vendredi 20 octobre 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 91

"Sociétés depuis longtemps évanouies, combien d'autres vous ont succédé! Les danses s'établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sous les pas de la joie. Nous rions et nous chantons sur les lieux arrosés du sang de nos amis. Où sont aujourd'hui les maux d'hier? Où seront demain les félicités d'aujourd'hui? Quelle importance pourrions-nous attacher aux choses de ce monde?" 
Bon week-end, sinon.

mardi 17 octobre 2017

Hervé Prudon (1950-2017)

Je n'ai jamais rencontré Hervé Prudon qui était pour moi une des plus grandes voix du roman noir français. Mais j'ai pu, grâce aux Éditions La Table Ronde rééditer son dernier livre qui est peut-être son chef d'oeuvre. Et aujourd'hui, en apprenant la nouvelle, on se dit qu'il n'y a pas que la langue qui est chienne.

Les démocrates effondrés: Maduro a encore gagné des élections.


Le problème du chavisme, c'est qu'il gagne les élections intermédiaires et...les élections nationales aussi. La Constituante ayant relancé la révolution bolivarienne sous les huées indignées d'une opposition ouvertement factieuse dirigée par les enfants de l'ex-oligarchie du pétrole et de compte-rendu médiatiques donnant une vision complètement falsifiée de la réalité, tout le monde attendait avec gourmandise la défaite annoncée de Maduro aux élections régionales qui ont eu lieu dimanche dernier. Le problème, c'est que le PSUV a remporté 17 Etats sur 23, y compris Caracas. 
Dans un silence assourdissant. 
Même l'opposition qui refuse comme à son habitude les résultats, et ce depuis la première élection de Chavez, on ne l'écoute pas trop. Faut croire que....
Sinon, c'est tout de même inadmissible, ces dictateurs élus sans arrêt par le peuple et pas par les journaux ou les patronats ou les organismes supranationaux ou les USA.
Un vrai démocrate, c'est comme chez nous, c'est élu avec 15% des inscrits des centre-ville éclairés et libéraux car les pauvres ont la politesse de s'abstenir et de s'autoexclure du scrutin.
Ce qui fait le malheur du Venezuela, c'est que le pauvre, cet enfoiré, vote. Et pas pour un FN quelconque, non, il vote en fonction de ses intérêts de classe. Il vote chaviste.
Et ça, c'est pas du jeu. 
Vous imaginez si ça déboule en Europe, ce genre de comportement? Des pauvres qui votent en masse pour une gauche velue. On serait bien, tiens...

lundi 16 octobre 2017

Macron, en attendant Soleil Vert

Une immense lassitude politique, ce matin;  le sentiment que c'est foutu, qu'ils ont gagné, que le sens des mots a été entièrement perverti ("progressiste", "révolution", "moderne", "réforme") y compris dans le domaine psychologique ("jalousie"), qu'on ne peut plus grand chose contre leur communication millimétrée, leur utilisation de la police (ça n'angoisse personne, "police du quotidien", si on creuse un peu?), de l'antiterrorisme, des réseaux sociaux;  qu'en face, sur le plan syndical et politique, ils ont la désunion chronique, les querelles de chapelles, les égos de "sauveurs suprêmes" autoproclamés;  le sentiment qu'ils provoquent de bons vieux affrontements communautaires, ethniques, religieux, sexuels pour mieux dissoudre la lutte des classes qui était le dernier moteur de l'histoire comme disait l'autre, qu'ils vont se goinfrer indécemment en attendant la fin (nom de dieu, pas une question sur le salaire de Parly!) avec toujours plus de larbins vaguement diplômés pour applaudir à la théorie du ruissellement (hallucinant exemple de cette pensée magique du libéralisme avec ses "harmonies spontanées", sa "main invisible" et autres fantasmagories), qu'ils n'ont même plus besoin de masquer leur arrogance, qu'ils peuvent parler de chômeurs comme de "multirécidivistes du refus."(criminalisation du pauvre, évidemment), qu'ils vont maximiser leurs derniers profits en renvoyant le monde du travail à celui de Dickens, les smartphones en plus, qu'ils referont monter sans trop de problème la "menace fasciste" dès que le besoin tactique s'en fera sentir,  que leur intérêt et leur but ultime est de tenir la boutique avant d'être obligés de la liquider pour cause d'effondrement écologique et de se replier sur des "positions préparées à l'avance", que nous entrons dans un effroi sans fin en attendant une fin effroyable.
Sinon, bonne semaine, les amis.

Hardellet, décidément

Quinzième lecture, au moins. Le livre avait eu des problèmes de censure à sa parution. Aujourd’hui, ce serait plus simple, il ne serait pas publié. 
Il parle du sexe des femmes et du Temps, ce qui revient au même. Du désenchantement du monde, aussi, et de la résistance désespérée des derniers rêveurs.

samedi 14 octobre 2017

Richard Morgiève : qui se souviendra des hommes ?


 
Avec Les Hommes (Joëlle Losfeld Editions), Richard Morgiève a écrit un roman d’une mélancolie aussi violente que poignante.




1974. Cette année-là, le jeune Mietek Breslauer, 25 ans, ex-braqueur tout juste sorti de taule, roule à bord d’une DS 21 et traine une curieuse tristesse dans Paris, celle d’un petit Juif orphelin dont la mémoire est encombrée par des fragments de phrases en yiddish. Sur le radiocassette, pourtant, il écoute de préférence un enregistrement de Classe tout risques, le polar de José Giovanni lu par Karine, son amie de cœur et de corps, prostituée du côté de la rue Saint-Denis. Où sont les femmes se demandait Patrick Juvet, à peu près dans ces années-là. Ce que se demande Richard Morgiève, dans son roman, c’est  plutôt où sont les hommes et ce que cela signifie au juste, « être un homme ». Comprenez l’homme dans l’acception argotique et truandière du terme, c’est à dire en opposition au cave ou au condé, même si la question s’élargit assez vite. 
Par un effet narratif assez envoutant, qui pourrait s’apparenter à des poupées russes temporelles, Morgiève restitue les années Giscard, -l’action se déroulant le temps d’un septennat- avec des personnages qui eux-mêmes regrettent les années De Gaulle, celles où les hommes avaient la tronche de Gabin et de Ventura. On est donc ici dans la nostalgie de la nostalgie, le regret du regret, le reflet d’un reflet…
Mietek, lui, quand il ne roule pas dans Paris, vit dans un appartement janséniste où il n’y a que des livres. Il écoute, observe, se souvient, médite: « La lecture avait été pour moi bien souvent une sorte de mort. Je lisais pour mourir, ne plus vivre dans ce monde qui m’accablait, m’en abstraire comme Robert venait de le faire. La mort était au fond la seule liberté que nous les pauvres hommes pouvions avoir –vivre n’était pas qu’impossible, c’était aussi une prière qui ne pouvait être exaucée. »
Pour le reste, il n’est plus question de braquages : trop dangereux. Et puis Mietek est beaucoup plus doué pour la mécanique et la conduite, ce qui fait de lui un voleur et un convoyeur émérite de voitures de luxe, y compris des Cadillac roses volées à Bruxelles pour des stars de la télé. Il commence, sur les conseils de son mentor,  Robert-le-Mort qui agonise à l’hôpital, à cesser de s’habiller comme un voyou et à choisir des tenues de cadres supérieur, histoire d’égarer l’ennemi.
Mietek est un en-dehors, un marginal au sens propre : il aime les bistrots excentrés, les zones péri-urbaines avec des friches et des ferrailleurs, des casses et des relais routiers où le gras-double est comaque. Tout ça, bien sûr est promis à une destruction prochaine. Les années 80 seront un cauchemar. Mietek le sent. Mietek le sait. Mietek voudrait l’écrire parce qu’il a bien compris que le salut viendrait de ce côté-là : « Je me suis allongé sur le lit et la vérité est venue : il fallait que je trouve ma langue. Un écrivain avait sa langue, celui qui voulait écrire devait trouver la sienne. »
Parfois, l’histoire rattrape Mietek, comme à l’enterrement de Robert-le-Mort qui a fini par mériter son surnom, où les trois autres personnes présentes sont de la génération de Robert, un flic et deux truands, tous anciens résistants passés ensuite par le SAC pour continuer le combat commun contre les ennemis du Général. Ces gens-là, l’air de rien, vont aider Mietek qui devient brocanteur et expert en pillage presque légal d’appartements luxueux aux successions compliquées.  Mais le blues ne  quitte pas le jeune homme, un spleen qu’il traine des cariatides beaux quartiers aux néons des bars montants, des bagarres avec des macs sur les trottoirs aux zincs des bistrots frappés d’alignement dans des rues qui changent, hélas, plus vite que le cœur d’un mortel.
Mietek Breslauer est aussi rattrapé par son temps, ces années 70 où les utopies de la parenthèse enchantée ont aussi leur côté obscur. Son tempérament chevaleresque le fait ainsi intervenir pour protéger un soir deux filles malmenées par des demi-sels. Manque de chance, ce sont des lesbiennes qui vivent dans un squat et se piquent à l’héro au milieu d’élucubrations gauchistes avec des travelos et des enfants qui trainent un peu partout. Mietek tombe amoureux d’une des deux, Ming, mais celle qui tombe amoureuse de Mietek, c’est la petite fille de Ming, Cora. Une gamine qui recherche un père. Mietek l’orphelin craque, promet qu’il viendra la chercher, vite.
Dans ce roman mélodique et mélancolique, Morgiève nous parle du besoin d’amour et de rédemption des hommes, même et surtout ceux qui surjouent le machisme. Mietek, perdu dans son époque, et qui n’aura pas forcément sa place dans celle qui arrive, saura-t-il être un père ? La réponse viendra, évidente et c’est avec la main d’une fillette dans la sienne, alors que la décennie bascule qu’il saura enfin quel homme il est : « Il faudrait que j’arrête les conneries,  je le ferais. Elle méritait tout. Elle était là pour que je rende à quelqu’un tout ce que je n’avais pas eu. »




Jérôme Leroy



Les hommes de Richard Morgiève (Joëlle Losfeld Editions, 2017)

paru sur Causeur.fr

vendredi 13 octobre 2017

Et puis

"Aux blocs des maisons géantes et aux avenues brumeuses de la ville,
Vous avez l’imprécis grandiose des horizons urbains."    
                                                               Et puis








"Là où nous habitons, les avenues sont profondes et calmes comme des allées de cimetière."
et puis
"Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée."
et puis
"Je relis les enseignes :
Vieux meubles, vieux bijoux
Je n'ai rien oublié"
et puis
"Vous n'aurez plus désormais à m'interroger sur de nouveaux voyages,
Car la nature est immuable, et les nuages blancs sont éternels"




mardi 10 octobre 2017

Raymond Guérin, le retour

Raymond Guérin, misanthrope humaniste. Les éditions Finitude republient dans quelques jours (le 19 octobre), ce roman de 1948.
La peau dure fait parler des femmes dans un monde d'hommes qui parlent toujours à leur place. La petite servante qui a avorté par exemple: "Ce qui n'a pas été honnête de leur part c'est de me faire rester là deux grands jours. J'ai dormi comme j'ai pu sur un bât-flanc. Sans une couverture, sans rien. Et rien à manger non plus pendant tout ce temps-là. Et c'était d'autant plus humiliant que j'avais mes affaires. Je ne pouvais pas changer de serviettes vu qu'ils ne me lâchaient pas d'une semelle. Même quand je demandais d'aller au cabinet, il y en avait toujours un qui m'accompagnait au bout du couloir et il m'obligeait à laisser la porte entr'ouverte. Tout ce sang me collait entre les jambes et je me sentais faible."  
C'est désobligeant au possible, d'un mauvais goût achevé. C'est Raymond Guérin, l'écrivain des colères froides. Pour ceux qui ne connaissent pas Guérin, La peau dure est une belle introduction à l'oeuvre. Pour les autres, la confirmation qu'il s'agit d'un auteur majeur du siècle dernier qui s'installe lentement mais surement dans la postérité.
(Merci à Emma et Thierry Boizet, les créateurs de Finitude, pour cette belle rencontre autour de leur stand au festival Lire en Poche de Gradignan)

lundi 9 octobre 2017

Jean Rochefort? Demandez le salon de coiffure....

Ce qu'il y avait de profondément français, chez Jean Rochefort, c'est une aptitude aux comportements les plus absurdes, les plus drôles, voire les plus dangereux tout en conservant une allure de notable giscardien, légèrement teintée d'élégance brit et une forme assez étrange d'absence/présence au monde. Je ne me suis toujours pas remis, par exemple, du Mari de la Coiffeuse qui concentre pour moi ce désir jamais démenti de sécession douce et d'éclipse. 
Inutile de dire que je l'aimais.

Spectaculaire intégré, piqûre de rappel

"Sur le plan simplement théorique, il ne me faudra ajouter à ce que j’avais formulé antérieurement qu’un détail, mais qui va loin. En 1967, je distinguais deux formes, successives et rivales, du pouvoir spectaculaire, la concentrée et la diffuse. L’une et l’autre planaient au-dessus de la société réelle, comme son but et son mensonge. La première, mettant en avant l’idéologie résumée autour d’une personnalité dictatoriale, avait accompagné la contre-révolution totalitaire, la nazie aussi bien que la stalinienne. L’autre, incitant les salariés à opérer librement leur choix entre une grande variété de marchandises nouvelles qui s’affrontaient, avait représenté cette américanisation du monde, qui effrayait par quelques aspects, mais aussi bien séduisait les pays où avaient pu se maintenir plus longtemps les conditions des démocraties bourgeoises de type traditionnel. Une troisième forme s’est constituée depuis, par la combinaison raisonnée des deux précédentes, et sur la base générale d’une victoire de celle qui s’était montrée la plus forte, la forme diffuse. Il s’agit du spectaculaire intégré, qui désormais tend à s’imposer mondialement."
GD, Commentaires,  1988

jeudi 5 octobre 2017

Retour à Gradignan

On revient avec plaisir au salon de Lire en Poche de Gradignan.
On rencontrera dès vendredi matin des élèves dans le cadre du Prix Folio des Lycéens où Jugan est sélectionné.
Le samedi, on aura une carte blanche pour parler de La Petite Vermillon, la collection de poche de la Table Ronde en compagnie de Jean-Pierre Ohl.
Et le dimanche nous interviendrons dans une Table Ronde autour de l'anticipation politique.


Loups affinitaires

Soyons clairs. Je n’aime pas les livres de Serge Quadruppani parce que c’est mon frère mais il est devenu mon frère parce qu’il écrit ce genre de livres. Il est ma famille choisie, affinitaire. Je m’ennuie assez vite de lui, ce qui est chez moi le seule chose qui signe l’amitié: le manque. Il a été mon usine de déstalinisation depuis des années et, depuis plus longtemps encore, avant même que je ne le connaisse, un exemple de formidable courage intellectuel, de radicalité dans un milieu, celui du polar, qui ne brille plus forcément autant par sa rage subversive mais devient de plus admissible et digérable. Loups solitaires, aujourd’hui dans vos bacs. Cherchez dans la catégorie fiché S ou demandez à l’agent de la DGSI le plus proche.
On en reparle bientôt.

La belle équipe



mercredi 4 octobre 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 90

"Je ne fumerais pas, je ne lirais pas ni n'écrirais, j'attendrais. Ou je me réciterais du Laforgue, en cédant sans scrupule à ce penchant qui exige qu'en toutes choses, je mêle des bribes de littérature, comme on met du sucre dans son café."

Jean-Claude Pirotte, Brouillard

mardi 3 octobre 2017

Jean Baudrillard à Las Vegas

"Entre autres armes du système qu'ils ont retournées contre lui, les terroristes ont exploité le temps réel des images, leur diffusion mondiale instantanée. Ils se la sont appropriée au même titre que la spéculation boursière, l'information électronique ou la circulation aérienne. Le rôle de l'image est hautement ambigu. Car en même temps qu'elle exalte l'événement, elle le prend en otage. Elle joue comme multiplication à l'infini, et en même temps comme diversion et neutralisation (ce fut déjà ainsi pour les événements de 1968). Ce qu'on oublie toujours quand on parle du " danger " des médias. L'image consomme l'événement, au sens où elle l'absorbe et le donne à consommer. Certes elle lui donne un impact inédit jusqu'ici, mais en tant qu'événement-image.

Qu'en est-il alors de l'événement réel, si partout l'image, la fiction, le virtuel perfusent dans la réalité ? Dans le cas présent, on a cru voir (avec un certain soulagement peut-être) une résurgence du réel et de la violence du réel dans un univers prétendument virtuel. " Finies toutes vos histoires de virtuel - ça, c'est du réel ! " De même, on a pu y voir une résurrection de l'histoire au-delà de sa fin annoncée. Mais la réalité dépasse-t-elle vraiment la fiction ? Si elle semble le faire, c'est qu'elle en a absorbé l'énergie, et qu'elle est elle-même devenue fiction. On pourrait presque dire que la réalité est jalouse de la fiction, que le réel est jaloux de l'image... C'est une sorte de duel entre eux, à qui sera le plus inimaginable."

L'esprit du terrorisme, 3 novembre 2001

Nous sommes tous des terroristes

Poème-feuilleton, 3



mercredi 27 septembre 2017

Rendez-vous sur le Bassin d'Arcachon

On y sera dès le vendredi pour des rencontres. Et on vous espère pour le ouiquènde. Viendèze nous dire bonjour.
En plus dans les invités, la formidable Yana Vagner, auteure russe d'une superbe saga post-apocalyptique en deux volumes. 

mardi 26 septembre 2017

Les progressistes, c'était mieux avant

-Avant, c'était mieux car il y avait moins de gens qui trouvaient que c'était mieux avant. Ce qui prouve bien que maintenant c'est pas terrible puisque aujourd'hui est plus réactionnaire qu'hier. Tu me suis, jeune progressiste inconséquente?

vendredi 22 septembre 2017

Cracher dans les yeux des anges


Je sais que Céline n'est plus très en cour, quoiqu'on en dise. A la fin, de toute façon,les écrivains seront jugés dans nos démocraties de marché, comme ils l'étaient dans les dictatures, on aura le droit de les lire en fonction de leur conformité avec une ligne politique (cette ligne apparaitra faussement plurielle dans les démocraties de marché, on pourra condamner des écrivains pour des raisons de gauche, de droite, du centre, d'orientation sexuelle, religieuse, etc, mais ça reviendra au même, c'est le fonctionnement même du spectaculaire intégré, dirait Debord).
Dans vingt ans, peut-être avant, Céline, ce sera comme les cigarettes à 10 euros, ça coûtera cher, il y aura des photos affreuses sur les couvertures pour nous rappeler ce qui nous attend si on le lit et on se sentira coupable. A aucun moment, la question du goût ne sera posée, et il en sera terminé de la littérature comme lieu merveilleux de la suspension du jugement moral et politique (époché). Le droit ne ne pas aimer Céline deviendra un impératif catégorique, celui de l'aimer une faute, une circonstance aggravante dans votre dossier à charge. Voilà pourquoi nous finirons tous par nous taire, ne plus écrire ou tout au moins ne plus publier. Le masochisme à ses limites, surtout en vieillissant.
Je mets Céline ici parce qu'il me semble l'exemple le plus flagrant et que je viens de tomber sur cet extrait magnifique de la correspondance de Bukowski sur l'écriture et les écrivains qui vient de paraître au Diable Vauvert: "Mais Céline, il m'a donné honte du pauvre écrivain que je suis, j'ai eu envie de tout jeter par la fenêtre. Un foutu maître chuchotant dans ma tête. dieu, l'impression d'être redevenu un petit garçon. Tout ouïe. Entre Céline et Dostoïevski il n'y a rien, si ce n'est Henry Miller. Enfin, passé le vertige qui m'a saisi en découvrant combien j'étais insignifiant, j'ai repris la lecture, et je me suis laissé mener par la main, volontiers. Céline était un philosophe qui savait que la philosophie était vaine ; un queutard qui savait que la baise était du vent ; Céline était un ange, il a craché dans les yeux des anges et puis il est descendu dans la rue." Buk, donc. Que bientôt, il ne faudra plus lire parce qu'il était alcoolique et qu'il allait au putes.

mardi 19 septembre 2017

Poème-feuilleton, 1



Pétrus Borel, classique souterrain






Soyons honnête, le nom de Pétrus Borel est bien oublié. Pire, il était même oublié de son vivant. Alors pourquoi l’édition de ses œuvres complètes aujourd’hui, aux Editions du Sandre ? Par simple souci patrimonial ? Pour satisfaire le snobisme de quelques amateurs de curiosités littéraires ? L’explication serait un peu courte. Ce qui frappera le lecteur en découvrant les textes de Pétrus Borel les plus importants comme Rhapsodies (1832), Champavert, contes immoraux (1833) et Madame Putiphar (1839), c’est leur modernité. Mais attention, modernité au sens où Baudelaire, qui fut un lecteur attentif de Borel, employait ce mot : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »
Ne serait-ce que pour cette raison, lire Pétrus Borel sera un antidote parfait à une forme de bêtise très répandue aujourd’hui : croire que la nouveauté en art et en politique se suffit à elle-même,  qu’elle surgit hors-sol, qu’elle peut se permettre de renier le passé ou de le moquer, à l’image des colonnes de Buren que Guy Debord avait qualifié si justement de « néo-dadaïsme d’Etat » pour désigner la manière dont une fausse contestation marche bien sagement dans les clous désignés par le pouvoir.
L’œuvre de Pétrus Borel est torturée, frénétique, hyperbolique –mot qu’il affectionne- , elle est obscène, violente ; elle était choquante à l’époque et elle l’est peut-être aujourd’hui encore, avec par exemple Dina la belle juive, un des « contes immoraux » où abondent les viols et les suicides sans grande logique narrative, mais c’est une œuvre qui  n’est jamais dans l’épate-bourgeois. La rage de Pétrus Borel est irréductible, indomptable, son mépris pour les conventions sociales, morales et esthétiques est parfaitement sincère et sa propre vie, qui se confond  avec son écriture, a été un processus d’autodestruction rapide.
Né en 1809 à Lyon mais vivant dès sa petite enfance à Paris, il est mort en 1859 en Algérie. Entre les deux, misère, guignon, scoumoune, et même un peu de prison, pour faire bonne mesure, d’où sans doute l’obsession de l’enfermement, du labyrinthe, des architectures angoissantes.
Apparemment, si l’on s’en tient aux dates, il peut paraître aisé de situer Pétrus Borel dans l’histoire littéraire. Il donne l’essentiel de son œuvre en moins de dix ans. Ces dix années, 1830-1840 sont aussi la décennie dorée du romantisme en France, le moment où ce mouvement s’affirme comme un courant majeur et toujours turbulent après la fameuse bataille d’Hernani,  la pièce de Victor Hugo qui marque l’acte de naissance en même temps que la prise de pouvoir de toute une génération d’écrivains. Outre Victor Hugo, apparaissent Lamartine, Musset, Vigny, Gautier, Nerval, Sainte-Beuve.
Dans ce mouvement, Pétrus Borel, quand on se souvient de lui, est qualifié de « romantique mineur » ou de « petit romantique » aux côtés d’un Aloysius Bertrand ou d’un Charles Nodier. Et, de fait, on retrouve chez lui bien des traits saillants du romantisme poussé à l’extrême : le goût du rêve, du macabre, le thème de la ville comme lieu de tous les possibles, l’attirance pour l’exotisme et pour le Moyen-Age, mais aussi l’affirmation de la subjectivité et du culte du moi.  Sans compter qu’il est l’archétype du poète maudit, qui ne vit que pour son art et s’épuise contre une société bourgeoise hostile au génie qu’elle ne comprend pas.
Cliché ? C’est plus compliqué. Le cliché, avant de le devenir, a un commencement et ce commencement, c’est Pétrus Borel. Vous cherchez un prédécesseur au Baudelaire des Fleurs du Mal, au Rimbaud d’une Saison en enfer ? Pétrus Borel est là. Baudelaire, encore lui, écrit sur ce précurseur encombrant : « Plus d’une personne se demandera sans doute pourquoi nous faisons une place dans notre galerie à un esprit que nous jugeons nous-même si incomplet. C’est non-seulement parce que cet esprit si lourd, si criard, si incomplet qu’il soit, a parfois envoyé vers le ciel une note éclatante et juste, mais aussi parce que dans l’histoire de notre siècle il a joué un rôle non sans importance. »
La rupture opérée par Borel n’est pas seulement esthétique : il en tire les conséquences pratiques dans la vie quotidienne comme le feront, plus tard, les poètes de la beat generation qui pratiqueront de manière très rimbaldienne « le dérèglement de tous les sens ». Il y a quelque chose de l’icône punk chez Pétrus Borel,  notamment dans son goût pour le « No future » : « Si je suis resté obscur et ignoré, si jamais personne n'a tympanisé pour moi, si je n'ai jamais été appelé aiglon ou cygne, en revanche, je n'ai jamais été le paillasse d'aucun ; je n'ai jamais tambouriné pour amasser la foule autour d'un maître, nul ne peut me dire son apprenti. » écrit-il dans le prologue de Madame Putiphar, cette histoire d’amour impossible d’une noirceur qui a fait dire à Eluard qu’il fallait chercher ses équivalents du côté de Sade et Lautréamont.
La transformation d’un romantisme amoureux du passé, souvent réactionnaire, -il ne faut pas oublier que Hugo jeune homme est lui-même royaliste-, en un romantisme qui devient politiquement révolutionnaire, c’est l’apport majeur de Borel. Son goût des gentes dames en hennin et des ruines au clair de lune ne l’empêche pas de vouloir en même temps contempler les seins nus de La Liberté guidant le peuple de Delacroix et si possible de les embrasser, voire de les mordre un peu. On peut aimer une telle contradiction chez un écrivain, on peut même penser que c’est ce qui a fait de Borel un auteur dont la réputation est inversement proportionnelle à l’influence réelle, au point qu’il fait partie de ceux que Gourmont appelait joliment « les classiques souterrains ». 
Il faut se replacer dans l’époque pour le comprendre. Pétrus Borel, en 1829, anime le Petit Cénacle, réunion de jeunes artistes qui miment en quelque sorte le « grand » Cénacle, celui que se réunit autour de Hugo. Il s’agit pour Borel, en compagnie de Théophile Gautier et de Gérard de Nerval, de se faire une place au soleil par et pour eux-mêmes et de prendre acte des divergences politiques avec le Cénacle de Victor Hugo.
La révolution de 1830 éclate et Pétrus Borel et ses amis ne se satisfont pas de la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe qui a succédé à celle, autoritaire, de Charles X. Ils entrent dans une forme de dissidence radicale au sein d’une société où Guizot donne l’alpha et l’oméga d’une existence réussie avec son célèbre « Enrichissez-vous ! »
Pétrus Borel, lui préfère se mettre littéralement à poil, précurseur du naturisme avec ses amis dans une maison surnommée le Camp des Tartares.  Il devient un républicain acharné et, dans l’excellente édition qui nous est proposée ici par Michel Brix, on trouvera en annexe les rapports de la police de Louis-Philippe, véritables RG de l’époque, qui précisent à propos du Petit Cénacle que « tous sont membres d’une société particulière ayant pour titre : Club des cochons (…) Ces misérables ont qualifié leur réunion du nom qu’ils méritent à juste titre car ils sont sodomistes. Ils sont tous jeunes, très actifs et armés de poignards. » 
Certes, Pétrus Borel était dangereux, mais pas à la manière dont l’entendent les polices politiques d’hier et d’aujourd’hui. Le vrai danger pour le pouvoir, qui ne le voit pas, est celui d’un rapport au monde révolutionné par l’écriture, une écriture qui, de fait, change le monde lui-même. Tristan Tzara, le grand nom du dadaïsme, le comprend parfaitement dans les années 20 : «  Le chemin de la poésie est étroitement dépendant de celui des idées révolutionnaires, mais il existe une tradition révolutionnaire spécifiquement poétique. De Pétrus Borel et de Nerval, ce chemin passe par le pays de Baudelaire pour rejoindre les régions de Lautréamont, de Tristan Corbière et de Rimbaud. »
Quelles sont les étapes de cette révolution par la poésie chez Pétrus Borel ? Pour commencer, Pétrus Borel se définissait lui-même comme « lycanthrope », c’est à dire comme un homme-loup et ce n’était pas seulement à cause de son système pileux que l’on raconte avoir été particulièrement spectaculaire mais, selon ses propres termes, pour qualifier une attitude politique « sauvage », un travail du négatif qui inspirera toutes les avant gardes du siècle suivant : les dadaïstes, on l’a vu,  mais aussi  les surréalistes, les situationnistes et tous ceux pour qui la subversion politique, l’inversion des valeurs et la création artistique vont de pair : « Oui, je suis républicain, comme l’entendrait un loup-cervier : mon républicanisme c’est de la lycanthropie !… J’ai besoin d’une somme énorme de liberté ! » écrit-il dans Rhapsodies.
Ensuite, et cela explique peut-être ses relations distantes avec la postérité, Pétrus Borel joue avec la notion même d’auteur. Il la remet en question comme le fera là aussi une autre avant-garde, celle des structuralistes des années 60-70 façon Tel Quel de Sollers. Un texte doit-il nécessairement avoir un auteur ? N’est-ce pas une survivance bourgeoise du « statut de l’écrivain » ? Il y avait eu ainsi, chez le Pétrus Borel du Petit Cénacle l’idée d’un auteur collectif qui aurait été le groupe tout entier, un groupe qui se surnommait alors les « bousingots », du nom de la coiffe des marins accourus du Havre pour aider à la révolution de 1830. Il avait prévu d’ailleurs de publier des Contes du Bousingot qui ne virent jamais le jour, les autres préférant poursuivre leur carrière en solitaire.

Pétrus Borel continua néanmoins à jouer avec sa propre identité. Dans Champavert, contes immoraux, il annonce dans la préface le suicide de… Pétrus Borel, à 23 ans. Un Pétrus Borel qui n’aurait été d’ailleurs que le pseudonyme d’un certain Champavert, nihiliste patenté.  Bref, une forme de disparition au carré pour l’auteur de contes qui jouent sur toute la gamme de l’horrifique et d’une critique sociale d’une violence rare. Il milite par exemple de manière féroce pour l’abolition de la peine de mort, là où Hugo le fera sur le ton du conte moral façon Claude Gueux: « Dans Paris, il y a deux cavernes,  l’une de voleurs, l’autre de meurtriers : celle des voleurs, c’est la Bourse, celle des meurtriers, c’est le Palais de Justice. » Et ce ne sont qu’amours monstres, duels à mort, exécutions capitales où les personnages sont des aristocrates sadiques, des filles-mères abusées, des Noirs victimes du racisme colonial pour lesquels il prend parti comme le fera plus tard Rimbaud, encore lui, dans Une saison en enfer. 
Il est amusant aussi de savoir, à propos de cette perte d’identité voulue qui est peut-être la clef de l’œuvre qu’une manière de hasard objectif, aurait dit Breton, grand admirateur de Borel dans son Anthologie de l’humour noir, a fait que les contemporains de Pétrus Borel étaient persuadés que « Pétrus » était une coquetterie archaïsante alors qu’il s’agissait de son vrai prénom.
Avoir pour vrai nom ce que les autres croient être un pseudonyme, cela résume parfaitement ce qui rend l’œuvre du lycanthrope malheureux aussi fascinante, une oeuvre qui paracheva sa propre éclipse quand à bout de force, comme plus tard Rimbaud en Somalie, Pétrus Borel alla s’oublier sous le soleil du désert algérien qui devait finalement le tuer puisque cet écrivain de la nuit, des ténèbres tortueuses comme on peut le voir dans Madame Putiphar, roman noir au sens le plus contemporain,  finit par mourir à cinquante ans…d’une insolation !

Jérôme Leroy

Œuvres complètes de Pétrus Borel (édition de Michel Brix, Editions du Sandre, 2017)






Les éditions du Sandre



Il faut saluer le travail des éditions du Sandre, dirigée depuis 2002 par Guillaume Zorgbibe. Dans des présentations toujours très soignées, on trouve au catalogue des curiosités et une politique d’œuvres complètes accompagnées d’appareils critiques remarquables. Les Oeuvres complètes de Pétrus Borel viennent ainsi prendre place aux côtés de celle de Chamfort qui n’a pas écrit que des maximes,  de  Charles Cros ou encore du surréaliste suicidé René Crevel. Au rayon des curiosités, on signalera La bibliothèque invisible de Stéphane Mahieu, un catalogue des livres imaginaires inventés par des écrivains ou les artistes. Diffusée par les Belles-Lettres, Les éditions du Sandre disposent aussi de leur propre librairie au 34, rue Serge-Veau à Saint-Loup de Naud (77650).

article paru dans Causeur Magazine de juin 2017

dimanche 17 septembre 2017

Werner Lambersy

Entre cuisine et salle
À manger il y a une marche
Difficile pour apporter
La soupière sans trébucher
Mais pour monter à l'étage
Où coucher ensemble il y a
Un tapis devant la porte. 

Werner Lambersy, La chute de la grande  roue (Castor Astral, 2017)

vendredi 15 septembre 2017

Asap, comme ils disent, mais vraiment asap.

Donc, on traîne dans sa bibliothèque malgré un travail fou (alors que le seul travail d'un homme libre devrait précisément être de trainer dans sa bibliothèque), on feuillette machinalement l'excellente biographie de Jean-Paul Kauffmann sur  Raymond Guérin, Raymond Guérin, 31 allées Damour (La Table Ronde, Petite Vermillon).
On feuilletait ce livre pour de mauvaises raisons, à vrai dire: pour trouver dans la noirceur de Guérin, dans son sens du sordide, de la chiennerie de l'existence conjugués à son désir d'équilibre solaire et à sa volonté jamais démentie d'écrire malgré des succès modestes suivis d'un oubli total, un écho fraternel à nos propres soucis,  des raisons paradoxales d'espérer, de tenir et le désir, en quelque sorte de soigner le mal par le mal.
Et voici que l'on tombe d'emblée sur ces lignes où Kauffmann, évoquant sa découverte de Guérin, fait apparaitre un personnage réel qui,  pour le coup, mot pour mot, trace les contours de ce qui est exactement notre désir pour peu que le talon de fer, dans un instant de distraction, relâche sa pression et que nous puissions échapper à la galère du travail alimentaire (où d'aucunes têtes de mort, ces temps-ci, voudraient nous attacher jusqu'à ce que l'on soit subclaquant).Voici donc ce passage de la biographie de Guérin, dont la rencontre relève du signe ou du hasard objectif, comme vous voudrez: 
 "En 1981, lors de vacances en Grèce, je suis tombé en panne de livres sur l'île de Paros. Heureusement mon plus proche voisin, Boris Kidel, ancien rédacteur en chef au Matin de Paris, est venu à mon secours. Las de la vie parisienne, il s'était retiré avec une immense bibliothèque sur cette île."
Voilà. Pas mieux. Chaque mot concernant ce Boris Kidel, me perce le coeur.




mercredi 13 septembre 2017

Le 31 août 2017

Le 31 août 2017, cent cinquantième anniversaire de la mort de Baudelaire, je suis resté longtemps, très longtemps à regarder le port de Hambourg. Et j'ai compris, évidemment, que Baudelaire n'était pas mort puisqu'il était à côté de moi:
"Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir. "

Bravo Maduro (3)

Au sommet de l'hystérie qui est décidément son mode habituel de fonctionnement, Emmanuel Macron, monsieur 15% du corps électoral, avait déclaré à propos du Vénézuela de la révolution bolivarienne, le 30 août: «Nos concitoyens ne comprennent pas comment certains ont pu être aussi complaisants avec le régime qui est en train de se mettre en place au Venezuela. Une dictature qui tente de se survivre au prix d'une détresse humanitaire sans précédent, alors même que les ressources de ce pays restent considérables» 
En disant cela, Macron s'offrait déjà le petit plaisir de l'instrumentalisation implicite de la question vénézuelienne à des fins intérieures pour contrer par ce bien pauvre argument ses seuls opposants dignes de ce nom, La France Insoumise et les communistes qui n'ont pas sombré contrairement à la quasi- totalité du monde médiatique et politique dans la lecture caricaturale de ce qui est en jeu à Caracas. 
Plus grave,  Macron donnait de fait son soutien aux USA et à la droite patronale vénézuélienne pour continuer la déstabilisation du régime bolivarien par le sabotage économique, la désinformation éhontée et la violence politique : sait-on qu'une part non négligeable des morts des derniers mois lors des manifestations sont des policiers et des militants chavistes ce qui tendrait à prouver que l'on est plus près d'un coup d'état larvé néo-libéral, façon Chili pré-Pinochet que d'un peuple opprimé en lutte contre un caudillo populiste? Rappelons d'ailleurs que cette droite vénézuélienne, façon Capriles ou Lopez, très extrême pour une droite qui se prétend respectueuse des institutions, est coutumière des putschs puisqu'elle avait déjà tenté de renverser militairement Chavez en 2002. De fait, elle n'a jamais digéré cette révolution douce  qui l'a forcée à partager le gâteau avec un peuple qui était le plus pauvre d'Amérique Latine dans un des pays les plus riches.
Mais voilà, alors que Macron va faire le beau sur l'île ravagée des milliardaires bling-bling où l'ouragan a révélé à la fois les conséquences des coupes sauvages dans les services publics mais aussi la lutte des classes larvée entre les pauvres d'un côté, souvent Noirs et jamais interviewés à télé  et les riches présentés à longueur de reportage comme de pauvres migrants soumis aux pillages des  barbares locaux, on apprend que ce salopard de sanguinaire Maduro et son régime encore plus abject que la Corée du Nord ou l'Empire des Daleks réunis a déjà, lui, envoyé  10 tonnes d'aide humanitaire à l'île de Saint-Martin et 30 dans le reste des Caraïbes touché par les ouragans. Il a même osé aider Cuba, ce qui prouve bien qu'il est un dictateur, non?)
Des biens de première nécessité tel que de l’eau, de l'équipement de secours, des vêtements ou encore des matelas avaient été acheminés sur place quand monsieur 15% du corps électoral, avait enfin décidé de se bouger. Le retard jupitérien est sans doute explicable par le soin apporté à la mise en scène très Kennedy 2.0 du voyage ou alors par le désir d'être un peu loin du mouvement social contre la loi "travaille!", qui commence à pointer son nez avec un succès somme toute honorable: il est plus flatteur, n'est-ce pas, d'être photographié en train de câliner des exilés fiscaux ou des touristes friqués que de devoir communiquer sur les " les fainéants, les cyniques, les extrémistes" qui en plus osent briser l'unité nationale devant la catastrophe.
Alors, l'aide de Maduro? De la vile propagande, évidemment. Enfin, c'est comme ça que les macronistes appelleront sans doute le geste fraternel du Venezuela, la puissance régionale dont ont nous explique pourtant à longueur de temps et depuis des années qu'elle est au bord du chaos. 

mercredi 6 septembre 2017

Pension Sabine


Bad Bevensen.
Une petite ville en Allemagne aurait dit John Le Carré, une station thermale sans histoire.
Une jolie librairie, de jolies rencontres et en rentrant par les rues à colombages vers la pension Sabine, on ne sait par quelle association d'idées, (ce prénom, cette ville au milieu de nulle part, d'autres retours par d'autres rues et d'autres nuits, d'autres renoncements apaisés) cette chanson qui revient. 
Car le doo wop n'abandonne jamais le voyageur solitaire et amoureux. Alors enjoy, good night and good luck.

mardi 5 septembre 2017

Et nager vers la Norvège








Il n'associait pas forcément la dolce vita mélancolique des arrière-saisons balnéaires avec Kiel et la Baltique. Et pourtant...Le réchauffement climatique avait du bon, finalement. On boirait bientôt le dernier verre, celui de la fin du monde, en terrasse à Noël, en regardant les filles se baigner et nager vers la Norvège.