vendredi 27 mars 2015

Low cost

On va encore dire que je vois le mal partout dans le capitalisme. 
Mais laisser aux commandes d'un avion un maniaco-depressif, ça n'aurait pas un léger rapport avec la philosophie du low-cost? 
Genre, "Eh mec, ta dépression, tu t'assois dessus. Et tu vas bosser ou tu caltes, ok?" ou "Le dingo, mets le sur German Wings sinon il pourrait nous foutre la honte sur les vols réguliers." Sauf que c'est pas France Telecom, un avion a 11 000 mètres d'altitude avec 150 passagers. Quand le gars se suicide, ça se voit tout de suite beaucoup plus.
 

jeudi 26 mars 2015

Propos comme ça, 21

Et soudain, il trouva le mot qui résumait parfaitement son histoire et, d'une certaine manière, qui pouvait qualifier aussi le monde dans lequel il l'avait vécue: inconcevable.

Alice au pays des merveilles et le Manifeste du Parti Communiste ont été publiés la même année. Ce n'est évidemment pas un hasard puisque les deux textes aperçoivent au même moment qu il est temps de conjuguer le rêve et l' émancipation.

Un "marqueur gauche droite", comme ils disent? Droite: "Avec le RSA, il y a un vrai problème de fraude sociale". Gauche: "60% de ceux qui y ont droit ne le demandent pas."

Correspondance Gare du nord/Gare de Lyon. Transport gratuit en raison du pic de pollution. A 15 ans tu regardes Soleil Vert. A 50, tu vis dedans.

-Oui mais les couchers de soleil sont beaux dans les villes polluées, fait-elle remarquer avec une désinvolture désespérée, un chic préapocalyptique qui l'enchante.

Après avoir écouté les infos pendant le dernier mois, il entra dans le bureau de vote et, surpris, constata qu'il existait d'autres bulletins que ceux du FN.

Je déplore profondément le manque d'imagination des pilotes du vol Lisbonne-Paris du 20 mars 2015 qui ont eu une chance unique de se mettre face à l'éclipse et de foncer vers elle de tous leurs réacteurs. Mais non, on a continué à servir dans l'Airbus des cafés tiédasses et des mignonnettes de mauvais ouisquie, en tournant le dos aux dieux. 

Mercredi une enseigne lisboète surannée pour une armurerie dans un quartier excentré et le lundi suivant, sur l'autoroute Annecy-Saint Julien en Genevois, un panneau qui indique Milan. Il n'y a que les routes pour calmer la vie, comme disait Roger.




 

dimanche 22 mars 2015

Le dimanche de l'écrivain errant

-aller voter Front de Gauche dans mon canton de droite,
-reprendre un train,
-continuer de lire deux romans excellents pendant le voyage: Les événements de Jean Rolin(POL) et Elles croyaient en Jean-Luc Godard de Chantal Pelletier (Joëlle Losfeld),
-arriver tard à Annecy,
-regarder les résultats, seul dans une chambre d'hôtel, 
-me réveiller tôt le lundi pour aller rencontrer des collégiens sur Norlande
-être accessible à une certaine mélancolie.

samedi 21 mars 2015

Bref retour au Portugal (5)

Le premier soir à Porto, je dîne seul à A Capoeira, à quelques pas du Boavista. Enfin, je ne dîne pas seul puisque j'ai mon vieux Poésie/Gallimard de Pessoa, acheté à Rennes et commencé à lire en 1987, dans le Rennes-Paris qui me ramenait de Coët. Là aussi, des vers lus et sus presque instantanément, des vers avec lesquels il allait falloir vivre, des vers presque frustrants puis qu'ils disaient exactement ce que je ressentais.

La bacalhau a braz est bonne, la bière légère à la pression "Impériâââl ou Souperbôqueu" (pas envie de vinho verde ce soir) me refait merveilleusement la bouche. En même temps, trouver de la mauvaise bacalhau au Portugal, c'est comme y trouver quelqu'un de désagréable. Ca doit être possible mais il faut le vouloir ou manquer de chance, ce qui parfois revient au même d'ailleurs.

La vie me donne-t-elle trop ou bien trop peu?
Je ne sais si je sens trop ou bien trop peu,  je ne sais s'il me manque un scrupule spirituel, un point d'appui sur l'intelligence,
une consanguinité, avec le mystère des choses, un choc à tous les contacts, du sang sous les coups, un ébranlement sous l'effet des bruits, 
ou bien s'il est à cela une autre explication plus commode et plus heureuse.
Poésies d'Alvaro de Campos, "Passage des heures"

 Pas mieux pour ce soir, Fernando, pas mieux...


Bref retour au Portugal (4)

Je loge à l'hôtel Boa Vista qui comme son nom l'indique, offre depuis son toit-terrasse, une vue émouvante sur l'embouchure du Douro, l'Océan, le Fort Saint-Jean Baptiste qui fait office de verrou, l'avenue du Brésil qui longe la mer. Derrière moi, le lacis des rues de Foz Velha, un ancien village qui s'est laissé piéger par Porto, il y a cent ans.


Il est évident que les paysages selon mon âme sont ceux-là, maritimes jusqu'à l'archétype. Ascendance normande, sans doute et plus sûrement encore, lecture précoce du Port de Baudelaire qui fait partie, dans sa version en prose, des poèmes qui m'ont marqué au fer rouge, connus par coeur presque instantanément lors de leur première lecture, il y a... Passons.

"Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir."

Voir la mer, les filles, les pays à la façon dont seul un poème peut voir la mer, les filles, les pays.

 

Vieillir en voyant la mer tous les jours, voilà mon programme poético-politique pour l'avenir. Cela me consolera de savoir que le communisme viendra seulement, -car il viendra forcément, il n'y a pas d'autres solutions-  après ma mort,  le mouvement révolutionnaire prenant un peu de retard ces temps-ci.

Bref retour au Portugal, (3)

Premier soir à Porto. Ma valise s'est fait la malle. Je me retrouve avec un Chinois qui a subi le même sort et qui ne parle ni français, ni portugais, ni anglais. Patience d'ange des deux employées en uniforme dans leurs bureaux chargés des bagages égarés.

Je suis toujours étonné, moi qui déteste les généralisations sur les peuples, de constater quand même, au bout de vingt cinq ou trente séjours sur près de quarante ans (eh oui...), parfois longs, qu'il y a malgré tout une douceur  et une gentillesse répandues dans toutes les situations. Je ne dis pas que ça n'a pas dû chauffer en avril mai 75 entre les grands propriétaires terriens de l'Alentejo et les paysans communistes mais c'est tout de même un peuple de passions calmes, qui répugne à la brutalité. Leurs révolutions, pourtant fréquentes, ne tuent pas comme le dit un proverbe portugais cité par Larbaud quelque part. Quant à la saudade, forcément intraduisible, c'est une mélancolie insurmontable certes, mais qui n'a rien du désespoir ou de la haine de soi.

Une fois la déclaration de perte accomplie -on me laisse bon espoir d'une prompte résolution du problème, je suis accueillie par S,  la documentaliste du Lycée. Avant qu'elle me conduise à mon hôtel, je lui demande de pouvoir faire quelque courses. Du coup, je reprends pied à Porto par le biais de ses galeries marchandes qui semblent de plus en plus nombreuses hélas. Quelques petits détails m'indiquent en plus que le Macron lusitanien a déjà fait le boulot. Tous ces centres semblent ouverts sept jours sur sept, jusqu'à 22 heures. En même temps, on voit des vigiles armés devant les parkings. Faut savoir ce qu'on veut en régime austéritaire. 

Comme j'avais gardé les livres et le Mac dans le bagage à main,  j'ai juste besoin de caleçons, de socquettes, de chemises et de quelques affaires de toilette. Et rien que pour donner raison à Serge Quadruppani, en plus, je ne résiste pas à une cravate merveilleusement austère, façon banquier protestant. 
Voilà, des livres, des vêtements propres et de quoi écrire: je suis chez moi.


Bref retour au Portugal (2)


Le lycée français de Porto, dans une grande avenue calme, aux perspectives dégagées. La mer n'est pas loin, on ne la voit pas, mais tout dit sa présence dans l'air plus large. Le lycée est construit au milieu de bosquets de conifères, avec une superbe vue sur la ville au loin. Il a quelque chose d'un country club dont les golfeurs auraient entre trois et dix-huit ans. Le CDI, une demi-lune vitrée avec vue sur l'horizon, entouré d'une galerie, donne envie de rester à lire ou, comme pendant ma première rencontre avec des terminales, de poursuivre indéfiniment la conversation.

Bref retour au Portugal (1)

Dès que j'entends parler portugais pendant plusieurs jours, cette langue d'oiseaux qui chuintent, à la fois musicale, allègre et alanguie, je me dis que la Tour de Babel a été une chance. Imaginons que la langue de Dieu ait été l'allemand, par exemple, ou pire, le néerlandais, l'humanité aurait été tout de suite moins aimable.


-ESV, comme école supérieure de vente?
-Non, comme école supérieure de vagabondage.

vendredi 20 mars 2015

On y sera...


....mais uniquement samedi. Pour plus de renseignements, c'est ici. 
Viendèze dire bonjour!

vendredi 13 mars 2015

Ferrat, five years ago

Voilà ce qu'on écrivait, il y a cinq ans, au moment de sa mort.



Jean Ferrat est décédé samedi à l'âge de 79 ans.

Jean Ferrat, c’est d’abord le souvenir d’un léger éblouissement quand on vous juche sur les épaules d’un père ou d’un oncle pour voir sa silhouette sur la scène. Vous êtes dans la foule d’une fête de l’Huma au cœur des années 1970. Il fait beau évidemment, presque aussi beau que dans la chanson Deux enfants au soleil, un de ses premiers succès et qui reste pour vous comme le programme commun d’une rêverie jamais abandonnée autour de ce que pourrait être le communisme enfin réalisé : le temps libéré dans un monde sexy, poétique et balnéaire. C’est vrai que vous avez tellement flirté sur cet air-là, ensuite. Comme plus tard, dans L’Amour est cerise, vous mettrez en pratique ce sage conseil : Vertu ou licence
Par Dieu, je m’en fous
J’égare ma semence
Dans ton sexe roux.

Jean Ferrat, c’est aussi votre quarantaine. La première fois que vous avez cru passer de l’autre côté. Vous tenez deux mois contre une pleurésie sur votre lit d’hosto, avec des drains un peu partout. Vous vous sentez comme un vieillard, vous avez tout le temps mal malgré la morphine qui ne fait que mettre la douleur à côté. Et puis ça remonte, ça revient, et un jour, vous sortez à petit pas. Et dans la voiture, vous allumez l’auto-radio et Que c’est beau la vie qui passe sur Radio Nostalgie. Alors, les larmes vous montent aux yeux parce qu’il y a des petits matins où les apparentes banalités deviennent les plus belles vérités philosophiques que vous n’entendrez jamais. La force, sans doute de ce que l’on appelle un peu vite la variété. Le jeune Proust, dans Les Plaisirs et les Jours savait déjà tout ce que peut apporter cette musique prise de haut par quelques pointilleux prétentieux : “Combien de mélodies, de nul prix aux yeux d’un artiste, sont au nombre des confidents élus par la foule des jeunes gens romanesques et des amoureuses.”

Les jeunes gens romanesques et les amoureuses, c’est fou ce que nous avons pu en rencontrer au Parti communiste. Le communisme, quoiqu’on en dise, ce fut quand même la grande affaire dans la vie de Jean Ferrat. Ce sont des communistes qui l’ont caché pendant l’occupation quand il s’appelait encore Jean Tenenbaum et que ce n’était pas le genre de nom idéal pour survivre à l’époque. Il s’en souviendra dans la chanson Nuit et Brouillard, la première sur la question, un vrai tube censuré, ou plutôt “déconseillé de passage radio” par cette France des sixties qui voulait oublier le passé qui ne passait pas dans la vague yéyé. Mais cela n’empêcha pas Europe 1 de la programmer, achevant d’en faire, pour les années à venir et jusqu’à aujourd’hui, la chanson de référence sur le sujet de la déportation. En revanche, Potemkine, là, fut franchement interdit d’antenne.

Oui, je sais, Jean Ferrat n’a jamais eu sa carte du Parti. Il était ce qu’on appelle un compagnon de route. Compagnon de route, c’est vivre à la colle avec le Parti alors que l’encarté est marié. Il ne peut pas toujours dire à sa femme ce qu’il pense d’elle, surtout quand il arrive à cette dernière de faire n’importe quoi. Jean Ferrat, lui, pouvait. C’était l’amant. C’est pour ça, paradoxalement, qu’il est resté fidèle jusqu’au bout puisqu’il était encore sur le comité de soutien à la liste Front de gauche en Ardèche. Parce qu’il a pu dire dans Camarade ce qu’il pensait du Printemps de Prague et dans Le Bilan dauber sur la fameuse expression de Marchais, “bilan globalement positif”, quand on l’interrogeait sur les pays de l’Est. Seulement, qu’on ne se réjouisse pas trop vite du côté des anticommunistes pathologiques. Tout le monde n’est pas Stéphane Courtois pour cracher hystériquement dans la soupe dont il s’est pourtant repu jusqu’à plus soif. Le refrain du Bilan, c’est le nôtre, encore aujourd’hui, et ce n’est pas près de changer, malgré tout ce qu’il nous a fallu avaler comme couleuvres : Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui.

Oui, Jean Ferrat, c’est aussi nos doutes, à nous les communistes. Mais on a ceci de particulier, c’est que l’on accepte les remises en question, mais en famille. Pour rester dans le domaine de la variété, quand Sardou s’est mis à chanter Lénine, réveille toi ils sont devenus fous, cela nous a fait hurler de rire à l’époque. Ce réac atlantiste en déçu du communisme au milieu des années 1990, tout de même, il ne manquait pas d’aplomb. Vous imaginez, c’est comme si Jean Ferrat s’était permis une chanson sur Friedmann et Pinochet en pleurant sur la trahison du modèle libéral.

Et puis après tout, Ferrat, il n’est pas seulement à nous. Comme Aragon, qu’il a si bien chanté. Ils appartiennent au patrimoine national. Ils ont su, ces internationalistes, chanter comme personne nos paysages, nos rivières, nos saisons, nos poètes. Parce qu’ils ont compris, comme tous les communistes français conséquents, qu’il ne sert à rien de vouloir aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même. Notre chanson préférée de Ferrat, pour tout vous dire, celle que nous nous repassons en boucle depuis que nous avons appris la nouvelle et que nous sommes surpris par la puissance de feu de notre chagrin, c’est Ma France : Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France.

Paru sur Causeur.fr


Jeune sourd, écoute-moi!

Je suis rassuré. Je viens d’élucider un grand mystère à propos de la jeunesse. Longtemps, la jeunesse, pour moi, c’était ce qu’il y avait de meilleur dans une société. D’ailleurs, les vieux ont assez vite inventé le terme de « jeunisme » pour discréditer la jeunesse mais aussi moquer ceux qui voulaient voir en elle le sel de la terre, ou à défaut, le terreau de saines révoltes.
Un jeune, ça ne se laissait pas faire, ça trouvait que rien n’allait de soi, même pas le bonheur. Tenez, Mai 68, si vilipendé aujourd’hui comme source de tous nos malheurs (les chocs pétroliers de 73 et 79 n’ayant apparemment joué qu’un rôle accessoire si on les compare aux ravages de l’hédonisme libertaire, de la pilule et de l’avortement), Mai 68 donc, a quand même été la révolte d’une jeunesse qui avait tout ou presque dans cette société des Trente Glorieuses. Eh bien, ils n’étaient pas contents quand même, les jeunes, ils trouvaient qu’on ne pouvait pas tomber amoureux d’un taux de croissance. Ils avaient raison, d’ailleurs, même si aujourd’hui tout le monde est amoureux de la croissance mais c’est toujours la même histoire, on s’aperçoit qu’on aimait la femme de sa vie une fois qu’elle a claqué la porte.
Les vieux – Mauriac ou Jouhandeau selon les sources – leur lançaient, à ces sales gosses sur des barricades, « Dans trente vous serez tous notaires ». Bon, c’est plutôt patron de presse ou conseiller du prince, mais l’idée était là. Aujourd’hui, je ne sais pas si les vieux se risqueraient à quelque prédiction que ce soit quand un jeune bouge. Parce que dans trente ans, le vieux d’aujourd’hui, il sent bien que son monde a un avenir assez indécidable. Promettre au jeune révolté d’être « notaire » dans trente ans, alors que le chômage de masse dure depuis trois générations et que la planète est en train de crever, c’est tout de même risqué.
Mais il a de la chance, le vieux. Assez miraculeusement, alors qu’il n’y a jamais autant eu de raisons de se révolter, le jeune est sage. Très sage. On va citer les djihadistes, bien sûr, mais ce n’est pas une révolte, c’est le signe ultime et atroce de la soumission à la pire des aliénations, l’aliénation religieuse. On va citer le zadiste, mais le zadiste, il est  pas très nombreux, hélas. Il n’a tué personne même si à l’occasion, lui se fait tuer. Mais très majoritairement, le jeune ne bouge plus. Il vit moins bien que ses parents et que ses grands-parents, il n’aura pas de retraite, il accède à un CDI une fois par hasard et de toute façon, bientôt, il n’y en aura même plus de CDI. Ne parlons pas de la couverture santé, de la sécu, de la stagiairisation à vie, de l’accès à la propriété….
Et pourtant, il ne bouge pas, le jeune. Il ne se syndique pas, il n’adhère pas à un parti politique, il ne vote pas ou alors FN dans une espèce de geste punk en croyant que ça embête tout le monde qu’il vote FN alors qu’en fait c’est bien pratique, ça permet aux autres (cf. Valls) de passer pour des défenseurs de la République tout en sabrant dans tous les budgets sociaux – car augmenter les minima sociaux c’est une dépense mais donner quelques milliards au Medef sans contrepartie, c’est un investissement sur l’avenir. Mais bon, non, il ne bouge pas, le jeune.
Heureusement, on vient d’avoir une explication à cette incroyable résignation oblomovienne, cette aboulie beckettienne, cet aquoibonisme bartlebien. En fait les jeunes n’entendent pas. Au sens propre. Ils sont devenus complètement sourdingues. 
C’est l’OMS qui le dit dans une enquête parue fin février. 50 % des jeunes de 12 à 35 ans, dans les pays à haut et moyen revenus, ont des problèmes d’audition. Parce qu’ils écoutent de la musique trop fort avec des casques qui leur envoient directement les décibels dans le cortex. Alors forcément, outre l’isolement et l’abrutissement qui empêchent de réfléchir, à la fin ils n’entendent plus rien. On conseille donc à ceux qui voudraient réveiller la jeunesse et la conduire à nouveau sur les chemins de la révolte de lire Marx, bien sûr, mais aussi et surtout d’apprendre le langage des signes.
On remarquera que le problème ne se pose pas dans les pays pauvres. Il faut croire que les bombardements sont moins dangereux pour l’ouïe que les iPod et qu’une bonne oreille est dans ces coins-là une question de survie : on entend arriver les obus, on peut estimer leur calibre et choisir l’abri idoine.
Pour le reste, rassurons-nous, qui n’entend pas ne se posera pas de question sur les désordres du monde, ses causes et ses conséquences.
Bref, nous vaincrons parce que nous sommes les plus sourds.

Paru sur Causeur.fr

jeudi 12 mars 2015

Série Noire au CNL, suite

C'était donc lundi 9 mars, au CNL, rue de Verneuil. Un compte-rendu avec verbatim et tout et tout peut-être lu ici, dans l'excellent Blog du polar de Velda.

mardi 10 mars 2015

Crash argentin

Je dédie le crash argentin de l'émission Dropped aux 560 morts chaque année par accident du travail dont personne n'a rien à foutre et qui ne feront pas la une lacrymale des médias.

dimanche 8 mars 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 32

"Il avait tout pour être triste, mais il était heureux comme seul pouvait l'être un bredin qui aimait voir se lever ou se coucher le soleil sur la terre des Patouilloux depuis des millions d'années."
René Fallet, Un idiot à Paris, (Denoël, 1966)

samedi 7 mars 2015

Lundi soir, au CNL, c'est Série Noire

Le lundi 9 mars 2015, à partir de 19H, nous serons invités à la soirée organisée autour du polar par le CNL.
Pour plus de renseignements, c'est là.

vendredi 6 mars 2015

Rue de la pie qui boit

Je suis ivre 
comme une pie malouine 
qui se cogne 
dans le mimosa et le bleu
portée 
par les courants 
aériens 
de l'Anjou 
d'Agnès et René Mosse.

mardi 3 mars 2015

Bruxelles, un hiver 2015






Boire avec Tim

Brussels swag

Samedi soir, dimanche matin
"...et le baroquisme admirable de la Gueuze autour de Bruxelles, quand elle avait son goût distinct dans chaque brasserie artisanale, et ne supportait pas d'être transportée au loin."
Guy Debord, Panégyrique. Et sous le regard amusé de la photo de Scutenaire dans l'estaminet de La fleur en papier doré

lundi 2 mars 2015

Roger Gilbert-Lecomte, la poésie comme incident de frontière



paru sur Causeur.fr

On réédite, dans la collection Poésie/Gallimard, l’essentiel des textes de Roger Gilbert-Lecomte. Une petite précision, d’abord. Parmi les idées reçues aujourd’hui, pour excuser l’inculture galopante qui a transformé les lecteurs de poésie en une espèce menacée, on invoque le prix des livres. Le problème est que nous disposons en France, non seulement d’un réseau de médiathèques où l’on peut à peu près tout emprunter, et ce dès qu’une ville compte deux mille habitants, mais aussi de collections de poche qui n’hésitent pas à donner au lecteur pour moins de 8 euros le volume (un paquet de clopes) l’essentiel de la poésie contemporaine, réputée faussement inaccessible ou de celle du passé, pas forcément aussi bien connue que l’on croit. Signalons, pour modérer cette sortie ronchon, que cette inculture n’est pas spécialement le fait de la jeunesse et que les pleureuses qui gémissent sur cette jeunesse qui ne sait « rien » ont elles-mêmes le plus souvent ouvert un recueil de poésie pour la dernière fois l’année de leur bac de français, et encore…
Pour en revenir à Roger Gilbert-Lecomte, il était dommage qu’il soit laissé aux seuls spécialistes et sa parution en poche pourra permette de découvrir un de ces météores plus ou moins en marge du surréalisme,  qui illuminèrent le ciel noir des années 1930 de fulgurances prophétiques du carnage qui s’annonçait : on pense à Artaud,  Max Jacob ou Crevel par exemple. Crevel se suicida en 1935 quand il refusa l’inféodation du surréalisme au stalinisme, Artaud connut la douceur des hôpitaux psychiatriques sous Pétain qui étaient des  mouroirs sordides avant de tirer sa révérence épuisée à la fin des années 40, Max Jacob lui, juif converti au catholicisme depuis les années 1920, fut arrêté par la Gestapo française et mourut au camp de Drancy en 1944 (comme quoi, les Juifs français protégés par Pétain…).
Roger Gilbert-Lecomte, lui, a trente-sept ans quand il meurt en 1943, consumé par la tuberculose à l’hôpital Broussais, après avoir vécu ses dernières années comme un héros de Simenon, sous la protection d’une patronne de bistrot du XIVème arrondissement qui avait eu pitié de sa silhouette maigre de vieil adolescent aux yeux mangés par la nuit. Savait-elle, madame Firmat, qu’elle avait sous son toit un voyant pour emprunter des termes rimbaldiens, c’est-à-dire un poète qui avait fait de la poésie un mode d’exploration de l’au-delà, une mitrailleuse lourde pour faire exploser le mur des apparences, un explosif pour dynamiter la Caverne de Platon ou, pour les plus jeunes d’entre nous, la pilule rouge prise par Néo pour s’extraire de la Matrice.
Tout avait commencé, pour Roger Gilbert-Lecomte dans une classe de seconde, millésime 1922-1923 du lycée des Bons Enfants de Reims. Conjonction astrale, ou dirait  Gilbert-Lecomte, « vitesse de la vérité », se retrouvent alors sur les mêmes bancs Gilbert-Lecomte mais aussi René Daumal qui fera partie de la galaxie surréaliste et même Roger Vailland, futur romancier communiste et prix Goncourt pour La Loi. Avec quelques autres, ces adolescents nervaliens qui croient à la puissance subversive du rêve quand il infuse la vie réelle, inventent ce qu’ils appellent Le Grand Jeu et qui deviendra une revue dès 1927 une fois que Daumal et Vailland sont à Normale-Sup et que Gilbert-Lecomte a commencé des études de médecine.
Le Grand Jeu, c’est Gilbert-Lecomte, aussi, qui en assure la direction et qui en donne le programme dans les termes suivants :
                            « Pour nos ôter le souci d’avoir encore, à l’avenir, à rectifier par des paroles de tels malentendus, une fois pour toutes, nous précisons :
                             Que nous n’espérons rien
                             Que nous n’avons aucune aspiration mais plutôt des expirations
                              Que, techniciens de désespoirs, nous pratiquons la déception systématique dont les procédés connus de nous sont assez nombreux pour être souvent inattendus
                            Que notre but ne s’appelle pas l’Idéal mais qu’il ne s’appelle pas
                            Qu’il ne faut pas faire passer notre frénésie pour de l’enthousiasme. (Non, madame, ce n’est pas beau, la jeunesse.)
Arrogance joyeuse, désespoir allègre, refus de s’inféoder qui expliquera les tensions constantes avec Breton et Aragon, Le Grand Jeu, dont Roger Gilbert-Lecomte est la plus pure incarnation,  est avant tout un beau travail du négatif qui annonce Debord et les situs. Parmi les « procédés inattendus », évidemment, se trouvaient la drogue et l’alcool. Si Daumal écrivit La Grande Beuverie, on pourra lire ici Monsieur Morphée, empoisonneur public  de Gilbert-Lecomte qui date de 1930 resté inédit jusque dans les années 60: « Ne pourront jamais comprendre : tous mes ennemis, les gens d’humeur égale et de sens rassis, les français-moyens,  les ronds de cuir de l’intelligence… »
Au-delà de cette panoplie littéraire qui est aussi une panoplie existentielle, il demeure des textes qui forment une poésie documentaire, aurait dit Mac Orlan, où l’on voit des dancings dans la nuit des années folles quand souffle l’esprit du Jazz, des « radis qui contiennent du radium » mais une poésie qui sait aussi jouer avec les mots dans un humour qui peut aller jusqu’à une certaine gauloiserie, façon Aragon dans les Aventures de Jean Foutre la Bite : « Si une jeune fille trop précoce/Escalade votre espalier/ A seule fin de lui faire une bosse/ Donnez-lui un petit coup de pied. »
Oui, on est surpris par l’aptitude de cet outsider de la poésie française à avoir su jouer avec tous les tons, toutes les formes comme un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses.  Mais ce qui transparait derrière le lyrisme crispé, l’humour noir ou la douleur niée, c’est avant tout cet inconvénient d’être au monde, ou à l’inverse de ne pas être assez au monde. C’est cela qui donne à Roger Gilbert-Lecomte sa singulière actualité pour tous ceux qui prennent aujourd’hui conscience de vivre dans un monde phagocyté par le virtuel où ce qui est donné comme réel ressemble de plus en plus à une projection de mauvaise qualité.

La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent  et autres textes divers de Roger Gilbert-Lecomte (Poésie/Gallimard)

jeudi 26 février 2015

Hammett à Bruxelles

En avant première, Hammett détective, qui fête les cent ans de l'entrée de Hammett chez Pinkerton et qui sortira le 5mars en France, sera présenté en avant-première à la Foire du Livre de Bruxelles vendredi et samedi. On sera présent avec les excellents Marcus Malte et Tim Willocks. Il n'est pas impossible qu'on prolonge le séjour dimanche parce qu'un dimanche à Bruxelles, ça veut dire marché aux puces et trappiste brune, ou même une trattoria parce que la cuisine italienne à Bruxelles, c'est tout de même quelque chose.

Propos comme ça, 20

 Parfois, j'ai l'impression d'être né avec des souvenirs.

Que Hollande ait parlé de Français de souche pour les profanateurs du cimetière juif, j'excuse: c'était pour mettre le nez dans son caca à Cukierman. Mais la bataille du vocabulaire est à reprendre puisqu'il y a toujours quelque chose de dangereux à emprunter le vocabulaire de l'extrême-droite pour la combattre.





Démence sénile du droitard même jeune: le monopole revendiqué du "réel''. Il n'y a que lui qui sait ce qu'c'est le "réel". Alors que le "réel" du droitard, de fait, ressemble à une hallucination psychotique: il vit entouré de hordes barbues islamistes, de pédés mariés, de voyous remis en liberté et d'instituteurs socialistes qui apprennent la masturbation aux enfants.
Mais le "réel", évidemment, il n'y a que lui qui le voit.

 

Alors, plutôt se souvenir des belles choses:"Ce qui frappe, c’est que jamais la main ne tremble. Ces gamins ont un courage fou. Moins ils ont fait d’études, plus ils ont des convictions d’airain. Chrétiennes pour les uns, communistes pour d’autres, patriotiques pour tous. Les mots qui reviennent sans cesse claquent comme des balles : honneur, devoir, idéal, et leur inflexible corollaire : « Vive la France ! » « Je saurai mourir comme meurt un Français », écrit à ses parents Henri Gautherot, un ouvrier de vingt et un ans qui, lors d’une manifestation organisée par les Jeunesses Communistes, avait été blessé alors qu'il détournait le canon d'un revolver allemand de son camarade Pierre Daix"
Jérôme Garcin, Le Voyant (Gallimard) 
(sur un grand oublié: l'écrivain résistant, aveugle et déporté à dix neuf ans, Jacques Lusseyran)

Trois lignes de Marcel Aymé, Nimier ou ADG, et à chaque fois, la même réflexion: les réacs ne les méritent pas.

Pour Angela Merkel, "La loi Macron est une bonne chose." Même avec la meilleur volonté du monde, allez éviter le point Godwin avec ça...

"Il m'étonne encore d'éprouver
le taciturne goût de vivre
Je l'entends qui se parle en moi
comme dans un habit trop grand
se débattent la chair et l'os
d'un qui aurait poussé trop vite."
Georges Perros, Une vie ordinaire.

dimanche 22 février 2015

Des jeunes filles

Le reflet de la porte vitrée du parloir passa brusquement sur le sable de la cour, à nos pieds. Santos leva la tête, et dit:
"Des jeunes filles."

Pierre Autin-Grenier, Brautigan français

sur Causeur.fr
Avez-vous lu Pierre Autin-Grenier ? Si ce n’est pas le cas, ce ne serait pas très étonnant.
Pierre Autin-Grenier était un auteur confidentiel, comme on dit. Il était d’ailleurs très lucide sur sa visibilité médiatique dont il se moquait comme de l’an quarante : « Recenser en fin d’une vie rêveuse et distraite une somme d’écrits aussi minces qu’une membrane de chauve-souris et n’envisager au mieux de ne rédiger maintenant que de laconiques cartes postales à quelques rares et lointains fidèles, méritent bien, ma foi, d’être regardé comme le poète le plus prometteur du patelin par mes six cents trente neufs lecteurs et cela, mieux que de me combler d’honneur, suffit tout à fait à mon bonheur. »
D’emblée, en quelques lignes, vous avez ce qui fait la « touche » Pierre Autin Grenier. Un mélange calme d’autodérision et de mélancolie discrète, sans compter un style reconnaissable entre tous, à la simplicité travaillée, à l’évidence trompeuse car vous pouvez être emportés très loin du sujet initial qui vous fait partir d’une grille mal fermée alors que quelques paragraphes plus loin,  vous vous retrouvez, avec sur le pare-choc de votre voiture, du sang et des petites ailes blanches de l'Ange que  vous venez d’écraser  sur une départementale.
Pierre Autin-Grenier, qui décidément ne fait aucun effort pour s’imposer dans le paysage des lettres, est mort le 12 avril 2014. Le lecteur comprend assez vite de quoi puisque Analyser la situation, ouvrage posthume, est dédié à son cancer du poumon. Rassurez-vous, aucune considération grave sur la maladie, la souffrance, la mort ou alors dans la suggestion, le non-dit, l’implicite qui se devine dans le blanc séparant deux textes.
Mais pour l’essentiel Pierre Autin-Grenier, dans Analyser la situation, ne change en rien la manière qui a fait sa réputation auprès d’un cercle d’admirateurs que sa mort a laissé désorientés parce qu’il faisait partie, selon le mot de Chardonne, de ces écrivains qui n’avaient pour lecteurs que des gens qu’il aurait voulu pour amis. La manière Autin-Grenier, c’est le récit court, la nouvelle, le fragment d’une autobiographie plus ou moins fantasmée, voire le poème en prose. On pense en lisant Autin-Grenier, à Richard Brautigan ou à Frédéric Berthet. Avant Analyser la situation, Autin-Grenier avait écrit des recueils qui disaient assez son humour noir, sa douceur, sa résignation polie et drôle devant l’absurdité du monde. On recommandera par exemple la trilogie parue chez Gallimard/l’Arpenteur : Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée, L’éternité est inutile. Si les choses se passent bien entre Autin-Grenier et vous, vous me remercierez et vous reviendrez régulièrement vers ces trois livres, même pour quelques minutes, en les ouvrant au hasard car une des manières de savoir que l’on a à faire à un grand écrivain, c’est qu’on ne saute jamais les mêmes passages à la relecture.
Dans Analyser la situation, nous verrons un homme rouler très vite dans la nuit en faisant le point sur sa vie puis un autre homme s’interroger avec inquiétude sur les rapports entre le sauté de ris de veau aux morilles, qui est le plat préféré de l’écrivain Jim Harrison, et la création littéraire. Sans compter celui qui emporte une « victoire au finish contre les cannibales » grâce à Samuel Beckett et un autre qui prouve sa bonne santé mentale en avalant des anxiolytiques pendant une performance d’avant-garde au Palais de Tokyo. Il s’agit sans doute d’un seul et même homme et il s’agit certainement de Pierre Autin-Grenier lui-même, c’est-à-dire de nous tous, en fait, qui avons, pour peu que l’on soit lucides et que l’on sache prendre un peu de temps pour se regarder dans le miroir des jours, l’impression de vivre dans un monde légèrement absurde où l’on se promène comme des étrangers en pays lointain. C’est que Pierre Autin-Grenier raconte ses histoires comme nous déroulons nos existences : on croit avoir tracé la direction une fois pour toutes et l’on s’aperçoit qu’on est soudain très loin de ce qu’on avait voulu. C’est angoissant, mais quand on lit Autin-Grenier, on se dit que ce n’est pas forcément plus mal et puis, de toute façon, on finira bien par  trouver « un coin tranquille pour lancer le bouchon dans l’eau claire de ruisseaux sans prétention et taquiner le goujon en attendant que se pointe le soleil de midi, l’endroit magique où construire des cabanes en rondins pour protéger des rigueurs de l’hiver les ragondins ou batifoler l’été sur les berges sauvages en compagnie de nymphettes d’à peine seize ans aux blondeurs frisottantes. »



Analyser la situation de Pierre Autin-Grenier (Finitude)
On signalera chez le même éditeur, Une manière d’histoire saugrenue, un recueil d’hommages à Pierre Autin-Grenier.

samedi 21 février 2015

Karl Marx approuve la compil-22 (à sortir fin mars)

"Tout ce choeur de calomnies que le parti de l'ordre ne manque jamais dans ses orgies de sang, d'entonner contre ses victimes, prouve seulement que le bourgeois de nos jours se considère comme le successeur légitime du seigneur de jadis, pour lequel toute arme dans sa propre main était juste contre le plébéien, alors qu'aux mains du plébéien la moindre arme constituait par elle-même un crime."

vendredi 20 février 2015

Notes retrouvées sur Ostende


La seule erreur que nous aurons commise est de ne pas avoir passé chaque jour de notre vie au bord de la mer.

Oui, finalement, c'est la seule.

Marvin Gaye à Ostende, c'est une belle histoire de tristesse et d'amitié, un peu amère à la fin.

Loin des mâchoires.

Gérard Prevot, qu'il faut lire, est mort en 1975 à Ostende. 

What's going on? Pas grand chose: tu deviens de plus en plus à gauche dans un monde de plus en plus à droite. Et pour arranger le tout, tu vieillis. 

Gerard Prévot était un fantastiqueur belge. Dans la tradition de Jean Ray ou Thomas Owen. 

J'ai vu la fenêtre de l'appartement où Marvin Gaye a composé Sexual Healing.

Comme un coup de moulin à poivre sur une huitre de Zélande.

Les galeries royales de Léopold II, à Ostende ou la Place du Commerce, à Lisbonne, la nuit: des Chirico.

Les solutions géographiques à la tristesse rendent encore plus triste. Effet paradoxal, le même que celui de certaines molécules psychotropes.

Marvin Gaye est un fantôme. Gérard Prévot est un fantôme. Nous sommes des fantômes.

Marvin Gaye, en 1981: "Je me sens comme un orphelin et Ostende est mon orphelinat."

James Ensor, à Ostende, peint des masques parce qu'il faut bien que les fantômes se déguisent. Aussi.

Uchronie possible à Ostende quand on voit, sous le ciel gris, la façade monumentale de l'hôtel des Thermes ou la statue monumentale, très réaliste socialiste, du Monument aux marins, sur la promenade. D'ailleurs, un autre fantastiqueur belge, et grand poète, Marcel Thiry en a écrit une qui se passe à Ostende cent ans après la victoire de Napoléon à Waterloo. Elle porte un titre qui va bien avec la mer du Nord: Echec au temps.

Par une nuit glaciale et claire de février 2014, il est évident qu'on ne peut voir Ostende autrement qu'avec les yeux de Léon Spielliaert. La nature imite l'art.

 






jeudi 19 février 2015

Je viens des années soixante et j'y retourne...

...dès que j'ai retrouvé les appareillages temporels du professeur Swaine décrits dans Le seuil du jardin d'André Hardellet. (Pauvert, 1966)



mercredi 18 février 2015