mardi 21 avril 2015

Le petit, tout petit président....

Qu'il soit de droite est une chose. 
Qu'il compare le FN au PCF des années 70 en est une autre. Il n'y aura décidément pas de réconciliation ni d'accommodement possible avec ce PS là, qui est par ailleurs en train de mourir de sa moche mort.  
Lui rappeler quoi à ce type absolument dépourvu de grandeur, de classe, qui ne boit pas de vin et ne lit pas de romans, qui parle un français approximatif, post-spectaculaire et n'est que le gestionnaire interchangeable des politiques austéritaires? Qu'entre l'extrême-droite et le PCF, il y du sang? C'est peine perdue. Lui expliquer que c'est son bilan qui est le principal fourrier du FN? Il le sait, il mise même là-dessus pour sa réélection hypothétique, ce machiavel en playmobil car le FN ne fait que servir l'ordre qui existe pour discréditer toute alternative crédible.
On pourra, même si on n'est pas communiste mais simplement un peu sensible encore aux sens des mots et à la plus élémentaire cohérence mentale, signer la pétition ici.

Et puis après, on oublie le petit président parce que c'est le matin de printemps sur Eymoutiers, le bleu, la Vienne, la Collégiale et les collines...

Merci Gérard Guégan!

 C'est toujours un plaisir d'être autopsié par Gérard Guégan.

samedi 18 avril 2015

Eymoutiers, une heure du matin.

Voilà une ville avec un bon esprit. On a vu ça en revenant d'une belle rencontre à la librairie Passe-Temps, qui vaut le détour comme on dit dans les guides. 
Ce charmant graffiti est à quelques dizaines de mètres d'un autre, historique celui-là: "Pas de foin pour Hitler". Il date de décembre 1942 quand Guingouin à la tête d'un commando de maquisards fait sauter une botteleuse en gare d'Eymoutiers.
Ce soir, on sera en signature à Limoges même, à la Librairie Page et Plume dès 17H30. Viendèze dire bonjour.

mercredi 15 avril 2015

On a causé, ce jour-là, sous les ors de l'Hôtel de ville de Lyon...

Et on peut m'entendre bafouiller ici.

Christian Laborde, surtout dans les chansons

On éprouve un vrai bonheur quand Christian Laborde, ce swingueur définitif, dit qu'il aime notre poésie en général et Sauf dans les chansons en particulier. 

mardi 14 avril 2015

Tombeau pour Percy Sledge


On ne devrait pas le dire
mais bon
la mort de Percy Sledge
nous fait plus de peine
que celle de Grass et Maspero réunis
En même temps on n'a jamais dansé sur
Grass et Maspero
tandis que sur When a man loves a woman
c'est fou ce qu'on a emballé quand on y pense
Et aujourd'hui que sont devenues Camille, Isabelle
Nathalie, Corinne, Catherine et Virginie
Elles ont dix sept ans pour toujours
et leur bras autour de mon cou
et leurs seins beaux comme la jeunesse
Qui effleurent ma chemise en lin
Mais moi j'ai vieilli vieilli vieilli
tellement vieilli
sauf dans les chansons
où un homme aime une femme
sauf dans les chansons 
où chante Percy. 

14 avril 2015
 
© jérôme leroy (fqg)

jeudi 9 avril 2015

Mauves-sur-Loire 2015

Crémieux-Brilhac s'en va: mort d'un Français Libre



Jean-Louis Crémeux-Brilhac vient de mourir à 98 ans. On peut raisonnablement penser qu’il a rejoint la France Libre car celle-ci n’est pas seulement une des périodes les plus glorieuses de notre histoire avec son odeur de poudre et de grand large, de courage et d’aventure et ses capitales provisoires qui s’appelaient Londres, Dakar ou Alger, c’est aussi une donnée spirituelle, une Arcadie heureuse où les guerriers, les résistants, les vrais amoureux du vieux pays, (y compris les internationalistes car ce n'est pas contradictoire surtout quand on est français), peuvent enfin aller se reposer.
Jean Louis Crémieux-Brilhac était né en 1917 à Colombes et avait grandi dans cette France qui croyait que le carnage de 14-18  était la der des der et s’oubliait dans le charleston, le surréalisme et les filles coiffées à la garçonne. Mais Jean-Louis Crémieux-Brilhac ne se fit jamais d’illusion sur le fait que l’histoire est toujours tragique. Rapidement, lycéen, il s’engagea dans la mouvance antifasciste à l’époque où cela voulait dire quelque chose. Issu d’une vieille famille juive originaire de Carpentras, il savait qu’on ne reste jamais très longtemps tranquille dans ce monde-là et comme de surcroît son oncle était le célèbre critique Benjamin Crémieux, il fit assez vite la connaissance de Malraux, lui aussi assez bien renseigné sur le fascisme qu’il n’allait pas tarder à bombarder avec des avions de fortune du côté de Teruel.
Quand la guerre éclate,  Crémieux-Brilhac se bat bien sur la ligne Maginot et ses fortins inexpugnables, ce qui explique qu’il soit fait prisonnier tardivement, le 11 juin 40. Il s’évade par l’Est et se retrouve captif en URSS jusqu’à la rupture du Pacte germano-soviétique. Il rejoint à ce moment la France Libre dès septembre 1941 où il devient chargé de la propagande. Le reste, il le racontera dans une somme, La France Libre (Folio/histoire, en deux volumes) qui fait de lui le témoin engagé par définition, traçant avec précision la frontière complexe entre l’historien et l’acteur. Dans la préface à la dernière édition, il évoque ses discussions avec Pierre Nora, grand spécialiste de cette tension entre mémoire et histoire, qui l’ont conduit à redéfinir clairement son statut d’ « historien témoin » : « Mais, n’en déplaise à Nora, l’historien témoin a un avantage sur le pur manieur d’archives : le fait d’avoir vécu cette histoire et d’en avoir connu les acteurs lui donne une sensibilité particulière à ce que dissimule l’événementiel, en même temps que le souvenir irremplaçable de la tonalité des choses. »
Le grand homme de Crémieux-Brilhac, bien sûr, ce fut de Gaulle. Il trace de lui des portraits à la fois lucides et admiratifs et insiste sur l’aspect miraculeux et héroïque (c’est la même chose) d’une telle figure à un tel moment: « Que cet homme isolé en terre étrangère ait dû, seul de tous les chefs européens en exil, se dresser à la fois contre l’Allemand et contre le pouvoir légal de son pays, qu’il ait eu non seulement la vocation mais la capacité, dans son exil, de relever et de rallier la nation défaite − qui ne le connaissait que par sa voix − afin de la hisser avec lui au rang des pays vainqueurs, tient en effet du prodige. »
À l’époque où ça pétainise dans la presse d’extrême droite et où, en revanche, le gaullisme, même en tant que mot, a disparu du champ politique, la disparition de Crémieux-Brilhac dont la longévité était comme une garantie contre l’amnésie, est une mauvaise nouvelle. En exergue de sa France Libre, il citait le Sertorius de Corneille: « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis ». On relira donc La France Libre, pour savoir où se trouve la France en ce moment, car ce n’est pas évident quand toutes les boussoles, et Crémieux-Brilhac en était une, disparaissent successivement.

Paru sur Causeur.fr

mercredi 8 avril 2015

Art poétique

"Il faut m'astreindre à n'écrire ici que lorsque je suis de bonne humeur, et surtout pas quand je me crois malheureux. Le chagrin rend stupide. Il ne faut pas écrire de stupidités."

Jean-Patrick Manchette, Journal (1966-1974), désormais disponible en Folio.

ADG, encore une fois


Pour célébrer les 70 ans de la Série Noire, une exposition a eu lieu au Salon du Livre. On a demandé à quelques auteurs d'aujourd'hui de parler sur 1000 signes environ du livre d'un aîné qui l'avait marqué. On a voulu dans un premier mouvement se porter sur Nada de Manchette mais Manchette avait déjà été pris par notre copine Elsa Marpeau. Alors, du coup, dans un second mouvement on a tout de suite pensé à ADG et on va encore se faire traiter de réac. Voilà ce qu'on a dit du Grand Môme, donc.

Longtemps, j’ai aimé le néo-polar et Antoine Blondin. Il me semblait que ces deux dilections devaient rester incompatibles. Ce serait soit L’humeur vagabonde soit Le Petit bleu de la côte ouest. Cela m’ennuyait parce que, moi-même, j’aurais bien aimé écrire des romans noirs dans le style de Blondin mais il allait falloir choisir. Jusqu’au jour où je suis tombé, vers dix-huit ans, sur le n°1717 de la Série Noire. C’était Le grand môme d’ADG. Je ne connaissais pas ADG, je ne savais pas que son pseudonyme cachait celui d’Alain Fournier, (eh oui !), ce qui expliquait le calembour-hommage du titre. Dès les premières lignes, j’ai compris que la miraculeuse synthèse était là : « C’est parce que le moteur de sa vieille Ami 6 avait craqué dans le milieu de la côte qu’il est entré dans notre vie, avec cet air naturel du migrant qui ne s’embarrasse pas du superflu. » L’élégance soyeuse d’ADG serait désormais pour moi symétrique à celle, glacée, de Manchette. Et Le grand môme cette belle histoire d’amour déçu, avec de la violence, des jeux de mots, des fillettes de vin blanc, de la nostalgie et des paysages…

et puis pour nos aimables abonnés, et en exclusivité, ce cadeau d'ADG: le tapuscrit d'un début alternatif du Grand Môme, justement... 
 

mardi 7 avril 2015

Belle comme une émeutière

Soyons honnête. Comment ai-je pu, à seize ans, préférer David Hamilton à ça? Parce que j'avais seize ans? Ce n'est pas une excuse. Heureusement, avec l'âge vient la sagesse et l'on comprend vraiment que la beauté sera convulsive ou ne sera pas et que la jeune fille avec coquetèle molotov est l'avenir de l'homme.

samedi 4 avril 2015

vendredi 3 avril 2015

Vous viendèze dire bonjour demain chez Gibert?

Ce sera sur les coulisses de la Vème république,  la Série Noire, entre autres.
NB Je sais, la photo a au moins dix ans, mais ça doit-être pour attirer un public jeune, chic et entrainant.

jeudi 2 avril 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 33

"Toujours ce lys devant la fenêtre
  Comme passe le vent d'été;
  Ce n'est plus le temps de renaître
  C'est celui d'avoir été."
  
  Henri Thomas, A quoi tu penses

mercredi 1 avril 2015

On a parlé au Comptoir.

L'organe central de la jeune gauche antimoderne,  Le Comptoir, par l'intermédiaire de Sylvain Métafiot, nous a interviewé à Lyon. C'est agréable de parler de tout avec des gens intelligents et bienveillants, en fait. En plus, l'icono est parfaite.

mardi 31 mars 2015

Retirage, remise en place...

...et bibliophilie. Grâce au prix, L'ange gardien sera donc le seul titre disponible dans la version avant et après le relouquing des soixante-dix ans.

dimanche 29 mars 2015

vendredi 27 mars 2015

Low cost

On va encore dire que je vois le mal partout dans le capitalisme. 
Mais laisser aux commandes d'un avion un maniaco-depressif, ça n'aurait pas un léger rapport avec la philosophie du low-cost? 
Genre, "Eh mec, ta dépression, tu t'assois dessus. Et tu vas bosser ou tu caltes, ok?" ou "Le dingo, mets le sur German Wings sinon il pourrait nous foutre la honte sur les vols réguliers." Sauf que c'est pas France Telecom, un avion a 11 000 mètres d'altitude avec 150 passagers. Quand le gars se suicide, ça se voit tout de suite beaucoup plus.
 

jeudi 26 mars 2015

Propos comme ça, 21

Et soudain, il trouva le mot qui résumait parfaitement son histoire et, d'une certaine manière, qui pouvait qualifier aussi le monde dans lequel il l'avait vécue: inconcevable.

Alice au pays des merveilles et le Manifeste du Parti Communiste ont été publiés la même année. Ce n'est évidemment pas un hasard puisque les deux textes aperçoivent au même moment qu il est temps de conjuguer le rêve et l' émancipation.

Un "marqueur gauche droite", comme ils disent? Droite: "Avec le RSA, il y a un vrai problème de fraude sociale". Gauche: "60% de ceux qui y ont droit ne le demandent pas."

Correspondance Gare du nord/Gare de Lyon. Transport gratuit en raison du pic de pollution. A 15 ans tu regardes Soleil Vert. A 50, tu vis dedans.

-Oui mais les couchers de soleil sont beaux dans les villes polluées, fait-elle remarquer avec une désinvolture désespérée, un chic préapocalyptique qui l'enchante.

Après avoir écouté les infos pendant le dernier mois, il entra dans le bureau de vote et, surpris, constata qu'il existait d'autres bulletins que ceux du FN.

Je déplore profondément le manque d'imagination des pilotes du vol Lisbonne-Paris du 20 mars 2015 qui ont eu une chance unique de se mettre face à l'éclipse et de foncer vers elle de tous leurs réacteurs. Mais non, on a continué à servir dans l'Airbus des cafés tiédasses et des mignonnettes de mauvais ouisquie, en tournant le dos aux dieux. 

Mercredi une enseigne lisboète surannée pour une armurerie dans un quartier excentré et le lundi suivant, sur l'autoroute Annecy-Saint Julien en Genevois, un panneau qui indique Milan. Il n'y a que les routes pour calmer la vie, comme disait Roger.




 

dimanche 22 mars 2015

Le dimanche de l'écrivain errant

-aller voter Front de Gauche dans mon canton de droite,
-reprendre un train,
-continuer de lire deux romans excellents pendant le voyage: Les événements de Jean Rolin(POL) et Elles croyaient en Jean-Luc Godard de Chantal Pelletier (Joëlle Losfeld),
-arriver tard à Annecy,
-regarder les résultats, seul dans une chambre d'hôtel, 
-me réveiller tôt le lundi pour aller rencontrer des collégiens sur Norlande
-être accessible à une certaine mélancolie.

samedi 21 mars 2015

Bref retour au Portugal (5)

Le premier soir à Porto, je dîne seul à A Capoeira, à quelques pas du Boavista. Enfin, je ne dîne pas seul puisque j'ai mon vieux Poésie/Gallimard de Pessoa, acheté à Rennes et commencé à lire en 1987, dans le Rennes-Paris qui me ramenait de Coët. Là aussi, des vers lus et sus presque instantanément, des vers avec lesquels il allait falloir vivre, des vers presque frustrants puis qu'ils disaient exactement ce que je ressentais.

La bacalhau a braz est bonne, la bière légère à la pression "Impériâââl ou Souperbôqueu" (pas envie de vinho verde ce soir) me refait merveilleusement la bouche. En même temps, trouver de la mauvaise bacalhau au Portugal, c'est comme y trouver quelqu'un de désagréable. Ca doit être possible mais il faut le vouloir ou manquer de chance, ce qui parfois revient au même d'ailleurs.

La vie me donne-t-elle trop ou bien trop peu?
Je ne sais si je sens trop ou bien trop peu,  je ne sais s'il me manque un scrupule spirituel, un point d'appui sur l'intelligence,
une consanguinité, avec le mystère des choses, un choc à tous les contacts, du sang sous les coups, un ébranlement sous l'effet des bruits, 
ou bien s'il est à cela une autre explication plus commode et plus heureuse.
Poésies d'Alvaro de Campos, "Passage des heures"

 Pas mieux pour ce soir, Fernando, pas mieux...


Bref retour au Portugal (4)

Je loge à l'hôtel Boa Vista qui comme son nom l'indique, offre depuis son toit-terrasse, une vue émouvante sur l'embouchure du Douro, l'Océan, le Fort Saint-Jean Baptiste qui fait office de verrou, l'avenue du Brésil qui longe la mer. Derrière moi, le lacis des rues de Foz Velha, un ancien village qui s'est laissé piéger par Porto, il y a cent ans.


Il est évident que les paysages selon mon âme sont ceux-là, maritimes jusqu'à l'archétype. Ascendance normande, sans doute et plus sûrement encore, lecture précoce du Port de Baudelaire qui fait partie, dans sa version en prose, des poèmes qui m'ont marqué au fer rouge, connus par coeur presque instantanément lors de leur première lecture, il y a... Passons.

"Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir."

Voir la mer, les filles, les pays à la façon dont seul un poème peut voir la mer, les filles, les pays.

 

Vieillir en voyant la mer tous les jours, voilà mon programme poético-politique pour l'avenir. Cela me consolera de savoir que le communisme viendra seulement, -car il viendra forcément, il n'y a pas d'autres solutions-  après ma mort,  le mouvement révolutionnaire prenant un peu de retard ces temps-ci.

Bref retour au Portugal, (3)

Premier soir à Porto. Ma valise s'est fait la malle. Je me retrouve avec un Chinois qui a subi le même sort et qui ne parle ni français, ni portugais, ni anglais. Patience d'ange des deux employées en uniforme dans leurs bureaux chargés des bagages égarés.

Je suis toujours étonné, moi qui déteste les généralisations sur les peuples, de constater quand même, au bout de vingt cinq ou trente séjours sur près de quarante ans (eh oui...), parfois longs, qu'il y a malgré tout une douceur  et une gentillesse répandues dans toutes les situations. Je ne dis pas que ça n'a pas dû chauffer en avril mai 75 entre les grands propriétaires terriens de l'Alentejo et les paysans communistes mais c'est tout de même un peuple de passions calmes, qui répugne à la brutalité. Leurs révolutions, pourtant fréquentes, ne tuent pas comme le dit un proverbe portugais cité par Larbaud quelque part. Quant à la saudade, forcément intraduisible, c'est une mélancolie insurmontable certes, mais qui n'a rien du désespoir ou de la haine de soi.

Une fois la déclaration de perte accomplie -on me laisse bon espoir d'une prompte résolution du problème, je suis accueillie par S,  la documentaliste du Lycée. Avant qu'elle me conduise à mon hôtel, je lui demande de pouvoir faire quelque courses. Du coup, je reprends pied à Porto par le biais de ses galeries marchandes qui semblent de plus en plus nombreuses hélas. Quelques petits détails m'indiquent en plus que le Macron lusitanien a déjà fait le boulot. Tous ces centres semblent ouverts sept jours sur sept, jusqu'à 22 heures. En même temps, on voit des vigiles armés devant les parkings. Faut savoir ce qu'on veut en régime austéritaire. 

Comme j'avais gardé les livres et le Mac dans le bagage à main,  j'ai juste besoin de caleçons, de socquettes, de chemises et de quelques affaires de toilette. Et rien que pour donner raison à Serge Quadruppani, en plus, je ne résiste pas à une cravate merveilleusement austère, façon banquier protestant. 
Voilà, des livres, des vêtements propres et de quoi écrire: je suis chez moi.


Bref retour au Portugal (2)


Le lycée français de Porto, dans une grande avenue calme, aux perspectives dégagées. La mer n'est pas loin, on ne la voit pas, mais tout dit sa présence dans l'air plus large. Le lycée est construit au milieu de bosquets de conifères, avec une superbe vue sur la ville au loin. Il a quelque chose d'un country club dont les golfeurs auraient entre trois et dix-huit ans. Le CDI, une demi-lune vitrée avec vue sur l'horizon, entouré d'une galerie, donne envie de rester à lire ou, comme pendant ma première rencontre avec des terminales, de poursuivre indéfiniment la conversation.

Bref retour au Portugal (1)

Dès que j'entends parler portugais pendant plusieurs jours, cette langue d'oiseaux qui chuintent, à la fois musicale, allègre et alanguie, je me dis que la Tour de Babel a été une chance. Imaginons que la langue de Dieu ait été l'allemand, par exemple, ou pire, le néerlandais, l'humanité aurait été tout de suite moins aimable.


-ESV, comme école supérieure de vente?
-Non, comme école supérieure de vagabondage.

vendredi 20 mars 2015

On y sera...


....mais uniquement samedi. Pour plus de renseignements, c'est ici. 
Viendèze dire bonjour!

vendredi 13 mars 2015

Ferrat, five years ago

Voilà ce qu'on écrivait, il y a cinq ans, au moment de sa mort.



Jean Ferrat est décédé samedi à l'âge de 79 ans.

Jean Ferrat, c’est d’abord le souvenir d’un léger éblouissement quand on vous juche sur les épaules d’un père ou d’un oncle pour voir sa silhouette sur la scène. Vous êtes dans la foule d’une fête de l’Huma au cœur des années 1970. Il fait beau évidemment, presque aussi beau que dans la chanson Deux enfants au soleil, un de ses premiers succès et qui reste pour vous comme le programme commun d’une rêverie jamais abandonnée autour de ce que pourrait être le communisme enfin réalisé : le temps libéré dans un monde sexy, poétique et balnéaire. C’est vrai que vous avez tellement flirté sur cet air-là, ensuite. Comme plus tard, dans L’Amour est cerise, vous mettrez en pratique ce sage conseil : Vertu ou licence
Par Dieu, je m’en fous
J’égare ma semence
Dans ton sexe roux.

Jean Ferrat, c’est aussi votre quarantaine. La première fois que vous avez cru passer de l’autre côté. Vous tenez deux mois contre une pleurésie sur votre lit d’hosto, avec des drains un peu partout. Vous vous sentez comme un vieillard, vous avez tout le temps mal malgré la morphine qui ne fait que mettre la douleur à côté. Et puis ça remonte, ça revient, et un jour, vous sortez à petit pas. Et dans la voiture, vous allumez l’auto-radio et Que c’est beau la vie qui passe sur Radio Nostalgie. Alors, les larmes vous montent aux yeux parce qu’il y a des petits matins où les apparentes banalités deviennent les plus belles vérités philosophiques que vous n’entendrez jamais. La force, sans doute de ce que l’on appelle un peu vite la variété. Le jeune Proust, dans Les Plaisirs et les Jours savait déjà tout ce que peut apporter cette musique prise de haut par quelques pointilleux prétentieux : “Combien de mélodies, de nul prix aux yeux d’un artiste, sont au nombre des confidents élus par la foule des jeunes gens romanesques et des amoureuses.”

Les jeunes gens romanesques et les amoureuses, c’est fou ce que nous avons pu en rencontrer au Parti communiste. Le communisme, quoiqu’on en dise, ce fut quand même la grande affaire dans la vie de Jean Ferrat. Ce sont des communistes qui l’ont caché pendant l’occupation quand il s’appelait encore Jean Tenenbaum et que ce n’était pas le genre de nom idéal pour survivre à l’époque. Il s’en souviendra dans la chanson Nuit et Brouillard, la première sur la question, un vrai tube censuré, ou plutôt “déconseillé de passage radio” par cette France des sixties qui voulait oublier le passé qui ne passait pas dans la vague yéyé. Mais cela n’empêcha pas Europe 1 de la programmer, achevant d’en faire, pour les années à venir et jusqu’à aujourd’hui, la chanson de référence sur le sujet de la déportation. En revanche, Potemkine, là, fut franchement interdit d’antenne.

Oui, je sais, Jean Ferrat n’a jamais eu sa carte du Parti. Il était ce qu’on appelle un compagnon de route. Compagnon de route, c’est vivre à la colle avec le Parti alors que l’encarté est marié. Il ne peut pas toujours dire à sa femme ce qu’il pense d’elle, surtout quand il arrive à cette dernière de faire n’importe quoi. Jean Ferrat, lui, pouvait. C’était l’amant. C’est pour ça, paradoxalement, qu’il est resté fidèle jusqu’au bout puisqu’il était encore sur le comité de soutien à la liste Front de gauche en Ardèche. Parce qu’il a pu dire dans Camarade ce qu’il pensait du Printemps de Prague et dans Le Bilan dauber sur la fameuse expression de Marchais, “bilan globalement positif”, quand on l’interrogeait sur les pays de l’Est. Seulement, qu’on ne se réjouisse pas trop vite du côté des anticommunistes pathologiques. Tout le monde n’est pas Stéphane Courtois pour cracher hystériquement dans la soupe dont il s’est pourtant repu jusqu’à plus soif. Le refrain du Bilan, c’est le nôtre, encore aujourd’hui, et ce n’est pas près de changer, malgré tout ce qu’il nous a fallu avaler comme couleuvres : Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui.

Oui, Jean Ferrat, c’est aussi nos doutes, à nous les communistes. Mais on a ceci de particulier, c’est que l’on accepte les remises en question, mais en famille. Pour rester dans le domaine de la variété, quand Sardou s’est mis à chanter Lénine, réveille toi ils sont devenus fous, cela nous a fait hurler de rire à l’époque. Ce réac atlantiste en déçu du communisme au milieu des années 1990, tout de même, il ne manquait pas d’aplomb. Vous imaginez, c’est comme si Jean Ferrat s’était permis une chanson sur Friedmann et Pinochet en pleurant sur la trahison du modèle libéral.

Et puis après tout, Ferrat, il n’est pas seulement à nous. Comme Aragon, qu’il a si bien chanté. Ils appartiennent au patrimoine national. Ils ont su, ces internationalistes, chanter comme personne nos paysages, nos rivières, nos saisons, nos poètes. Parce qu’ils ont compris, comme tous les communistes français conséquents, qu’il ne sert à rien de vouloir aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même. Notre chanson préférée de Ferrat, pour tout vous dire, celle que nous nous repassons en boucle depuis que nous avons appris la nouvelle et que nous sommes surpris par la puissance de feu de notre chagrin, c’est Ma France : Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France.

Paru sur Causeur.fr


Jeune sourd, écoute-moi!

Je suis rassuré. Je viens d’élucider un grand mystère à propos de la jeunesse. Longtemps, la jeunesse, pour moi, c’était ce qu’il y avait de meilleur dans une société. D’ailleurs, les vieux ont assez vite inventé le terme de « jeunisme » pour discréditer la jeunesse mais aussi moquer ceux qui voulaient voir en elle le sel de la terre, ou à défaut, le terreau de saines révoltes.
Un jeune, ça ne se laissait pas faire, ça trouvait que rien n’allait de soi, même pas le bonheur. Tenez, Mai 68, si vilipendé aujourd’hui comme source de tous nos malheurs (les chocs pétroliers de 73 et 79 n’ayant apparemment joué qu’un rôle accessoire si on les compare aux ravages de l’hédonisme libertaire, de la pilule et de l’avortement), Mai 68 donc, a quand même été la révolte d’une jeunesse qui avait tout ou presque dans cette société des Trente Glorieuses. Eh bien, ils n’étaient pas contents quand même, les jeunes, ils trouvaient qu’on ne pouvait pas tomber amoureux d’un taux de croissance. Ils avaient raison, d’ailleurs, même si aujourd’hui tout le monde est amoureux de la croissance mais c’est toujours la même histoire, on s’aperçoit qu’on aimait la femme de sa vie une fois qu’elle a claqué la porte.
Les vieux – Mauriac ou Jouhandeau selon les sources – leur lançaient, à ces sales gosses sur des barricades, « Dans trente vous serez tous notaires ». Bon, c’est plutôt patron de presse ou conseiller du prince, mais l’idée était là. Aujourd’hui, je ne sais pas si les vieux se risqueraient à quelque prédiction que ce soit quand un jeune bouge. Parce que dans trente ans, le vieux d’aujourd’hui, il sent bien que son monde a un avenir assez indécidable. Promettre au jeune révolté d’être « notaire » dans trente ans, alors que le chômage de masse dure depuis trois générations et que la planète est en train de crever, c’est tout de même risqué.
Mais il a de la chance, le vieux. Assez miraculeusement, alors qu’il n’y a jamais autant eu de raisons de se révolter, le jeune est sage. Très sage. On va citer les djihadistes, bien sûr, mais ce n’est pas une révolte, c’est le signe ultime et atroce de la soumission à la pire des aliénations, l’aliénation religieuse. On va citer le zadiste, mais le zadiste, il est  pas très nombreux, hélas. Il n’a tué personne même si à l’occasion, lui se fait tuer. Mais très majoritairement, le jeune ne bouge plus. Il vit moins bien que ses parents et que ses grands-parents, il n’aura pas de retraite, il accède à un CDI une fois par hasard et de toute façon, bientôt, il n’y en aura même plus de CDI. Ne parlons pas de la couverture santé, de la sécu, de la stagiairisation à vie, de l’accès à la propriété….
Et pourtant, il ne bouge pas, le jeune. Il ne se syndique pas, il n’adhère pas à un parti politique, il ne vote pas ou alors FN dans une espèce de geste punk en croyant que ça embête tout le monde qu’il vote FN alors qu’en fait c’est bien pratique, ça permet aux autres (cf. Valls) de passer pour des défenseurs de la République tout en sabrant dans tous les budgets sociaux – car augmenter les minima sociaux c’est une dépense mais donner quelques milliards au Medef sans contrepartie, c’est un investissement sur l’avenir. Mais bon, non, il ne bouge pas, le jeune.
Heureusement, on vient d’avoir une explication à cette incroyable résignation oblomovienne, cette aboulie beckettienne, cet aquoibonisme bartlebien. En fait les jeunes n’entendent pas. Au sens propre. Ils sont devenus complètement sourdingues. 
C’est l’OMS qui le dit dans une enquête parue fin février. 50 % des jeunes de 12 à 35 ans, dans les pays à haut et moyen revenus, ont des problèmes d’audition. Parce qu’ils écoutent de la musique trop fort avec des casques qui leur envoient directement les décibels dans le cortex. Alors forcément, outre l’isolement et l’abrutissement qui empêchent de réfléchir, à la fin ils n’entendent plus rien. On conseille donc à ceux qui voudraient réveiller la jeunesse et la conduire à nouveau sur les chemins de la révolte de lire Marx, bien sûr, mais aussi et surtout d’apprendre le langage des signes.
On remarquera que le problème ne se pose pas dans les pays pauvres. Il faut croire que les bombardements sont moins dangereux pour l’ouïe que les iPod et qu’une bonne oreille est dans ces coins-là une question de survie : on entend arriver les obus, on peut estimer leur calibre et choisir l’abri idoine.
Pour le reste, rassurons-nous, qui n’entend pas ne se posera pas de question sur les désordres du monde, ses causes et ses conséquences.
Bref, nous vaincrons parce que nous sommes les plus sourds.

Paru sur Causeur.fr

jeudi 12 mars 2015

Série Noire au CNL, suite

C'était donc lundi 9 mars, au CNL, rue de Verneuil. Un compte-rendu avec verbatim et tout et tout peut-être lu ici, dans l'excellent Blog du polar de Velda.

mardi 10 mars 2015

Crash argentin

Je dédie le crash argentin de l'émission Dropped aux 560 morts chaque année par accident du travail dont personne n'a rien à foutre et qui ne feront pas la une lacrymale des médias.

dimanche 8 mars 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 32

"Il avait tout pour être triste, mais il était heureux comme seul pouvait l'être un bredin qui aimait voir se lever ou se coucher le soleil sur la terre des Patouilloux depuis des millions d'années."
René Fallet, Un idiot à Paris, (Denoël, 1966)

samedi 7 mars 2015

Lundi soir, au CNL, c'est Série Noire

Le lundi 9 mars 2015, à partir de 19H, nous serons invités à la soirée organisée autour du polar par le CNL.
Pour plus de renseignements, c'est là.