samedi 20 décembre 2014

Moi aussi, je vais faire comme Zemmour et gagner plein de thunes....

...en assumant tout haut ce qu'on pense trop souvent tout bas à gauche.
En effet, étant donné l'ambiance de "réarmement moral" dans le pays, je me demande si je ne pourrais pas faire un livre scandaleux, genre Le suicide français, mais où  j'expliquerai que je pense que le FN est toujours un parti d'inspiration fasciste, qu'il n'y aurait pas eu de Résistance sans les communistes, que le mariage gay avec adoption et PMA est une bonne chose, que le cannabis devrait être légalisé, qu'il faut accorder très vite le droit de vote aux immigrés dans les élections locales pour mieux les intégrer, que cette même immigration est une chance pour la France (démographie, retraites, etc), que le problème n'est pas l'Islam mais le capitalisme financiarisé, que tout vaut mieux que la prison pour les délinquants, que les zadistes inventent de  nouveaux modèles intéressants, que "bobo" n'est pas toujours une insulte, que déconstruire les stéréotypes à l'école est plutôt une bonne idée in fine , que le bilan de 68 est globalement positif et que la nouvelle bien-pensance et le nouvel empire du Bien, c'est les néoréacs.
300 à 500 000 exemplaires assurés.
Et avec l'argent, j'achèterai des truffes et je financerai une révolution marxiste
.

vendredi 19 décembre 2014

jeudi 18 décembre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 24


« Moi, pauvre colporteur de paroles

Ne mourrai-je pas ? Oui, s’il plaît à Dieu !

Mais pourvu que j’aie pris du plaisir,

Une bonne mort ne me déplaît pas »

mardi 16 décembre 2014

Eric-Michel Zemmouellebecq: même pas peur!

Brisant des tabous, Eric-Michel Zemouellebecq ne laissera personne indifférent
Evénement littéraire de la rentrée de janvier. Le premier roman de Eric-Michel Zemouellebecq: La soumission française du suicide dans ta soeur la pute djihadiste.
Ce sera sulfureux mais sans concessions et cela va briser de sacrés tabous. 

Evidemment, l'auteur sera victime d'une conspiration du silence bienpensant bobopédéraste de soixante-huitards libéraux libertaires suppôts de l'Empire du Bien mais Eric-Michel Zemouellebecq saura la dénoncer lors des 124 émissions télé, des 243 émissions radio auxquelles il sera invité et des 981 entretiens qu'il donnera à la presse.

dimanche 14 décembre 2014

L'ange gardien, point presse

1) Un article dans mon cher Liberté Hebdo (le petit canard rouge du Nord qui a besoin de vous, toujours)
2)Un article dans l'Express du 3 décembre
3)Un entretien avec La Dépêche du midi, à l'occasion de la rencontre toulousaine à Ombres Blanches qu'on pourra lire ici

Sauf dans les chansons, mars 2015

Les épreuves sont arrivées

Dan Fante, poète du roman noir

À quoi reconnaît-on un bon écrivain ? Par exemple à sa manière de jouer avec les codes, les règles, les genres, de les subvertir mais, évidemment, pas de les supprimer, ce que font les avant-gardes paresseuses qui donnent ainsi une factice impression de nouveauté au lecteur éberlué. A ce titre, Dan Fante est incontestablement un bon écrivain et son roman noir Point Dume (Seuil/Policier) est un exemple de  ce qu’affirme la sagesse populaire : c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. On retrouve chez Dan Fante, d’emblée, quelques archétypes du roman noir qu’on pourrait croire usés jusqu’à la corde, l’ex-détective privé qui passe sa vie aux Alcooliques Anonymes, la femme fatale, le tueur sadique, le flic ripoux vendeur d’armes. On a presque l’impression de reconnaître de vieux amis dans de vieux décors, ici Los Angeles et Malibu. 
Mais voilà, Dan Fante est le fils du grand John Fante, celui des Rêves de Bunker Hill, et il a hérité de son père non seulement une forte propension à l’ivrognerie mais aussi une manière de style à la fois brutal, évident, efficace qui refuse le chantournement mais qui n’empêche pas une sourde mélancolie et une attention aux mouvements les plus imperceptibles des âmes en détresse. Le narrateur de Point Dume, JD Fiorella est de fait un véritable double de Dan Fante. Comme son créateur, Fiorella est un ivrogne repenti, il a un père écrasant qui fut un grand écrivain méconnu et un scénariste alimentaire pour Hollywood et il a même publié un recueil de poèmes comme l’a fait Dan Fante dont nous recommandons au passage les excellents Bon baisers de la grosse Barmaid et De l’alcool dur et du génie où la poésie ressemble elle aussi à un roman noir, partagé entre violence, désespoir et instants de lyrisme lumineux :
Je suis redevenu ce gamin ivre de printemps
qui fonçait à vélo dans les petites rues de New York
devant les bornes d’incendie ouvertes
-trempé jusqu’aux os
lançant ma vie vers un ciel
où Dieu sautait à la corde.”
Fiorella, lui, est poursuivi par des cauchemars qui lui viennent de son époque new-yorkaise quand il fut impliqué dans une tuerie du temps où il était privé. Sur la côte Ouest, il vit comme un vieux garçon avec sa mère, la veuve du grand écrivain, dans une grande maison qui tombe en ruine progressivement près de la plage de Point Dume. Il essaie de bosser dans les voitures d’occasion entre deux réunions aux AA où il croise pas mal d’ex–vedettes de la télé ou du cinéma et il ne faut pas rater ces scènes qui nous donnent une certaine idée du monde du travail aux USA qui ferait saliver d’envie notre Gattaz national.
Et puis tout déraille, évidemment, assez vite. Fiorella va d’abord s’embrouiller avec la conductrice d’une Porsche jaune qu’il avait d’abord prise pour un homme et son seul pote des AA est retrouvé mort, le pénis tranché. Fiorella, sans qu’il sache pourquoi s’empare de l’appendice avant l’arrivée de la police et va l’inhumer dans son jardin. Il fait aussi ajouter l’incendie de la voiture maternelle, une vieille Honda rouge, qui était son seul moyen de transport dans une ville où les piétons ont une espérance de vie très limitée, et son licenciement de la concession d’occasions suite à une vente où les clients ont donné un chèque en bois.
Dans ce chaos, Fiorella retrouve de vieux réflexes et essaie de comprendre ce qui se passe et si par hasard ce ne serait pas cette engueulade à propos d’une queue de poisson avec la fille en Porsche qui serait à l’origine de tout ça. Evidemment, tout sera beaucoup plus compliqué  car si Dan Fante est non seulement un écrivain qui sait jouer sur tout le clavier, c’est aussi un vrai raconteur d’histoires avec une intrigue aux détours formidablement vicieux et à la cruauté exemplaire.


Point Dume de Dan Fante (Seuil/Policier).

Paru sur Causeur.fr

mardi 9 décembre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 23

"Il faudra bientôt, je le soupçonne, que nous nous cachions pour lire, comme le temps est venu de se cacher pour boire. Rendre hommage au vin loyal confine à l'insoumission et invite à la clandestinité. Nous sommes quelques uns à nous préparer à des lendemains furtifs"  
Jean-Claude Pirotte, Expédition nocturne autour de ma cave.

Demain soir, à Toulouse

Rencontre autour de L'Ange gardien, demain à 18heures, à la librairie Ombres Blanches

lundi 8 décembre 2014

L'ange gardien: les mots d'Elsa, en attendant Lyon.

Dans le dernier numéro de la revue Alibi, on demande à des auteurs d'aujourd'hui d'indiquer en quelques lignes le roman noir qui les a marqués ces derniers temps.

Voici ce qu'écrit Elsa Marpeau, à propos de L'ange gardien. J'ai beau savoir que c'est une amie, j'ai beau savoir qu'elle est redoutablement intelligente, j'ai beau savoir que c'est un bel écrivain, je ne m'attendais pas à ce concentré de perspicacité et de sensibilité. Etre mieux compris par l'autre que par soi-même, volupté ultime de celui qui écrit:
Sinon, L'ange gardien a été sélectionné pour le Prix des lecteurs/20minutes-Quais du polar 2015

dimanche 7 décembre 2014

"Que les loups se vivent de vent..."

Valls me fatigue. Sarkozy me fatigue. La politique française me fatigue. Les journalistes et les commentateurs me fatiguent. Si je n'étais pas communiste et si je n'avais pas une furieuse envie de voir de mon vivant le capitalisme crever de ses contradictions, je me barrerais sur une île bretonne, ou grecque, là, tout de suite avec la pléiade de Villon qui vient de sortir. Et je laisserais ce pays de zombies à sa zombification:
                                         "En ce temps que j'ay dit devant
                                           Sur le Noël morte saison,
                                           Que les loups se vivent de vent..."

vendredi 5 décembre 2014

Bienvenue dans l'Europe Nouvelle: pour Nikos Romanos.

On résume? On résume.
Sur la photo, c'est Nikos Romanos. Il a 21 ans.  Il est Grec. Il est en prison depuis 2012 pour vols à main armée dans le but de financer une organisation terroriste. A cause du renforcement des lois carcérales par un gouvernement de collaboration austéritaire aux abois,  les conditions de détention de Nikos Romanos se sont aggravées et il ne peut plus suivre ses études. Il a donc entamé une grève de la faim. Pour le soutenir, des émeutiers qui sont le sel de la terre, ont enflammé Athènes depuis mardi.
Il est intéressant de savoir que Nikos Romanos, en 2008, a vu son copain de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, mourir dans ses bras. Alexis avait été abattu par la police à l'issue d'une manif. Il s'en était suivi des jours et des jours d'émeutes qui étaient les prodromes de l'insurrection qui venait. 
Demain, ce sera le sixième anniversaire de la mort d'Alexis. Dans un pays qui résiste avec l'énergie du désespoir à la Troïka, on craint le pire. 
Le pire, c'est à dire le meilleur, donc.
Et quand vous penserez au vrai visage de l'Europe Nouvelle, ne voyez pas la face lisse des zombies Draghi ou Junker. Voyez le beau visage martyrisé d'un héros, voyez le visage de Nikos Romanos qui a plus de souvenirs que s'il avait mille ans...

L'Ange y sera

jeudi 4 décembre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 22

"Peux-tu encore, un petit moment, te rétablir en poésie? ...faire un petit bond de coeur et de bite au récit d'une épopée, tragique certes, mais noble...étincelante!...Te crois-tu capable?"
Louis-Ferdinand Céline, Mort à Crédit

mercredi 3 décembre 2014

Propos comme ça, 16



Quand le patronat manifeste, il ne craint pas les débordements: son service d'ordre, c'est la police.

Il n'y a pas eu de faute professionnelle dans la mort de Rémi Fraisse. Bienvenue dans la France d'Yves Boisset.

Le problème, dans la Vème république, c'est que le président incarne la nation. Or les deux derniers se vantent quasiment de ne pas boire de vin et de ne pas lire de romans. Au pays de Blondin et du Chinon de chez Lenoir.
Après, on s'étonne.

 Je ne serais pas contre une petite émeute avant l'apéro.

Il décida, pour commencer, de ne plus adresser la parole aux gens qui n'avaient pas vu Je t'aime Je t'aime de Resnais/Sternberg et lu Lourdes, lentes d'André Hardellet. Ca allait lui reposer la voix.

1er décembre. Le seul patron que je salue aujourd'hui, c'est Saint Eloi, le patron des métallos.

Le bonheur est dans le loin.

Grève générale en Grèce ce jour contre l'austérité. La troisième en trois mois. Allez on prend un pari sur le temps accordé par les médias à cette info. S'il y a un temps accordé.

Gattaz: "Le patron a peur d'embaucher en France." Pauvre petite chose fragile. Si son métier est aussi traumatisant, au patron, il ne faut pas qu'il insiste. Qu'il laisse son entreprise à ceux qui y produisent effectivement la richesse. Et puis, le patron qui n'aura plus de boulot du coup, comme on n'est pas chien, on le fera vivre avec les minima sociaux. Il passera du statut d'assisté riche au statut d'assisté pauvre. Mais il sera plus tranquille. Comme quoi, on n'est pas méchant avec les patrons, au fond.

"Attendons l'hiver, il fera sombre, et qui sait? nous serons loin." Jean-Claude Pirotte, Cavale.

Comme souvent en français, tout tient à une préposition. Non aux patrons DANS la rue. Oui aux patrons A la rue.

"-Entendu. C'est d'accord. Un excellent couteau. Fait sur mesure. Vous êtes chasseur?
-On pourrait dire ça comme ça. Je traque un porc."
Dan Fante, Point Dumme

Petites fugues, jour 4 (jeudi 27 novembre)








Départ de Besançon, avec les bagages, pour Belfort où je passerai la nuit prochaine. On se dirige vers la conurbation Sochaux-Montbéliard, le paysage change comme il change si souvent, très vite, en France. Décor de villes industrielles, plus ou moins en déshérence, même bonnes bouilles multicolores à la sortie des écoles. je me souviens de Roubaix. Ce pays-là fut, est encore mon pays, ces lieux détruits par le capitalisme, où tout est encore possible, le pire comme le meilleur. Une raison de rester communiste, une de plus, pour que ce soit le meilleur qui advienne et pas le cauchemar ethnolibéral. On passe au large des usines PSA.
 Nous arrivons à la MJC de Valentigney pour une rencontre à l'heure du midi. C'est L. qui l'anime. D'emblée, je me sens de plain pied avec elle, et avec son public, des gens avec qui elle organise un atelier d'écriture. C'est entre midi et deux, les gens croûtent avant de retourner bosser mais écoutent et posent des questions. Louisa est une fan de mon cher Frédéric Fajardie. Son nom, je le remarque de plus en plus, opère comme un mot de passe auprès de certains, une petite confrérie en France. La phrase de Chardonne: "Je ne voudrais pour lecteur que des gens que je voudrais pour ami" me revient à l'esprit. C'est peut-être cela la seule vraie postérité qui vaille. Après la rencontre, on parle un peu de politique, du coin. Moscovici étant devenu commissaire européen et Valentigney étant dans sa circonscription, il va y avoir une partielle en mars. Le FN a ses chances. Mais où n'a-t-il pas ses chances, désormais? 
Le soir, rencontre à la médiathèque de Seloncourt. On me présente un gros livre-boite qui reproduit la couverture de La Vie Ordinaire de Peros remplie d'objets qui symbolisent l'Ange Gardien et le Bloc. C'est merveilleusement fait. Une fausse couverture du Point, une reproduction encadrée de l'Origine du Monde, une fausse carte d'identité très bien imitée au nom de Martin Joubert,  etc...
Entre temps, j'ai pu voir Belfort que je ne connaissais pas. On dirait un Chirico hivernal, une architecture monumentale presque déserte. La pierre est rouge, les façades colorées, on est déjà en Alsace, ou presque. Depuis la citadelle, on voit se dessiner le ballon du même nom.
Le soir, dans ma chambre qui donne sur la cathédrale Saint-Christophe, je lis Les Poésies documentaires de Mac Orlan: 
"Le bout de la route était là...
La chanson s'éteignit un peu?
On coucha la bonne aventure
Dans les draps d'un petit lit bleu."

dimanche 30 novembre 2014

Codicille à L'ange gardien

On avait un peu oublié de vous parler de cette e-nouvelle inédite et disponible depuis quelques semaines au Seuil, ici.
Pour 0, 99 euros, vous saurez tout sur les aventures d'un personnage certes hautement improbable, puisque je l'imagine conseiller à la sécurité sous un président de droite puis auprès d'un ministre de l'Intérieur de gauche, et qui n'aurait de cesse d'inventer des ennemis intérieurs en surinterprétant des livres anarcho-autonomes ou en aidant à la fabrication de pamphlets sécuritaires et anxiogènes écrits par des journalistes à gage venus de l'extrême-droite. Bref, rien que du rocambolesque...`

samedi 29 novembre 2014

Petites fugues, jour 3 (mercredi 26 novembre)



Jour 3: mercredi matin à Pontarlier, lycée Saint-Bénigne. Toujours cette douceur anormale, malgré l'altitude. Intervention devant des secondes professionnelles. Enfin, c'est plutôt eux qui sont intervenus, en fait, sur Norlande et la Grande Môme. On peut voir ça ici. On les en remercie vivement, eux, leurs professeurs et la documentaliste. Toujours un peu frustrant, en fait, de ne faire que passer dans une ville. Fantasme de plus en plus grand, en vieillissant, de vivre dans la petite ville, injoignable enfin. 
Conversation entre mon accompagnateur et la documentaliste, qui illustre cette idée du "présent visionnaire" de JG Ballard. Ils parlent d'une rivière où les pêcheurs professionnels qui vendaient leur pêche ont disparu en quelques années, d'un lac où ils se baignaient enfants mais où, désormais, il faut faire attention, surtout pour "les petits ou les personnes malades". On tient tous, aujourd'hui, ce genre de conversation préapocalytiques sans même vraiment s'en rendre compte.
Bref retour à Besançon, le temps d'apercevoir la plaque de la maison natale de Charles Fourier. Encore un qui aura essayé, et qui aura bien fait d'essayer. Et puis vers 17h, on est récupéré par  l'ami Thierry « Pas Sérial S'Abstenir » Loew, l’organisateur du festival de polar de Besançon, en mai, pour partir rencontrer des lecteurs à la bibliothèque de Salins-les-Bains. On aperçoit le panneau qui nous annonce qu’on passe dans le Jura. Il fait déjà nuit quand on arrive, je ne peux que deviner la beauté de l'endroit, sa mélancolie d'ancienne grande ville devenue une belle endormie et qui sommeille, paradoxalement, dans la vallée de la Furieuse, surplombée par la silhouette massive du Fort Belin. 
La bibliothèque de Salins est proprement magnifique, qui se trouve dans un ancien théâtre du XVIIème siècle où l'on distingue encore la Rotonde, les loges, les balcons, la scène et les peintures murales d'époque. Accueil charmant, on nous laisse voir la salle des incunables avec notamment Le Bréviaire de Franche Comté de 1501, frais et enluminé comme une jeune fille qui se réveille et La cité de Dieu de Saint-Augustin de 1482 ainsi que le Grand Livre des Salines, livre de comptes mais dont le titre fait tout de même rêver, un peu. On apprend au passage le concept de "restauration invasive' pour un livre, concept condamné aujourd'hui, mais depuis peu, et qui consiste à restaurer un livre de manière irréversible; c'est à dire sous prétexte de le sauver d'empêcher les générations suivantes, qui auront peut-être d'autres techniques plus élaborées, de rendre le livre encore plus proche de ce qu'il était. 
Je me demande, si, précisément, on ne peut pas élargir cette idée au champ politique, si le capitalisme n'est pas une manière de restauration invasive qui rend irréversible par les immenses ravages qu'il a commis, le retour à un monde d'avant lui. Après la rencontre, on dîne assez joyeusement près de l'Hôtel de ville. Thierry nous ramène à Besançon où l'on va boire quelques bières au Marulaz, dans le quartier du même nom, en face d'une librairie anarchiste et en écoutant au bar Anna Karina qui chante Gainsbourg. 
Un dernier tramway passe le long du Doubs. 
On est bien, je crois.

mercredi 26 novembre 2014

Petites fugues, jour 2

Retour de Dampierre sur Linotte, merveilleuse rencontre avec superbe accueil sur fond de cancoillote, de saucisse de Morteau, de gratin de pommes de terre et de vin d'Arbois. Sur le chemin de l'aller et du retour, par la vallée de l'Oignon et Montbozon, dans la nuit, vu successivement un renard qui allait attaquer un chat, une biche mélancolique et une chouette effraie assez cool, sur le bord de la route qui nous regardait passer. Elle avait l'air de se marrer et moi aussi en fait. Haute-Saône: trip extrême.
En début d'après-midi, rencontre avec des lycéens du lycée pro Sainte-Famille qui avaient lu Dernières nouvelles de l'enfer et m'ont offert un CD de leurs adaptations genre feuilleton radiophonique. Après-midi, promenade dans Besançon, plus romaine que je pensais.
J'ai un beau métier, je trouve.





mardi 25 novembre 2014

Petites fugues, jour 1

Hier, Besançon (Lycée Tristan Bernard), Saône (Collège de Saône), Bibliothèque de Genne (18 personnes pour 700 habitants!), dans une belle cave voutée, au-dessous de l'école. Temps printanier typique des automnes du Réchauffement. Rentré à minuit pour apprendre que L'ange gardien allait être traduit...en grec moderne, autant dire la langue que l'on trouve la plus chic de la Terre avec le portugais.
Cela mettait un point d'orgue à une journée où les belles rencontres et les belles personnes se sont succédé. On détaillera plus tard.


J'ai bien aimé le côté rénovation urbaine dada de la tour des 408. C'est trop grand, t'en coupes une tranche!

samedi 22 novembre 2014

Robespierre contre Super Mario

Alors, si on a bien compris, le personnage de Robespierre et, au passage les soldats de l'An II, sont attaqués dans un jeu vidéo du nom d'Assassin's Creeds. On est assez nul en jeu vidéo, et même complètement étranger à cet univers. On vient d'ailleurs de lire dans le Monde que le joueur de jeux vidéo avait en moyenne 31 ans, était un homme et était inactif. On ne sait pas pourquoi mais ce genre de portrait robot ne nous donne pas très envie de nous intéresser davantage à cet univers-là. Ca sent tout de même un peu le célibataire malpropre un poil autiste, un genre de personnage de Simenon des années 2.0. qui est à deux doigts de sombrer dans le meurtre en série ou d'aller s'engager dans le Jihad pour voir comment ça fait d'égorger IRL (in real life), comme ils disent.
Il n'empêche, on a cru comprendre aussi que c'était, du fait de l'abondance de pratiquants, un enjeu aussi commercial qu'idéologique. On peut non seulement par ce biais se faire du pognon mais aussi, de manière très gramsciste, créer des représentations dominantes. Dans ce cas précis, faire passer Robespierre pour un monstre. Finalement, ça ira plus vite que du Furet, historien et tennisman stipendié par les universités US aux fonds abondés par les think tanks néolibéraux et anticommunistes, qui a beaucoup fait pour détruire jusqu'au désir de changer la moindre des choses dans notre monde car cela conduirait forcément à la Terreur, au Goulag, aux Camps de la mort. C'est pas compliqué, tu demandes une augmentation du SMIC et la sauvegarde des services publics, et t'es déjà un khmer rouge...
Robespierre en prend donc plein la tête, ces derniers temps. L'année dernière, c'était un masque de l'Incorruptible reconstitué par un soi-disant spécialiste de la chose et un médecin légiste de chez Pinder. Comme par hasard, Robespierre y apparaissait monstrueux et grêlé, car c'est bien connu, quand on est méchant, on a une sale gueule, selon la philosophie politique décidément très élaborée de ces gens-là.
Il faut donc croire, comme le dit Méluche, qui est monté au créneau dans les deux cas, - le masque bidon et le jeu vidéo- que Robespierre gêne encore assez pour être victime de telles manips aussi sordides que ridicules. La réécriture de l'histoire, sans précédent, par le néocapitalisme aidé par les idiots utiles que sont les cathos ultras, voudrait nous faire croire, depuis Furet justement, que le bilan de 89 est "globalement négatif", notamment à cause de la Terreur ou des guerres de Vendée. Mais cela a surtout pour but de faire fermer leur gueule à tous ceux qui désirent changer le monde.
Alors rappelons, simplement, que sur Robespierre, on n'est pas obligé de croire les libéraux et les réacs, que la Terreur à Paris a fait moins de morts que la Semaine Sanglante lors de la Commune et que Robespierre est une des plus belles voix humaines au service de l'émancipation. Mais sans doute, à l'époque où un Gattaz voudrait que la France sorte de l'Organisation internationale du Travail, l'organisme onusien sur les questions sociales, car il trouve encore trop contraignantes leurs recommandations pourtant minimales, est-il difficile d'accepter la parole de celui qui osait dire: "Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier ”
Et puis, il n'y a pas que Furet dans la vie. Allez voir du côté de Badiou ou de Zizek qui essaient de penser Robespierre et la Terreur comme un moment dans une histoire beaucoup plus complexe et claire à la fois puisque c'est celle de l'émancipation humaine et écoutons justement, en guise de conclusion, ce que dit Zizek, tout de même plus crédible que SuperMario sur cette question:  “Ma thèse est de dire : il y a des situations où la démocratie ne fonctionne pas, où elle perd sa substance, où il faut réinventer des modalités de mobilisation populaire. La Terreur ne se résume pas à Robespierre. Il y avait alors une agitation populaire, incarnée par des figures encore plus radicales, comme Babœuf ou Hébert. Il faut rappeler qu’on a coupé plus de têtes après la mort de Robespierre qu’avant – mais lui avait coupé des têtes de riches… En fait, il est resté très légaliste. La preuve, il a été arrêté.”

jeudi 20 novembre 2014

Petites fugues en Franche-Comté

On y sera du 23 au 30 novembre. On a préparé sa valise, on a même acheté une carte IGN de la Franche-Comté, comme dans le monde d'avant.

Le foot, ce roman noir

Ce qu’il y a de bien avec le roman noir aujourd’hui, c’est sa capacité à s’emparer de l’histoire pour en proposer des relectures inédites en choisissant des angles toujours neufs. L’auteur de roman noir, c’est un peu un sniper. On croit que la situation est calme, que l’ordre règne et soudain une détonation claque : les décors familiers, les récits habituels, les certitudes confortables se retrouvent alors bouleversés par la peur, la haine et la paranoïa. Jeudi noir de Michaël Mention est un assez bon exemple de cette capacité à nous surprendre, y compris par le choix d’un sujet que l’on pourrait croire à priori peu fait pour le traitement de choc appliqué d’habitude à des histoires de meurtres, de manipulations et autres violences brutes accompagnées d’une critique sociale qui se fait tantôt au scalpel, tantôt au lance-flammes.
En moins de deux cents pages serrées, hypnotiques, Jeudi noir nous raconte en effet la demi-finale France-RFA , le 8 juillet 1982, à Séville, lors de la Coupe du Monde en Espagne. Même ceux qui n’aiment pas le football s’en souviennent encore puisque ce match symbolique a cristallisé la vieille névrose autour de la rivalité séculaire que la France et l’Allemagne entretiennent encore aujourd’hui, comme l’avait remarqué Jean Cau, cité par Mention, dans le Paris-Match du 13 juillet 82 : « Tout est guerre. De 1914 à 1940. De 1982 où, pour la troisième fois en un siècle, le France rencontrait l’Allemagne dans un match capital et sur le champ de bataille de Séville. Je sais que nous dirons vite que, là, c’était du sport mais…Mais le fascinant, l’étrange et le troublant spectacle ! D’un côté, la l’Allemagne dans la force et la puissance de ses divisions blondes, et rousses. De l’autre, la France et ses héroïques « petits ». »
La France menait 3 à 1 dans les prolongations après un match tendu, marqué par l’agression impunie du gardien allemand Schumacher sur Battiston, avant de se faire remonter au score dans les toutes dernières minutes et de perdre finalement aux tirs aux buts. Cette demi-finale a été, depuis, régulièrement commentée, analysée et racontée, notamment par Pierre-Louis Basse dans Séville 82 (La  Table Ronde). Mais jamais encore on n’en avait fait un roman, ou plutôt une tragédie. Une tragédie au sens premier du terme, car dans une tragédie, et c’est là qu’un  roman noir comme celui de Mention s’en fait l’héritier le plus direct, il y a unité de temps, de lieu et d’action,- ici 90 minutes  sur un terrain de foot andalou qui sombre dans la nuit d’été-, sans compter une fin que l’on connaît déjà au début- la mort des héros, inéluctable, en l’occurrence celle du Onze tricolore dont Mention montre bien qu’il préfigurait entre Platini, Trésor ou Tigana, et bien avant 98,  cette France mosaïque qui défrisait finalement beaucoup moins en 1982 qu’en 2014 les inquiets pathologiques du Grand Remplacement .
Le coup de génie de Mention est de raconter le match, minute par minute, à travers un joueur français fictif dont le monologue intérieur rythme une rencontre sportive qui devient un combat à mort entre deux équipes, une Iliade où parfois un affrontement entre héros est isolé  le temps d’un  duel au milieu de la bataille.  Un autre découpage vient aussi se superposer au premier : France Vs RFA, France Vs Troisième Reich (après l’agression de Battiston en début de seconde mi-temps), France Vs France (lors de l’effondrement des prolongations) et à nouveau France Vs RFA au moment des tirs au but. Il résume parfaitement l’état d’esprit de tout un groupe incarné par ce joueur fictif qui est le sismographe de toute l’équipe.
Mention entremêle aussi de manière très habile les douleurs physiques, le corps entre shoots d’adrénaline, d’endorphine et de testostérone tout en réinscrivant  le match dans son contexte historique : la France de Mitterrand qui croit encore pouvoir changer la vie contre une Allemagne toujours divisée entre Ouest et Est, complexée par son passé. Ce n’est pas le moindre exploit de l’auteur que de rendre également passionnantes les angoisses autour de la condition physique d’un Rocheteau, de la violence d’un Schumacher et des considérations sur les ministres communistes, la Fraction armée rouge ou la tentative d’enlèvement de la femme de Michel Hidalgo. Le tout sur une bande son où l’on retrouve, entre autres, Pink Floyd, Magma, AC/DC,  et qui scande comme des tambours de guerre ce Jeudi Noir aux allures de requiem de sueur et de sang.
Jeudi Noir de Michaël Mention (Ombres Noires)
paru sur Causeur.fr

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 21

"Je suis redevenu ce gamin ivre de printemps
qui fonçait à vélo dans les petites rues de New York
devant les bornes d’incendie ouvertes
-trempé jusqu’aux os
lançant ma vie vers un ciel
où Dieu sautait à la corde."
Dan Fante, Bons baisers de la grosse barmaid.