du Prix Goncourt des rimailleurs. C’était très généreux de la part de ces nobles assemblées. On pourrait chipoter en disant que dans les deux cas, les jurys se sont aperçus que Pirotte était en train de mourir et que cela lui ferait une consolation. Seulement, Pirotte était inconsolable, c’est même pour cela qu’il était un poète : « Je reproduis avec facilité l’atmosphère un peu doucereuse et oisivement méditative de ma vie de toujours, avec quelques livres, un peu de musique, beaucoup de silence, et le goût du chocolat noir des longues soirées. » écrit-il ainsi dans Le Voyage en Automne. 
 Deux livres posthumes de lui sortent cet automne, justement. Cela tombe bien, c’était sa saison préférée. Portrait craché, qui est un roman, et Une île ici, qui est un recueil de poèmes. Ils racontent la maladie avec une élégance et une ironie toute stoïcienne. Dans Portrait craché, pour la première fois Pirotte passe à la troisième personne, ce qui était le plus sûr indice qu’il était en train de prendre ses distances avec lui-même avant un congé définitif. 



Je me demande si ces précisions sur le genre littéraire de ces deux livres sont bien utiles. Pour les libraires et les éditeurs, sans doute. Pour les lecteurs, j’en suis moins sûr. L’écriture comme l’univers de Pirotte sont en effet les mêmes dans tous ses livres qui mêlent parfois dans une souveraine liberté et un joli désordre, des fragments de récits, des considérations sur la littérature, des poèmes, des portrait de femmes, des récits de voyage plus ou moins immobiles. On appelait jadis ces livres-là des « mélanges » et on conseillerait volontiers Il est minuit depuis toujours ou encore Plis perdus. Ce serait de bonnes introductions à Pirotte, ou de bonnes ouvertures comme on dit en musique, là où sont annoncés tous les motifs de l’œuvre, motifs incessamment répétés, modulés qui sont chez lui ceux de l’enfance, de l’errance, du vin, des paysages, des livres, des petites villes d’importance secondaire déjà célébrées par Larbaud pour leur qualité de mélancolie et le cadre apaisé, suranné qu’elles offrent à ceux qui veulent se poser un peu parce qu’ils fuient des souvenirs, des femmes  suicidées ou même la Justice. 
Ce fut le cas de Pirotte, qui connut le sort des hommes en cavale et donna même ce beau mot comme titre à un autre de ses romans. Mais avant d’en arriver là, il faut d’abord savoir que Pirotte, comme tant de très grands écrivains français (Simenon, Michaux), est belge. Après une enfance namuroise dans une famille où il s’ennuie, il passe une partie de son adolescence et de sa jeunesse en Hollande, une Hollande qu’il saura rendre lumineuse, sensuelle, érotique presque, une Hollande qui lui apparaitra toute sa vie comme une Atlantide, la même Hollande ou presque que celle du Baudelaire de l’invitation au voyage, la Hollande « du luxe, du calme et de la volupté ». Il faut lire Une adolescence en Gueldre, roman d’apprentissage plein de balades en vélos, de cuites au bord des canaux et de grandes serveuses blondes aux yeux gris mais aussi La pluie à Rethel où les souvenirs reviennent à l’homme en fuite, caché dans un meublé et seulement entouré de ses cigarettes, de quelques livres et de bouteilles de vins : « Ombres mouvantes de l’après-midi hollandaise. La route aux larges courbes fraîches. Les mains effilées et brunes de C. sur le volant noir. Sa chevelure libre et les blés ondoyants de la Gueldre. » 
Oui, Pirotte, longtemps, a été un hors-la-loi. Avocat, il est accusé en 1975 d’avoir aidé à l’évasion d’un client. Il quitte la Belgique et ne reviendra pas, même quand la prescription arrivera en 1981. Entendons-nous bien : quand on dit qu’il ne reviendra pas, c’est qu’il ne reviendra jamais à sa vie d’avant, que sa dilection pour le vagabondage, la fréquentation des réprouvés et des ivrognes, les résidences passagères en Champagne, dans les Charentes, les Ardennes, le Jura, la Catalogne ou le Portugal, que ce soit des cabanes de clochard rural ou des appartements prêtés par des amis, des maisons qui menacent ruine au bord de la mer ou des cellules de garde à vue, tout cela ne le quittera plus. 
C’est que Pirotte est un paysagiste mais pas à la façon marmoréenne du géographe Louis Poirier alias Julien Gracq. Non, les paysages de Pirotte sont mobiles, frémissants, émouvants. D’ailleurs, à l’occasion, il était peintre et quand vous receviez ses lettres, il y avait toujours sur l’enveloppe une petite encre qui représentait un lointain, un chemin qui ne menait nulle part, un pays où l’on arrive jamais pour reprendre le titre d’un célèbre livre d’André Dhôtel, un de ses amis qu’il considérait comme un écrivain majeur. Parce que Pirotte, en plus, était un formidable passeur. Le lire, c’est aussi découvrir une histoire souterraine de la littérature avec des écrivains à son image, c’est-à-dire des stylistes qui ont poussé très loin l’art de rendre au français sa clarté modeste, son incandescence sous le givre : Joubert, Chardonne, Marcel Arland, Henri Thomas, Jean Follain, Philippe Jaccottet,  Georges Limbour, Cingria, Georges Perros. Si ces noms, pour la plupart, ne disent plus grand chose aujourd’hui, c’est davantage à cause du mauvais goût contemporain et des impératifs commerciaux de l’édition de ce temps que d’un quelconque snobisme pour happy few. Dans la bibliothèque nomade de Pirotte, et parce qu’il faut voyager léger quand on extravague sur les départementales, il n’y avait que des livres qu’il avait lu deux fois et qu’il avait toujours envie de relire. 
Pour Pirotte, même le vin était un paysage et il savait non seulement le boire avec excès comme il se doit mais en parler, et bien en parler comme dans Expédition nocturne autour de ma cave ou Les Contes bleus du vin. Il n’est pas interdit de voir en lui notre moderne Li Po : toujours un peu en délicatesse avec l’autorité, poète et franc-buveur, avec la terre pour oreiller et le ciel pour couverture.  Il était aussi, et c’est sans doute ce que nous touche le plus aujourd’hui dans une époque où il y a de moins en moins de zones blanches dans le Grand Réseau, un homme qui avait développé une véritable technique, ou une morale ce qui revient au même, pour être injoignable. Ce qu’il est devenu pour toujours au mois de mai dernier, sauf pour ceux qui sauront le retrouver à chaque page de ses livres, évidemment. Et, qui sait, suivre son art poétique qui est aussi un art de vivre : "J'avais envie d'écrire un poème par jour. Dans le temps, quand je vagabondais, c'est ainsi que je me souvenais des lieux. Un arrêt, un poème, trois vers, trois mots, le nom d'une rue, d'une place, d'un inconnu dont le buste vert-de-gris paraît frissonner sous le soleil chauffé à blanc."

 

Portrait craché  et  Une île ici  (Cherche-Midi  et Mercure de France)

 

La plupart des livres de Jean-Claude Pirotte sont disponibles aux éditions de la Table Ronde, au Temps qu’il fait, au Cherche-Midi et au Mercure de France.

 

dimanche 26 octobre 2014

Du vagabondage

Tourbière du Longeyroux, 24 octobre 14, midi.
Voir du pays, 
battre la campagne, 
courir les rues, 
fendre l'air: 
l'échapper belle.

samedi 25 octobre 2014

Trotski a-t-il écrit la Recherche du temps perdu?

Paru sur Causeur.fr

 On sait, depuis Valery Larbaud, que la lecture est un vice impuni et l’on s’étonne que notre époque si amoureuse de taxes et de gabelles, surtout pour les moins riches, n’ait pas songé à un impôt sur les bibliothèques des particuliers. Le nombre de livres, comme autrefois le nombre de portes et fenêtres des domiciles, permettrait d’en établir l’assiette et le montant. Il faut croire que cela n’est pas assez rentable, étant donné ce qu’il reste de personnes en France, désormais, qui éprouvent le besoin de vivre entourées de murs de livres dans lesquels, à tout instant, loin des réseaux sociaux et des chaînes de télévision, et sans que cela ne leur coûte rien, elles peuvent soudain devenir injoignables, luxe aussi insensé que suspect par les temps qui courent. Et puis, il est possible également que le fisc connaisse l’existence des bibliothèques imaginaires et refuse de se confronter à cet épineux problème. La bibliothèque imaginaire, en effet, est composée de livres qui n’existent que…dans les livres. Ainsi est fait  l’écrivain, ce bizarre animal, qui non seulement écrit et lit des livres mais en plus, à l’occasion, en invente.

On remerciera Stéphane Mahieu de s’être penché sur la question dans La bibliothèque invisible (Editions du Sandre) dont le sous-titre, « Catalogue des livres imaginaires » indique bien le projet borgésien. D’ailleurs, nous rappelle-t-il, ce furent Borges et avant lui Rabelais qui furent les pères de ces  bibliothèques imaginaires. Dans Pantagruel, on trouve ainsi un « catalogue de la librairie Saint-Victor » qui compte près de 139 titres n’ayant jamais existé. Borges lui, avait fait de l’invention de livres fictifs un des aspects essentiels de son œuvre. Dans le prologue du Jardin aux sentiers qui bifurquent, en 1941, il explique malicieusement cette passion pour les bibliothèques invisibles : « Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer e 500 pages une idée que l’on peut très bien exposer oralement en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir, en résumé, un commentaire ». Que celui qui ne s’est pas livré à ce petit jeu lors de ses études pour une dissertation ou un exposé lève le doigt !
Mais Borges, en fait, n’a pas seulement cette vision utilitariste de la bibliothèque fictive : il s’en sert, comme beaucoup d’autres écrivains ayant pratiqué la chose, pour interroger les ressorts et les mécanismes de la création littéraire ainsi que le rapport de l’auteur avec son oeuvre comme dans sa célèbre nouvelle, Pierre Ménard, auteur du Quichotte où un écrivain recréant Don Quichotte en arrive au même résultat que Cervantès au mot près mais est considéré comme supérieur à l’original par la critique, ce qui est une invitation, par exemple, à se demander si l’on garderait le même œil sur La recherche du Temps perdu en la sachant en fait écrite par Trotski ou si l’on songeait au  Voyage au bout de la nuit comme à un roman de De Gaulle.
Stéphane Mahieu, dans sa Bibliothèque invisible, nous invite à une balade érudite et ironique dans une manière de fiction au carré mais aussi, l’air de rien, à une réflexion assez poussée sur la littérature. Les entrées de son catalogue sont faites par le titre des œuvres imaginaires et il faut aller jusqu’au bout de la notice pour voir qu’elles ont été inventées, souvent, par les plus grands noms de la littérature, et dans tous les genres, de Lovecraft à Nabokov en passant par Orwell ou encore ces délicieux écrivains trop oubliés que furent les « fins de siècle » Marcel Schwob ou Pierre Louÿs.  Et comme il le dit fort justement, ce divertissement mélancolique et souriant de la bibliothèque imaginaire qui court toute la littérature depuis ses origines obéit à un désir simple mais un peu fou car impossible à assouvir : « Il n’est jamais assez de livres. »


La bibliothèque invisible  de Stéphane Mahieu (Editions du Sandre)

jeudi 23 octobre 2014

Jours tranquilles à Eymoutiers.

La campagne est très belle par ici et l'automne enchante tant il ressemble aux dictées de l'enfance:

La Vienne coule toujours au bout du jardin et la collégiale aime toujours autant le ciel:

La population qui n'a pas estimé utile de débaptiser sa rue Marx ou sa place Stalingrad a d'ailleurs historiquement fait toujours preuve de bon esprit, notamment au moment de la Terreur qui ne fut Terreur que pour ceux qui avaient bien mérité d'être terrorisés:
Chez Guy le libraire, nous faisons une bonne pêche

 Puis nous repassons la Vienne et allons jardiner avec le dédicataire de L'Ange Gardien en attendant la Révolution Mondiale

Et après nous lisons dans la chambre avec vue pendant que le silence fait croire que le Temps ne coule plus, ou à peine.