samedi 1 août 2015

Tsipras ou Ménard? Non, mais sérieusement...


Au bout du compte,  me disait Anna  dans une taverne de Lefkes, vers minuit, c’est quand même un gouvernement de gauche radicale, allons, appelons les choses par leur nom, un gouvernement communiste, qui aura  donné l’exemple, le seul exemple à ce jour, d’une résistance au totalitarisme ultra-libéral en Europe. Ils ont perdu (pour l’instant,), et alors ? La Commune aussi a perdu. Ce qui compte, c’est l’exemple.
 Aucun de ces partis cryptofascistes, créés comme autant de fausses alternatives par le capitalisme mourant pour nous égarer, n’aura été en mesure de jouer cette carte : sérieux, tu préfères Ménard ou Tsipras ? Le danger, c’est Mohamed ou le banquier qui se rembourse sur la bête ? 
Nos échecs solaires seront toujours plus beaux que vos résignations crépusculaires. Pour bien aimer une nation, il faut être internationaliste… 
Never surrender.

vendredi 31 juillet 2015

Kostos, 31 juillet, 15 heures

Tu comprends
il y avait mon figuier et mon citronnier
la ligne de crête de la colline
le rosé de chez Moraïtis qui pourrait jouer dans la même division 
que l'Apostrophe de Jean-Christophe Comor
la chaise longue
les cigales aussi ivres que moi
un roman de Jean Freustié Isabelle ou l'arrière saison
un genre de Lolita à la française
l'ombre qui joue avec le soleil sur la table
le bleu entre les feuilles
Alors j'ai oublié ce sentiment 
qui était le mien depuis l'enfance: 
celui d'avoir perdu une guerre.


©jérôme leroy, 7/15
 

dimanche 26 juillet 2015

Propos comme ça, 26

"J'aimerais mille fois mieux être pauvre Grec que millionnaire américain. Je me rappelle le vieux gardien de l'antique citadelle de Nauplie. Il avait fait vingt ans de prison pour meurtre. C'était l'un des êtres les plus aristocratiques que j'ai jamais rencontrés... J'aimerais mieux être cet assassin à la conscience claire que le président du consortium industriel le plus prospère d'Amérique. Aucun magnat de l'industrie n'a jamais eu sur son visage expression plus bénigne et radieuse que ce pauvre bougre de Grec. Il n'avait tué qu'un seul homme, et ce dans une juste colère; l'homme d'affaires américain qui a réussi, lui, assassine hommes, femmes, enfants innocents par milliers, dans son sommeil, chaque jour de sa vie. En Amérique, la conscience claire n'existe pour personne; nous faisons tous partie d'un même engrenage, d'une vaste mécanique à assassiner." 

(Henry Miller,  Le colosse de Maroussi, 1941)

Je suis chez Hellène et je regarde surtout les filles.


Il n'y a pas à proprement parler d'"échec" de Syriza. Il y a un échec quand on est libre de mener une politique et que cette politique échoue. Il est aussi absurde de parler d'échec de Syriza qu'il serait absurde de parler d'échec d'Allende au Chili en 73 ou de Dubcek à Prague en 68.

Peu d'Allemands par ici. Ce n'est pas seulement dû à leur popularité moyenne ces temps-ci dans les tavernes grecques. C'est aussi qu'on ne peut pas voter ordolibéral, travailler jusqu'à 67 piges et espérer le pouvoir d'achat qui va avec. D'où la quasi disparition du touriste teuton et donc des chaussettes dans les sandalettes depuis plusieurs années déjà. Comme quoi, il y a même des effets collatéraux heureux à la politique de Schauble.

Le gros problème avec les anticommunistes vintage façon Sénik sur Causeur, c'est qu'il compte comme victimes du communisme toute personne morte, et quelle que soit la cause du décès, sous un régime communiste. Y compris, donc, le tchékiste qui a glissé sur une plaque de verglas en se rendant au boulot. A ce compte là, même Staline et son AVC est une victime du communisme.

Panta rhei, (tout passe, tout s'écoule) Héraclite
"J'aime regarder les filles qui marchent sur la plage" Patrick Coutin
On aura beau dire, la philosophie présocratique, c'est tout de même quelque chose.`

Le Bleu n'est pas privatisable.

La fille du berger grec est tellement pauvre qu'elle a eu pour cadeau d'anniversaire une poupée brebis.

N'ayant jamais connu le haut de l'affiche durant sa vie, il mourut dans un second râle.

A un moment ou à un autre, il faut sortir de l'image: c'est mieux.




jeudi 16 juillet 2015

Athènes, impressions soleil couchant






15 juillet, Athènes.
Maintenant, il est minuit. Le rassemblement devant le parlement a tourné à l'émeute. Les députés débattent toujours à la Vouli dans une atmosphère qui doit ressembler à celle de Munich, par exemple, quand toutes les solutions étaient mauvaises. On a vu tout ça, avant que ça commence à vraiment chauffer: on était venu du Pirée malgré le métro bouclé et le cordon de flics qui verrouillaient le secteur Plaka Syntagma.
Au contact avec les forces antiémeutes, juste devant le parlement où les Evzones paradaient toujours de manière surréaliste, les anarchistes, les black blocs, jeunes, souvent masqués, décidés à en découdre. Plus bas, l'immense défilé du PAME, l'organisation politico-syndicale du KKE, le parti communiste "maintenu".
On a parlé français avec les plus vieux, anglais avec les plus jeunes sous le regard des forces antiémeutes qui avaient établi un cordon de sécurité devant l'hôtel Grande Bretagne (en français dans le texte), le grand palace d'Athènes, à cinquante mètres du Parlement.
Un immense sentiment de fierté blessée, d'espérances perdues mais aussi le refus de se rendre. A un moment, les vieux du KKE ont entonné l'Internationale et puis Bella Ciao. On a eu les larmes aux yeux et pas seulement à cause des lacrymos.

mardi 14 juillet 2015

Merci la parité!


Nous invitons nos aimables abonnés à constater un des effets heureux du progrès. Si on examine attentivement ces deux clichés, le premier datant de juillet 2015 et le second de septembre 1973, on remarquera que même en matière de junte, la parité a fait son chemin.
Il faut arrêter de tout voir en noir, c'est fatigant à la fin.

Géométrie variable (Propos comme ça, 25)

La haine des riches est infiniment pire que celle des pauvres. C'est pour cela que l'Allemagne me fait bien plus peur que l'Islam.

Je ne les ai pas tellement entendus, les défenseurs de l'identité Phranssouaise et des nations, les Renaud Camus, les Finkie, les Zemmour, les Ménard alors qu'un pays européen en dépeçait un autre, en le saignant à blanc. 

C'est drôle (non, en fait ce n'est pas drôle) mais je me sens infiniment plus menacé dans mon"identité", je sens infiniment plus ma civilisation "remplacée" par Wolfgang Schauble que par les migrants qui viennent mourir sur nos plages.

Pas de chance, comme pour confirmer tout ça, alors que je lisais dans Le Monde la manière dont on transformait en temps de paix un pays indépendant en  protectorat, tout en le laissant sombrer dans la crise humanitaire, -et cela accompli par l'Allemagne dont les nouveaux panzers s'appellent les "institutions financières"-, il y avait dans le TGV cette jolie fille arabe, avec un foulard, qui lisait Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier de Modiano.  

Les choses se compliquent, non?



dimanche 12 juillet 2015

Disneyland préfasciste: toi qui pâlis au nom d'Athènes

Que la Grèce se soumette ou non n'est plus tellement la question. La question est de savoir combien de simples citoyens européens se seront aperçus depuis quelques jours, malgré le flot de propagande et de falsification du réel, que nous ne vivons pas, ou plus, dans une démocratie. 
Qu'une structure supranationale non élue décide désormais de notre avenir dans ses moindres aspects, même les plus anodins. 
Que cette politique peut, à l'occasion, être menée avec une brutalité incroyable même si la plupart du temps, elle est cachée. 
Que cette politique est menée dans l'intérêt exclusif de quelques grands groupes capitalistes de plus en plus concentrés.
Et que ce que je viens d'écrire n'est pas, hélas, le fruit de la paranoïa ou le canevas d'un roman dystopique. 
Non, c'est notre réalité, ici et maintenant. 
Good night, and good luck....

Tsipras va gagner, Tsipras a gagné.

On explique ça sur Causeur, en mettant au passage un plomb à la "secte" , comme on disait sous Louis XV des physiocrates qui étaient des genres de Quatremer ou Leparmentier en moins arrogants quand même?

samedi 11 juillet 2015

Tsipras, l'homme qui lisait Xénophon


Attendez, camarades, pas de procès en trahison!
Si Tsipras réussit à mettre sur la table et à obtenir une restructuration de la Dette,  comme il en est fortement question, c'est sans précédent en Europe. Cela va rendre légitime et (enfin) audible les comités citoyens d'audit de la dette (CAC) dont on n'entend JAMAIS parler puisque ces bureaux de propagande néolibérale qu'on appelle les médias capitalistes ont décidé qu'ils n'existaient pas. Or, cet audit est aussi au programme de Podemos qui a de fortes chances de remporter les élections en novembre.
 Et puis, nous, communistes français, on pourra donner des leçons le jour où certains de nos responsables cesseront les câlins avec le PASOK (euh pardon le PS) pour sauver des rentes de situations et s'inscriront dans une dynamique unitaire à gauche de la gauche plutôt que de laisser la place au FN. Parce que la petite saloperie dite par Macron,  sur le FN, "Syriza à la française", elle nous fait d'autant plus mal que, de fait, le FN occupe en partie l'espace politique que nous devrions avoir.
Pour le reste Tsipras, comme Xénophon, sait qu'une retraite apparente et bien organisée n'est qu'un moyen d'obtenir de futures victoires. Et je gage qu'il lit, en ce moment, dans son appartement sur une colline du quartier populaire de Kypseli, quelques pages de l'Anabase:

"Je vous disais que nous avons beaucoup de puissants motifs d'espérer que nous nous sauverons avec gloire. D'abord nous observons les serments dont nous avons appelé les cieux à témoins ; et nos ennemis se sont parjurés : traité, serments, ils ont tout violé. Il est donc probable que les dieux combattront avec nous contre nos adversaires ; les dieux qui, aussitôt qu'il leur plaît, peuvent rendre en un moment les grands bien petits, et sauvent avec facilité les faibles des périls les plus imminents. Je vais même vous rappeler les dangers qu'ont courus vos ancêtres, pour vous convaincre qu'il est de votre intérêt de vous conduire avec courage, et, qu'aidés par les Immortels, de braves gens se tirent d'affaire à quelques extrémités qu'ils soient réduits. Quand les Perses et leurs alliés vinrent avec une année nombreuse pour détruire Athènes, les Athéniens osèrent leur résister et les vainquirent." Xénophon, Anabase

vendredi 10 juillet 2015

Blondin, encore une fois.


Parfois, quand on aime quelqu'un, cela va tellement de soi que l'on oublie les raisons de cet amour. Ce Blondin-là m'avait échappé et je l'ai récupéré lors de ma signature du SP de Jugan à la Table Ronde. J'ai bien l'intention de le lire pendant les vacances mais évidemment, j'ai ouvert le livre au hasard, comme ça, pour voir, pour flairer, pour me mettre en appétit. Je suis tombé sur la préface de La bonne chanson de Verlaine que Blondin a donnée, à la demande de Nimier,  pour l'édition du Livre de Poche . C'est dans cette préface que l'on trouve le célèbre et délicieux "L'homme descend du songe". 
Mais c'est, aujourd'hui, la conclusion qui m'a rappelé pourquoi Blondin resterait pour moi, et pour toujours, cette voix fraternelle:  "Entre beaucoup d'autres qui instruisent notre coeur, l'un des exemples de Verlaine doit nous inciter à respecter certaines épaves, à les aider à traverser la rue. Ces emmurés, dans leur colère ou leur jubilation béate, sont peut-être pleins de chansons qui n'ont pas fui."

jeudi 9 juillet 2015

Une femme d'aujourd'hui


Une femme d’aujourd’hui de Jacques Brenner


Il y a quelque chose de profondément mélancolique dans le destin de Jacques Brenner (1922-2001). D’abord parce  notre homme, de son vivant, avait accepté presque naturellement la place dévolue aux seconds rôles et ensuite parce qu’il est désormais impossible ou presque de trouver ses romans si ce n’est chez les bouquinistes qui sont  les derniers endroits fréquentables des néo-villes avec les ultimes bistrots de quartier. Il est encore plus difficile, également, de trouver Mon histoire de la littérature contemporaine, parue en 1987 chez Grasset, où Brenner a commis une erreur impardonnable pour un écrivain : s’intéresser à ses pairs et écrire des choses pertinentes sur eux. C’est qu’à force de parler des autres, les autres oublient de parler de vous. 
Les éditions Fayard ont bien édité en cinq volumes publiés après sa mort son monumental Journal mais il ne semble guère avoir intéressé que quelques amateurs un peu fétichistes dont votre serviteur. On y apprenait pourtant des choses bien intéressantes sur les dessous de la Républiques des Lettres, il y avait même quelque chose d’un Saint-Simon de Saint Germain des Prés chez cet homme qui vivait seul avec son chien et sa pipe tout en occupant un poste d’apparatchik aux éditions Grasset d’où il s’apercevait à quel point la vie littéraire se résumait le plus souvent à des intrigues peu ragoûtantes autour des grands prix littéraires. Il n’était pourtant pas dépourvu d’un certain pouvoir puisqu’il fut membre du jury Renaudot, de celui des Deux-Magots et du prix Jacques Chardonne. En 1995, il fut même couronné par le Grand Prix de l’Académie Française. Il n’empêche dans son Journal, il apparaît comme un homme bien triste. Son homosexualité n’était pas refoulée mais pas flamboyante non plus. Encore une fois, il y avait chez lui quelque chose de trop discret pour espérer, à défaut de la gloire, une certaine notoriété.
Ses romans ne manquent pourtant pas de charme, un charme daté sans doute, mais qui restitue avec élégance et précision, dans un français du monde d’avant, ce qui a pu faire la psychologie d’une époque, et aussi, surtout, une foultitude de « petits faits vrais » aurait dit Stendhal, qui donnent à ses récits une valeur documentaire presque involontaire comme dans ces films des années 50, 60 ou 70 où l’on se prend à rêvasser, en oubliant un peu l’intrigue, sur la coiffure des femmes, la marque des voitures, les enseignes des magasins, bref tout ce qui nous apparaît comme les débris surnageant d’une Atlantide à jamais engloutie.
C’est le cas avec Une femme d’aujourd’hui, paru en 1966 chez Albin Michel. Brenner s’y livre à un exercice très français qui nous vient en ligne directe du Grand Siècle : le portrait. Dans ce roman, un narrateur qui est sans doute Brenner lui-même, joue comme par hasard un rôle très passif, celui du témoin ou du confident. « La femme d’aujourd’hui » dont il est question, si elle vit encore, est devenue notre grand-mère ou notre arrière grand-mère, c’est à dire une femme du passé. Mais rien n’est plus intéressant, pour nous, de savoir à quoi ressemblait aujourd’hui quand aujourd’hui est devenu  hier.
Le roman commence à Rouen en 1945. Le narrateur, encore mobilisé et « secrétaire au bureau de justice militaire » a beaucoup de temps, apparemment. Il rencontre Agnès Duran chez des amis. Agnès est professeur d’Histoire au Lycée Jeanne d’Arc. Elle est issue d’une grande famille nantaise de la chaussure. A presque rien, elle se serait retrouvée collègue de Simone de Beauvoir dont elle lit, sans passion excessive, L’invitée. Dans la bande de jeunes gens composée pour l’essentiel d’étudiants en droit et de professeurs débutants, on parle parfois de la guerre qui vient de se terminer, on évoque la Résistance mais pour l’ensemble on affecte une attitude plutôt dégagée. Agnès semble au narrateur plutôt « jolie ». Une jeune femme jolie, en 1945, a « de grands yeux, un petit nez, des lèvres peut-être un peu trop peintes. » C’est un premier indice, au moins pour le narrateur qui est un grand timide. Lui n’est pas vraiment d’aujourd’hui, d’ailleurs, comme en témoigne ce dialogue avec un proche d’Agnès :« -Tu lui connais beaucoup d’amants ? demandai-je à Yves Leclère -Tu emploies des mots  si démodés qu’ils en sont comiques. » Agnès Duran, le narrateur va s’en faire une amie. Une amie c’est une fille avec qui on ne couche pas mais avec qui on s’aperçoit ensemble que « nous paraissons toujours plus gais  que nous ne le sommes. » C’est finalement plus important. C’est sans doute une des clés du roman, ou en tout cas la morale qu’en tire Brenner. La liberté, c’est une nuance de la mélancolie. Elle n’exige pas de grandes plaintes ou de grands discours, simplement la politesse du sourire et quelques décisions graves qu’on prend légèrement comme refuser le mariage.
Agnès est une féministe qui aime les hommes, elle a des aventures, elle a un peu rompu avec sa famille, elle est perdue de vue puis retrouvée huit ans plus tard à Venise, par hasard, à la terrasse du Florian où elle est en train de quitter un jeune homme furieux qui se révèle être un de ses élèves. Du coup, l’occasion faisant la larronne, elle part avec les amis du narrateur qui vont traverser la Yougoslavie pour aller en Grèce, dans l’improvisation la plus totale. On s’aperçoit qu’il était finalement plus simple, en 1953, d’attendre un peu un visa dans un consulat entre deux concerts en plein air que de commander des billets sur Internet au temps de la monnaie unique. C’est la partie la plus plaisante du livre. Trois garçons et une fille à bord d’ une Traction dans une Europe sans autoroute où l’on passe de chambres chez l’habitant sans électricité ni eau courante à des palaces décatis avec des portraits de Tito contemplant la poussière d’une Mitteleuropa défunte. Nos voyageurs sans Routard ne pourront pas passer en Grèce, mais qu’importe, à vingt cinq ans, l’été est le même partout.
Encore quelques années plus tard, le narrateur retrouvera Agnès. Il lui laissera la parole. Notons, au passage, que Brenner sait très bien faire parler les femmes. Elle éclairera quelques mystères : oui, par exemple, elle avait bien eu une aventure avec ce petit pêcheur de Split. Mais ils étaient si jeunes,  alors. A la fin, Agnès se mariera, là aussi avec un garçon plus jeune. Elle vivra dans une grande maison d’Aix en Provence, elle semblera heureuse, ou au moins sereine. Nous comprenons alors qu’ Une femme d’aujourd’hui ne présente pas une vision de la liberté aussi démodée qu’on aurait pu le croire puisque Brenner la définit, avec son héroïne, comme une acceptation païenne du temps qui passe, acceptation légèrement épicée par une nostalgie qu’on ne confond jamais avec le regret ou le remords.

Jérôme Leroy


Une femme d’aujourd’hui de Jacques Brenner (Albin Michel, 1966, 1 euro chez Boulinier, Paris)

Point Presse: Jugan et Sauf dans les Chansons

Pour Jugan, à paraitre le 3 septembre, on pourra écouter ce jeudi à 14H, les "Bonnes feuilles de Sandrine Treiner sur France Culture.


Et un vif merci à Jérôme Garcin qui consacre son billet d'humeur à Sauf dans les chansons. 


mercredi 8 juillet 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 40

"Alors, écoute. J'ai jamais vu personne foutre en l'air sa vie dans les grandes largeurs sans se prendre pour quelqu'un de spécial. Et les trous à rats dans lesquels les types de ce genre se sont enterrés avaient exactement la forme de leurs rêves."

Benjamin Whitner, Pike (Gallmeister)

dimanche 5 juillet 2015

Parfois, l'Histoire est belle.






Et je vous aime, tous.

La Grèce ou le Kidzania?



Finalement, le seul choix qui vaille, c'est celui de vivre avec des hommes libres en Grèce ou des esclaves au Kidzania. Par mézigue sur Causeur.

samedi 4 juillet 2015

Demain


Service de Presse de Jugan

Jugan sera dans les bacs le 3 septembre. En attendant vous pouvez (re)lire l'Ensorcelée de Barbey d'Aurevilly puisque Jugan en est une adaptation ou un remix ou un remake à l'époque contemporaine. L'exercice fut d'autant plus aisé que le roman de Barbey s'élève à la hauteur du mythe et que les mythes sont, par définition, hors du temps.
Le service de presse fut signé dans l'ambiance caniculaire d'un bureau rue de Condé, mais il y avait plein de jeunes filles en robes légères (stagiaires normaliennes spécialistes de Larbaud) qui vous apportaient de l'eau fraiche, comme dans l'Odyssée. 
Alors finalement, tout cela était assez agréable.

mercredi 1 juillet 2015

Tu finiras dans les livres d'histoire!




Henry Fonda est pressenti pour jouer le rôle d'Alexis Tsipras dans sa lutte contre la horde sauvage.
"Titanesque, tu trouves pas? Tu verras, tu finiras dans les livres d'histoire."

italian western anthology-10/11 les livres d... par Roma-eterna

Combattre la canicule


1975. This land is my land and my land is your land. Nord-Pô-de-Calais for éveure: "Le comité national de défense contre l'alcoolisme dit même qu'on peut en boire jusqu'à 1,5 l par jour sans danger pour la santé ! Cela fait quand même six bonnes chopes et de quoi se désaltérer dans la journée. Pourquoi s'en priver ?"
Voir ici

mardi 30 juin 2015

Guerre de civilisations

Je dois être un peu con, en fait. Quand Manuel Valls, le seul vrai pompier pyromane en ce moment, contrairement à Tsipras, a parlé de "guerre de civilisations", j'ai été persuadé qu'il parlait de la Grèce contre l'Union Européenne et le FMI. Puis je me suis rappelé qu'il était de droite.

Une histoire de courage.


"Nous devons faire face aux difficultés qui pourraient survenir avec sang-froid et détermination. Plus nous ferons preuve de calme, plus vite nous les dépasserons et plus leurs conséquences seront bénignes.
Nous avons aujourd’hui l’occasion de nous prouver à nous-mêmes et de prouver au monde entier que la justice peut l’emporter. Nous avons une fois de plus l’occasion historique d’adresser à l’Europe et au monde entier un message d’espoir et de dignité.
Et rappelez-vous : en ces heures cruciales, où nous sommes tous appelés à nous hisser à la hauteur de notre histoire, nous n’avons peur que de la peur. Et nous ne la laisserons pas nous gagner.
Nous réussirons.
La dignité opposée par les Grecs au chantage et à l’injustice constituera, dimanche prochain, un message d’espoir et de dignité adressé à l’Europe entière. »

Alexis Tsipras, 28 juin 2015.

jeudi 25 juin 2015

Les Pontons flingueurs!

C'est à Annecy et on y sera dès vendredi après-midi jusqu'à samedi soir! Le programme est ici.
Et offrez-vous un Ange pour l'été sous sa nouvelle couverture spécial 70ème anniversaire de la SN

Pour saluer l'été (2): Catherine Spaak dans La Noia.


Cette vidéo extraite de La Noia est bien connue de nos abonnés. Elle nous permet de célébrer une des divinités tutélaires de ce blogue, l'inoubliable Catherine Spaak et aussi, chaque année, cette saison qui est celle du désir, ce désir qui nous échappe toujours tout en s'offrant sans cesse, pourtant, comme une fille qui danse seulement pour vous. 
Il nous reste simplement, désormais, à espérer que l'éternité ressemble à ça. Une chanson italienne des sixties, le déhanchement d'une blonde dans la chaleur, une mélancolie heureuse sur une terrasse ombragée, une balancelle, un verre, une attente d'on ne sait quoi.

mercredi 24 juin 2015

Pour saluer l'été (1): Arnaud Le Guern

Il faut toujours saluer l'été. Vous pourrez le faire dès le 20 août avec le roman du camarade Le Guern, Adieu aux espadrilles. Je croyais le connaître, ce Breton du XIVème, à force d'avoir dérivé avec lui. Le propre des vrais écrivains est de vous surprendre, même quand ils sont vos amis. 
Dans Adieu aux espadrilles, Le Guern, c'est Chardonne alors que je le croyais plutôt Nimier. Il parle du couple, du temps, de l'amour. Il parle de sa fille aussi. Il le fait sans insister, toujours comme Chardonne. 
Il suggère, Arnaud, il effleure, il frôle. Et ce qu'il déteste de cette époque qui nous ressemble si peu apparaitra en creux, en négatif, dans ce qu'il aime, dans ses plaisirs: les bains de soleil, les slows d'été, la littérature, le champagne Drappier Zéro Dosage. Finalement, la couverture qui représente un Hilo Chen, bien connu des amateurs de FQG, est remarquablement choisie car Hilo Chen, sous les dehors d'une Dolce Vita hyperréaliste dit comme Le Guern le lent travail de sape de la vie sur nos bonheurs et notre jeunesse.  
Mais on fait comme si. 
Il est toujours midi sur la plage des Mouettes, n'est-ce pas? N'est-ce pas?

mardi 23 juin 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 39

Et pourquoi craindre encore
l'allusion intime
l'abîme personnel
le clin d'oeil par-dessus les têtes
tant pis pour ceux
qui ne comprendront pas.

Esquisse d’un hymne à Marthe Beauvoisin de Paul Nougé

lundi 22 juin 2015

Athènes 2015 : Un remake soft de Santiago 73?

 paru sur Causeur.fr
Avant, quand on voulait faire plier un pays qui ne se soumettait pas aux exigences du capitalisme, on organisait un putsch. Cela avait le mérite de la franchise et au moins, les choses était claires: le 11 septembre 1973, les chars de Pinochet entraient dans Santiago, le palais présidentiel de la Moneda était bombardé par des avions de combat et Allende mourait les armes à la main après un ultime discours bouleversant.
Chacun pouvait se faire une idée de la brutalité de la chose, même sans connaître  tous les tenants et les aboutissants: les chiffres les plus modérés estiment à trois cents le nombre de disparus dans les deux semaines qui suivirent le putsch et à dix fois plus sur la période où la junte te militaire exerça le pouvoir. On ne parle évidemment pas des partis et des syndicats interdits et de la fin de la liberté de la presse.
Il y eut des gens pour approuver à l’époque comme il y a des gens pour approuver ce que l’on fait subir à la Grèce. Après tout, les USA n’allaient pas laisser s’installer à leurs portes un régime de type socialiste, même élu tout ce qu’il y a de plus démocratiquement. Ils n’allaient pas non plus risquer un effet domino. Cuba et les tentatives du Che en Bolivie, c’était déjà largement suffisant. C’est pour cela que Nixon avait demandé dès l’élection d’Allende en 70, selon ses propres termes de «faire hurler l’économie chilienne». On se souvient le plus souvent, en matière de hurlement économique, de la grève des camionneurs financée par la CIA, via le syndicat des routiers américains. Dans un pays  comme le Chili, étroit et très long, c’était la paralysie assurée. Les difficultés d’approvisionnement des commerces et des stations services pour tenter d’exaspérer la population devaient rendre logique et acceptable le coup de force.
Aujourd’hui, pour faire plier la Grèce, la Commission européenne, l’Eurogroupe, la BCE et le FMI ont d’autres moyens. On est dans une époque postmoderne qui n’aime plus les grands récits et sait mieux cacher ses intentions de domination réelle. Les marchés, la propagande unilatérale des «experts» et certains médias ont remplacé les chars et les escadrons de la mort mais le décor est le même. Et peut-être aussi le résultat.
Les faits sont là pourtant : les Grecs ont démocratiquement élu le 25 janvier un parti de gauche radicale, Syriza. Très symboliquement, ce parti a trouvé ses députés d’appoint dans la droite souverainiste des Grecs indépendants   comme pour mieux illustrer La rose et le réséda d’Aragon : «Quand les blés sont sous la grêle/Fou qui fait le délicat/Fou qui songe à ses querelles/Au coeur du commun combat».  Mais cette onction par les électeurs dans un pays qui a inventé la démocratie et où l’on trouve les plus anciennes racines historiques et philosophiques d’un continent que l’UE prétend aujourd’hui représenter dans son intégralité, elle ne signifie rigoureusement rien pour ceux qui jouent le rôle de petits télégraphistes de ces fameux « créanciers ».
Il est vrai que l’on peut estimer que la logique qui préside au putsch larvé qui se déroule sous nos yeux aujourd’hui est là depuis le début de la crise grecque, c’est-à-dire 2010. De mémorandum en mémorandum, la Troïka (UE, BCE, FMI)  se moquait bien de la majorité présente à la Vouli, le parlement hellène : Pasok, conservateurs de la Nouvelle Démocratie ou grande coalition des deux, qu’importe le flacon pourvu que les créanciers obtiennent ce qu’ils veulent et vite. Ce qui a changé avec la victoire de Syriza, c’est que cette fois-ci, ça résiste, ça résiste vraiment.
Ainsi, l’incroyable Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe a pu déclarer deux jours après le scrutin: « Les Grecs doivent comprendre que les problèmes majeurs de leur économie n’ont pas disparu du seul fait qu’une élection a eu lieu. » Ce qui signifie, si l’on y réfléchit bien, que c’est l’économie (ou plutôt une certaine vision de l’économie) qui prime sur tout le reste, et notamment sur le politique alors que le primat du politique est tout de même, précisément, ce qui fonde la démocratie.
Le paradoxe est que l’on accuse aujourd’hui la Grèce de ne pas respecter les traités signés avec l’UE mais que pour qui sait lire les déclarations réitérées de Syriza, il ne s’agit pas tant de sortir de l’euro, ce qui n’a jamais été dans son programme, que de refuser un maintien dans la monnaie unique si celui-ci est assorti de conditions tellement draconiennes qu’elles en deviennent insoutenables.
On pourrait ainsi multiplier à l’infini les citations méprisantes ou carrément insultantes envers la gauche grecque au gouvernement: par exemple Christine Lagarde parlant des négociateurs grecs qui devaient se comporter en « adultes » ou  le ministre des Finances allemand Wolfang Schaüble qualifiant le ministre des Finances Varoufakis de «stupidement naïf». On pourrait multiplier les exemples de présentations médiatiques subtilement biaisées. On explique sur les chaines d’infos continues que le défaut grec, voire le Grexit, coûterait 700 euros par Français. Ce mode de calcul, de toute manière aberrant et démagogique, n’est pourtant jamais utilisé pour dire ce que nous coûte le capitalisme en France: cadeaux au patronat, renflouement des banques-casino, traitement social du chômage dû aux délocalisations boursières et autres plans sociaux…  Ou encore comme dans cet article du Monde du 18 juin où il est dit qu’il faut que « la raison l’emporte sur les tirades politiques. » Evidemment, Tsipras, mandaté par son peuple, est dans la « tirade » et la « raison » du côté de ceux, pour la plupart non élus, qui ont infligé à la Grèce des plans de sauvetage n’ayant rien sauvé du tout comme l’indique un article de Libé ayant obtenu copie d’un document de 2010 du FMI, classé « secret »,  qui reconnait qu’une telle thérapie de choc empêchera au bout du compte la Grèce de retrouver la croissance et de se financer sur les marchés. Bref, une saignée qui ne guérira pas le malade mais servira d’exemple pour ceux qui seraient tentés de prendre des libertés avec l’orthodoxie exigée par les marchés.
On retrouve finalement la vision nixonienne pour le Chili: « Faire hurler l’économie » et tant pis pour les dégâts sociaux qui confinent depuis plusieurs années à la crise humanitaire. L’important est que l’idée ne vienne pas à d’autres de suivre un chemin anti-austéritaire comme l’Espagne qui vient de triompher aux municipales ou le Portugal qui vote pour les législatives à l’automne.
Ce qui se joue donc aujourd’hui, c’est bien une forme de putsch. Mais alors qu’il est sur le point de réussir, il semblerait qu’il y ait un certain flottement du côté de l’UE. Angela Merkel, reine d’Europe, s’est soudain faite plus discrète. C’est que soudain, sans doute, elle mesure les conséquences d’une Grèce qui s’en irait. Pour la zone euro, bien entendu mais aussi sur un plan géopolitique. Alors que l’URSS, finalement, s’était montrée assez peu ferme lors du renversement d’Allende, personnage gênant pour elle puisqu’il était en passe de réussir une expérience socialiste et démocratique, le contexte a changé.  L’URSS est devenu la Russie et ces temps-ci, Tsipras va souvent à Moscou. Il est vrai que son pays partage au moins avec celui de Poutine le même alphabet et la même histoire religieuse.
Alors si vraiment, il n’y avait pas d’autres solutions, autant tenter le tout pour le tout semblent dire les Grecs qui n’iront pas plus loin dans la paupérisation. Et pour Merkel, et avec elle l’UE,  le putsch réussi se transformerait en victoire à la Pyrrhus.

samedi 20 juin 2015

Night Patrol / Patrouille de nuit (Jérôme Leroy / Mangwau)




Extrait de la compilation POLAROIDS ROCK 13.
Les Ancres Noires 2015, Le Havre.

Bon, on ne vous garantit pas le début d'une nouvelle carrière, mais au moins,  on a bien rigolé (il se trouve que c'est un poème "adapté" que l'on peut retrouver désormais dans Sauf dans les Chansons.)

vendredi 19 juin 2015

Débordé sur ma gauche

"Mais en regardant le monde, nous remarquons que ce niveau d’intervention humaine, fréquemment au service des finances et du consumérisme, fait que la terre où nous vivons devient en réalité moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise..." Laudato si', dernière encyclique du Pape François, sur la catastrophe écologique en cours et la nécessité d'une décroissance soutenable. C'est drôle, quand même, cette impression d'être quasiment débordé sur sa gauche par un pape. 
J'imagine la tronche des intégristes droitards, -leurs obscènes manips à propos de Vincent Lambert au nom de la "vie"- et autres idiots utiles du climatoscepticisme en lisant Laudato si', véritable programme écosocialiste qu'on peut lire ici dans son intégralité et où il est question de "maison commune". Ce qui fait toujours plaisir à entendre pour qualifier une planète exploitée à mort par quelques capitalistes comprador. 
Une néo-papiste, lectrice de Laudato si'