jeudi 5 mai 2016

La stratégie de la tension.

Fonctionnaires de police défendant les acquis sociaux
On pourra lire ici cet entretien donné à l' Huma  par Alexandre Langlois, gardien de la paix au renseignement territorial, secrétaire général de la CGT police, qui dénonce une volonté délibérée de « dégoûter les manifestants » et qui affirme "que tout est mis en place pour que ça dégénère."
Et ce n'est pas une feuille gauchiste, quoi qu'on pense de l'Huma, qui le dit ni un manifestant, ni un casseur, ni un "sociologue qui explique donc excuse". 
C'est un flic. 
Mais vous verrez que ça ne suffira pas. Le story telling mis en place par le pouvoir et la quasi totalité des médias, c'est celui de la minorité ultra violente contre un gentil maintien de l'ordre. 
Sauf que. 
Sauf que la police est ce qu'en fait l'Etat. Et l'Etat a décidé tout simplement de mater le mouvement social par la force comme il mate les banlieues avec les unités de la BAC qui comme par hasard apparaissent désormais en marge des cortèges avec des méthodes que connaissent trop bien les jeunes suburbains à peau mate ou noire.
Sauf que le degré de violence d'une manifestation est aussi, surtout,  fixé par la police sur le terrain, qui obéit à une hiérarchie, qui elle-même obéit à un pouvoir politique. 
On intervient ou on laisse faire en encadrant de loin et en procédant à des contrôles en amont, bien en amont?  
On coupe en deux un cortège ou pas? Et à quel endroit de l'itinéraire? 
On monte une souricière, comme je l'ai vu sur l'Ile de Nantes ou pas? 
On utilise des lacrymos et des tonfas ou on passe directement aux flashballs et aux grenades de désencerclement? 
On gaze par hélico ou pas? Etc... 
On remarquera aussi que s'il est facile de voir dans les médias mainstream des images des policiers blessés et des interviews de leurs représentants "excédés", il est plus compliqué de trouver par exemple des photos du jeune rennais énucléé la semaine dernière ou des témoignages de parents de victimes, par exemple.
Dans un tel contexte, où le pouvoir joue la stratégie de la tension, un pouvoir déjà responsable de la mort de Rémi Fraisse en 2014 , il est évident qu'on pourra se brosser pour que Feu sur le quartier général "condamne" autre chose que celui qui a le monopole de la violence légale: le pouvoir et son "anarchisme" que Pasolini dénonçait déjà dans les 120 journées



mercredi 4 mai 2016

Paul Lafargue: la joyeuse partouze.


Paul Lafargue, mon marxiste préféré qui n'était pas le préféré de Marx quoique son gendre,  et qui a eu le courage romain de se suicider  pour éviter le naufrage de la vieillesse, n'est pas seulement l'auteur du Droit à la paresse, si mal compris aujourd'hui puisque la paresse dont il parle est en fait du temps libéré pour la vraie vie. 
Il a aussi une oeuvre abondante dans laquelle on trouve cette intéressante adresse aux travailleurs de France, intitulée "Socialisme et patriotisme"  qui date de janvier 1893. Lafargue est alors député de Lille, sous l'étiquette du Parti Ouvrier Français qu'il a fondé avec Jules Guesde.
Extrait:
"On ne cesse pas d'être patriote en entrant dans la voie internationale qui s'impose au complet épanouissement de l'humanité, pas plus qu'on ne cessait à la fin du siècle dernier d'être Provençal, Bourguignon, Flamand ou Breton, en devenant Français.
Les internationalistes peuvent se dire, au contraire, les seuls patriotes parce qu'ils sont les seuls à se rendre compte des conditions agrandies dans lesquelles peuvent et doivent être assurés l'avenir et la grandeur de la patrie, de toutes les patries, d'antagoniques devenus solidaires.
En criant Vive l'Internationale ! ils crient Vive la France du travail ! vive la mission historique du prolétariat français qui ne peut s'affranchir qu'en aidant à l'affranchissement du prolétariat universel !"

Cette articulation, héritée de la Révolution Française, entre le particulier et l'universel, voilà ce qui me différencie fondamentalement de certains copains souverainistes. Et aussi ce qui fait la différence fondamentale entre la mondialisation et l'internationalisme, entre l'effacement uniformisé des nations et la partouze joyeuse que sera leurs rencontres toujours renouvelées dans le matin profond du communisme enfin réalisé. 
 

Vingt heures en mai


Ne pas oublier 
la Sénégalaise 
en boubou 
qui demande 
avec inquiétude 
au relay H 
s'ils ont bien toujours des Harlequin
Et 
en ressortant 
cette toute jeune fille
 à l'air fatigué 
qui dit 
dans son portable
Oui un F2 
à Laval 
48 000 euros
Tu verras on sera bien quand tu sortiras. 
Ne pas oublier 
les femmes
gare du Nord
à vingt heures
en mai
Ne pas oublier 
non plus
les romans qui vont avec.
  
©  jeromeleroy 5/2017

dimanche 1 mai 2016

Frédéric, encore une fois (28 août 1947-1er mai 2008)

Mai 1997
Huit ans. 
Ta mort a l'âge de ce blog, ou presque. 
Tu manques toujours autant. Je pense souvent à toi quand je regarde l'époque avec ses contradictions, une époque qui semble hésiter entre le disneyland préfasciste et l'utopie concrète. Je sais que tu n'aurais pas supporté le social-libéralisme ambiant, tu l'avais vu  arriver dès les années Mitterrand et tu avais payé cher d'avoir dit ce que tu en pensais dans Chronique d'une liquidation politique, en 93. 
Je sais aussi que tu aurais bien rigolé en regardant le polar devenir ce divertissement apolitique à l'époque où tout redevient politique ou pire, mimer la rébellion au travers d'associations devenues le vivier des rentiers moralistes de la contestation bien dans les clous. 
Je sais que tu aurais été, comme toujours, ému jusqu'aux tréfonds par le sort des précaires, des migrants, des destins gâchés par les convenances du marché. 
C'est une certaine fragilité autant que la clope qui t'a tué:  ta violence d'ex-mao de la GP, c'était pour cacher que tu n'avais pas de blindage autour du coeur et que le regard d'un prolo délocalisé, d'un môme des quartiers fouillé les mains au mur ou d'une mère de famille qui cherche comment remplir son caddie à la fin du mois, tout cela te retirait, littéralement, des morceaux de chair.
Et comme tu savais que les cons n'hésiteraient pas à parler de misérabilisme, tu te masquais derrière l'insolence, l'élégance, le style, ce que n'ont pas supporté non plus nombre de hiérarques de la "gôche" culturelle toujours prompts à voir une démarche réactionnaire dès qu'on a les cheveux courts et qu'on préfère l'héroïsme au sordide et le cachemire au nylon.
Huit ans.
Oui, je crois que tu aurais aimé les ZAD, Nuit Debout et que tu aurais fait un doigt d'honneur à ceux qui t'auraient demandé de "condamner fermement" les "casseurs" comme ils disent,  pour désigner les grenadiers voltigeurs de l'émeute légitime.
Non, je ne crois pas, en fait: j'en suis certain.
Je te serre contre moi dans l'invisible, camarade.

jeudi 28 avril 2016

Larbinat et larmes de crocodiles






Danielle Simonnet, élue parisienne du Front de Gauche, à une quelconque femme de chambre de BFMTV qui la pressait de condamner les violences à l'issue de la manif:

"Est-ce que, madame, vous condamnez, vous, une politique aussi injuste socialement que celle qui est en train de se faire aujourd'hui ? C'est une violence sociale sans précédent. Cette question qui est sans arrêt, sans arrêt, répétée par les journalistes, on a l'impression que vous répondez à la demande du ministère de l'Intérieur où il faut réduire une mobilisation sociale, qui refuse qu'on casse un siècle de droit du travail, à une violence dans une manifestation alors qu'on veut nous faire revenir à la violence sociale des rapports sociaux du début du siècle précédent. Je veux dire, cette question incessante, sans arrêt... est-ce que vous condamnez cette violence policière, est-ce qu'il y a une condamnation des violences policières qui ont encouragé cette spirale de la violence dans une frange radicalisée ? Non, absolument pas."

Pas mieux, camarade, pas mieux.


Cette femme de chambre médiatique raisonne exactement comme ces gens de droite et d'extrême-droite, qui n'ont pas eu une larme pour la mort de Rémi Fraisse mais qui surjouent l'émotion à propos de trois policiers blessés ou alors qui n'hésitent pas à demander, par exemple, aux "musulmans" de se "désolidariser" du terrorisme islamiste et s'étonnent faussement de ne pas voir de grandes manifs. Tout leur est bon pour discréditer un mouvement social ou pouvoir tranquillement exprimer leur racisme derrière une pseudo-dialectique de l'injonction. 
Ils aiment sommer? 
A ces sommations, une seule réponse convient: merde.


Dashiell Hammet, dernières nouvelles du dandy rouge

Pour saluer la parution simultanée d'une nouvelle édition de la Correspondance, d'un volume de nouvelles inédites et de Hammet, anthologiste de l'épouvante. Paru dans Causeur magazine du mois d'avril.


On le sait au moins depuis Flaubert, rien ne vaut la correspondance des écrivains pour comprendre qui ils étaient et à quoi ressemblait leur temps. Celle de Dashiell Hammett qui paraît ces jours-ci en édition de poche sous le titre Un type bien n’était pas de surcroît, tout comme celle de Flaubert, destinée à la publication. C’est la fille de Hammett qui nous le dit : « Publier les lettres de Papa de son vivant n’était même pas pensable. Il aurait détesté ça. C’était quelqu’un de secret, qui se livrait peu et vous disait seulement ce qu’il voulait que vous sachiez. L’idée que des inconnus puissent jeter ne fût-ce qu’un œil dans sa vie lui aurait fait horreur, aussi bien en ce qui concernait ses côtés admirables que ses aspects un peu moins reluisants. Et Dieu sait qu’ils furent nombreux, tous ces trucs dont il n’était pas fier : l’alcool, les filles faciles, les années perdues. »
C’est ainsi qu’un peu plus de mille lettres, qui vont de 1921 à 1960, élaborent une vision des États-Unis, de la littérature et du métier d’homme aussi subjective que précise car personne n’est plus lucide sur soi-même qu’un écrivain, surtout quand il écrit à ses maîtresses, sa famille ou ses éditeurs. Le lecteur, lui, devient un voyeur ; phénomène particulièrement poussé chez ceux qui aiment Hammett dont l’œuvre se caractérise par une impassibilité certaine et un refus définitif de la psychologie. Ainsi, quand il publie Moisson Rouge en 1929, Hammett ne publie pas seulement un excellent roman en résonance avec une époque où les USA s’enfoncent dans la Grande Dépression, il invente un genre littéraire qu’on appelle le roman noir.
Il ne faut pas confondre le roman noir et le roman policier, même si Hammett continue un temps dans ses lettres à utiliser cette dernière appellation. Le roman noir est une littérature janséniste qui dit les désordres du monde quand le roman policier nous rassure, au contraire, avec des fins heureuses. Moisson Rouge raconte un carnage : le patron d’une petite ville minière a utilisé les services de truands pour réprimer les grèves. Mais ces derniers ne veulent plus lâcher leur part du gâteau. Un privé, qui est le narrateur, va jouer la carte de la division entre les truands, jusqu’à ce que ceux-ci se massacrent joyeusement.
Non seulement l’histoire mettait en scène une violence inédite, la collusion entre le pouvoir politique, le crime organisé, la police et les milieux d’affaires, mais elle était racontée d’une manière plus nouvelle encore. Hammett inventait un style qu’on appelle comportementaliste : les motivations et les sentiments des personnages ne sont jamais exprimés. Le lecteur peut deviner ce qui se passe seulement à partir des indices extérieurs qui lui sont donnés. Dans la correspondance, on voit naître cette nouvelle esthétique. Dans une lettre de 1928 à Blanche Khnopf  qui dirige avec son mari une des grandes maisons d’édition new-yorkaise, Hammet écrit : « Je suis l’une des rares personnes, s’il en existe encore, moyennement cultivées, qui prenne le roman policier au sérieux. »
L’année 1929 est un tournant dans la vie de Hammett. Il publie deux de ses cinq romans, Moisson Rouge et Sang maudit qui rencontrent un succès phénoménal et il quitte sa femme et ses deux filles pour aller vivre à New York. Comme c’est « un type bien », il sera toujours prêt à les aider financièrement quand il sera en fonds, ce qui n’est pas toujours le cas. C’est le temps des fêtes, des palaces et de l’alcool, beaucoup d’alcool. Hammett sera un ivrogne d’élite, de ceux dont Baltasar Gracián disait : « Il y en a qui ne se sont saoulés qu’une seule fois, mais elle leur a duré toute la vie. » En 1930, il publie Le Faucon de Malte, toujours chez Khnopf et la Paramount sort Roadhouse nights, un film adapté de Moisson rouge. Notre homme est lancé, il part à Hollywood comme nombre des plus grands écrivains de l’époque, Fitzgerald et Faulkner par exemple.
C’est le temps béni où les nababs de Beverly Hills pensent que les meilleurs scénaristes se trouvent chez les écrivains. Comme ils ne sont pas non plus des philanthropes, ils cassent assez vite leurs jouets. Fitzgerald a bien raconté ça dans ses Histoires de Pat Hobby. Croquis d’atmosphère de Hollywood vu par Hammett dans une lettre de 1934 : « Je ne t’ai pas écrit depuis plusieurs jours, trop honteux de ma conduite. Je t’ai été relativement fidèle, mais ayant pas mal forcé sur la bouteille jusqu’à samedi soir – j’ai négligé mon travail pour les studios, oubliant tout sens de la dignité et ainsi de suite. Dimanche, j’ai été malade et c’est pareil aujourd’hui ! Je suis retourné ce matin à la MGM pour la première fois depuis mardi dernier, avec l’idée de me ressaisir, mais je n’ai pas abattu beaucoup de travail. »
Dans Le Chasseur et autres histoires, un recueil totalement inédit de nouvelles qui vient de paraître, on trouve nombre de scénarios écrits par Hammett. À vrai dire, ce sont plutôt des nouvelles mais les studios de l’époque payaient pour son imagination. Ils achetaient le sang des auteurs. En échange, ils ne leur demandaient pas de se soumettre à une quelconque technique d’écriture. Cette vision presque faustienne était très rentable pour eux. Pour l’écrivain, c’est moins évident. Le cinéma fait vivre Hammett mais il ne publiera plus à partir de 1934 et restera le compteur bloqué sur cinq romans en cinq ans et moins de soixante-dix nouvelles.
À Hollywood, il rencontre la femme de sa vie à une fête donnée par Darryl F. Zanuck. Elle s’appelle Lillian Hellman, et c’est l’une des principales destinataires des lettres. Elle a onze ans de moins que lui et ils connaîtront jusqu’à la mort de Hammett, en janvier 1961, une relation fusionnelle, tantôt amants, tantôt dans une manière d’amitié amoureuse. Elle sera sa confidente et sa compagne dans les luttes politiques. Dramaturge, actrice, scénariste, Lillian Hellman est une femme engagée : elle soutiendra la république espagnole contre le franquisme et sera membre, un temps, du Parti communiste américain. Les mêmes combats que Hammett qui connaîtra la chasse aux sorcières menée par le sénateur McCarthy. Comme il refuse de donner le moindre nom lors de son procès, il connaît la prison pendant plusieurs mois en 1951, malgré sa santé précaire de tuberculeux depuis les années 1920. « C’est une triste condition que d’être en prison, sacrément perturbante, mais ça s’arrête là, et parfois même ce « sacrément » n’est pas de mise. Je ne sais pas comment je vivrais une plus longue peine, mais comme disent les gars, tu peux tirer tes cinq mois les doigts dans le nez », écrit-il à sa fille Jo depuis le pénitencier d’Ashland sous le numéro d’écrou 8416.
A-t-il eu le temps, en prison, de se souvenir de sa vie bien remplie, de se revoir, lui le petit gars du Maryland né dans une ferme en 1894 ? Il devait suivre les pérégrinations d’un père qui avait le démon de la mobilité géographique. On vend la ferme, on déménage à Baltimore, puis à Philadelphie. Ça ne va pas fort, Dash est tuberculeux et il doit quitter l’école à 14 ans. Ce qui est désormais devenu de l’ordre du cliché, en l’occurrence l’écrivain américain qui a connu cent métiers différents, trouve son origine dans la vie de Hammett à cette époque, tour à tour vendeur de journaux, employé dans une agence maritime, manœuvre sur les voies ferrées et garçon de courses.
Il ne faut donc pas s’étonner si son œuvre est l’une des premières à faire apparaître les bas-fonds dans la littérature américaine. En 1915, il va avoir l’occasion de visiter les dessous de l’Histoire contemporaine en devenant détective au service de l’agence de police privée Pinkerton. Il s’agit avant tout d’une espèce de milice patronale essentiellement chargée de briser les grèves. On peut penser que Hammett devient communiste à ce moment-là, en réaction à une conception du dialogue social qui emprunte davantage au western qu’à la table ronde. Il reste chez Pinkerton jusqu’en 1921, avec une parenthèse notable durant laquelle il sert comme volontaire dans l’Armée en tant qu’ambulancier, ce qui aggrave sa santé quand une épidémie de grippe espagnole sévit dans les hôpitaux militaires et déclenche chez lui des bronchites à répétition. Pourtant, en 1942, alors qu’il est déjà bien affaibli, il se portera de nouveau volontaire et servira jusqu’en 1945 en Alaska où il sera rédacteur en chef du quotidien The Akadian, destiné aux soldats.
Quand il meurt le 10 janvier 1961, ce rouge non repenti et patriote volontaire pour deux guerres mondiales est enterré au cimetière d’Arlington, en Virginie, au milieu des héros tombés au feu. C’est le bon côté des USA, ce genre de paradoxe. Peut-être aussi était-ce une manière comme une autre de rendre hommage à celui qui n’avait cru qu’à la littérature comme le prouve encore Le Chasseur et autres histoires qui réunit les histoires « non policières » de Hammett jusque-là dispersées en revues.
Hammett les a écrites en ne les trouvant ni inférieures, ni supérieures à celles qu’il publiait dans les pulps, ces magazines bon marché : le crime en est le plus souvent absent dans sa représentation, ce qui ne veut pas dire pour autant que le monde vu par Hammett n’est pas criminel. Là encore, ses personnages se caractérisent par une forme de droiture légèrement désespérée, caractéristique hammettienne entre toutes.
On trouvera néanmoins, dans un bonus qui réjouira les amateurs de noir, une nouvelle inédite dont le héros est Sam Spade, autre détective mythique, avec le Marlowe de Chandler, de la littérature « hard-boiled » américaine. Elle est intitulée, Tout le monde sait manier un couteau, ce qui pourrait servir de définition de l’art poétique ou d’épitaphe, comme on voudra, pour un des plus grands écrivains de ce siècle.

Jérôme Leroy

Hammett anthologiste

Terreur dans la nuit est une anthologie de nouvelles d’horreur réalisée par Hammett lui-même en 1931. C’est l’année où tout ce qu’il touche se transforme en or. Cela ne durera pas et il n’oublie pas que sa gloire est d’abord venue de l’univers des pulps, ces magazines qui touchaient des millions de lecteurs jusque dans les années 1950. Les pulps n’étaient pas seulement consacrés au policier ou au noir, on y trouvait des récits de guerre, de science-fiction, de fantastique, d’horreur. Dans cette anthologie, Hammett fait preuve d’un bel éclectisme. Si on trouve un texte de Lovecraft, le fondateur de l’horreur made in USA, il y a quelque surprise dont les pages du très sage André Maurois, ce qui nous rappelle au passage que ce grand oublié aborda aussi, à l’occasion, le fantastique. L’intérêt réside aussi dans la préface de Hammett qui se montre un lecteur subtil, théorisant sans pesanteur ce qu’il peut y avoir de commun entre l’esthétique de l’épouvante et celle du noir : « Tout ce que peut normalement espérer le plus talentueux des auteurs, ce sont des frissons d’angoisse lorsque son lecteur se sent emporté vers ces choses qui ne peuvent arriver, puis un tressaillement lorsque le lecteur découvre que les choses qui ne peuvent arriver sont devenues les choses qui ne devraient pas arriver. »
JL

Le Chasseur et autres histoires de Dashiell Hammett (traduction de Natalie Beunat, Gallimard), Gallimard.
Un type bien, correspondance 1921-1960 de Dashiell Hammett (traduction de Natalie Beunat, Points), Points.
Terreur dans la nuit, 10 nouvelles horrifiques, présentées par Dashiell Hammett, Fleuve Editions. 


lundi 25 avril 2016

Il n'y a que des preuves d'amour

Nantes, 20 avril 2016.
C'était mercredi dernier, au restaurant social Pierre Landais, dans l'Ile de Nantes. Une rencontre forte dans ce lieu où comme son nom l'indique, on peut manger, se reposer, échanger quand on a tout perdu, ce qui arrive vite par les temps qui courent. 
Cela ne les a pas empêchés d'ailleurs de parler de l'écriture et de la littérature, je le répète, avec une finesse et une foi que pourraient leur envier bien des spécialistes ou des petits marquis et des petites marquises du "milieu". 
Sans doute parce que pour eux, c'est aussi, surtout, une question de survie.
Dehors, pas loin, l'émeute légitime se préparait comme en témoignaient les hélicos à basse altitude et la file interminable des fourgons de CRS, sirènes hurlantes. 
Celui qui ne voit pas un lien de cause à effet entre tout ça, tant pis pour lui.
Et ce qui est important, au bout du compte, c'est que l'énergie circule.
Nantes, 20 avril 2016

Oeillets


Dans le TGV Nantes Lille. Comme on est le 25 avril, il n' est pas impossible que je descende à la gare de Grandola.

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 58.

"Tout d'un coup, il m'est devenu indifférent de ne pas être moderne."
Roland Barthes, 13 août 1977, Journal

vendredi 22 avril 2016

Mauves en Noir, ça commence


Nantes ne lâche rien


A quelques kilomètres de la maison de Julien Gracq, nous allons partir pour le Festival Mauves Noir qui était le partenaire de notre résidence.
Notre seule sortie fut, depuis une semaine, pour une rencontre au restaurant social Pierre Landais, au coeur de l'Ile de Nantes. Le choc fut salutaire avec le calme de la Thébaïde de Saint-Florent. Pas seulement parce que nous avons rencontré dans ce lieu des gens dont la vie a été ou est difficile, et même un peu plus que ça. Cela ne les a pas empêchés d'ailleurs de parler de l'écriture et de la littérature avec une finesse et une foi que pourraient leur envier bien des spécialistes ou des petits  marquis et des petites marquises du milieu. 
Non, ce choc là, nous le connaissons bien.
En revanche, sur l'Ile de Nantes, ce jour-là, le 20 avril, c'était manif. Comme d'habitude, serais-je tenté de dire tant cette ville s'illustre par l'opposition radicale de sa jeunesse aux lois qui achèvent de détruire les vies ou aux constructions pharaoniques d'aéroports, preuves par l'absurde d'un système à l'agonie voulant se donner l'illusion que son mode délirant de production et de croissance pourra encore continuer indéfiniment. 
Il y a d'abord eu la découverte en bus depuis la gare de cette partie de l'Ile de Nantes que je ne connaissais pas. C'est le far west de la gentryfication, avec des immeubles qui poussent comme des champignons pour CSP++ au milieu des usines en friche aux toits dentelés comme les dessinaient les enfants du monde d'avant quand ils en voyaient encore. D'ailleurs le restaurant sera bientôt obligé de bouger, avec ses usagers qui ne font pas beau dans le décor. Au mieux d'être reconstruit sur site après un temps indéterminé.
Pour la manif,  vu le nombre d'hélicos (spécialité nantaise avec le Petit Lu, ils balancent aussi des lacrymos en altitude)  et de fourgons de CRS, ça a été chaud. Ce que j'ai deviné d'une souricière bien organisée et d'autres choses effrayantes, j'en reparlerai ailleurs et autrement. Je vous livre juste ma conclusion: on va vitupérer les affreux casseurs. Je voudrais être un type responsable, condamner les violences, toussa. Mais pourquoi, désormais plus que jamais,  suis-je convaincu d'une seule chose? Il y a moins de violence chez le pire des casseurs que dans le discours de chantage,  cette semaine, de Pierre Gattaz. Ou sur la gueule de Macron et de Valls.

mardi 19 avril 2016

De reditu suo

Retour chez Julien Gracq, à Saint-Florent-le-Vieil. 
Il fait beau, il y a la Loire et des livres. 
On a vu pire.

Comme si on ne pouvait pas boire avec les morts

 
à Nicolas Matthieu

 
Comme si on ne pouvait pas boire
avec les morts
Alors pourquoi hier soir
J'ai bu un chinon de chez Lenoir
avec Richard Brautigan
-il a bien aimé-
et la semaine dernière bu du sancerre
de chez Riffault
avec Frédéric Berthet
qui a marqué une préférence très nette
pour le Skeveldra 2010
Celui qui a la même couleur
que les cheveux de la petite fille
celle qui te fait toujours le coup du passé
Il a eu beau dire que ce qu'il appréciait surtout
c'était le silex
j'avais ses livres sous la main
Il a fait "héhé" de son air matois
on a rhabillé les orphelins
et on a parlé d'autre chose
Comme si on ne pouvait pas boire avec les morts
alors que pour ma première rencontre
avec Larry Brown
j'ai ouvert une bouteille de Plumes d'ange de Courtois
car c'était de circonstance
et  pour que l'au-delà lui serve au moins à boire autre chose
que de la Budweiser.
Oui comme si on ne pouvait pas boire avec les morts
il ne manquerait plus que ça.
 
© jeromeleroy 4/16
 

lundi 18 avril 2016

James Joyce et les Rolling Stones


... allez savoir pourquoi, ce soir, je trouve que ça va très bien ensemble

"O cet effrayant torrent tout au fond O et la mer la mer écarlate quelquefois comme du feu et les glorieux couchers de soleil et les figuriers dans les jardins de l'Alameda et toutes les ruelles bizarres et les maisons roses et bleues et jaunes et les roseraies et les jasmins et les géraniums et les cactus de Gibraltar quand j'étais jeune fille et une Fleur de la montagne oui quand j'ai mis la rose dans mes cheveux comme les filles Andalouses ou en mettrai-je une rouge oui et comme il m'a embrassée sous le mur mauresque je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne et d'abord je lui ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son coeur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien oui."

samedi 16 avril 2016

Mieux vaut tard que jamais...

Gébé, l'An 01, 1972
....et accessoirement réfléchir à partir de quelle époque "utopiste" est devenu un synonyme pour "totalitaire".  Ou "benêt" dans le meilleur des cas. 
Je dirais les années 80-90, entre la naissance de la Nouvelle Philosophie qui n'était ni nouvelle ni philosophique, le Vive la crise présenté par le sinistre Yves Montand converti au reaganisme et le moment où le tennisman François Furet écrivit Le passé d'une illusion, interdisant dans un terrorisme intellectuel de la plus pure eau toute pensée cherchant à remettre en question le réel, ou plutôt la construction idéologique appelée fallacieusement de cette manière.




Recherche réel, désespérément: Carrières de sable de Jérôme Baccelli.

C’est un roman bref, inquiétant et impitoyable que ces Carrières de sable de Jérôme Baccelli. Le titre est à prendre, manifestement, dans deux sens. Celui de ces lieux d’où sort le silicium indispensable à nos gris-gris technologiques et celui des curriculum vitae des cadres supérieurs ou dirigeants qui ne sont pas si solides qu’ils en ont l’air et qui peuvent se dissoudre à la première crise financière un peu forte, en laissant l’étrange amertume d’avoir servi aveuglément un système qui n’avait pas besoin d’eux pour, de toute manière, courir à sa perte.
On peut penser que l’auteur sait de quoi il parle : Jérôme Baccelli a, de son propre aveu, été consultant international en télécommunication, avant de rejoindre la Silicon Valley et participer « au succès et à a déconfiture de quelques start-up. » Ce qui ne gâche rien, en plus, c’est qu’il sait raconter une histoire avec une distance qui manque de plus en plus singulièrement à Houellebecq depuis Soumission. Si le nom de Houellebecq nous vient ici un instant sous la plume, c’est qu’un coup d’œil hâtif sur Carrières de sable pourrait faire croire faussement à une parenté. Le narrateur est un juge d’instruction qui n’instruit plus grand-chose puisque la France semble sur le point d’être submergée par des hordes islamiques. On apprend ainsi que l’ennemi est déjà du côté de Sofia où il procède à des exécutions de masse dans les banlieues et qu’un attentat qui a fait plus de cent quarante morts a eu lieu au lycée Louis-le-Grand. Mais notre juge, assis à la terrasse du Nerval, son bistrot de prédilection, ne peut s’empêcher de se souvenir et de tenter de savoir quand et comment tout cela a vraiment commencé alors qu’il entend déjà des fusillades à proximité.
Sans doute est-ce avec l’affaire Francis Plan. Francis Plan était un de ces traders d’exception, de ces consultants financiers de haut niveau qui ont survécu à la crise de 2008 avec à la fois un certain soulagement, celui d’être encore dans la course, et une certaine rancœur, celle de n’avoir pas réussi à être millionnaire. Un jour, Francis Plan disparaît, purement et simplement. Il ne rentre pas chez lui mais comme il n’est pas non plus sorti de son bureau d’Anton Brothers dans une tour ultramoderne d’Aubervilliers, le mystère demeure entier comme on disait jadis dans la presse populaire.
Le plus troublant est que Plan, malgré tout, continue à travailler et à exister  dans le virtuel. Il envoie des mails, en reçoit, il continue à livrer des graphiques prévisionnels, des tableaux Excel et même à toucher des boni et à connaître des promotions. A l’inverse, aux Etats-Unis, l’équivalent d’un Francis Plan, Lorraine Delvaux, courtière dans le transport pétrolier, a vu son existence internétique entièrement gommée, son employeur n’avoir plus trace d’elle et lui dénier toute existence, alors qu’elle est pourtant toujours physiquement présente, avec son léger surpoids et ses angoisses, dans son beau condominium de Minneapolis.
Notre juge d’instruction et quelques-uns de ses collègues émettent des hypothèses pour Plan, Delvaux et d’autres du même genre qui connaissent de plus en plus des vaporisations identiques. Tous les deux exerçaient des métiers similaires, tous les deux n’avaient pas ou très peu de contacts réels avec leurs collègues, leurs hiérarchies ou même les aspects concrets, matériels de leurs diverses manipulations virtuelles. Tous les deux dînaient et dormaient dans les mêmes hôtels d’aéroports, d’un bout à l’autre de la planète. Une telle vie était-elle tenable ? Ces hyperconnectés n’étaient-ils pas la pointe ultime, la figure dernière de notre société devenue entièrement virtuelle ? Cela ne présageait-il pas une disparition pure et simple de notre civilisation et expliquait en même temps l’avancée à nos frontières et dans nos propres villes des barbares et des terroristes ? Ne seraient-ils pas passés, au bout du compte, ces monades mal pixélisées,  à cet ennemi monstrueux mais vivant encore d’une vie humaine comme les hommes d’avant ?
Carrières de sable peut ainsi se lire, derrière sa narration à la froideur hyperréaliste à la fois comme une satire documentée sur le monde de la finance, son opacité et sa fondamentale inutilité, mais aussi comme une fable métaphysique où « l’humanité est en train de se scinder entre le Tout et le Rien, entre les serviteurs de l’avenir, et les disciples de l’apocalypse. »
Reste à savoir qui tient le rôle de qui, entre l’homme qui panique parce ce qu’il a perdu son portable d’entreprise au point de cesser d’exister et celui qui égorge ses victimes en direct sur YouTube. Baccelli ne donne pas de réponse, il se contente d’apporter la mauvaise nouvelle, comme tous les vrais écrivains.

Carrières de sables, de Jérôme Baccelli, Ed. Le Nouvel Attila.

Paru sur Causeur.fr

vendredi 15 avril 2016

J'ai failli attendre

"Nous traversons désormais ce paysage dévasté par une guerre qu'une société livre contre elle-même, contre ses propres possibilités. L'enlaidissement de tout était sans doute le prix inévitable du conflit. C'est parce que l'ennemi a poussé si loin ses erreurs que nous avons commencé à gagner." 
GD,  In girum imus nocte et consumimur igni.

jeudi 14 avril 2016

Elle t'écrit, extrait 2

Elle t'écrit
Le ciel a une couleur d'huître
et le printemps ne se presse pas
ou c'est moi qui ai froid
C'est un gris qui se souviendrait de très loin
du blanc
du vert
et un peu du bleu
enfin tu sais comme tes yeux qui changent
avec le temps qu'il fait
Elle t'écrit
Je voudrais être bien certaine ce matin
que tu comprennes ce dont il est question.
   

 ©jeromeleroy 4/16

mardi 12 avril 2016

Rendez-vous le 4 mai

Photo de Frédéric Houdaille.
Grâce à Arnaud Viviant et à la revue Charles, on s'est bien amusé.
Vous retrouverez tout ça dans un recueil à La Tengo, le 4 mai.


Ca ne regarde personne...


-Descends du lit! Qu'est-ce que ça veut dire?
Dissimulant précipitamment la peau douce de ses fesses et le petit triangle de sa culotte, elle roula du lit."
Vladimir Nabokov, L'enchanteur
 
Quand une lecture te renvoie le temps d'une image à un film qui n'a rien à voir et qui lui-même te renvoie à... 
Laisse tomber, ça ne regarde personne...

dimanche 10 avril 2016

Connie Stevens, la côte ouest et les grandes marées.




On aime bien la 2, la 6 et et la 11, mais toutes sont bonnes, au fond.
Doo wop.

"Je suis un homme qui pense à autre chose" 
Victor Hugo, Choses vues.

"Dans ce cas-là, mon premier mouvement me remet en tête la carte de France, ce profil dont les Landes sont le menton, la Gironde la bouche maussade, la Bretagne le nez bourgeonnant, le Cotentin une verrue et l'estuaire de la Seine une arcade sourcilière sous le front qui s'en va, légèrement fuyant, jusqu'au Pas-de-Calais. Eh bien! j'étais là, entre les paupières de mon pays et tout son regard pouvait se concentrer dans le mien"
Antoine Blondin, Un singe en hiver.

"J'ai passé l'autre main sur ses grandes jambes musclées, jambes de la Baltique et des horizons gris, jambes qui me changeaient un peu de Barbizon, de l'Hay-les-Roses, et Saint-Germain pour m'entraîner à leur suite dans les steppes du silence." 
Roger Nimier, Le Hussard bleu.

"Toi, pensa-t-il, tu es une petite dure."
Cecil Saint-Laurent, Une sacrée salade.


vendredi 8 avril 2016

Propos comme ça, 37: en revenant de Lyon



Mon petit miracle personnel du ouiquènde: rencontrer à Quais du Polar une éditrice de moins de trente ans qui a un temps travaillé avec Marie David et Jean-Pierre Montal de Rue Fromentin et qui m'a demandé si le nom du personnage de L'Ange gardien était bien un hommage à Frédéric Berthet. J'ai un bref instant songé à l'épouser sur le champ avant de me souvenir in extremis que la bigamie était interdite dans ce pays si sociétalement coincé, en fait.
Eu envie instantanément de rererererelire Paris-Berry et Daimler s'en va. Ce que je fais, d'ailleurs, du coup, ce matin


Nuit Debout: on parle d'une barricade boulevard Saint-Germain pour demander la libération des manifestants arrêtés. Mais dites-moi, ça commence à sentir bon comme la peau d'une fille au soleil, tout ça.

C'est tout fragile, en fait, un libéral. Brice Couturier se casse d'une Matinale de France-Culture, dont il est le salarié (ah on n'est pas chez Goodyear), parce que les invités et Guillaume Erner(!?) seraient favorables à Nuit Debout...
Dis-donc, Brice, ce n'est pas un peu couille molle, quand même, quand une fois par hasard, une toute petite fois, tu ne peux pas déverser ton eau tiède austéritaire avec le plus parfait mépris de la question sociale en toute tranquillité, de pleurnicher que tu es un "punching-ball"? Finalement, vous n'avez que la force qu'on vous prête, vous les "journalistes de combat" payés avec mes sous. C'est bon à savoir. Faux durs, va.

"Levallois: les lycéens dérapent": ces petits cons ont pourtant un maire exemplaire.

 J'apprends l'existence d'un mouvement "Les jeunes avec Macron" avec la même stupeur hébétée et vaguement écœurée qui est la mienne quand je vois par exemple une jolie fille se curer le nez dans le métro. On ne peut penser la contradiction que jusque à un certain point, tout de même.

Les derniers staliniens sont à peu près partout (libéraux acharnés, communautaristes racistes, cultureux subventionnés plus crispés que des bonnes soeurs, antifascistes en peau de zob qui fichent mieux qu'une police politique, néoconservateurs réformés aux pieds plats ou associatifs pénibles occupant les niches victimaires), sauf au PCF.
Parfois, je me demande si ce n'est pas ça, notre problème, camarades.

"Elle me considéra d'un regard pénétrant". Je sais très bien qu'il ne faut pas juger un livre sur une phrase prélevée au hasard, ici dans un roman sorti il y a quelques semaines. Mais vous aurez beau dire, si j'ouvre aussi au hasard les 1500 pages de mon édition Bouquins de Blondin qui m'accompagne ces jours-ci dans mes pérégrinations, je ne tombe jamais sur "Elle me considéra d'un regard pénétrant." 
Jamais. 


 

jeudi 7 avril 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 57

"Tu es aussi con que le roi d'Angleterre, murmura Gertie."
On est toujours trop bon avec les femmes de Sally Mara (Raymond Queneau). Le Scorpion

Française

 à Thomas Morales

Souviens toi et tu vivras deux fois
des pompidoliennes élégantes
aux chignons de sous-bois
Manteau demi saison pour contourner
la DS et le temps
à moins que ce ne soit une ID
adultère
Les jambes tu ne voyais que les jambes
et les cuisses
au mystère qui commençait sous le fuschia
Courrèges 
Souviens toi des pompidoliennes élégantes
petit garçon perdu dans le reflet
d'une portière
perdu
dans le sous-bois des mèches  
petit garçon qui préparait ses mélancolies
françaises
Souviens-toi et tu vivras deux fois.



©jeromeleroy 3/16

mercredi 6 avril 2016

Souvenirs d'une rencontre à la BU de la Croix-Rousse




Elle t'écrit, extrait

Elle t'écrit
La seule chose qui les atteint c'est que tu continues à écrire
et que tu en vives
Oublie-moi si tu veux mais eux
oublie les vraiment Tu existes sans eux
malgré leur petites manoeuvres leurs minuscules vexations
Hier j'avais un peu de force
je suis allée voir les vignes
il est pour toi pas pour eux le sourire de la jeune fille
sur le quai de la petite gare
Elle t'écrit
Ecris
Ecris pour elle écris pour moi.




©jerome leroy, 3-16
 

mardi 5 avril 2016

Cinéma

Début du tournage le 10 mai. 
« Nous ne citons pas du tout le FN. Il s’agit d’un parti populiste que nous appelons le Bloc. C’est un parti fictionnel déjà présent dans le livre Le Bloc, du romancier Jérôme Leroy, sorti chez Gallimard Série Noire. J’ai écrit le scénario avec lui, même s’il ne s’agit pas d’une adaptation. Je récupère une série de thématiques. » Lucas Belvaux