lundi 23 mai 2016

Votez et faites voter pour l'Ange gardien!

L'Ange gardien est  en lice pour le " prix du Polar Sud Ouest Lire en Poche 2016" qui sera remis au salon Lire en Poche de Gradignan, le deuxième week-end d'octobre 2016. Le vote se fait par internet. 
Pensez à ma maman qui pleure parce que j'ai quitté une situation stable pour devenir baladin. Votez-pour moi. Votez pour elle. Et faites voter.
ET POUR VOTER, ON VA PAR ICI(clic)




dimanche 22 mai 2016

La seule bonne nouvelle



Et il lui vint à l'esprit,  alors qu'il marchait entre Lombez et Samatan,  le long de la Save,  et que la tour de la cathédrale vibrait dans la chaleur,  que la seule bonne nouvelle pour l'humanité depuis dix, quinze ans, était la réapparition des coquelicots.

vendredi 20 mai 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 60

"Attention à la gaieté. Je me méfie de cette douce euphorie qui, après un dur départ, saisit un écrivain au bout de deux ou trois chapitres et qui lui fait marmonner des choses comme: "Tiens, tiens, la mécanique s'est remise en marche!" -"Tiens, tiens, ça repart.". Phrases modestes de mécanicien, certes, mais parfois suivies de: "Tiens, tiens, je ne serai pas obligé de me tuer." (Phrase plus lyrique mais parfois vraie.) C'est ainsi que déraille le créateur, se distinguant, par cette dissonance de ton, de ses camarades de classe, les autres humains."

Les bleus à l'âme de Françoise Sagan

mercredi 18 mai 2016

Nasse

La "nasse policière" n'est pas seulement une tactique honteuse de maintien du désordre, c'est l'exacte métaphore de la vie qu'on nous fait mener partout, tout le temps, quand "le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie les a totalement soumis." (GD)

mardi 17 mai 2016

Chuck Palhaniuk a osé le clito.



Si vous voulez devenir maître du monde, ou le détruire, ce qui revient sensiblement au même, vous avez plusieurs solutions : vous pouvez déclencher le feu nucléaire, répandre un virus mortel, provoquer un krach boursier ou contrôler l’orgasme féminin dont la puissance ravageuse vaut bien les trois catastrophes précitées. C’est le cœur d’Orgasme, le dernier roman de Chuck Palahniuk qui est un écrivain aussi doué que déviant, maîtrisant parfaitement les codes du thriller, de la SF, de l’épouvante, du gore, de la satire sociologique pour évidemment les détourner, les subvertir et laisser le lecteur ou la lectrice avec  un sentiment double, celui d’avoir ri à des choses très malsaines et de s’être laissé prendre au réalisme d’une fiction pourtant éminemment délirante. Pour ceux à qui le nom de Palahniuk ne dirait rien, rappelons qu’il est l’auteur de Fight Club qui donna un excellent film, un des premiers qui ait conjugué schizophrénie, complot, revendication virile et volonté de détruire totalement le capitalisme.

Dans Orgasme, la scène inaugurale est à elle seule un résumé de la « manière Palahniuk » : une jeune femme  se fait agresser par un témoin dans un tribunal où il n’y a plus que des hommes sans que personne ne réagisse.  On n’est pas loin  de Kafka, pour tout dire, avec cette impression angoissante d’être dans notre monde mais de ne plus comprendre soudain les lois qui le font fonctionner. La jeune femme en question s’appelle Penny Harrigan et Orgasme est son histoire.
Quelques mois avant la scène du tribunal, cette fille « quelconque » (comme elle se définit elle-même)  venue du Nebraska pour réussir à New-York, se retrouve stagiaire à tout faire (pléonasme) dans un grand cabinet d’avocats. C’est là qu’elle rencontre le client le plus prestigieux de sa boîte, un homme plus puissant que le plus puissant des chefs d’Etat, Linus Mawxell, trentenaire lisse comme un milliardaire new age, qui a fait fortune dans les médias et les hautes technologies. Lui qui est surnommé dans la jet-set Orgasmus Maxwell puisqu’il a su mettre dans son lit l’actuelle présidente des Etats-Unis, la (nouvelle) reine d’Angleterre et même une actrice française (ce qui est encore plus difficile), le voilà qui invite une Penny Harrigan merveilleusement  timide, voire un peu gourde pour un dîner dans un restaurant où il faut réserver dix ans à l’avance.

Le conte de fées ne durera pas quand Penny comprendra ce qui se passe vraiment. Parce que faire l’amour avec Linus Maxwell, c’est avant tout devenir un rat de laboratoire. Il teste sur vous des sex-toys et autres aphrodisiaques d’une puissance hallucinante et il note tout, minutieusement, sur un petit carnet tout en vous gardant sous surveillance médicale constante. En fait, Maxwell veut lancer une gamme de produits, Beautiful you, qui vont réduire les femmes à de pures machines désirantes, pouvant très bien se passer des hommes, mais pas de consommer tout et n’importe quoi, surtout les produits Linus Maxwell évidemment. Et Penny, comme nous le montre Palahniuk avec son ironie inimitable, a assez vite une vision très claire de l’avenir : « Soudain elle imagina un milliard de femmes négligées ou célibataires en train se masturber, résignées, seules. Dans des appartements minables, au fond des fermes délabrées. Ne faisant plus l’effort de rencontrer des hommes. Vivant et mourant sans autres âmes sœurs que leurs gadgets Beautiful You. Ces femmes, au lieu de devenir soit des putains, soit des madones, deviendraient des célibataires passant leur temps à se tripoter. Cela ne correspondait pas à l’idée que Penny se faisait du progrès social. »
Et d’entamer, alors, une lutte à mort contre Linus qui passera par quelques péripéties aussi diverses que le suicide en direct de la présidente des USA à New-York, une masturbation mortelle aux Oscars sous les caméras du monde entier ou la grotte himalayenne d’une ermite pluricentenaire à qui  Linus a volé ses secrets. Bref, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer, surtout que chez les hommes devenus inutiles et obsolètes, la colère monte…

Comme Palahniuk se situe quelque part entre le Villiers de l’Isle Adam se moquant des savants positivistes qui voulaient procéder à l’analyse chimique du dernier soupir et le Manara du Déclic, Orgasme devient un roman ambigu, peut-être très moral au fond puisqu’il montre que le meilleur moyen d’en finir avec l’humanité, c’est de mêler le sexe et la consommation, c’est de faire du sexe la condition de la consommation et vice versa. Derrière Linus Maxwell, qui a quelque chose de ces grands génies du mal que l’on trouvait dans les romans populaires de Gustave Le Rouge ou Ponson du Terrail, c’est toute une volonté de chosifier le vivant, de le réduire en équations rentables qui est  exposée ici, à nu évidemment. Et ce, par un Palahniuk sûrement plus inquiet qu’il ne veut bien le montrer derrière sa narration joyeusement cynique et maîtrisée de bout en bout.

Orgasme, Chuck Palahniuk, traduction de Clément Baude, Ed. Sonatine, 2016.
Paru chez Causeur.fr

lundi 16 mai 2016

Pentecôte

Pentecôte

C'est un lundi de Pentecôte
Tellement gris
Que même mes nièces ont vieilli

C'est un lundi de Pentecôte
Qui donne envie
De rester à lire au lit

C'est un lundi de Pentecôte
Où mai sous la pluie
Abolit la vie sans la vie

C'est un lundi de Pentecôte
Où déprimé même le Saint-Esprit
Est remonté dans le gris

C'est un lundi de Pentecôte
La lettre tue l'esprit vivifie
Mais Paul de Tarse repart en Cilicie

Fatigué du lundi de Pentecôte
Tellement gris
Que même mes nièces ont vieilli.


Sauf dans les chansons (Table ronde, 2015)

merci à la Table ronde pour ce rappel

 

Grandes vacances?

"Tu te rappelles quand tu étais enfant et que tu souhaitais, le dimanche soir,  qu'un événement imprévu comme une chute de neige exceptionnelle ou une tempête catastrophique t'empêche d'aller à l'école parce qu'il y avait un contrôle de maths? Eh bien,  je suis à cinquante piges et des poussières dans cet état d'esprit exactement: je voudrais que les grèves à venir cette semaine aient des proportions telles que toutes mes préoccupations et autres obligations soient suspendues, que cette société qui ressemble à un contrôle de maths s'effondre et laisse place à ces grandes vacances inespérées qu'on appelle les révolutions. "
(wip)

dimanche 15 mai 2016

Verdun: la vie est compliquée. La mort, moins.


La vie est compliquée. L'odieux rappeur, forcément odieux, Black M a symbolisé bien autre chose, sauf chez mon ami Régis de Castelnau sincère comme toujours, qu'une sainte indignation pour offense à la mémoire de la Phrance mais un banal racisme soft pour un nègre (qui par ailleurs me gonfle).
Il se trouve qu'un de ses ancêtres, à monsieur M, a fait partie de ces tirailleurs sénégalais, troupes de choc héroïques, présentes à Verdun comme sur tous les fronts de la boucherie mais sans la citoyenneté française ni avant ni pendant ni après. Pas de pot, hein, les fachos?
Je la trouve quand même bien sourcilleuse, l'extrême droite avec la sainte mémoire des Poilus. Parce que la guerre d'après, la majorité de cette famille indignée préférait Hitler au Front Populaire. Alors l'amour de la patrie, chez eux, faudrait voir à pas me jouer du pipeau non plus.
Le respect des morts aurait voulu qu'on évite la maladresse qui consiste à inviter monsieur M. Mais elle aurait aussi voulu que la récup cryptopétainiste soit renvoyée à ce quelle est: des salopards qui font feu de tout bois pour attiser les haines communautaires mais qui n'aiment pas la patrie puisque la patrie, têtes de morts, c'est une invention de la Révolution Française.
Et pour ceux qui auraient envie de me chercher des poux, j'ai fait mon service militaire, j'ai fait une PMS mais le jour où comme Aragon (belle guerre de 14, Aragon...), j'ai envie de dire que "je conchie l'armée française dans sa totalité", je le dis. Et les pieds plats réformés de Saint-Nicolas du Chardonnet, c'est quand ils veulent
Il n'y a pas d'amour de la patrie, il n'y a que des preuves d'amour. Donc ce poème de mézigue paru dans Un dernier verre en Atlantide (Table Ronde, 2010)
11 novembre
Il faut aller à Ypres
Il faut essayer de nommer les morts tous les morts
Il faut réchauffer les morts de dix-huit ans
Il faut réchauffer mon arrière-grand-père qui n'a jamais eu mon age
Il faut lire les plaques les croix et nommer encore nommer
Il faut croiser les centenaires avec l'accent écossais et le coquelicot en papier à la boutonnière
Il faut se promener à Vimy  sur la crête au dessus du bassin minier dans la brume bleue et dorée
Un arbre pour un mort une forêt un mémorial immense et les noms les noms gravés encore les noms les noms des morts
Il faut que les larmes montent aux yeux pour la dernière relève
Nommer pour réchauffer nommer dans le bleu et l'or du ciel d'Artois du ciel des Flandres
Nommer les morts tous les morts.

jeudi 12 mai 2016

Exergues pour des mémoires désobligeants, 59

Toute première édition française, (L'incertain 1990)


At Last Our Bodies Coincide 
At last our bodies coincide.
I’ll bet you thought this
would never happen. 

Neither did I. 
It’s a pleasant surprise.

 



Voilà une agréable surprise
Enfin nos corps coïncident
Je parie que tu pensais que
ça n’arriverait jamais.
Moi non plus.
Voilà une agréable surprise

Besançon, one more time

Si nul n'est prophète en son pays comme me le montrent assez certains cultureux dans ma région, il y a à l'inverse des villes qui vous aiment et que vous aimez. Du coup, là, j'en suis en moyenne à deux go fast de cancoillotte Lille-B'zac par an. Tant que ça ne sera pas dépénalisé, je risque de prendre cher mais faut ski faut. Et puis il y a toujours une bonne raison de prendre un dernier verre au Marulaz.
En plus ce salon-là a tout du salon de polar des origines. Il y en a encore quelques uns avec des  amateurs qui tiennent le tout à bout de bras pour l'amour de l'art et celui, comme on dit, de l'éducation populaire. Pas de vedettariat, de la pétanque le dimanche matin, le temps de parler avec les lecteurs et les copains. 
Enfin bref, on y sera.

mardi 10 mai 2016

Dédicace respectueuse à Michel Onfray

Après une belle rencontre avec les 3eme du collège George Sand autour de Norlande et de La grande môme, cette plaque sur le mur voisin de l'école primaire, rue de Tolbiac. 
Je dédie ce post à Michel Onfray et à sa "fiction d'un parti communiste résistant."

Badiou du soir, espoir

"Sous le nom de démocratie, et après l'effondrement du communisme d'Etat, la politique est ramenée en général à une sorte de mixture entre économie et gestion, avec pas mal de contrôle par dessus. Quant à l'amour, il est, je l'ai dit, coincé entre une conception contractuelle de la famille et une conception libertine de la sexualité. Disons, pour faire court, que la technique, la culture, la gestion et le sexe viennent occuper la place générique de la science, de l'art, de la politique et de l'amour."
Alain Badiou, Second manifeste pour la philosophie 

lundi 9 mai 2016

La mécanique des femmes

Le ciel est à l'orage
il est six heures
Aux terrasses inquiètes
des bistrots
sur les bancs des parcs
on regarde le ciel
et la fatigue des femmes
Si la pluie tombe
on pourrait bien oublier
à quel point elle est politique
la fatigue des femmes
et aussi sur une table de la terrasse
ou sur un banc
ce livre de Calaferte
que tu avais aimé
et même un peu plus que ça.



© jeromeleroy 5/16
 

dimanche 8 mai 2016

Bonjour, Philippine


Agathe en mai, vingt ans. 
-Tu sais quoi? 
-Non..
-La Nouvelle Vague ne meurt jamais.

La plaisanterie



Impossible de savoir si Balzac est légèrement agacé ou admiratif quand il écrit dans Une ténébreuse affaire qui est par ailleurs un des plus grands romans noirs de tous les temps: "En France, tout est du domaine de la plaisanterie, elle y est la reine: on plaisante sur l'échafaud, à la Bérésina, aux barricades, et quelque français plaisantera sans doute aux grandes assises du jugement dernier."
En tout cas, pour le coup, je suis français.

jeudi 5 mai 2016

La stratégie de la tension.

Fonctionnaires de police défendant les acquis sociaux
On pourra lire ici cet entretien donné à l' Huma  par Alexandre Langlois, gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, qui dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants » et qui affirme "que tout est mis en place pour que ça dégénère."
Et ce n'est pas une feuille gauchiste, quoi qu'on pense de l'Huma, qui le dit ni un manifestant, ni un casseur, ni un "sociologue qui explique donc excuse". 
C'est un flic. 
Mais vous verrez que ça ne suffira pas. Le story telling mis en place par le pouvoir et la quasi totalité des médias, c'est celui de la minorité ultra violente contre un gentil maintien de l'ordre. 
Sauf que. 
Sauf que la police est ce qu'en fait l'Etat. Et l'Etat a décidé tout simplement de mater le mouvement social par la force comme il mate les banlieues avec les unités de la BAC qui comme par hasard apparaissent désormais en marge des cortèges avec des méthodes que connaissent trop bien les jeunes suburbains à peau bronzée ou noire.
Sauf que le degré de violence d'une manifestation est aussi, surtout,  fixé par la police sur le terrain, qui obéit à une hiérarchie, qui elle-même obéit à un pouvoir politique. 
On intervient ou on laisse faire en encadrant de loin et en procédant à des contrôles en amont, bien en amont?  
On coupe en deux un cortège ou pas? Et à quel endroit de l'itinéraire? 
On monte une souricière, comme je l'ai vu sur l'Ile de Nantes ou pas? 
On utilise des lacrymos et des tonfas ou on passe directement aux flashballs et aux grenades de désencerclement? 
On gaze par hélico ou pas? Etc... 
On remarquera aussi que s'il est facile de voir dans les médias mainstream des images des policiers blessés et des interviews de leurs représentants "excédés", il est plus compliqué de trouver par exemple des photos du jeune rennais énucléé la semaine dernière ou des témoignages de parents de victimes, par exemple.
Dans un tel contexte, où le pouvoir joue la stratégie de la tension, un pouvoir déjà responsable de la mort de Rémi Fraisse en 2014 , il est évident qu'on pourra se brosser pour que Feu sur le quartier général "condamne" autre chose que celui qui a le monopole de la violence légale: le pouvoir et son "anarchisme" que Pasolini dénonçait déjà dans les 120 journées



mercredi 4 mai 2016

Paul Lafargue: la joyeuse partouze.


Paul Lafargue, mon marxiste préféré qui n'était pas le préféré de Marx quoique son gendre,  et qui a eu le courage romain de se suicider  pour éviter le naufrage de la vieillesse, n'est pas seulement l'auteur du Droit à la paresse, si mal compris aujourd'hui puisque la paresse dont il parle est en fait du temps libéré pour la vraie vie. 
Il a aussi une oeuvre abondante dans laquelle on trouve cette intéressante adresse aux travailleurs de France, intitulée "Socialisme et patriotisme"  qui date de janvier 1893. Lafargue est alors député de Lille, sous l'étiquette du Parti Ouvrier Français qu'il a fondé avec Jules Guesde.
Extrait:
"On ne cesse pas d'être patriote en entrant dans la voie internationale qui s'impose au complet épanouissement de l'humanité, pas plus qu'on ne cessait à la fin du siècle dernier d'être Provençal, Bourguignon, Flamand ou Breton, en devenant Français.
Les internationalistes peuvent se dire, au contraire, les seuls patriotes parce qu'ils sont les seuls à se rendre compte des conditions agrandies dans lesquelles peuvent et doivent être assurés l'avenir et la grandeur de la patrie, de toutes les patries, d'antagoniques devenus solidaires.
En criant Vive l'Internationale ! ils crient Vive la France du travail ! vive la mission historique du prolétariat français qui ne peut s'affranchir qu'en aidant à l'affranchissement du prolétariat universel !"

Cette articulation, héritée de la Révolution Française, entre le particulier et l'universel, voilà ce qui me différencie fondamentalement de certains copains souverainistes. Et aussi ce qui fait la différence fondamentale entre la mondialisation et l'internationalisme, entre l'effacement uniformisé des nations et la partouze joyeuse que sera leurs rencontres toujours renouvelées dans le matin profond du communisme enfin réalisé. 
 

Vingt heures en mai


Ne pas oublier 
la Sénégalaise 
en boubou 
qui demande 
avec inquiétude 
au relay H 
s'ils ont bien toujours des Harlequin
Et 
en ressortant 
cette toute jeune fille
 à l'air fatigué 
qui dit 
dans son portable
Oui un F2 
à Laval 
48 000 euros
Tu verras on sera bien quand tu sortiras. 
Ne pas oublier 
les femmes
gare du Nord
à vingt heures
en mai
Ne pas oublier 
non plus
les romans qui vont avec.
  
©  jeromeleroy 5/2017

dimanche 1 mai 2016

Frédéric, encore une fois (28 août 1947-1er mai 2008)

Mai 1997
Huit ans. 
Ta mort a l'âge de ce blog, ou presque. 
Tu manques toujours autant. Je pense souvent à toi quand je regarde l'époque avec ses contradictions, une époque qui semble hésiter entre le disneyland préfasciste et l'utopie concrète. Je sais que tu n'aurais pas supporté le social-libéralisme ambiant, tu l'avais vu  arriver dès les années Mitterrand et tu avais payé cher d'avoir dit ce que tu en pensais dans Chronique d'une liquidation politique, en 93. 
Je sais aussi que tu aurais bien rigolé en regardant le polar devenir ce divertissement apolitique à l'époque où tout redevient politique ou pire, mimer la rébellion au travers d'associations devenues le vivier des rentiers moralistes de la contestation bien dans les clous. 
Je sais que tu aurais été, comme toujours, ému jusqu'aux tréfonds par le sort des précaires, des migrants, des destins gâchés par les convenances du marché. 
C'est une certaine fragilité autant que la clope qui t'a tué:  ta violence d'ex-mao de la GP, c'était pour cacher que tu n'avais pas de blindage autour du coeur et que le regard d'un prolo délocalisé, d'un môme des quartiers fouillé les mains au mur ou d'une mère de famille qui cherche comment remplir son caddie à la fin du mois, tout cela te retirait, littéralement, des morceaux de chair.
Et comme tu savais que les cons n'hésiteraient pas à parler de misérabilisme, tu te masquais derrière l'insolence, l'élégance, le style, ce que n'ont pas supporté non plus nombre de hiérarques de la "gôche" culturelle toujours prompts à voir une démarche réactionnaire dès qu'on a les cheveux courts et qu'on préfère l'héroïsme au sordide et le cachemire au nylon.
Huit ans.
Oui, je crois que tu aurais aimé les ZAD, Nuit Debout et que tu aurais fait un doigt d'honneur à ceux qui t'auraient demandé de "condamner fermement" les "casseurs" comme ils disent,  pour désigner les grenadiers voltigeurs de l'émeute légitime.
Non, je ne crois pas, en fait: j'en suis certain.
Je te serre contre moi dans l'invisible, camarade.

jeudi 28 avril 2016

Larbinat et larmes de crocodiles






Danielle Simonnet, élue parisienne du Front de Gauche, à une quelconque femme de chambre de BFMTV qui la pressait de condamner les violences à l'issue de la manif:

"Est-ce que, madame, vous condamnez, vous, une politique aussi injuste socialement que celle qui est en train de se faire aujourd'hui ? C'est une violence sociale sans précédent. Cette question qui est sans arrêt, sans arrêt, répétée par les journalistes, on a l'impression que vous répondez à la demande du ministère de l'Intérieur où il faut réduire une mobilisation sociale, qui refuse qu'on casse un siècle de droit du travail, à une violence dans une manifestation alors qu'on veut nous faire revenir à la violence sociale des rapports sociaux du début du siècle précédent. Je veux dire, cette question incessante, sans arrêt... est-ce que vous condamnez cette violence policière, est-ce qu'il y a une condamnation des violences policières qui ont encouragé cette spirale de la violence dans une frange radicalisée ? Non, absolument pas."

Pas mieux, camarade, pas mieux.


Cette femme de chambre médiatique raisonne exactement comme ces gens de droite et d'extrême-droite, qui n'ont pas eu une larme pour la mort de Rémi Fraisse mais qui surjouent l'émotion à propos de trois policiers blessés ou alors qui n'hésitent pas à demander, par exemple, aux "musulmans" de se "désolidariser" du terrorisme islamiste et s'étonnent faussement de ne pas voir de grandes manifs. Tout leur est bon pour discréditer un mouvement social ou pouvoir tranquillement exprimer leur racisme derrière une pseudo-dialectique de l'injonction. 
Ils aiment sommer? 
A ces sommations, une seule réponse convient: merde.


Dashiell Hammet, dernières nouvelles du dandy rouge

Pour saluer la parution simultanée d'une nouvelle édition de la Correspondance, d'un volume de nouvelles inédites et de Hammet, anthologiste de l'épouvante. Paru dans Causeur magazine du mois d'avril.


On le sait au moins depuis Flaubert, rien ne vaut la correspondance des écrivains pour comprendre qui ils étaient et à quoi ressemblait leur temps. Celle de Dashiell Hammett qui paraît ces jours-ci en édition de poche sous le titre Un type bien n’était pas de surcroît, tout comme celle de Flaubert, destinée à la publication. C’est la fille de Hammett qui nous le dit : « Publier les lettres de Papa de son vivant n’était même pas pensable. Il aurait détesté ça. C’était quelqu’un de secret, qui se livrait peu et vous disait seulement ce qu’il voulait que vous sachiez. L’idée que des inconnus puissent jeter ne fût-ce qu’un œil dans sa vie lui aurait fait horreur, aussi bien en ce qui concernait ses côtés admirables que ses aspects un peu moins reluisants. Et Dieu sait qu’ils furent nombreux, tous ces trucs dont il n’était pas fier : l’alcool, les filles faciles, les années perdues. »
C’est ainsi qu’un peu plus de mille lettres, qui vont de 1921 à 1960, élaborent une vision des États-Unis, de la littérature et du métier d’homme aussi subjective que précise car personne n’est plus lucide sur soi-même qu’un écrivain, surtout quand il écrit à ses maîtresses, sa famille ou ses éditeurs. Le lecteur, lui, devient un voyeur ; phénomène particulièrement poussé chez ceux qui aiment Hammett dont l’œuvre se caractérise par une impassibilité certaine et un refus définitif de la psychologie. Ainsi, quand il publie Moisson Rouge en 1929, Hammett ne publie pas seulement un excellent roman en résonance avec une époque où les USA s’enfoncent dans la Grande Dépression, il invente un genre littéraire qu’on appelle le roman noir.
Il ne faut pas confondre le roman noir et le roman policier, même si Hammett continue un temps dans ses lettres à utiliser cette dernière appellation. Le roman noir est une littérature janséniste qui dit les désordres du monde quand le roman policier nous rassure, au contraire, avec des fins heureuses. Moisson Rouge raconte un carnage : le patron d’une petite ville minière a utilisé les services de truands pour réprimer les grèves. Mais ces derniers ne veulent plus lâcher leur part du gâteau. Un privé, qui est le narrateur, va jouer la carte de la division entre les truands, jusqu’à ce que ceux-ci se massacrent joyeusement.
Non seulement l’histoire mettait en scène une violence inédite, la collusion entre le pouvoir politique, le crime organisé, la police et les milieux d’affaires, mais elle était racontée d’une manière plus nouvelle encore. Hammett inventait un style qu’on appelle comportementaliste : les motivations et les sentiments des personnages ne sont jamais exprimés. Le lecteur peut deviner ce qui se passe seulement à partir des indices extérieurs qui lui sont donnés. Dans la correspondance, on voit naître cette nouvelle esthétique. Dans une lettre de 1928 à Blanche Khnopf  qui dirige avec son mari une des grandes maisons d’édition new-yorkaise, Hammet écrit : « Je suis l’une des rares personnes, s’il en existe encore, moyennement cultivées, qui prenne le roman policier au sérieux. »
L’année 1929 est un tournant dans la vie de Hammett. Il publie deux de ses cinq romans, Moisson Rouge et Sang maudit qui rencontrent un succès phénoménal et il quitte sa femme et ses deux filles pour aller vivre à New York. Comme c’est « un type bien », il sera toujours prêt à les aider financièrement quand il sera en fonds, ce qui n’est pas toujours le cas. C’est le temps des fêtes, des palaces et de l’alcool, beaucoup d’alcool. Hammett sera un ivrogne d’élite, de ceux dont Baltasar Gracián disait : « Il y en a qui ne se sont saoulés qu’une seule fois, mais elle leur a duré toute la vie. » En 1930, il publie Le Faucon de Malte, toujours chez Khnopf et la Paramount sort Roadhouse nights, un film adapté de Moisson rouge. Notre homme est lancé, il part à Hollywood comme nombre des plus grands écrivains de l’époque, Fitzgerald et Faulkner par exemple.
C’est le temps béni où les nababs de Beverly Hills pensent que les meilleurs scénaristes se trouvent chez les écrivains. Comme ils ne sont pas non plus des philanthropes, ils cassent assez vite leurs jouets. Fitzgerald a bien raconté ça dans ses Histoires de Pat Hobby. Croquis d’atmosphère de Hollywood vu par Hammett dans une lettre de 1934 : « Je ne t’ai pas écrit depuis plusieurs jours, trop honteux de ma conduite. Je t’ai été relativement fidèle, mais ayant pas mal forcé sur la bouteille jusqu’à samedi soir – j’ai négligé mon travail pour les studios, oubliant tout sens de la dignité et ainsi de suite. Dimanche, j’ai été malade et c’est pareil aujourd’hui ! Je suis retourné ce matin à la MGM pour la première fois depuis mardi dernier, avec l’idée de me ressaisir, mais je n’ai pas abattu beaucoup de travail. »
Dans Le Chasseur et autres histoires, un recueil totalement inédit de nouvelles qui vient de paraître, on trouve nombre de scénarios écrits par Hammett. À vrai dire, ce sont plutôt des nouvelles mais les studios de l’époque payaient pour son imagination. Ils achetaient le sang des auteurs. En échange, ils ne leur demandaient pas de se soumettre à une quelconque technique d’écriture. Cette vision presque faustienne était très rentable pour eux. Pour l’écrivain, c’est moins évident. Le cinéma fait vivre Hammett mais il ne publiera plus à partir de 1934 et restera le compteur bloqué sur cinq romans en cinq ans et moins de soixante-dix nouvelles.
À Hollywood, il rencontre la femme de sa vie à une fête donnée par Darryl F. Zanuck. Elle s’appelle Lillian Hellman, et c’est l’une des principales destinataires des lettres. Elle a onze ans de moins que lui et ils connaîtront jusqu’à la mort de Hammett, en janvier 1961, une relation fusionnelle, tantôt amants, tantôt dans une manière d’amitié amoureuse. Elle sera sa confidente et sa compagne dans les luttes politiques. Dramaturge, actrice, scénariste, Lillian Hellman est une femme engagée : elle soutiendra la république espagnole contre le franquisme et sera membre, un temps, du Parti communiste américain. Les mêmes combats que Hammett qui connaîtra la chasse aux sorcières menée par le sénateur McCarthy. Comme il refuse de donner le moindre nom lors de son procès, il connaît la prison pendant plusieurs mois en 1951, malgré sa santé précaire de tuberculeux depuis les années 1920. « C’est une triste condition que d’être en prison, sacrément perturbante, mais ça s’arrête là, et parfois même ce « sacrément » n’est pas de mise. Je ne sais pas comment je vivrais une plus longue peine, mais comme disent les gars, tu peux tirer tes cinq mois les doigts dans le nez », écrit-il à sa fille Jo depuis le pénitencier d’Ashland sous le numéro d’écrou 8416.
A-t-il eu le temps, en prison, de se souvenir de sa vie bien remplie, de se revoir, lui le petit gars du Maryland né dans une ferme en 1894 ? Il devait suivre les pérégrinations d’un père qui avait le démon de la mobilité géographique. On vend la ferme, on déménage à Baltimore, puis à Philadelphie. Ça ne va pas fort, Dash est tuberculeux et il doit quitter l’école à 14 ans. Ce qui est désormais devenu de l’ordre du cliché, en l’occurrence l’écrivain américain qui a connu cent métiers différents, trouve son origine dans la vie de Hammett à cette époque, tour à tour vendeur de journaux, employé dans une agence maritime, manœuvre sur les voies ferrées et garçon de courses.
Il ne faut donc pas s’étonner si son œuvre est l’une des premières à faire apparaître les bas-fonds dans la littérature américaine. En 1915, il va avoir l’occasion de visiter les dessous de l’Histoire contemporaine en devenant détective au service de l’agence de police privée Pinkerton. Il s’agit avant tout d’une espèce de milice patronale essentiellement chargée de briser les grèves. On peut penser que Hammett devient communiste à ce moment-là, en réaction à une conception du dialogue social qui emprunte davantage au western qu’à la table ronde. Il reste chez Pinkerton jusqu’en 1921, avec une parenthèse notable durant laquelle il sert comme volontaire dans l’Armée en tant qu’ambulancier, ce qui aggrave sa santé quand une épidémie de grippe espagnole sévit dans les hôpitaux militaires et déclenche chez lui des bronchites à répétition. Pourtant, en 1942, alors qu’il est déjà bien affaibli, il se portera de nouveau volontaire et servira jusqu’en 1945 en Alaska où il sera rédacteur en chef du quotidien The Akadian, destiné aux soldats.
Quand il meurt le 10 janvier 1961, ce rouge non repenti et patriote volontaire pour deux guerres mondiales est enterré au cimetière d’Arlington, en Virginie, au milieu des héros tombés au feu. C’est le bon côté des USA, ce genre de paradoxe. Peut-être aussi était-ce une manière comme une autre de rendre hommage à celui qui n’avait cru qu’à la littérature comme le prouve encore Le Chasseur et autres histoires qui réunit les histoires « non policières » de Hammett jusque-là dispersées en revues.
Hammett les a écrites en ne les trouvant ni inférieures, ni supérieures à celles qu’il publiait dans les pulps, ces magazines bon marché : le crime en est le plus souvent absent dans sa représentation, ce qui ne veut pas dire pour autant que le monde vu par Hammett n’est pas criminel. Là encore, ses personnages se caractérisent par une forme de droiture légèrement désespérée, caractéristique hammettienne entre toutes.
On trouvera néanmoins, dans un bonus qui réjouira les amateurs de noir, une nouvelle inédite dont le héros est Sam Spade, autre détective mythique, avec le Marlowe de Chandler, de la littérature « hard-boiled » américaine. Elle est intitulée, Tout le monde sait manier un couteau, ce qui pourrait servir de définition de l’art poétique ou d’épitaphe, comme on voudra, pour un des plus grands écrivains de ce siècle.

Jérôme Leroy

Hammett anthologiste

Terreur dans la nuit est une anthologie de nouvelles d’horreur réalisée par Hammett lui-même en 1931. C’est l’année où tout ce qu’il touche se transforme en or. Cela ne durera pas et il n’oublie pas que sa gloire est d’abord venue de l’univers des pulps, ces magazines qui touchaient des millions de lecteurs jusque dans les années 1950. Les pulps n’étaient pas seulement consacrés au policier ou au noir, on y trouvait des récits de guerre, de science-fiction, de fantastique, d’horreur. Dans cette anthologie, Hammett fait preuve d’un bel éclectisme. Si on trouve un texte de Lovecraft, le fondateur de l’horreur made in USA, il y a quelque surprise dont les pages du très sage André Maurois, ce qui nous rappelle au passage que ce grand oublié aborda aussi, à l’occasion, le fantastique. L’intérêt réside aussi dans la préface de Hammett qui se montre un lecteur subtil, théorisant sans pesanteur ce qu’il peut y avoir de commun entre l’esthétique de l’épouvante et celle du noir : « Tout ce que peut normalement espérer le plus talentueux des auteurs, ce sont des frissons d’angoisse lorsque son lecteur se sent emporté vers ces choses qui ne peuvent arriver, puis un tressaillement lorsque le lecteur découvre que les choses qui ne peuvent arriver sont devenues les choses qui ne devraient pas arriver. »
JL

Le Chasseur et autres histoires de Dashiell Hammett (traduction de Natalie Beunat, Gallimard), Gallimard.
Un type bien, correspondance 1921-1960 de Dashiell Hammett (traduction de Natalie Beunat, Points), Points.
Terreur dans la nuit, 10 nouvelles horrifiques, présentées par Dashiell Hammett, Fleuve Editions. 


lundi 25 avril 2016

Il n'y a que des preuves d'amour

Nantes, 20 avril 2016.
C'était mercredi dernier, au restaurant social Pierre Landais, dans l'Ile de Nantes. Une rencontre forte dans ce lieu où comme son nom l'indique, on peut manger, se reposer, échanger quand on a tout perdu, ce qui arrive vite par les temps qui courent. 
Cela ne les a pas empêchés d'ailleurs de parler de l'écriture et de la littérature, je le répète, avec une finesse et une foi que pourraient leur envier bien des spécialistes ou des petits marquis et des petites marquises du "milieu". 
Sans doute parce que pour eux, c'est aussi, surtout, une question de survie.
Dehors, pas loin, l'émeute légitime se préparait comme en témoignaient les hélicos à basse altitude et la file interminable des fourgons de CRS, sirènes hurlantes. 
Celui qui ne voit pas un lien de cause à effet entre tout ça, tant pis pour lui.
Et ce qui est important, au bout du compte, c'est que l'énergie circule.
Nantes, 20 avril 2016

Oeillets


Dans le TGV Nantes Lille. Comme on est le 25 avril, il n' est pas impossible que je descende à la gare de Grandola.

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 58.

"Tout d'un coup, il m'est devenu indifférent de ne pas être moderne."
Roland Barthes, 13 août 1977, Journal

vendredi 22 avril 2016

Mauves en Noir, ça commence


Nantes ne lâche rien


A quelques kilomètres de la maison de Julien Gracq, nous allons partir pour le Festival Mauves Noir qui était le partenaire de notre résidence.
Notre seule sortie fut, depuis une semaine, pour une rencontre au restaurant social Pierre Landais, au coeur de l'Ile de Nantes. Le choc fut salutaire avec le calme de la Thébaïde de Saint-Florent. Pas seulement parce que nous avons rencontré dans ce lieu des gens dont la vie a été ou est difficile, et même un peu plus que ça. Cela ne les a pas empêchés d'ailleurs de parler de l'écriture et de la littérature avec une finesse et une foi que pourraient leur envier bien des spécialistes ou des petits  marquis et des petites marquises du milieu. 
Non, ce choc là, nous le connaissons bien.
En revanche, sur l'Ile de Nantes, ce jour-là, le 20 avril, c'était manif. Comme d'habitude, serais-je tenté de dire tant cette ville s'illustre par l'opposition radicale de sa jeunesse aux lois qui achèvent de détruire les vies ou aux constructions pharaoniques d'aéroports, preuves par l'absurde d'un système à l'agonie voulant se donner l'illusion que son mode délirant de production et de croissance pourra encore continuer indéfiniment. 
Il y a d'abord eu la découverte en bus depuis la gare de cette partie de l'Ile de Nantes que je ne connaissais pas. C'est le far west de la gentryfication, avec des immeubles qui poussent comme des champignons pour CSP++ au milieu des usines en friche aux toits dentelés comme les dessinaient les enfants du monde d'avant quand ils en voyaient encore. D'ailleurs le restaurant sera bientôt obligé de bouger, avec ses usagers qui ne font pas beau dans le décor. Au mieux d'être reconstruit sur site après un temps indéterminé.
Pour la manif,  vu le nombre d'hélicos (spécialité nantaise avec le Petit Lu, ils balancent aussi des lacrymos en altitude)  et de fourgons de CRS, ça a été chaud. Ce que j'ai deviné d'une souricière bien organisée et d'autres choses effrayantes, j'en reparlerai ailleurs et autrement. Je vous livre juste ma conclusion: on va vitupérer les affreux casseurs. Je voudrais être un type responsable, condamner les violences, toussa. Mais pourquoi, désormais plus que jamais,  suis-je convaincu d'une seule chose? Il y a moins de violence chez le pire des casseurs que dans le discours de chantage,  cette semaine, de Pierre Gattaz. Ou sur la gueule de Macron et de Valls.

mardi 19 avril 2016

De reditu suo

Retour chez Julien Gracq, à Saint-Florent-le-Vieil. 
Il fait beau, il y a la Loire et des livres. 
On a vu pire.

Comme si on ne pouvait pas boire avec les morts

 
à Nicolas Matthieu

 
Comme si on ne pouvait pas boire
avec les morts
Alors pourquoi hier soir
J'ai bu un chinon de chez Lenoir
avec Richard Brautigan
-il a bien aimé-
et la semaine dernière bu du sancerre
de chez Riffault
avec Frédéric Berthet
qui a marqué une préférence très nette
pour le Skeveldra 2010
Celui qui a la même couleur
que les cheveux de la petite fille
celle qui te fait toujours le coup du passé
Il a eu beau dire que ce qu'il appréciait surtout
c'était le silex
j'avais ses livres sous la main
Il a fait "héhé" de son air matois
on a rhabillé les orphelins
et on a parlé d'autre chose
Comme si on ne pouvait pas boire avec les morts
alors que pour ma première rencontre
avec Larry Brown
j'ai ouvert une bouteille de Plumes d'ange de Courtois
car c'était de circonstance
et  pour que l'au-delà lui serve au moins à boire autre chose
que de la Budweiser.
Oui comme si on ne pouvait pas boire avec les morts
il ne manquerait plus que ça.
 
© jeromeleroy 4/16