mercredi 22 octobre 2014

Brève contribution à l'iconothèque d'Eric Zemmour


Christophe de Margerie: un linceul n'a pas de poches.


La mort de Christophe de Margerie dans un crash aérien sur un aéroport moscovite suscite une grande émotion chez les maîtres du moment et leurs valets. Christophe de Margerie était en effet un des puissants de ce monde. Pour l'exercice 2013, le PDG de Total avait touché un salaire fixe de 1,5 million d’euros, un variable de 1,9 million d’euros et 1,7 million d’euros en stock-options et actions. Soit une rémunération globale de 5,3 millions d’euros.
C'est le Bossuet du Panégyrique de saint Bernard de Clairvaux que l’on entendra aujourd'hui pour notre part : «Cette heure fatale viendra, qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence ; la vie nous manquera, comme un faux ami, au milieu de nos entreprises. Là tous nos beaux desseins tomberont par terre ; là s’évanouiront toutes nos pensées.  Les riches de la terre, qui, durant cette vie, jouissent de la tromperie d'un songe agréable, et s'imaginent avoir de grands biens, s'éveillant tout a coup dans ce grand jour de l'éternité, seront tout étonnés de se trouver les mains vides…»


mardi 21 octobre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 18

"
"Leurs joues avaient l'odeur du vent. Et ce goût furtif, cette douceur duvetée sous les lèvres, c'était le goût âpre, la douceur bouleversante du bonheur. Mais je ne le savais pas, je ne le savais pas."

Marcel Béalu, "L'autobus sans retour", Mémoires de l'ombre.

lundi 20 octobre 2014

La Fayette, la revoilà!

paru dans Causeur magazine, octobre 2014



Qu’on nous permette de revenir au XVIIe siècle. Il nous semble bien oublié, à vrai dire. Ou pire, on s’est habitué à sa présence comme on s’habitue aux grands monuments, comme on s’habitue à Versailles, par exemple. On sait qu’il est là, ce Grand Siècle, mais on n’éprouve plus vraiment le besoin de le visiter. Ce n’est pas un hasard si le terme « classique » désigne à la fois l’esthétique de ce temps et les auteurs qu’on n’étudie plus qu’en classe, et encore… La Rochefoucauld, Molière, Corneille, le cardinal de Retz ou Mme de Sévigné ont pourtant inventé une manière d’être français infiniment séduisante, qui pourrait se révéler particulièrement utile en ces temps de grandes angoisses sur ce qui fonde notre identité. Il y a chez eux, au-delà de leurs différences, une même manière d’être au monde, une manière incroyablement tonique dans son impassibilité apparente, une forme de légèreté héroïque qui se conjugue à une grammaire des sentiments bien oubliée aujourd’hui.


Ce retour au XVIIe, c’est la parution des Œuvres complètes de Madame de Lafayette dans la Bibliothèque de la Pléiade qui nous en offre l’occasion. Le volume édité par Camille Esmein-Sarrazin prend l’allure d’un système solaire. Autour de l’étoile Princesse de Clèves gravitent une correspondance, des portraits, des Mémoires attribués, d’autres romans et nouvelles connus jusque-là des seuls spécialistes, ou presque. Tout cela, en plus du riche appareil critique, nous permet de connaître un peu mieux cette silhouette mystérieuse, un peu abstraite, qui passe discrètement dans les manuels de littérature, laissant derrière elle la réputation de fondatrice d’un genre littéraire devenu une spécialité nationale : ces fameux romans psychologiques, tout pétris de retenue, d’extrême civilisation, ces romans brefs où les cœurs s’échauffent à proportion que les têtes demeurent froides. Il faudrait nuancer, parler de l’influence de Segrais qui, dans la préface de ses Nouvelles françaises (1657), définit une esthétique qui rompt avec l’âge du roman héroïque et pastoral pour définir la fiction moderne comme celle du réalisme psychologique sur fond d’histoire. Mais c’est bien Mme de La Fayette qui passe à la pratique, écrivant en 1678, avec La Princesse de Clèves, l’archétype de cette nouvelle fiction.



On sait les problèmes que ce roman a pu poser à certains par sa trop grande cérébralité. On ne parle pas seulement d’un ancien président de la République dont on a beaucoup moqué l’ obsession anti-Princesse de Clèves, mais aussi bien de la manière dont, quelques décennies plus tôt, Louis Scutenaire (1905-1987), anarchiste et surréaliste belge trop méconnu, après avoir vu le premier volume de ses Inscriptions édité chez Gallimard en 1945, se vit refuser le second car il s’était moqué de l’admiration extatique que l’on vouait à La Princesse du côté des excellences de la NRF, à commencer par Gide. Son aphorisme « Relu hier soir La Princesse de Clèves. Avec mon cul. » lui valut un exil définitif de la rue Sébastien-Bottin.


Et pourtant, il s’agit bien, avec ce roman sacré ou ce sacré roman, de la leçon capitale que nous laissent une femme et un siècle : l’amour à la française est tout entier dans cette tension, cette lucidité tragique, par exemple celle d’un prince de Clèves passionné, qui a encore la force de détester sa passion : « Je n’ai que des sentiments violents et incertains dont je ne suis pas le maître. Je ne me trouve digne de vous, vous ne me paraissez plus digne de moi. Je vous adore, je vous hais, je vous offense, je vous demande pardon ; je vous admire, j’ai honte de vous admirer. Enfin, il n’y a plus en moi ni de calme ni de raison. » La Rochefoucauld, l’ami dont Mme de La Fayette adoucit les derniers temps, ne dit pas autre chose dans ses Maximes : « Un honnête homme peut aimer comme un fou, jamais comme un sot. »


Il y a donc, chez  Mme de La Fayette, bien autre chose à chercher que la finesse de l’analyse, la délicatesse des sentiments. C’est même le contraire qu’il faudrait lire dans ces leçons de folie contrôlée par l’orgueil : l’apprentissage du dépassement, le culte d’une énergie intime qui amène à une morale des sommets. Mais tout cela exposé sans élever la voix, dans l’élégance glacée de la litote. Comme le montre ce portrait qu’elle fit de son amie d’enfance, la marquise de Sévigné, et qui ouvre judicieusement ce volume de La Pléiade, il s’agit avant tout d’être à la hauteur de ses désirs : « Vous êtes sensible à la gloire et à l’ambition, et vous ne l’êtes pas moins au plaisir ; vous paraissez née pour eux et il semble qu’ils soient faits pour vous. » Cette fois-ci, ce n’est plus La Rochefoucauld mais son frère ennemi Retz qui donne un écho de cette idée  dans ses Mémoires : « Toutes les grandes choses qui ne sont pas exécutées paraissent impraticables à ceux qui ne sont pas capables de grandes choses. »

On trouve là une éthique commune à cette poignée d’écrivains qui connurent les deux XVIIe siècle, en passant par la case Fronde : celui baroque, héroïque, de Louis XIII, et celui policé, un rien compassé, de Louis XIV, qu’on appelle le Grand Siècle, justement. Retz, La Rochefoucauld, frondeurs en pleine illusion lyrique aurait dit Malraux, ratèrent un destin historique et prirent leur revanche par l’écriture : Retz par cette confession murmurée à l’oreille d’une femme que sont ses Mémoires et La Rochefoucauld par les tirs sporadiques de ses Maximes, qui ressemblent aux ultimes rafales que lâchent les rebelles dans une ville déjà reprise en main par les troupes gouvernementales.


Mme de La Fayette, de son côté, perpétua le raffinement des ruelles de la préciosité comme pour opposer son art de la dépense, des feux d’artifice de l’esprit, du luxe des analyses subtiles et gratuites au pragmatisme triomphant d’un appareil d’État que contrôlait déjà Colbert. Elle placera ainsi le cadre de ses romans soit dans une Espagne de fantaisie pour Zaïde, soit sous le règne d’Henri II pour La Princesse de Clèves, soit encore pendant les guerres de religion pour La Princesse de Montpensier, le premier texte qui la fit un peu connaître : elle s’ y offrit le luxe d’inventer un genre littéraire, la nouvelle historique, où l’histoire récente lui permet un subtil « floutage » de sa propre époque. Dans tous les cas, l’important est de se décentrer par rapport à un temps dont la grandeur signe aussi une certaine forme de désenchantement.


Avant d’être comtesse de La Fayette, elle fut Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, une jeune fille qui connut le bruit et la fureur de la Fronde, cette pavane flamboyante pour une aristocratie défunte. Elle avait dix-huit ans lors des combats du faubourg Saint-Antoine, quand La Rochefoucauld chargea, avec une poignée de cavaliers, une compagnie de mousquetaires pour dégager le Grand Condé et perdit, à cette occasion, ses illusions et la moitié de son visage. Et elle n’en avait que vingt, en juillet 1654, quand sa mère lui fit faire un étrange voyage à Nantes. Cette année-là, le cardinal de Retz, encore lui, emmêlé comme à son habitude dans des intrigues qu’il avait lui-même nouées, était en résidence surveillée. Mais on était entre gens du monde : son geôlier, le maréchal de La Meilleraye, lui laissait à peu près faire ce qu’il voulait. Les promenades sur les remparts de la forteresse se révélèrent vite ennuyeuses, alors il put recevoir des visites. D’après ses Mémoires, celle d’une certaine Mme de La Vergne lui laissa un joli souvenir. Il faut dire qu’elle avait eu le bon goût de venir avec sa fille. Retz, qui pour une fois n’avait rien à faire, tenta sa chance : « Elle était fort jolie et fort aimable. Elle me plut beaucoup. La vérité est que je ne lui plus guère. Je me consolai de sa cruauté avec la facilité qui m’était naturelle. » 


 Un coup pour rien, donc. De toute manière, cette histoire n’aurait pas duré : Retz s’évada quelques jours après. Marie-Madeleine, la jolie jeune fille, ne fut pas non plus particulièrement marquée par cette aventure puisqu’elle épousa, l’année suivante, le comte de La Fayette, personnage un peu falot au demeurant qui préféra toujours ses terres d’Auvergne aux fastes de la cour. Si le cardinal de Retz se trompe toujours avec brio quand il s’agit de politique, il faut le croire lorsqu’il parle des femmes : la pudeur de cette jeune fille sera celle d’une œuvre tout entière, où le désir, partout présent, est partout retenu. On n’est plus tellement habitué à ce genre d’économie du cœur à l’époque de la pornographie et du narcissisme sur Internet qui, au fond, sont une seule et même chose. Raison de plus pour y revenir.


Voilà, de fait, le génie très particulier de Mme de La Fayette et de quelques-uns de ses contemporains : croire en l’émotion, en la vie, pour mieux les brider, les étouffer. Aveux, confessions murmurées ou sèches maximes, un certain goût pour le silence à peine rompu vient se confondre avec le style. C’est en une seule phrase que Mme de La Fayette montre à quel point la princesse de Clèves eut raison de ne pas céder à l’amour et de préférer la solitude du cloître. Nemours, le beau Nemours, pour lequel elle fut prête un instant à tout sacrifier, était finalement comme les autres : « Enfin, des années entières s’étant passées, le temps et l’absence ralentirent sa douleur et éteignirent sa passion. »


C’est sans doute cela, finalement, Mme de La Fayette, et à travers elle la France : ce monde où les princesses seront toujours les plus belles pour aller danser mais où jamais, au grand jamais, vous ne verrez une larme couler sur leur visage.


Madame de La Fayette – Œuvres complètes, édition établie par Camille Esmein-Sarrazin (Bibliothèque de la Pléiade).

vendredi 17 octobre 2014

Thomas l'éclatant

Lisez Thomas Morales. Pour au moins trois raisons. Un, c'est un bel écrivain qui porte la critique au rang des beaux-arts. Deux, les éditions de la Thébaïde qui font un bien joli travail. Trois, j'ai écrit la préface et en général, je ne me dérange pas pour rien.

Propos comme ça, 13

Emmanuel Macron: "L'assurance chômage n'est pas un tabou à gauche"
Mézigue: "La lutte armée non plus, en fait."

Gauche.
En Bolivie, Evo Morales réélu au premier tour et pour la troisième fois, dédie sa victoire à Chavez et Fidel Castro.
En France, on a Emmanuel Macron.

Eric Zemmour aurait lu Dora Bruder de Modiano hier soir . Pris de honte, il se serait réfugié chez les Bénédictins, où le fantôme du facétieux mystique Max Jacob, mort à Drancy en 44, l'aurait accueilli avec les mots suivants: "Pauvre con."

Il aura passé sa vie à chasser midinette à quatorze heures.

On aura beau dire, les gens qui vous parlent de racisme anti-blanc, c'est quand même souvent parce qu'ils sont de bons vieux racistes anti-bougnoules.

Ce qui aurait été bien, c'est que la tehon de BHL avec sa pièce de théâtre nous consolât du succès de Zemmour. Eh bien, même pas.

Manif pour tous, Zemmour, etc.... La rebellitude de droite, c'est quand les enfants de Thiers se mettent à parler comme Guy Debord. C'est à la fois indécent et rigolo.

jeudi 16 octobre 2014

Potlatch pour Frédérick Houdaer



A Frédérick Houdaer



Parfois
le monde est tellement
gris
vain
vétilleux
vulgaire
paranoïaque
cruel
et surtout surtout
sans le moindre intérêt
que j’ai l’impression
fugitive mais atroce
que les poètes n’ont jamais existé
que les manuels de littérature
sont vides ou presque
que Rimbaud Aragon
Apollinaire Larbaud
Réda Thomas Toulet
et tous les autres
ne sont jamais nés
sinon dans mon hallucination
d’homme fatigué.


©jerome leroy 10/14




mercredi 15 octobre 2014

Péan pour Loukanikos

Nous en avions déjà parlé dans FQG. Il fut le symbole héroïque et narquois de la résistance de tout un peuple à la barbarie austéritaire qui a ramené la Grèce au rang d'un pays du tiers-monde, prouvant qu'il n'y avait plus besoin, dans l'Europe post-démocratique, de chars et de brutasses galonnées pour faire un putsch. Il suffisait de quelques hommes en noir venus de Bruxelles, du FMI et de la BCE pour imposer la dictature des marchés. On en connaît les résultats en matière politique, sociale et sanitaire.
Loukanikos, la saucisse, fut de toutes les manifestations, chien du peuple d'Athènes, comme un enchanteur sachant varier ses métamorphoses, comme un demi-dieu célébrant l'alliance du vivant. Il repose désormais à l'ombre d'un arbre, sur une colline de la ville, au-dessus de la rumeur jamais éteinte des coeurs purs retrouvant leur fierté et leur désir dans l'émeute.





Manquer dans l'image




Automne
Ca rime depuis toujours avec atone ou monotone
Il y a des pluies des paysans cagneux
Depuis toujours aussi
Des vents mauvais
Des feuilles tombées avec Verlaine Toulet
Ou même Guillaume
Mais l'automne pour moi ce matin
En cet instant précis
C’est un paysage où je ne suis pas
Un lieu qui existe à deux heures d’avion
Ou trois disons
C’est une table sous un citronnier
Sur une île
Dans une petite vallée
La chaise m’attend le chat aussi
Et le bleu surtout le bleu
Qui aurait à peine pâli
Mais à peine à peine
On irait à la plage tout à l’heure
On lirait
Un livre oublié dans la maison
Lors du dernier été
Le tome I du Vicomte de Bragelonne
Dans l’édition de poche des années soixante
Mais je ne l’ai pas oublié bien sûr
Je l’ai laissé pour revenir
Pour que Bragelonne
Ne rime jamais avec automne
On verrait encore des baigneuses
Des baigneuses de midi
Qui rentreraient à peine un peu plus tôt
Mais à peine  à peine
Le livre de poche pourrait être ouvert à la page cent vingt
Sur le transat
Avec du sable entre les pages
La serviette pourrait être tenue par mes mains
Pour essuyer les épaules toujours bronzées
De la baigneuse de midi
On pourrait encore dans la taverne de la plage
Déjeuner de poisson grillé de tomates et de vin blanc
Mais moi
En cet instant précis
Atone et monotone
Je manque dans l’image
Comme si j’étais mort.


© jérôme leroy 10/14






lundi 13 octobre 2014

L'ange gardien, sur Radio Libertaire.

C'était samedi, de 17 heures à 19 heures avec le programme musical choisi par nous. On peut écouter ici.


On en profite pour remercier Le Courrier Picard et Philippe Lacoche.
Stéphanie des Horts dans Coté Ouest
Natalie Beunat dans Clés
Hélène Reynaert dans la Page des Libraires.
Mais aussi Ouest France et Paris Match.

vendredi 10 octobre 2014

Quartier perdu

La belle vie. Temps suspendu, très loin en octobre. C'est dans le quartier de Fives, à Lille, ancien bastion ouvrier qui n'a pas encore été gentryfié, ni même boboïsé. Pas loin de la place Degeyter, le compositeur de l'Internationale, qui fut ouvrier dans le coin. On est toujours en 1950. On a mangé à l'Epi d'orge des potj et des bavettes de 500 grammes par tête de pipe avec des montagnes de frites. On a bu des Carmélites Triple. Ca braille joyeusement. 
Dehors, le vieux prolo mélancolique fume sa cigarette en regardant le ciel: "Vous êtes toudis communistes? C'est bien, cha. Ichi, ch'est la misère, y a même pus de bistrots. Mais plus loin, -tu ravises la rue du Long-Pot?, y a un Kabyle qui tient un couscous et qu'est poète. Tu verros comment ché biau ch'qui dit."
Le calme est revenu dans l'Epi d'orge. Il est trois heures. 
On est au bon endroit, au bon moment. Le ciel est flamand. On apprend par le SMS d'un pote que Modiano a le Nobel. Et tout nous semble encore plus cohérent, soudain, dans ce quartier perdu et retrouvé.

Patrick Modiano: le Nobel ne s'est pas perdu dans le quartier

Paru sur Causeur.fr

Patrick Modiano vient de recevoir le Prix Nobel de littérature. C’est plutôt une surprise. Cela faisait tellement longtemps que l’on attendait, à nouveau, un prix Nobel de langue française. On nous objectera que Claude Simon (1985) et Le Clézio (2008), ce n’est pas si loin. Encore faut-il s’entendre sur les termes. Claude Simon, opaque disciple du Nouveau Roman donne l’impression d’être un écrivain ruthène qui intéresserait surtout des universitaires de Tasmanie tandis que Le Clézio a quelque chose d’un sympathique boy-scout, genre « safari signe de piste » avec illustrations de Joubert, le tout traduit d’un improbable dialecte toltèque. D’ailleurs, ces deux-là prouvaient bien les goûts habituels du jury Nobel en matière de littérature : soit l’expérimentation snobinarde élitiste, soit les bons sentiments mondialisés. Modiano, ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est un écrivain qui n’a jamais rien eu à vendre, ni expérimentation de laboratoire, ni idéologie, ni bons sentiments, toute chose qui n’ont jamais  donné de la bonne littérature.
Le hasard fait que nous apprenons cette excellente nouvelle alors que son dernier roman vient de sortir, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, et que nous en avions prévu la lecture ce week-end car Modiano va bien avec la mélancolie d’un dimanche d’automne au goût de noix et de chinon quand on interrompt sa lecture seulement pour jeter un œil par la fenêtre sur une avenue déserte bordée d’immeubles Haussmann avec les feuilles des peupliers qui  commencent à tomber dans les contre-allées. La rencontre avec Modiano, pourtant, nous avait pris du temps. Il faut dire qu’on nous l’avait un peu caché, Modiano. Ou, pour formuler les choses différemment, jusqu'à la fin des années 80, on avait l'impression que Modiano était un écrivain pour cadres sup qui recherchaient un supplément d'âme, un écrivain qui allait apporter la littérature dans la corbeille de leurs signes extérieurs de richesse. Bien entendu, tout cela a changé. La barbarie n'ayant cessé de s'amplifier, le cadre n'a même plus besoin de l'alibi littéraire pour paraître. Et si vraiment il s'ennuie, et qu'il n'a rien d'autre à faire pendant une heure de plage ou de train, il lui suffira de lire un roman de Guillaume Musso ou de Marc Levy. On ne trouve plus que ça sur les maigres tourniquets consacrés à la littérature française et dans les listes des meilleures ventes. Tant mieux, finalement : nos nouveaux seigneurs, en se concentrant exclusivement sur l'appétit de richesses, ont libéré des territoires entiers de l'imaginaire qu'il ne tient qu'à nous de réinvestir. 
Ainsi, oublions ceux qui lisaient ou feignaient de lire Modiano, ceux qui disaient qu’il qu'il fallait lire Modiano,  que ce soit les critiques paresseux ou les profs en facilité. Et redécouvrons-le pour ce qu'il est: l'écrivain français qui a le mieux saisi depuis quarante ans, dans ses romans qui font semblant de tous se ressembler, les corsi et recorsi de notre durée humaine. Le Nobel a cru faire un choix mainstream, tant mieux encore, car il n’a pas vu à quel point Modiano est inassimilable aujourd’hui et que son succès public, comme souvent en littérature, relève du malentendu : Modiano ne raconte pas vraiment d'histoire et il aime la lenteur et les traces du monde d'avant. Comment voulez-vous faire un roman avec ça? Nous vous invitons cependant à éteindre les portables et à mesurer, très précisément ce que dégagent de silence, de lumière, de subversion discrète aussi, les quelques lignes qui suivent : "A l'époque, j'y trouvais encore des vestiges de mon enfance: les hôtels délabrés de la rue Dauphine, le hangar du catéchisme, le café du Carrefour de l'Odéon où trafiquaient quelques déserteurs des bases américaines, l'escalier obscur du Vert Galant,  et cette inscription sur le mur crasseux de la rue Mazarine, que je lisais chaque fois que j'allais à l'école: NE TRAVAILLEZ JAMAIS." Ou encore : "Notre seul but de voyage, c'était d'aller au coeur de l'été; là où le temps s'arrête et où les aiguilles de l'horloge marquent pour toujours la même heure: midi. " Il s’agit d’extraits  du roman Dans le café de la jeunesse perdue qui reprend, en creux, l’histoire des dérives des jeunes situs dans le Saint-Germain des années 50.
On dit que Modiano écrit toujours le même livre. Outre que c’est souvent la marque d’un écrivain de race, ce n’est pas tout à fait vrai. L’œuvre de Modiano a aussi connu des bifurcations, derrière l’apparente unité que lui donne sa fameuse petite musique. On connaît très précisément son roman familial douloureux depuis Un pedigree et le passé trouble de son père pendant l’Occupation : il était juif, fréquentait des milieux interlopes et avait fait une éphémère fortune grâce à des trafics divers. Quant à sa mère, comédienne belge, elle s’est désintéressée de lui dès l’enfance et l’a abandonné à ses grands-parents. Modiano, à ses débuts, ne voulait pas parler explicitement de sa propre vie. Il écrivit ainsi une série de romans subtilement angoissants, flirtant avec le fantastique dans leur description de Paris sous l’Occupation avec des personnages en apesanteur sociale, vaguement collabos, vaguement truands, toujours sur le point d’être arrêtés.
Modiano,  finalement, c’est un Simenon sans Maigret. Il écrit autour des creux, des absences, des non-dits avec des narrateurs orphelins qui louent des chambres à la semaine dans des arrondissements excentrés et qui recherchent les traces d’une petite fille déportée. Modiano est l’écrivain de la mélancolie sereine, de la mémoire inguérissable, de la nostalgie apaisée. Autant dire l’exact envers du présent perpétuel, de l’amnésie organisée, de l’éphémère médiatique.
Alors remercions encore une fois le Nobel qui, même s’il ne l’a pas fait exprès, ne s’est pas perdu dans le quartier.
 





mercredi 8 octobre 2014

Casting

"Femmes voluptueuses et philosophes, c'est à vous que je m'adresse."
Jean-Patrick Manchette, Fatale

Dans un monde idéal, où Fatale aurait été écrit un peu plus tôt, où Monica Vitti serait née un peu plus tard, j'aurais adapté ce roman au cinéma avec elle dans le rôle d'Aimée Joubert.

mardi 7 octobre 2014

Réhabilitation du complotisme

Célèbre complotiste juif allemand.
Le complotisme est la dernière trouvaille médiatique du capitalo-parlementarisme (Badiou) pour discréditer toute analyse visant à montrer son plan concerté et plus ou moins bien caché de domination sans partage. Il veut, par ce mot, discréditer ainsi toute alternative à son  échec social, politique et écologique, en s'appuyant sur les frasques de quelques sinistres imbéciles approximatifs façon Soral ou Dieudonné, caricatures tellement utiles pour qui veut  réduire la critique du secret généralisé et de la barbarie marchande à des propos de clowns pas drôles.
Nous parlions de plan plus ou moins bien caché car parfois il suffit juste de savoir lire, de recouper deux informations et de ne pas s'égarer dans l'amnésie induite par le présent perpétuel des médias pour s'apercevoir de l'horreur tranquille qui se présente, chaque jour, comme la seule solution possible et le meilleur des mondes en devenir.
Qu'un certain nombre d'événements historiques soit le fruit de savantes manipulations, que les assassinats non résolus, les guerres sans but autre que de détourner l'attention, la fabrication de la peur du brigand ou de l'allogène (voire du brigand allogène), que tout cela fasse l'objet d'un discours même construit, même précis, même démontré à postériori est disqualifié par l'appellation de complotisme par quelques intellectuels aux ordres, qui ont tout intérêt à ce que perdure le désordre établi et la falsification du réel.
Guy Debord? Complotiste. Naomi Klein? Complotiste. Badiou? Complotiste. Marx, le Marx qui écrit dans L'Idéologie allemande, "Pour autant qu’ils dominent en tant que classe et déterminent une époque historique dans toute son ampleur, il va de soi que ces individus dominent dans tous les sens et qu’ils ont une position dominante, entre autres, comme êtres pensants aussi, comme producteurs d’idées, qu’ils règlent la production et la distribution des pensées de leur époque "? Complotiste.
C'est bien connu, il n'y a pas de système, pas d'ententes illicites, pas de services secrets, pas d'utilisation un peu intéressée de "Grand Méchant Loup" (cf Goldstein dans 1984) qui change selon les convenances du moment et les lieux. Je pourrais faire mon Perec sur la question: "Je me souviens du Serbe, de Saddam, de Ben Laden" 
C'est bien connu, la construction mondialisée de l'Europe s'est faite dans la plus grande clarté depuis soixante ans comme se fait celle du Grand Marché Transatlantique où se décident entre technocrates, grands patrons et politiques soumis ce que seront les principaux aspects de notre pauvre vie quotidienne dans un monde dévasté.
Dans Roland Furieux de l'Arioste, on peut lire au chant XXXV: 
"Si tu veux que le vrai ne te soit pas caché,
Retourne entièrement l'histoire en son contraire:
Les Grecs furent battus, Troie fut victorieuse,
Tandis que Pénélope était une catin."
Cela date de 1532. Comme quoi, le complotisme, ça ne date pas d'hier.


lundi 6 octobre 2014

Un gouvernement de rêve

Même si vous n'êtes pas communiste et même si vous n'êtes pas du Nord (car personne n'est parfait), vous pouvez vous abonner à Liberté Hebdo, le petit canard rouge qui vient de fêter ses soixante-dix ans d'existence mais qui traverse une crise très grave. 
Cela fait plus de sept ans que sous le titre Le Talon de fer, je donne une chronique hebdomadaire. Voici celle de cette semaine et, à la fin, un bulletin d'abonnement. Donnez, donnez: dieu ne vous le rendra pas, le prolétariat si. Pour tout abonnement de soutien, une authentique manifestant pour tous empaillé qui fera la joie des petits et des grands.


Un gouvernement de rêve.


On présente tellement comme inévitable la victoire de la droite en 2017 que l’on en arrive à souhaiter la droite la moins pire. C’est dire à quoi l’on en est réduit pour éviter Sarkozy, voire le FN, voire Sarkozy ET le FN. Voici donc, en primeur pour les lecteurs de Liberté Hebdo ce que pourrait être un gouvernement centriste, rajeuni, féminisé, européen qui allierait l’expérience et l’énergie, comme au Sénat

Président de la République : Alain Juppé, « le meilleur d’entre nous »

Premier ministre : Valery Giscard d’Estaing. Encore vert – il est académicien, il symbolise une politique européenne moderne et libérale. Il saura animer une équipe.

Ministre de l’Economie et des finances : Yvon Gattaz. Né en 1925, beaucoup plus cool que son fils, il pourrait réconcilier les français avec l’entreprise en revenant à la semaine de 45 heures car « Macron est peut-être allé trop loin en la portant à soixante. »

Ministre de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur : Alice Saunier–Séité (demandée expressément par VGE, elle remplacera avantageusement Najat Vallaud-Belkacem)

Ministre de la Recherche et des Nouvelles Technologies : Jean-Jacques Servan-Schreiber. L’homme idéal à ce poste car il avait prévu Facebook dès 1972. En plus, il pourra ainsi démentir une rumeur persistante qui le donne pour mort.

Ministre de la Santé et de la Famille : Simone Veil. Elle connait bien les dossiers et pourra faire avancer la question sur la PMA et la GPA en se faisant soutenir par l’opposition de gauche comme à l’époque de l’IVG.

Ministre de l’Intérieur : Charles Pasqua. Cela va de soi, il rassurera la partie la plus droitière de l’électorat et terrorisera les terroristes ou djihadera les djihadistes, comme vous voudrez. Il mettra aussi un point d’honneur à lutter contre la subversion communiste et les espions nichés à l’ambassade d’URSS.

Ministre de la Défense : Bernard-Henri Lévy. Quoique réformé et un peu jeune (65 ans), Bernard-Henri Lévy a de grandes idées sur la stratégie comme il l’a prouvé en envahissant la Libye presque tout seul et en la laissant dans l’état où il l’avait trouvée en entrant.  

Ministre du Commerce Extérieur : Jean-Pierre Raffarin. Lui aussi est encore un peu jeune mais il a toujours eu de très bonnes relations avec la Chine qui apprécie beaucoup sa sagesse millénaire : «  Si on met la voiture France à l'envers, nous n'aurons plus la capacité de rebondir » (6 décembre 2006)

Ministre de la Culture : Jean d’Ormesson. Un bel exemple d’ouverture à la société civile. Jean d’Ormesson est en plus très sensible aux formes de la culture jeune : rap, hip-hop, tag…

Ministre des Affaires Etrangères : Jean-Claude Gaudin. Toujours dynamique, il a fait part au nouveau Président de la République de son désir de voir un peu autre chose que Marseille et le Sénat.

Ministre du Travail, de la Santé et des Affaires sociales : Edith Cresson, au titre de l’ouverture à gauche et qui a déclaré, à peine arrivée : « On n’est pas des pédés comme les Anglais ni des fourmis comme les Japonais, y a pas de raison qu’on se mette pas tous au boulot, merde ! »

Ministre déléguée à la Dépendance auprès de la Ministre de la Santé : Bernadette Chirac. Son nom rappellera de bons souvenirs aux gaullistes et aux vaches. « La Dépendance, je sais de quoi je parle : Jacques m’a encore demandé ce matin si Pompidou allait mieux. »


 Vite, ça urge


dimanche 5 octobre 2014

Et pendant ce temps-là, on lira le gentil René...

Comment fais-tu l'amour, Cerise?
Au crépuscule conjugal
L'ennui des nuits te paralyse
Et ton beau corps lit le journal.

Comment fais-tu l'amour, Cerise,
Mais le vrai, celui qui te monte
Au ciel et te souffle sa brise
Et te réchauffe et te fait honte?

Le fais-tu nue dans les moissons
Pour que nul ne voie au passage
Ta récolte de cheveux blonds,
Ta peau de blés sous les nuages?

Le fais-tu vite entre deux portes,
Avec la peur qui bat tes tempes?
Le fais-tu sur les feuilles mortes
Aux jours où ton coeur se détrempe?

René Fallet, Dix-neuf poèmes pour Cerise

Un bon dimanche aux familialistes



samedi 4 octobre 2014

Propos comme ça, 12

Jean-Jacques Pauvert est mort et La Manif pour tous est vivante. Il m'est arrivé d'écrire des conneries sur Sade. Je le regrette. Il me suffira de voir défiler "les familles" qui vont défiler ce dimanche pour soudain comprendre très exactement la nature du danger dont Sade voulait me prévenir, personnellement, dans Les 120 journées et, surtout,  La Philosophie dans le boudoir.

"La famille sans le familialisme" écrit Barthes, légendant une photo de Barthes par lui-même. La Manif pour tous, c'est exactement le contraire.

François Lenglet, élu par personne, libéral enragé, s'adresse aux politiques comme s'ils étaient des élèves plus ou moins compétents. Quand il se mouche, ce qu'il trouve dans son mouchoir, c'est de la morgue.

Je me pose une question, comme ça, tout à coup: est-ce que ce sont les mêmes qui font la queue cinq heures comme des glands pour avoir le dernier I Phone et qui traitent de tous les noms la fille au seul guichet ouvert de la poste au bout de cinq minutes? Quelque chose me dit que oui. Dans les camps de rééducation à régime sévère, on leur fera donc lire, à ces zombies postpoujadistes, Néofascisme et idéologie du désir du regretté camarade Clouscard avant qu'ils aillent travailler dans les sovkhozes du Bourbonnais.


Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 17

"...en cédant sans scrupule à ce penchant qui exige qu'en toutes choses, je mêle des bribes de littérature, comme on met du sucre dans son café."
Jean-Claude Pirotte,  Brouillard

vendredi 3 octobre 2014

Et avant de se retrouver à la Fnac à 17H30....

...un peu de soul, un peu d'Otis. La soul, le groove, c'est le lieu et la formule pour transformer une innocente comptine pour enfants en pure énergie sexuelle. Enjoy.

Point Presse: Le Monde, Clefs, L'Opinion indépendante.

On remercie Macha Sery dans Le Monde des livres daté de vendredi pour son très bel article sur L'ange gardien, intitulé assez justement "Grand coeur et peau dure" et  qui se conclut ainsi: "L'écrivain allie, dans ce nouvel opus, la brutalité viscérale propre aux romans noirs à ue grâce élégiaque qui rend hommage aux femmes fatales."

On remercie encore Natalie Beunat dans la revue Clefs et Christian Authier dans l'Opinion Indépendante (Toulouse) pour leurs articles amicaux et fouillés.

mardi 30 septembre 2014

Radio days

Le podcast de l'émission Pop Fiction, c'est ici. Votre serviteur intervient à partir de la 21ème minute.
Et celui du Masque et la Plume, où Michel Crépu a un coup de coeur pour L'ange gardien, c'est là.

dimanche 28 septembre 2014

"Prends garde à la douceur des choses."

Dimanche 28 septembre 2014, 8H50, 15e arrondissement
Les matins de fin d'été
ou de début d'automne
surtout un dimanche
ont le goût exact
du temps qui passe
L'âge et une légère gueule de bois
me rendent aussi fragile
que la trame du ciel
Ce n'est pas une sensation désagréable
puisque tout est tendre 
jusqu'à la pierre de taille
des immeubles Haussmann 
Ils s'étirent 
comme une grande fille
solide et sûre de son corps
quand elle se réveille
Le bleu est plus un souvenir du bleu
qu'autre chose
un bleu qui se rappelle
dans le calme de la ville
comme il était jeune encore
au coeur de juillet
Je suis fragile comme ce bleu-là
Je suis le souvenir de moi-même plus que moi-même
et c'est bien dommage car rien ne serait bon
comme de coïncider avec moi
en cet instant précis
en ce matin de fin d'été
ou de début d'automne
Je suis certain que j'apprécierais mieux
le goût exact 
du temps qui passe
et du café
à la terrasse déserte 
de ce bistrot
place Charles-Michels
dans le bleu pâle
dans le bleu fragile
dans le bleu du temps.


©Jérôme Leroy septembre 2014






De facto


samedi 27 septembre 2014

L'art poétique du roman noir

Sans jamais prononcer le terme, Irène Némirovksy, dans une préface qu'il faudrait reproduire ici intégralement, une préface aussi brève que lumineuse au Facteur sonne toujours deux fois du grand James Cain, donne une des meilleures définitions qui soit de l'esthétique du roman noir: 
"On imagine l'auteur, tenu en haleine par cette exigence du public américain, qui veut être à chaque instant de sa lecture, saisi, secoué, passionnément intéressé, et cette exigence se traduit, pour le livre, en qualités, presque classiques, de raison, d'ordre et d'économie."
Cela pourrait nous aider, dans la surproduction d'aujourd'hui, à distinguer ce qui appartient en propre au roman noir par rapport au thriller, au whodunit, au police procedural, etc... Ce qui appartient en propre au roman noir, c'est donc d'après Irène Némirovsky, son aptitude à remplacer et sur le plan esthétique et, d'une certaine manière sur le plan moral, ce qu'était la tragédie classique: "raison, ordre, économie" dans la réalistaion et purgation cathartique des passions pour le lecteur ou le spectateur.
C'est pour cela d'ailleurs que seuls les auteurs de romans noirs,  Hammett, Cain ou chez nous Manchette, entrent assez vite de plain-pied dans la l'histoire littéraire malgré les préventions de certains qui sont vraiment convaincus, du haut de leur ignorance universitaire, que Musso et Thompson, c'est la même chose.