lundi 20 mai 2013

Cilicie


C'est un lundi de Pentecôte
Tellement gris
Que même mes nièces ont vieilli
C'est un lundi de Pentecôte
Qui donne envie
De rester à lire au lit
C'est un lundi de Pentecôte
Où mai sous la pluie
Abolit la vie sans la vie
 C'est un lundi de Pentecôte
 Où déprimé même le Saint Esprit
 Est remonté dans le gris

C'est un lundi de Pentecôte
La lettre tue l'esprit vivifie
Mais Paul de Tarse repart en Cilicie
Fatigué du lundi de Pentecôte
Tellement gris
Que même mes nièces ont vieilli.

©Jérôme Leroy, mai 2013

dimanche 19 mai 2013

Norge

Excusez-moi Messieurs, j'étais venu pour vivre,
Mais c'est trop demander, je tire mon chapeau
Et je n'insiste pas. J'ai mal compris les livres
Où l'on enseigne l'art d'être bien dans sa peau.

Evidemment, mon coeur n'entendait qu'à demi
Les broussailleux conseils de la philosophie
J'avais trop d'amitié pour avoir des amis
Et j'avais trop d'amour pour fasciner les filles.

Chut! je pars poliment sans déranger personne.
On trouvera l'argent du gaz et des impôts
Sur ma table de nuit; et surtout qu'on ne donne
A l'affaire aucun bruit. Je suis sourd comme un pot.

Norge, Eux les anges.


Se heurter enfin à l'objet

paru dans Causeur magazine en mai 2012`



Drieu édité en Pléiade : l’affaire n’était pas entendue, tout de même. En 2011, le ministère de la Culture refusait à Céline la commémoration du cinquantenaire de sa mort. Quelques collabos ont beau avoir été de très grands écrivains, voire des génies, il y a toujours un passé qui ne passe pas et qui, paradoxalement, donne l’impression de passer de moins en moins. Essayez, par exemple, de trouver Notre avant-guerre en livre de poche… C’était pourtant possible jusqu’aux débuts des années 1980. Quant à Rebatet, n’en parlons pas. La droite littéraire des Hussards, dans les années 1950-1960, n’a même pas essayé une opération de sauvetage, même Nimier, éditeur chez Gallimard, qui avait réussi une spectaculaire réhabilitation littéraire de Céline. Bien sûr, tous ces écrivains n’ont pas le même degré de culpabilité, et encore moins le même talent. Notre littérature peut se passer de Rebatet, sans doute. Pour Chardonne, Jouhandeau et… Drieu, évidemment, c’est plus difficile.


Le point obscur, proprement impensable, c’est l’antisémitisme. Celui de Céline, à travers les pamphlets et sa correspondance, est tellement délirant que, paradoxalement, il est de plus en plus intégré, métabolisé par les céliniens : ils veulent saisir la mesure de cette part d’ombre, ce monstrueux travail du négatif pour mieux comprendre la mesure de l’œuvre. En revanche, il est vrai que l’antisémitisme de Brasillach ou de Rebatet est un banal réflexe politique d’extrême droite poussé jusqu’à la délation en pleine occupation nazie, une vilaine verrue surajoutée à leurs livres, quelque chose qui les entache, quoi qu’on en dise. Quant à Chardonne ou Jouhandeau, plus hypocrites, ils savent se tenir et, en matière de style, ne desserrent jamais la cravate : ils ne se laissent pas aller explicitement à cette haine du juif qui affleure pourtant, en creux, très souvent dans leurs livres.


Si nous abordons d’emblée cette question de l’antisémitisme, c’est pour suivre dans sa préface aux Romans, récits, nouvelles de Drieu Jean-François Louette, qui est le responsable, avec Julien Hervier, de ce volume de la Pléiade. Dès les premières lignes, il nous entretient de cette question, comme pour justifier la présence de l’auteur du Feu follet dans l’illustre collection et désamorcer les éventuelles polémiques. Il n’a pas forcément tort. L’antifascisme d’opérette a souvent sévi dans le milieu intellectuel, ces derniers temps, et beaucoup aiment jouer les procureurs dans la République des lettres, qui est un front tout de même moins dangereux que celui de la guerre d’Espagne.


Jean-François Louette cite donc Emmanuel Berl qui écrivait, à propos de son ami Drieu : « L’antisémitisme l’avait pris vers 1934, comme un diabète. » Et de commenter ensuite assez justement : « C’est une maladie à évolution lente, comme on sait, mais aux rémissions rares. » Et pourtant, il signale aussi quelques faits biographiques qui méritent d’être rappelés : « Il reste que Drieu a toujours exercé le droit de se contredire que revendiquait un poète qu’il a beaucoup aimé, Baudelaire. Si bien que, sous l’Occupation, en 1943, il a contribué à sauver des mains des nazis sa première femme, Colette Jeramec, et ses deux jeunes enfants, internés à Drancy. Tout comme, en mai 1941, il avait fait libérer Jean Paulhan, arrêté pour faits de résistance, lui épargnant la déportation et l’exécution. » 


Surtout, la fin de Drieu plaide pour lui: son suicide, en mars 1945, à Paris, alors que tant d’autres étaient déjà terrés ou en fuite sur les routes de l’exil, n’a pas peu contribué à sa légende. Jusqu’au bout, son ami Malraux lui proposa de s’engager sous un faux nom dans la brigade Alsace-Lorraine, de faire une belle campagne d’Allemagne comme il avait fait une admirable guerre de 14, racontée dans les nouvelles de La Comédie de Charleroi. D’après Malraux, cela aurait permis à Drieu de faire oublier qu’il avait été un intellectuel organique du PPF de Doriot, le seul parti de masse sous l’Occupation, et qu’il avait accepté de prendre le contrôle de La Nouvelle Revue française dès septembre 1940, la transformant en vitrine de luxe pour les grandes plumes collaborationnistes. 


Drieu a voulu payer et on retrouvera, en fin de volume, le poignant Récit Secret, écrit en 1944 mais publié seulement en 1961 et complété par un Exorde où il est difficile d’être plus clair : « Oui, je suis un traître. Oui, j’ai été d’intelligence avec l’ennemi. J’ai apporté l’intelligence française à l’ennemi. Ce n’est pas ma faute si cet ennemi n’a pas été intelligent. Oui, je ne suis pas un patriote ordinaire, un nationaliste fermé ; je suis un internationaliste. Je ne suis pas qu’un Français, je suis un Européen. Vous aussi, vous l’êtes, sans le savoir, ou en le sachant. Mais nous avons joué, j’ai perdu. Je réclame la mort. » Sortie altière, donc, qui fit même dire à Sartre, pourtant peu enclin à l’indulgence avec ces écrivains-là : « Il était sincère, il l’a prouvé. »


C’est sans doute l’obsession du suicide qui constitue la véritable unité de l’œuvre de Drieu, et le choix opéré par cette édition de la Pléiade permet de la mettre en pleine lumière. Dès État Civil, autobiographie d’un jeune homme d’à peine 30 ans, publiée en 1921, l’idée est caressée, choyée, entretenue. On pourra bien entendu lire Rêveuse bourgeoisie ou Gilles comme des tentatives pour réaliser un roman total, prophétique, voulant rendre compte de tout une époque où se joue, entre le traumatisme de la Grande Guerre et l’affrontement des grandes idéologies fasciste, nazie et communiste, la fin d’une civilisation, mais on en revient encore et toujours à ce qui fait l’originalité de Drieu : ce sentiment éminemment moderne d’une radicale solitude de
l’homme dans le monde. Il est d’ailleurs mis en lumière par le roman le plus célèbre de Drieu, également retenu pour la Pléiade : Le Feu Follet, histoire d’un homme incapable de saisir l’autre et le réel, ne trouvant un dérivatif que dans la toxicomanie.


Finalement, l’indulgence de Sartre n’est pas si surprenante. Le personnage du Feu Follet et celui de La Nausée sont plus que des cousins. Oui, Le Feu Follet et l’œuvre de Drieu sont d’une actualité saisissante quand la réalité est mise en question par un virtuel envahissant, qui menace chacun d’entre nous d’un enfermement définitif dans le bunker du solipsisme, pour reprendre le mot de Schopenhauer, autre grande lecture de Drieu.


Cette édition en Pléiade n’a donc rien à voir avec une quelconque tentative de réhabilitation, mais vise avant tout à faire entendre, au-delà de la légende de l’homme couvert de femmes, du dandy fasciste suicidé, la voix de celui qui a désespérément tenté, par la guerre, l’amour et les idées dangereuses de « se heurter enfin à l’objet ».
Que tout cela ait débouché sur un formidable échec ne fait que rendre la figure de Drieu encore plus fraternelle.


Romans, récits, nouvelles de Pierre Drieu La Rochelle (Bibliothèque de la Pléiade).

samedi 18 mai 2013

Charles Trenet, tu te souviens?

C'était avant tout un surréaliste cruel et drôle, un moraliste subtil. Il aurait eu cent ans ces jours-ci, comme les irremplaçables grands-parents qui m'ont appris à lire. 



Au bal du néant
Tu iras mon enfant
Et tu seras content
D'être de ton temps.

vendredi 17 mai 2013

Le dandy de Douarnenez, 2

"Ecrire est physique"

"J'ai une excellente mémoire. Je ne retiens presque rien."

"Travailler! Travailler! Comme si j'avais le temps."

"La poésie, c'est une femme nue qui se baladerait sur les Champs-Elysées, en plein jour, et qu'on ne remarquerait pas. Qu'on ne verrait pas. Sinon, brièvement, les aveugles."

Georges Perros, Papiers collés, 2
 

Les jeux de l'amour et du hussard

Les jeux de l'amour et du hussard.

Retrouver l'amitié avec le Temps. Il a si longtemps été de notre côté. C'est trop bête.
 
Vivre ressemble de plus en plus à ces sorties désespérées que tentent parfois les assiégés pour rompre l'encerclement.

Les étés étaient.

Lunettes noires pour ciel blanc.

Aucune joie mauvaise à l'idée que le monde aujourd'hui si visiblement agonisant pourrait finir avec moi, que personne ne me survivrait puisque nous péririons tous dans une catastrophe définitive. Au contraire: je prévoyais avec un certain plaisir de voir mes cendres dispersées par exemple sur une plage grecque, non loin d'une taverne. Quelque chose de moi aurait continué de participer à la nuit tiède, à la rumeur de la mer, aux joues des filles amoureuses, un peu rougies par le vin et l'émotion, au sable dans leurs cheveux, à l'eau autour de leurs hanches nues au moment du bain de minuit.





jeudi 16 mai 2013

Le dandy de Douarnenez

"Bourreau de paresse."

"Solitude, mon smoking."

"Les hommes se sont assez vus."

"Je ne pourrais m'entendre qu'avec un homme qui avouerait qu'il a eu envie de se tuer, et que cette envie est toujours là, mais comme le feu dans l'âtre. Un homme qui aurait compris, su, connu l'impossible et se serait servi de cette connaissance pour vivre, hors de tout optimisme, etc. Un homme affranchi; c'est rare."

Georges Perros (1923-1978), Papiers collés, 3

mercredi 15 mai 2013

Autrement et encore de Sébastien Lapaque

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Une des idées reçues les plus idiotes en matière de critique est qu’un romancier ne devrait pas avoir d’idées, que trop d’intelligence empêcherait la naïveté propre aux grands raconteurs d’histoires. Sébastien Lapaque, lui, pulvérise ce cliché avec élégance, érudition, humour, précision. Il avait prouvé à l’automne dernier, avec La convergence des Alizés, qu’il pouvait donner au roman français un souffle polyphonique et concurrencer l’Etat-Civil dans un pays aussi compliqué que le Brésil. Aujourd’hui, on pourra lire son contre-journal, Autrement et encore qui couvre les années 2010-2012, composé de chroniques, de méditations, de rencontres, de lectures, de vendanges et de voyages. Il nous parle évidemment beaucoup de sa patrie de coeur, le Brésil mais aussi de l’Uruguay du président Mujica avant de nous emmener dans l’Algérie d’aujourd’hui. On le retrouve aussi à l’occasion à Tahiti, sur les traces de Simenon, sans compter la Chine, cette Chine qui inquiétait déjà Madame de Guermantes.

Suivre Lapaque sur ces deux ans est une expérience déroutante, au sens où nous sommes obligés avec lui de changer régulièrement d’itinéraire dans l’espace, le temps, les préoccupations qui sont les siennes et bientôt les nôtres tant il sait nous rendre intelligibles les enjeux souterrains de notre époque à travers une citation de Tertullien, un tombeau pour Marcel Lapierre, le pionnier du vin naturel, ou la lecture d’un quotidien argentin.
Dans Autrement et encore, on voit aussi passer ce qui fit notre actualité récente, mort de Ben Laden et de Kadhafi, tuerie de Toulouse, élections présidentielles. Mais le regard de Lapaque nous fait relire ces événements avec un recul qui n’est certes pas celui de l’histoire mais qui, malgré tout, nous demande une certaine réflexivité. C’est que Lapaque n’impose rien, il dialogue en toute franchise et quand il parle, il ne cache jamais « d’où il parle » comme on aimait à dire à l’époque d’un certain terrorisme intellectuel des années 70 : catholicisme assumé tendance Bernanos, amour de la figure d’un monde qui s’en va, attention portée aux textes et aux êtres. Les écrivains et les Saints sont finalement les seuls GPS  admis par notre auteur qui aurait plutôt, parfois, des pulsions technophobes et luddites, en bon lecteur de La France contre les robots ou de l’Encyclopédie des Nuisances, ces post-situ qui citent autant Marx que Joseph de Maistre ou l’Ecclésiaste.
C’est au tout début de cette décennie 70, d’ailleurs, que Lapaque est né dans une France qui a  plus changé en quarante ans qu’elle ne l’avait fait depuis Stendhal. Et s’il est nostalgique de cette France d’avant qu’il voit disparaître aujourd’hui dans une manière de totalitarisme soft qui n’échappe pas à ce connaisseur si fin de Pasolini et Orwell sa nostalgie n’est pas celle des trentenaires régressifs et de l’Ile aux enfants : la nostalgie de Lapaque est celle d’Ulysse, une de ses figures tutélaires. La différence n’est pas mince : Ulysse a perdu une patrie, mais lui, au moins, sait qu’elle a existé, qu’elle existe encore, qu’il faut essayer de la retrouver même si cela semble compliqué.

Jérôme Leroy


paru dans Valeurs Actuelles

lundi 13 mai 2013

La Grèce va mieux, elle est allée au cimetière à pied

Ceci n'est pas un allié objectif des marchés
paru sur Causeur


Comme le remarquait avec justesse notre ami Théophane Le Méné, la Grèce va mieux et on ne va pas s’affoler si le quatrième parti du pays, Aube dorée, est ouvertement néo-nazi et s’occupe lui même de faire la police chez les immigrés clandestins. Le principal, c’est que tout le monde, tout au moins du côté des experts de la Troïka et des économistes libéraux-médiatiques, estiment que les efforts du peuple grec et de leur gouvernement socialo-libéral-conservateur portent enfin leurs fruits. Christine Lagarde, elle-même, présidente du FMI, affirme que le pays est sur « la bonne voie » au point de parler d’un retour d’Athènes sur le marché obligataire en 2014. Ce n’est pas compliqué, on a presque l’impression d’entendre les bouchons d’Ambroisie sauter chez les Dieux de l’Olympe pour fêter ça.
C’est vrai, on ne va pas ergoter sur le licenciement sec de 15 000 fonctionnaires, sur quelques évanouissements pour hypoglycémie (ne dites pas sous-alimentation, ça n’existe plus en Europe comme chacun sait) dans les écoles, sur le système de santé remplacé par des dispensaires autogérés où des médecins bénévoles font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, c’est à dire pas grand-chose si ce n’est ce qui est fourni par la solidarité internationale.
Et puis surtout, on ne va pas regarder les chiffres du chômage. D’après les statistiques officielles,  il était de 27 % en février dernier, contre 22 % l’an dernier, portant le nombre de sans emplois à 1 320 000 personnes pour 11 millions de fainéants, euh pardon, d’habitants.  En ce qui concerne la tranche d’âge des 15-24 ans, le pourcentage atteint 64,2 %… En gros, toute une génération. Mais ne doutons pas qu’ils trouveront tous à s’employer dès que la Grèce sera revenue dans le monde merveilleux des marchés. Et ceux qui ne seront pas traders pourront toujours faire révolutionnaires. Il semble que dans une Europe schizophrène où la bonne santé d’un pays n’est plus jugée qu’à ses performances financières, cette vocation-là ait de beaux jours devant elle.
Je suis là en raison de la politique sanitaire de ce blogue, bien connue de nos aimables abonnés, qui veut que toute image pornographique soit contrebalancée par celle d'une belle fille nue.

dimanche 12 mai 2013

Comme un blues dominical et légèrement luddite



Avant, l’homme était un loup pour l’homme, maintenant, c’est une caméra.

A moins de vous retrouver avec des amis très sûrs ou de faire déposer tous les smartphones à l’entrée, comme dans les films sur la maffia où l’on fait déposer les flingues,  il est désormais impossible de montrer son cul dans un instant d’ivresse sans que cela ne se retrouve sur You Tube dans la journée qui suit ou de clamer votre amour pour Staline à la troisième bouteille de bourgueil de Catherine et Pierre Breton. Voire les deux, ce qui a dû m’arriver à l’époque où tout le monde n’était pas équipé comme un drone de l’Us Air Force.

Cette vidéosurveillance vient évidemment compléter celle qui est de plus en plus omniprésente dans nos villes. On était espionné dehors, on l’est désormais dedans.

Je sais que la seule chose qui m’empêche d’en finir avec les ordinateurs, le net, les réseaux sociaux, les téléphones portables, c’est que pour l’instant, j’en ai besoin pour des raisons professionnelles. Mais que vienne à tomber du ciel la solution qui me libérerait de cette façon de gagner ma vie  ou ne plus avoir à gagner ma vie du tout, et je disparaitrais totalement de la Toile. Aucune addiction narcissique : j’ai mes livres écrits et à écrire pour la satisfaire.

Et ceux qui m’aiment prendront le train ou m’enverront des lettres, avec un beau papier vélin bleu pâle. D’ailleurs, avec certains, nous n’avons jamais cessé ces pratiques archaïques : nous écrire, nous voir…

Cela est parfois compliqué à expliquer à des jeunes gens de vingt ans, même intelligents et sensibles, même engagés politiquement du côté de l’émancipation, de la planification écologique, de la décroissance soutenable (c’est ceux que je rencontre le plus souvent, désolé) :  avant leur naissance, j’ai connu un monde où je pouvais être injoignable sans que cela inquiétât ou parût suspect, un monde où j’écrivais sans traitement de texte, un monde où je ne ratais pas pour autant mes rendez-vous, un monde où je partais en voyage automobile sans GPS, un monde où il fallait changer de l’argent à l’intérieur des banques quand on était à l’étranger et non au distributeur à l’extérieur. C’était moins pratique ? Mais c’est ce « pratique » là qui donne désormais l’impression que l’on n’est plus jamais loin.

Avant l’euro, changer des francs en francs belges dans une station balnéaire comme Coxyde, à moins de 100 kilomètres de chez moi, et on avait ce plaisir presque physique d’avoir passé une frontière. Cette sensation s’estompe, ce n’est évidemment pas de la faute de l’euro et des distributeurs. Enfin, pas seulement.

Pour cette question des rendez-vous d’ailleurs, une des conséquences secondaires du téléphone portable, par exemple, est une dévaluation de la parole donnée, ou de l’engagement. Il est tellement facile de se décommander, désormais, que cela devient presque le moyen de se prouver sa propre importance.


Oui, il y a eu des histoires d’amour avant, et belles, et longues, et fortes. Allez voir dans une bibliothèque, euh pardon une médiathèque. Vous y trouverez encore quelques livres, derrières les ordinateurs. 

L’absence ou l’éloignement était une ordalie pour les amants. N’importe quel soldat en opex, n’importe quel marin au long cours attendait le courrier remis par le vaguemestre ou la poste restante à la prochaine escale. Parfois, c’était triste par ce que l’histoire ne tenait pas mais si elle tenait, c’était pour la vie. Aujourd’hui, c’est à peine si le marsouin engagé au Mali qui s’apprête à lancer une grenade dans une grotte des Iforas n’est pas dérangé par un sms amoureux ou grognon d’une fille qui hésite sur la jupe qu’elle va mettre pour sortir.

Je me souviens d’un film prophétique, Denise au téléphone (1995). C’était un film américain sur les débuts du portable. De jeunes amis new-yorkais amoureux les uns des autres passaient leur temps à se téléphoner mais ne se voyaient jamais, comme autant de monades réduites à une carte sim. La seule fois qu’ils parviennent enfin à se voir réellement, c’est à la fin du film quand l’un d’entre eux meurt. Il faut bien aller à l’enterrement.


On dit que c’est grâce à Twitter que les révolutions arabes ont commencé. Sans doute. Cela a dû être un instant de distraction de la part de Big Brother. Il s’est ressaisi depuis. Vous pouvez toujours essayer de twitter en Chine, pour voir.


Les réseaux sociaux ont réussi ce que n’avait jamais imaginé dans ses rêves les plus fous aucune police politique : des gens qui se fichent eux-mêmes.  La réussite est totale, c’est l’humanité elle-même qui devient une police politique autogérée.

Un policier reconverti dans l’écriture me faisait remarquer, lors d’un récent festival du polar, qu’il était pratiquement impossible aujourd’hui pour un truand de reproduire les grandes cavales d’antan comme celle Mesrine.  Et ce, précisément en raison de l’informatisation générale du réel. On peut s’en réjouir. 
On peut aussi s’en inquiéter : l’un des droits de l’homme les plus essentiels n’existe plus.
Celui de disparaître.

Les chats, pour caresser, c'est mieux que les smartphones.

samedi 11 mai 2013

Mariage pour tous: même pour l'école et l'entreprise.

Grâce à François Hollande et Fleur Pellerin, les partenariats école-entreprise vont se multiplier. Ici, un proviseur proposant une élève bien formée à des entrepreneurs.
 Paru sur Causeur.fr
Rappelons les faits : le 29 janvier, à l’initiative de Fleur Pellerin, la ministre de l’économie numérique, des PME et de la fin de la lutte des classes, étaient lancées les Assises de l’entrepreneuriat. Ce fut un grand moment de calinothérapie envers le patronat et notamment ces fameux Pigeons autoproclamés dont la « révolte » marqua le début du quinquennat.
Du côté du pouvoir, on avait cédé assez vite à leurs demandes, surtout sur une fiscalité avantageuse pour les plus-values réalisées lors des cessions d’entreprises. Mais, jamais lassé de montrer à quel point il n’est pas socialiste,  le pouvoir a lancé ces Assises de l’entrepreneuriat pour, d’après Fleur Pellerin, « lever les freins à l’émergence d’une véritable culture entrepreneuriale dans notre pays et attaquons-nous à la solitude de l’entrepreneur et valorisons sa prise de risque ! » Dans une dégustation à l’aveugle, j’aurais plutôt imaginé de tels propos dans la bouche du fringant Geoffroy Roux de Bézieux, un des cinq candidats à la présidence du Medef. On pourra toujours objecter qu’en matière de solitude et de prise de risque, le fait de vivre avec le Smic aujourd’hui ou de se retrouver pris dans la rafle des plans sociaux n’est pas mal non plus. Mais enfin, c’est bien connu, tout ce monde-là ne « crée » pas de richesses, il se contente de travailler pour les produire, quand il a encore la chance de travailler. Ce n’est pourtant pas ce qui nous a choqué le plus. Après tout, comme n’importe quel gouvernement économiquement orthodoxe, le gouvernement dit socialiste pense avec le zèle propre aux nouveaux convertis que la seule façon d’en finir avec le chômage consiste à baisser les charges des entreprises et à flexibiliser le marché du travail,  et ce malgré l’échec évident de ces politiques depuis deux décennies,. Rien de nouveau sous le soleil libéral…
Mais une cerise particulièrement amère est venue couronner le gâteau dans le discours de clôture de ces Assises prononcé par François Hollande lui-même, le 30 avril. Emporté par son enthousiasme, le président de la République a déclaré que l’école devait « stimuler l’esprit d’entreprise. »
Oui, c’est bien connu, l’école est le lieu d’un conservatisme terrifiant et elle n’a jamais su, cette affreuse vieille fille, s’ouvrir sur le monde merveilleux de l’économie de marché. Elle se crispe sur d’absurdes vieilles lunes comme la transmission du savoir, elle continue d’accorder une importance démesurée à des choses aussi improductives  que la littérature, l’histoire, la philosophie. Il paraîtrait même que dans certains établissements particulièrement pervers, on continuerait à enseigner le latin et le grec.  Il n’y en a plus beaucoup, heureusement.
Mais apparemment, c’est encore trop. François Hollande a donc repris à son compte, sans complexe, cette idéologie du renoncement qui veut faire de l’école le lieu où l’on prépare uniquement au monde du travail. L’enseignement professionnel lui-même, toujours d’après le président, ne débouche pas sur des « métiers qui recrutent ». N’importe quel professeur de troisième ou de seconde avec un peu de bouteille pourrait vous dire qu’il en a vu, au cours de sa carrière, de ces élèves orientés vers des « métiers qui recrutaient » et qui n’existent plus aujourd’hui, et qu’il serait plus intelligent de penser à long terme une formation qui n’enferme pas dans une spécialité mais développe des capacités d’adaptation à un monde changeant.
Sur sa lancée, le président a ainsi annoncé que de la sixième à la terminale, il faudrait imaginer des cours où serait enseigné cet « esprit d’entreprise ». Le présupposé idéologique de tels propos prononcés dans de telles circonstances et devant une telle assistance est clair comme de l’eau de roche : « l’esprit d’entreprise » n’existe bien entendu que chez les entrepreneurs, c’est-à-dire les patrons. Tant pis pour ceux qui se démènent dans le secteur associatif et pallient de plus en plus souvent les carences de l’Etat dans des secteurs non rentables comme les crèches, la culture, l’éducation populaire ou la formation des travailleurs sociaux. Ceux-là ne produisent pas de richesses et font rarement de plus-values, donc ils n’ont pas « l’esprit d’entreprise ».
Les patrons n’en demandaient pas tant. Le chef de l’Etat lui-même leur a annoncé, de fait, qu’ils pourraient influencer les contenus des programmes et trouver de la main d’œuvre immédiatement utilisable, formée aux frais du contribuable par ces feignasses de profs qui devraient tous, comme le déclarait il y a quelques mois  Vincent Peillon aux  Échos, « avoir au cours de leur formation un contact avec l’entreprise ». C’est d’ailleurs déjà le cas pour les personnels de direction qui suivent des cours de management depuis que l’on a décidé qu’un lycée ou un collège était une PME comme une autre.
Après le discours présidentiel,  on a pu ainsi lire dans Libération les propos ravis de Philippe Hayat, à la tête du fonds d’investissement Serena, créateur de l’association « 100 000 entrepreneurs ». Il trouve que le cours de maths sera le lieu parfait pour « faire calculer un coût de revient. » On n’est pas certain que ce sera le meilleur moyen pour la France de décrocher de nouvelles médailles Fields mais qu’importe. Pour monsieur Hayat, véritable visionnaire, « L’entrepreneuriat n’est ni de droite ni de gauche et nous devons ouvrir des horizons aux jeunes. C’est le sens de l’histoire. » Rien que ça… On peut ainsi parier que les intervenants extérieurs qui feront connaître à nos « jeunes » le monde merveilleux de l’entreprise ne seront pas souvent des syndicalistes, des médecins ou des inspecteurs du travail.
Face à tous ces modernes, j’ai soudain envie de relire Par amour de l’Art de Régis Debray, vous savez, celui qui fit preuve d’un certain esprit d’entreprise en allant rejoindre jeune homme le Che dans sa guérilla en Bolivie. Dans ce livre où il racontait notamment ses années de lycée, il ose écrire : « Les férus d’ouverture font reproche à l’école d’être « coupée de la vie ». Ils ne croient pas si bien dire, c’est ce qu’elle avait de meilleur. »

vendredi 10 mai 2013

T'es communiste et tu lis Paul Morand, allo, non mais allo, quoi...


Un baiser
abrège la vie humaine de 3 minutes,
affirme le Département de Psychologie
de Western State College,
Gunnison (Col).
Le baiser
provoque de telles palpitations
que le cœur travaille en 4 secondes
plus qu’en 3 minutes.
Les statistiques prouvent
que 480 baisers
raccourcissent la vie d’un jour,
que 2 360 baisers
vous privent d’une semaine
et que 148 071 baisers,
c’est tout simplement une année de perdue.



Paul Morand, USA

mardi 7 mai 2013

Evreux, un aller-retour: merci à Amaury Watremez

C'est à une vieille connaissance, Amaury Watremez, documentaliste visiblement apprécié au lycée Aristide Briand, à Evreux, que nous devons une de ces rencontres qui nous font aimer ce satané métier d'écrivain.
Deux classes de seconde, qui avaient lu Big Sister et Quelque chose de merveilleux, et n'ont cessé de poser des questions pertinentes, voire aimablement déstabilisantes et toujours bienveillantes.
En plus, ce qui ne gâchait rien, le temps était superbe sur la Normandie de mon enfance, et j'ai regretté de ne plus avoir l'âge de mes interlocuteurs pour goûter avec la même acuité tout ce que ces jours bleus et tièdes recèlent de promesses, quand on a quinze ans...
Le train du retour avait ce bruit ancien, pré TGV, qui prend de plus en plus souvent, au fur et à mesure qu'il disparait de notre paysage sonore, quelque chose d'éminemment  romanesque.
Et je me suis souvenu de ce vers de Paul Morand, le premier du poème "Bains publics"
"A Maintenon, dans l'Eure garnie de fausses salades"


samedi 4 mai 2013

Temptations for ever

Même si le mauve est dur à porter, on se dit souvent qu'on aurait été plus avisé de faire Temptation comme métier. Enjoy your soul, sinon.

vendredi 3 mai 2013

Dimanche, la République...: le 5 mai, Sade avec nous!

 En marche pour la VIème République, les droitards obsédés sexuels tiennent la rue de puis trop longtemps.


" Français, vous êtes trop éclairés pour ne pas sentir qu'un nouveau gouvernement va nécessiter de nouvelles mœurs ; il est impossible que le citoyen d'un État libre se conduise comme l'esclave d'un roi despote ; ces différences de leurs intérêts, de leurs devoirs, de leurs relations entre eux, déterminant essentiellement une manière tout autre de se comporter dans le monde ; une foule de petites erreurs, de petits délits sociaux, considérés comme très essentiels sous le gouvernement des rois, qui devaient exiger d'autant plus qu'ils avaient plus besoin d'imposer des freins pour se rendre respectables ou inabordables à leurs sujets, vont devenir nuls ici ; d'autres forfaits, connus sous les noms de régicide ou de sacrilège, sous un gouvernement qui ne connaît plus ni rois ni religions, doivent s'anéantir de même dans un État républicain."

Marquis de Sade (député FDG de la Loire Atlantique.)
Français, encore un effort si vous voulez être républicains!






mercredi 1 mai 2013

Projet de couverture pour une nouvelle édition pirate de La Société du Spectacle

"Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie les a totalement soumis. Il n'est rien que l'économie se développant pour elle-même."

Cinq ans.

Avant de partir pour Arras,  au festival de Colères du Présent dont tu étais le parrain, on pense à toi, forcément. Cinq ans aujourd'hui. Tu manques.
 Frédéric Fajardie, 28 août 1947-1er mai 2008.

mardi 30 avril 2013

Norlande dans Télérama


Et on remercie Michel Abescat, qui avait déjà aimé La Grande Môme

Du coup, La Grande Môme, elle ressort avec de nouveaux habits

lundi 29 avril 2013

Colères du Présent, Arras, 1er mai 2013

Et dire que c'est déjà la douzième édition. Regardez le programme par ici et venez nombreux, c'est à dire à plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, comme les autres fois. 
Cette année, Norlande oblige, on sera dans l'espace jeunesse. Ca ne pourra pas nous faire de mal! 
Et le 30 au soir, toujours dans le cadre du festival, ne ratez pas le concert des Lénine Renaud!



samedi 27 avril 2013

Un roman pour en finir avec le travail

Rêve général de Nathalie Peyrebonne (Phébus)


On arrête tout ? On arrête tout !
C’est le sujet du premier roman de Nathalie Peyrebonne, Rêve général, qui raconte une étrange révolution: dans la France d’aujourd’hui, soudain, tout le monde décide que perdre sa vie à la gagner n’en vaut plus la peine, que vivre dans un temps aliéné par les rythmes de la vie marchande est une absurdité. A l’origine du phénomène, nulle théorie, nul mouvement subversif, nulle manifestation ni émeute. Non, plutôt une manière de lassitude générale, protéiforme qui conduit à une prise de conscience collective assez joyeuse, pacifique, amusée. Tout le monde s’étonne de sa propre audace et de la facilité avec laquelle il a quitté les habitudes mortifères imposées par une société qui trouve utile de vendre du papier toilette au thé vert et de célébrer fanatiquement la valeur travail.
Pour raconter les prémices de cette grande sortie silencieuse de l’Histoire, de cette dérobade légère et buissonnière, Nathalie Peyrebonne choisit quatre personnages. Clémence conduit une rame de métro, elle a trente sept ans, elle est blonde, mignonne et trouve que la ligne 13 commence à la fatiguer, surtout quand il fait si beau en surface. Lucien est professeur de français, il est toujours fumeur ce qui scandalise beaucoup, il apprécie ses élèves, ce qui scandalise encore plus et il ne fait jamais de sport, ce qui fait pratiquement de lui un criminel contre l’humanité. Edmond est vigile et aime faire la cuisine : après une période japonaise, il entre dans une période Renaissance et tente une tourte aux carottes et verjus. Il y a aussi Louis, le Premier ministre. Il ne veut plus se lever, il paresse, il mange des gâteaux portugais préparés par sa cuisinière et pense à ses amours perdues. Accessoirement, il trouve que le Président est un con, hyperactif et mou à la fois.
Inutile de chercher des ressemblances, le propos de Nathalie Peyrebonne n’est pas là: ce qui arrive dans Rêve général a une valeur de fable et ses personnages sont des archétypes, ce qui n’empêche pas le lecteur de les trouver parfaitement réalistes et d’avoir l’impression de les croiser tous les jours.
Quand Céleste quitte son poste, elle prend une rue qui va vers le sud. Il faut toujours prendre des rues qui vont vers le sud. D’ailleurs, c’est comme ça qu’elle va rencontrer Lucien qui, a laissé ses élèves comme Céleste a laissé ses passagers. Edmond, pour sa part, va dans son bistrot  de quartier pour comprendre ce qui se passe et pourquoi plus personne ne bosse ou ne veut bosser malgré les objurgations présidentielles à la télé. Il s’aperçoit que les clients habituels, l’ivrogne, l’artiste maudit, le promeneur de chien sont aussi atteints par ce syndrome étrange, étudiés par des experts parce que du côté de l’Elysée, l’affolement gagne : la radio et la télé ne fonctionnent plus que de façon intermittente et les gardes républicains font preuve d’une grande désinvolture dans l’exercice de leurs fonctions. Quant au Premier ministre, il ne se lève toujours pas. Il est content : depuis que le téléphone ne sonne plus, ses acouphènes ont disparu.
Nathalie Peyrebonne fait une ou deux fois, au cours de Rêve général, allusion à Ferdinand Lop et à Georges Darien, deux sympathiques écrivains libertaires qui voulaient pour l’un prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer et pour l’autre en finir avec toutes les églises, les armées et autres autorités constituées. On aime l’idée, en 2013, qu’une jeune romancière renoue avec cette tradition aussi poétique que politique et écrive : « L’ampleur du mouvement est presque impossible à évaluer avec précision vu la pagaille qui semble régner depuis quelques jours à la Direction centrale du renseignement intérieur. Là, comme partout, les gens sont ailleurs, font autre chose. »
Le rêve, quoi. Le rêve général.

Jérôme Leroy

jeudi 25 avril 2013

Grandola, c'est par où?

Dans le calendrier de notre zone chaviste libérée, et ce depuis la création de Feu sur le Quartier Général!, le 25 avril, jour de la Révolution des Oeillets au Portugal, est une date que nous commémorons dans un mélange de nostalgie et d'espérance. 
Il semble bien, en ces jours où le pouvoir refuse d'amnistier les syndicalistes en lutte, où la droite contre-révolutionnaire veut se refaire une santé sur le mariage gay, où les ouvriers se suicident, que nous aurions plus que jamais besoin d'un vingt cinq avril français.
En même temps, trouver des militaires d'extrême-gauche pour foncer sur Paris tout en s'arrêtant aux feux rouges, on ne vous le cache pas, ça va être coton.
Mais enfin, qui sait?



mercredi 24 avril 2013

Caroline Chérie est de retour et elle est très contente

Si tu veux aborder ces lectrices de Cecil Saint-Laurent, toi aussi, procure toi les deux volumes de Caroline Chérie réédités et préfacés par Arnaud Le Guern
Archipel, deux volumes, 17 marks cinquante.
Il apparait comme une évidence, plus le temps passe, que Cecil Saint-Laurent était un aussi grand écrivain que Jacques Laurent, ce qui n'est pas peu dire pour qui a goûté au labyrinthe des Corps tranquilles et au génie léger d'Histoire égoïste.
L'été dernier, sous la mauvaise et indispensable influence d'Arnaud Le Guern, on avait lu La Bourgeoise et les aventures sous l'Occup de Clotilde.
Arnaud Le Guern, précieux camarade, a de la suite dans les idées. Il vient de faire rééditer Caroline Chérie à l'Archipel, en deux forts volumes, comme on disait autrefois en librairie. En plus, il a écrit une préface. 
On a humé la chose, c'est stendhalien en diable, c'est à dire que ça ressemble beaucoup au bonheur, avec une manière d'énergie innocente qui semble avoir déserté le roman aujourd'hui. 
 
Madame, madame, réveillez-vous, vous êtes rééditée!

Norlande, meurtres au paradis

On parle de Norlande dans Côté famille

mardi 23 avril 2013

Ca n'a pas d'importance

Le mariage pour tous a été voté, y compris par le très lacanien Henri Gay-No devenu Henri Gay-Oui par un acte manqué assez carabiné.  Tout cela aurait pu nous laisser dans une aimable indifférence marxiste, les droits particuliers n'ayant jamais spécialement favorisé l'émancipation collective. Mais dans une partie des "manifs pour tous"  a ressurgi la lie putride d'une droite transcendantale-pétainiste qui s'est servie de cette loi sociétale pour cristalliser sa haine de la France de 1789, 1793, 1848, 1871, 1905, 1936, 1944, 1968 et même 1981. Alors on est très content. 
Et on souhaite aux futurs couples du même sexe la souveraine légèreté des Surfs, exemple d'un doo wop authentiquement national, que l'on a envie d'écouter par cette soirée orange et bleu de printemps

vendredi 19 avril 2013

Printemps français

"Ce fut comme un parfum et un tintement qui s'écoulèrent dans mes veines, ce fut comme un soleil qui se levait dans mon cerveau, et les vallées innombrables de ma conscience reprirent, répétèrent cette sonorité lumineuse et paradisiaque."
V.N, Le mot

jeudi 18 avril 2013

Retour à Ardis



Il lisait 
Des nouvelles de Nabokov
Et c'était 
Comme si 
Toute la fraîcheur 
Neuve
Colorée
Lumineuse
De cette matinée d'avril 
Etait
Encore plus
Et pour toujours
Neuve
Colorée
Lumineuse.



©jérôme leroy, avril 2013




 

mercredi 17 avril 2013

La DCRI avant la DCRI


On appréciera, particulièrement, de la part des ancêtres de Squarcini ou Bauer, déjà brillants sujets, l'intéressante notion "d'homosexuel à Paris". On constatera, aussi, qu'il y avait un tampon administratif pour "anarchiste" mais qu'il a fallu que le pandore zélé de ce temps-là rajoute manuellement les mentions "poètes" et, donc, "homosexuel à Paris"

lundi 15 avril 2013

Agathe a 17 ans. Claudia Cardinale non plus.

Bon, évidemment, on a beau se dire avec Chris Farlowe ou les Stones que le Temps est de notre côté, tu sais, ma chérie, 17 ans, quand même, hein...
On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans, disait Rimbaud qui pourtant était très sérieux puisqu'il voulait changer le monde comme je compte sur toi pour le changer et que tu puisses vivre ta vie de femme dans un monde où le rapport à l'autre sera plus heureux et où l'égalité aura libéré la liberté.

Maintenant que j'ai bien pontifié, ma chérie, et que les années passant ta ressemblance avec Françoise Hardy jeune ne s'estompe pas, pour mon plus grand bonheur, il n'y a pas de raison qu'on ne s'en offre pas une petite pour la route





Sinon, dis donc, figure-toi que tu es née le même jour que Claudia Cardinale, une autre idole de Feu sur le Quartier General!

Bon anniversaire, ma chérie!

samedi 13 avril 2013

Portrait de l'artiste en pied de porc



Et si nous cessions d’avoir peur de la poésie contemporaine ? Non, sérieusement, arrêtons d’imaginer qu’elle se limite à des expérimentations post-mallarméennes avec trois vers par page et trois mots par vers. Ou, à l’inverse, aux épanchements un peu niais « des sous-préfets aux champs » quand un lyrisme niaiseux continue de dégouliner comme de la confiture de coing. Réconcilions-nous, voulez-vous, avec les poètes qui ont compris que le fait d’être lisible n’est pas rédhibitoire. Réconcilions-nous avec les poètes qui ont une parole joyeuse, charnelle, heureuse, drôle. La poésie n’est pas, ne peut pas être uniquement l’affaire de jeunes femmes chlorotiques et de laborantins du verbe subventionnés par les conseils généraux.
Lisons, par exemple, Jean-Pierre Verheggen. Il est belge, il a soixante-dix ans et il a derrière lui une œuvre où le rire et le plaisir, l’appétit et l’exagération, la pulsion et l’appétit  dominent visiblement. Oui, on découvre avec Jean-Pierre Verheggen que la poésie peut faire rire, d’un rire souverain qui réenchante le monde. Son dernier recueil ; Un jour je serai prix Nobelge, est une autobiographie foutraque, un bilan ironique, un solde de tout compte.
Le principe est simple : Verheggen estime qu’il est temps pour lui de connaître une gloire méritée. Pour ceux qui ont lu son Artaud Rimbur (Poésie/Gallimard), ils savent que cette prétention n’est pas illégitime. Après tout, ce qui importe, quand on écrit, c’est de faire jouir la langue dans des proportions considérables, par le jeu de mot, le mot-valise, le sens de la formule ou l’aphorisme. N’allez surtout pas imaginer, pour autant, que Verheggen se limite à un formalisme oulipien. Notre poète est un sensuel qui sait que là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Je défie d’ailleurs quiconque, sauf ceux qui souffrent du foie ou se laissent caresser par les bras maigres de l’anorexie, de ne pas saliver, physiquement saliver, à la description du pied de porc que le poète aime dévorer le dimanche, au Villance, sa taverne bruxelloise de prédilection : « Un entier pied (arrière de préférence ! le plus recommandé par tout bon charcutier) habilement désossé, détaillé en gros dés de gras, et maigres mêlés et reconstitué en salpicon dans sa forme initiale et sa chair qui ressemble à s’y méprendre – n’était-ce sa sapidité toute différente !-, à celle de la hure de porc marbrée ou du fromage de tête, mais en nettement plus goûteuse, croyez moi ! ».
Et il l’aime tellement ce pied de porc, le poète, qu’il en rêve les nuits précédant ce rendez-vous gourmand et qu’il se transforme en cochon lui-même, celui de la Pornokratès de Félicien Rops qui tient en laisse l’animal promis à la dévoration. C’est que le poète, si l’on en croit Apollinaire, est d’abord et avant tout « un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses. »
Un jour, je serai prix Nobelge recense les raisons objectives et délirantes que le poète peut faire valoir pour accéder à la gloire anthume. Il nous donne son CV à travers des prix imaginaires, des diplômes improbables, des expériences professionnelles qui laissent rêveur comme ce poste de « Conseiller conjugal pour familles de mots recomposées » ou de « Chasseur de jeunes têtes poétiques (département Ressources humaines et. avenir de la versification) » : prière, donc, d « être en possession d’un master européen en alchimie verbale et avoir suivi une solide formation en génie lyrique et biotechnologie de la rime riche à haute valeur ajoutée.  Un atout (en plus) serait d’être titulaire d’un diplôme complémentaire en gestion des césures et des élégies ».

Seul concurrent sérieux pour Verheggen sur la route du prix Nobelge, Henri Michaux dont on lira un éblouissant pastiche. Mais pour le reste, il estime ne rien avoir à craindre de personne, même pas du « Flamand de Lady Chatterley ».
De toute manière, Verheggen a raison d'avoir confiance. Il a de sérieuses références, il a dirigé et publié dans la collection Freud Astaire quelques ouvrages remarquables comme Hystérix le grivois ou encore Mignonne, allons voir si ta névrose.
Et puis il a compris l’essentiel : pour ne pas être oublié, il faut finir dans « les Emmanuelle scolaires ».

Jérôme Leroy

Un jour, je serai prix Nobelge de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard)