mercredi 26 juillet 2017

Nos souvenirs du futur

Document rare. Jeune fille, circa 2050-2060, membre d'une communauté affinitaire sur le Plateau de Millevaches, probablement de retour d'une expédition dans les ruines de Limoges. On notera les effets du réchauffement climatique du côté de Gentioux. 
(Maintenant, ça ne devrait plus tarder, la chute de l'économie spectaculaire marchande dont l'ultime métamorphose ces jours-ci en France a pris l'allure du macronisme, pour tenter de presser jusqu'à la dernière goutte ce qui reste de jus dans le fruit déjà pourri.)

mardi 25 juillet 2017

Le don des morts (et des vivants aussi)

La plupart des poètes m'ont été donnés par d'autre poètes, d'autres écrivains. Par exemple, Jean Follain (1903-1971) dont deux ou trois recueils sont disponibles en Poésie Gallimard;  pour les autres, il faudra un peu chercher. Jean Follain, je l'ai lu pour la première fois il y a quelques années et depuis il ne m'a plus quitté. Je l'ai lu parce que Jean-Claude Pirotte (1939-2014), qui est ici tenu en très haute estime comme le savent nos aimables abonnés, en parlait avec insistance, le citait abondamment, en faisait même le sujet de certain de ses poèmes. 
Il est temps,  je crois,  de passer ici Follain et au hasard ou presque ce poème extrait de Territoires.

dimanche 23 juillet 2017

Summertime is the time for love



La révolution, ce sera pour cet automne. En attendant, dansez serré, enjoy your summer and enjoy your doo wop.

samedi 22 juillet 2017

Le blaireau irrécupérable


Donc pour Castaner qui a l'allure rédhibitoire d'un commercial en robinetterie qui surjoue la masculinité hipster comme on l'imagine dans les agences immobilières de Châteauroux(1), poète est une insulte (et revendication aussi, pour faire bonne mesure). Je ne suis pas étonné mais je ne pensais pas que la barbarie douce et auto-satisfaite de ce qu'il est convenu d'appeler le macronisme apparaîtrait aussi vite et aussi clairement. Il va sans dire qu'à défaut d'être des généraux cinq étoiles, devant un tel abruti, nous sommes tous des poètes revendicatifs.
Sinon, c'est quoi, ta vision stratégique à toi, trou de balle?

(1) On adore Châteauroux, le Berry, l'Envolée des livres, sinon. C'est juste les agences immobilières qui remplacent partout bistrots, cinémas et libraires qui nous agacent. Et ça ne va pas s'arranger avec les néofascistes budgétaires.

Tombeau pour Carlo


Tombeau pour Carlo

Il est au cœur de l’été
Il est même difficile d’être plus au cœur
de l’été
Cyclades juillet quinze heures
Il vieillit mais ce n’est pas très grave
Il lit avec deux jours de retard
un journal français de gauche autrefois
mais tout le monde désormais était de
gauche autrefois
Il est au cœur de l’été
Il désespère d’à peu près tout
mais comme il s’est baigné ce matin
ça va ça va à peu près
Sur la table de la terrasse
il reste des rougets grillés
un fond de vin blanc
et du ciel bleu si bleu
que c’en est insolent
Elle elle fait sa sieste à côté
Il pourrait aller faire l’amour
arrêter de boire et de lire
le journal de gauche autrefois
et puis se baigner avec elle
comme si tout recommençait etc etc
Mais tout va recommencer
tout recommence toujours
surtout en été surtout dans les îles
surtout quand on sait jouer avec
le temps
Il est au coeur de l’été
avec sa cinquantaine
et dans le journal de gauche autrefois
il lit un article sur une histoire
vieille de seize ans
Tu te souviens seize ans de moins
Croire à tout à ton corps au sien
et à la révolution pour demain ou dans pas
longtemps
Les G8 les amis fatigués qui passent le soir
la route entre Bruxelles et Lille Toulon et Gênes
et là il lit que la police italienne reconnaît
à Gênes en 2001 
avoir commis « une boucherie »
Alors pour le bleu le temps le vin la vie
la mémoire les femmes nues
les cœurs purs
il lève
au cœur de l’été
son verre 
à la mémoire de Carlo Giuliani.


21/7/2017

©JérômeLeroy7/17

jeudi 20 juillet 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 87


Ce qu'il y a d'étonnant quand on lit les journaux avec deux jours de retard, c'est qu'un poète du XVe siècle, lui, n'en a pas, de retard :
 
"Désormais est temps de moi taire
Car de dire je suis lassé.
Je veux laisser aux autres faire
Leur temps est, le mien est passé.
Fortune a le forcier cassé
Où j'épargnoye ma richesse
Et le bien que j'ai amassé
Au meilleur temps de ma jeunesse."
 
La belle dame sans merci, Alain Chartier (1385-1430)

mercredi 19 juillet 2017

Le putsch, oui, mais de gauche

Après tout, je n'ai rien contre le principe d'un putsch. Une colonne de VAB dans la cour de l'Elysée dont l'un emmène Macron et sa clique à Villacoublay pour la destination de son choix, mais loin, très loin, ma foi...
Le problème, c'est que j'ai moyennement confiance dans le projet social du 13ème RDP et que le général de Villiers, c'est pas franchement Otelo de Carvalho.

mardi 18 juillet 2017

L'emploi du temps

-Et les années Macron, t'as supporté?
-On avait des consolations, quand même...

Art poétique

"Etre moderne, c'est créer son époque et non la refléter. Nuançons: la refléter, oui, mais pas comme un miroir- comme un bouclier. Etre moderne, c'est créer son époque, c'est à dire lutter contre les neuf dixièmes de ce qu'elle représente comme on lutte contre les neuf dixièmes de son premier brouillon."

Marina Tsvetaïaeva

George Romero, prophète américain (1940-2017)

mercredi 12 juillet 2017

Bleu

"Il y aura d'abord eu pour nous comme une fraîcheur d'eau au creux de la main. Après quoi, on est libre de commenter à l'infini, si l'on veut."
Ph.J

mardi 11 juillet 2017

Un exergue pour l'été.

Nous ne savons pas encore ce qu'il y a dans le dernier recueil d'Yvon Le Men, certainement de très bonnes choses car il fait partie des poètes chers à notre coeur. 
Mais la citation de Louis Guilloux qu'il met en exergue nous a plongé dans une longue rêverie heureuse, une fois passé ce petit coup au coeur qui nous fait dire: "C'est ça, c'est exactement ça?"

Macronistes, l'arrogance tranquille


Cet intéressant document, dont on a charitablement caché le nom de l'émetteur, est un statut facebook d'un gentil macroniste. Il n'est ni pire ni meilleur que beaucoup d'autres du même genre que l'on trouve en abondance sur les réseaux sociaux mais aussi dans les propos des sectateurs de l'Elu. Mais il est tout de même très révélateur de la façon dont la figure du militant politique s’est désormais dégradée en celle de fan pour chanteur à minettes.
Laissons de côté le ton. Son agressivité bovaryste, son hystérie sectaire sont reconnaissables à la ponctuation forte et à l'hyperbole constante du vocabulaire, comme quelqu'un qui parlerait avec ce qu'on appelait dans mon enfance "une voix de crécelle." En fait, on reconnait le macronien à l'oreille, dès les premières mesures avec un peu d'entrainement beaucoup plus qu'à l'allure car il ressemble tantôt à un cadre dynamique en veste fitée tantôt à une mère de famille à lunettes, la quarantaine souriante des hôtesses d'accueil, des directrices d'école maternelle et des psychiatres qui sont en train de signer en vous regardant avec bienveillance votre certificat d’internement à la demande d’un tiers.
A part l'encadrement des macronistes,  constitué par des routiers cyniques,  par des médiatiques vieillissants qui se veulent modernes alors qu'ils sont proche du gâtisme et par des politiques opportunistes hâtivement repeints aux couleurs de la République en marche, le macroniste de base cherche dans la politique ce qu'il n'a pas trouvé ailleurs: de quoi remplir sa vie. 
Il ne s'agit pas d'un idéal militant sanctifié par l'histoire ou la tradition familiale comme chez les gaullistes, les communistes, les démocrates chrétiens, les socialistes d'avant la mue hollandiste, non il s'agit d'un produit de consommation populiste, un genre de menu McDo de la semaine, aux graisses consolantes, au moelleux régressif. Il s'agit d'une pure idéologie du marketing qui permet de masquer que nous avons à faire à une bonne vieille révolution conservatrice néo-libérale, une reprise en main technocratique des intérêts du capital derrière un jeunisme qui tiendrait lieu de tout. On est macroniste de la veille, la conversion a été brutale, façon Claudel derrière son pilier de Notre-Dame et encore Claudel s'était-il mis à croire en Dieu qui existe depuis deux mille ans et des poussières,  alors que Macron n'existe que depuis avant-hier.
Non, ce qui est inquiétant, ici, c'est le fond. Le fond qui existe à peine mais suffisamment pour faire peur. L'émetteur de ce statut nous indique en effet que "La politique autrement!" (point d'exclamation), c'est "sans clivage et sans idéologie partisane.". Diable, on aurait cru précisément que la démocratie, c'était la conflictualité, qu'il fallait une majorité et une opposition et que précisément, on avançait grâce au "clivage". Qu'en dehors de périodes exceptionnelles ou sur des dossiers très précis, mais rares, on ne pouvait pas s'entendre, on devait pas s'entendre même car on aura beau faire, on ne mettra jamais tous les Français d'accord, et c'est heureux, sur leur rapport au travail, à l'amour, sur leur perception de l'avenir, sur les inquiétudes, les peurs, les espérances qui sont les leurs. Cela les empêchent-ils d'être pourtant français, et d'appartenir à une communauté de destins, de participer à "un plébiscite renouvelé chaque jour" comme disait Renan ? Certainement pas. Ca, c'est ce que Macron veut faire croire.
On notera d’ailleurs l'expression "idéologie partisane". Pour le macroniste, l'idéologie, c'est comme l'enfer chez Sartre, c'est toujours les autres. Le macroniste, lui, n'a pas d'idéologie, il est pragmatique. Or le pragmatisme étant un simple aménagement de ce qui existe, il est de fait une idéologie puisqu'il se satisfait d’une société inégalitaire vivant dans une économie de marché de plus en plus dérégulée. Mais non, déjà, dire cela, c'est "partisan" donc faux dans l’imparable logique du fan macroniste.
Pour le reste, on ne fera pas de mauvais procès à l'auteur du statut en lui faisant remarquer que l'expression « France Nouvelle » a de fortes connotations d'extrême droite: le macroniste de base contrairement à ses chefs, est en général assez inculte politiquement, sinon il ne trouverait pas Jupiter très nouveau puisqu’il a un programme qui date de Reagan.
 On conclura pour finir que pour notre ami, les années 70 représentent la plus haute antiquité, voire s'apparentent à la mythologie revue par Sophocle, puisqu'il n'aime pas son "papa", comme n'importe quel victime d'un Oedipe mal résolu.

Jérôme Leroy

(paru sur Causeur.fr)

dimanche 9 juillet 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 86

"La vie me va comme un manteau 
 oublié au vestiaire par un inconnu."

Frédéric Lasaygues (1953-2010), Carentan, deux minutes d'arrêt (Le Castor Astral)

Nos amis de Hambourg

Bien sûr, la question "comment" dans l'extrait ci-dessus du Monde daté de dimanche-lundi est plaisante et pertinente:  elle salue implicitement l'audace et le courage de la belle jeunesse émeutière qui refuse le Talon de fer et a désorienté les prétoriens chargé de protéger le G20, cette réunion périodique des administrateurs du désastre en cours. 
Mais le jour où les médias et leurs commanditaires poseront aussi et surtout la question "pourquoi", on pourra commencer à parler d'information.

vendredi 7 juillet 2017

Je sais juste


Je ne prendrai pas parti
entre les tenants d'une poésie littérale
et ceux du nouveau lyrisme
Je sais juste que nue contre moi
tu es nue contre moi
et que ce que je respire
c'est toi le temps ta peau
le voyage la révolution
le drap la lavande
et encore toi
et encore toi
Je sais juste que sur la table de nuit
il y a des lunettes noires
et dehors un grand soleil d’été
et encore toi
et encore toi.


©jérômeleroy7/17

jeudi 6 juillet 2017

Un peu tard dans la saison, dernières critiques, 3

Bernard Quiriny, lui aussi un écrivain "dans notre genre", a aimé Un peu tard dans la Saison et y consacre sa chronique dans L'Opinion.

Un peu tard dans la saison, dernières critiques, 2


Merci à Sophie Pujas qui nous cite abondamment dans Le Point de cette semaine, à propos de la vogue de de la dystopie.

Un peu tard dans la saison, dernières critiques, 1

Immense bonheur, étant donné la sympathie que nous inspirent l'homme et l'oeuvre, à la lecture de cette chronique de Sylvain Tesson dans le magazine Lire de juillet-août entièrement consacrée à notre dernier roman avec, cerise sur le gâteau, une comparaison avec Maintenant, le dernier opus des coeurs purs du Comité Invisible...

mercredi 5 juillet 2017

Le macronisme, c'est aussi une pédagogie


 
A la fois très réactif et très social, Folio vient de sortir dans un format inhabituel pour la collection, le nouveau code du Travail, avec des dialogues pour que ces cons d'assistés comprennent car le macronisme, c'est aussi une pédagogie.

dimanche 2 juillet 2017

Meeting Sam Millar





Sam Millar:  lutte armée, prison, banditisme, prison. Et par-dessus tout la classe dans la vie et le style pour le dire. 
Tough guys don't dance avec le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. 
Lisez On the brinks, vous comprendrez.

mardi 27 juin 2017

Baudrillard, Dieu et le doo wop.




Il n'y aura plus personne pour pardonner car comme l'écrit fort justement Jean Baudrillard dans Cool Memories, "Dieu est parti mais il a laissé son jugement comme le chat de Chester laisse derrière lui son sourire." 
Enjoy your doo wop, dansez serré dans la nuit d'été, aimez-vous et surtout évitez les balles.

Hulot, si tu lisais Charbonneau?

Dans le petit scénario bien monté du duel entre le ministre de l'Agriculture Travert et le ministre de l'Environnement Hulot sur la réintroduction des pesticides, Hulot est sorti vainqueur. C'était prévu. L'écologie selon Macron qui en a si peu parlé dans sa campagne, cela va être du "greenwashing" continu, c'est-à-dire une récupération capitaliste des marchés rentables dans la protection (ou la réparation) de l'environnement mais en aucun cas un projet politique sur le mode de production et le type d'économie qui aujourd'hui achève de ravager la planète.
Donc, l'écologie selon Macron, ce sera: le ministre A veut remettre en question une mesure écologique acquise, Hulot dit non. Le ministre B veut remettre en question une autre mesure écologique acquise qui concerne son secteur, Hulot dit non. Dans tous les cas de figures, on communiquera sur les arbitrages favorables (ceux qui ne le seraient pas ne seront pas mis en scène) pour Hulot. Et l'écologie macroniste sera ce maquillage (comme on maquille une voiture volée) d'un libéralisme qui n'en a rigoureusement rien à fiche que la planète ne soit pas une propriété privée mais une colocation (avec d'autres colocataires qui viendront après nous.) Il passera pour écologiste, Jupiter, en ne démontant pas trop les concessions minimales arrachées par les ministres précédents de l'Ecologie et comme le vrai est un moment du faux, ce statu-quo à peine écorché passera pour une victoire.
Il faudrait peut-être conseiller à Hulot, la lecture de Bernard Charbonneau (1910-1996), penseur de l'écologie avant qu'elle ne s'appelle comme ça, ami de Jacques Ellul et surtout prophète du "greenwashing",  c’est à dire une sorte de bonne conscience verte qui ne coûte pas cher et qui masque le désastre en cours, dans un livre de 1969, Le jardin de Babylone.: « Dans la société occidentale, où l’idéal de production est lié à la poursuite du profit, les discours sur la protection  de la nature, notamment en France, ne servent qu’à camoufler la généralisation d’une banlieue, parfois sordide. » Charbonneau analyse aussi comment la plasticité du capitalisme lui permet de transformer l'aménagement écologique de l'horreur en marché et de nous vendre au prix fort ce qui nous reste de nostalgie d'un Eden  perdu.
On va le dire dit autrement, et on ne fait que reprendre l'idée centrale du Jardin de Babylone: il est impossible de se revendiquer de l'écologie sans penser une rupture avec le capitalisme.  (C'est de ses atermoiements autour de cette question qu'est virtuellement morte l'écologie "politique" en France. )
Tout le reste n'est une impasse au mieux, une hypocrisie criminelle au pire et, dans les deux cas une simple administration du désastre.

dimanche 25 juin 2017

Jean Baudrillard, dix ans après

"Il ne faut jamais choisir la ville idéale, ou le cadre de vie idéal, ou la femme idéale. Car en cas d'échec, la responsabilité est infernale."

"La fraîcheur de l'oreiller, l'été, c'est celle du désespoir."

Dix ans déjà qu'il a disparu. Le terme ici n'est pas un euphémisme pour désigner la mort. Je ne suis pas certain que Baudrillard soit mort. Il vit d'une autre vie dans les réseaux qu'il avait prophétisés, une vie plus intense que celle des trois-quarts de ces étranges philosophes vivants qui font surtout du bruit avec la bouche, rajoutant du brouhaha au brouhaha.
Baudrillard nous aura aidé à penser ce qui se passait, ce qui se passait vraiment en conceptualisant en direct, et avec les moyens du bord à sa disposition dans les années 90, la transformation radicale d'une réalité qui devenait un moment parmi d'autres d'un virtuel dont la technologie s'affinait chaque jour. Et ce que cette mutation anthropologique allait provoquer de bouleversements dans notre rapport au texte, au sexe, à la politique, à l'amour, au temps, aux paysages, à l'art. 
Chaque jour qui passe vérifie ses intuitions. On ne lui fera pas l'insulte posthume de le comparer à ceux qui prétendent aujourd'hui faire de la philosophie dans les journaux ou la radio et sont aussi creux mais plus approximatifs que les éditorialistes des chaînes info avec qui on les confond désormais.
On se souvient qu'on achetait Libé d'abord pour lui (avec Marcelle, Daney et Skorecki, disons.)
On se souvient qu'à la fin, il citait Ballard et Baudouin de Bodinat et que nous est apparu alors que tout se tenait,  que tout était très clair, même si nous ne pourrions pas nous opposer à ce qui venait. Au  moins, aurait-on la consolation, grâce à lui,  de pouvoir nommer assez précisément ce qui allait nous tuer, ce qui nous tue aujourd'hui.
Et, plus on lit et relit ses Cool Memories, plus on comprend qu'il était aussi un poète.
Mais pourquoi "aussi"? Baudrillard était une manière de Grec ancien, de matérialiste enchanté, c'est à dire quelqu'un pour qui la poésie et la philosophie ne faisaient qu'une, comme chez Lucrèce, l'autre grand penseur du simulacre et de l'illusion.
"Quand certains ne  rêvent que de transformer le monde, d'autres, le considérant comme disparu, ne songent qu'à en effacer les traces."

jeudi 22 juin 2017

Pour saluer l'été




Finalement, il n'aurait cru qu'en l'été, l'hypothèse communiste et les filles qui dansaient. L'ordre d'arrivée avait varié selon les périodes de sa vie, mais on y retrouvait toujours ces trois passions heureuses. L'âge venant, l'été tenait la corde. Il n'y en aurait plus tant que ça, des étés. Mais une certaine sérénité l'avait amené à croire que le paradis ressemblerait à cette danse de la Spaak dans La Noia et lui, au soleil, à comprendre que l'éternité, c'était plutôt un truc cool, en fait.

mercredi 21 juin 2017

lundi 19 juin 2017

De la poésie, des poètes, des polders et de la rue Roger Salengro



Jean-Marc Flahaut, mézigue, Fançois-Xavier Farine et Thierry Roquet sont sur un polder.
Je crois que la chose la plus intelligente pour ma santé morale que j'ai faite depuis longtemps, c'est d'aller écouter des poètes vivants lire leur poésie, samedi soir. 
Il faisait à peu près trente degrés, et dans le Nord, quand il fait chaud, il fait plus chaud qu'ailleurs parce que ça n'arrive pas souvent. Les poètes en question étaient Jean-Marc Flahaut et Thierry Roquet. La rencontre, organisée par l'irremplaçable François-Xavier Farine qui est le meilleur défenseur, érudit et doux, qui soit de la poésie contemporaine, avait lieu au bar Le Polder, rue Roger Salengro, à Hellemmes. 
En fait, la rue Roger Salengro change de nom quand on passe de Lille, (où elle s'appelle  Pierre Legrand) à Hellemmes. Si j'insiste, c'est que j'aime bien cette rue. C'est une rue du monde d'avant avec des épiceries, des bistrots, des brocantes, des merceries, des drogueries, des graineteries, bref tous ces noms qui vont bientôt disparaître du dictionnaire puisque le signifiant a toujours un peu de mal à survivre longtemps au signifié quand celui-ci tire sa révérence. Les gens, comme dirait le nouveau lider maximo de la gauche radicale, sont des vraies gens de toutes les couleurs qui ont l'air d'avoir leurs problèmes, leurs joies, assez peu de pognon et beaucoup d'enfants. C'est aussi la rue où l'on trouve l'Espace Marx et le siège du journal communiste Liberté Hebdo où j'écris une chronique depuis une petite dizaine d'années, maintenant.
Si je donne ces détails, c'est pour préciser l'esprit du lieu qui formait somme toute un écrin parfait pour la poésie de messieurs Flahaut et Roquet. C'est une poésie de la vie quotidienne, c'est une poésie avec des mots de tous les jours, c'est une poésie qui fait sourire et qui fait pleurer, mais discrètement, on a sa dignité. C'est une poésie pour les gens de la rue Salengro à Hellemmes, c'est à dire une poésie qui vit d'une vie vraiment humaine. D'ailleurs,  je ne cesserai pas de m'émerveiller que parmi la trentaine de personnes dans l'assistance, des clients étaient venus boire une bière en habitués et ont écouté messieurs Flahaut et Roquet avec le même naturel que nos poètes mettaient à lire leurs textes.
Mais après tout, lisez-là, cette poésie, ou faites-vous la lire par vos amoureux, vos amoureuses, vos enfants, vos oiseaux, vos chats, vos fleurs. Il est assez facile, on l'ignore trop souvent d'apprendre à lire aux oiseaux, aux chats et aux fleurs. Il suffit d'un peu de pédagogie.
Comme on est serviable, on vous met en photographie, outre les poètes en question en compagnie de votre serviteur, des livres de ces messieurs qu'on avait achetés ou qu'on a achetés à cette occasion. 
La poésie s'achète aussi, vous savez, du moins tant qu'on n'aura pas aboli l'économie, elle n'est pas gratuite, la poésie, sinon cela signifierait qu'elle ne vaut rien.
Pour le reste, en ce samedi soir caniculaire, j'ai eu la merveilleuse sensation à l'issue de cette petite heure de lecture, que le bonheur lui aussi, avait bu une ou deux pressions au Polder, rue Roger Salengro.


PCF IS NOT DEAD


dimanche 18 juin 2017

Pasteur, réveille-toi...

On peut ne pas aimer les labos pharmaceutiques. 
On peut ne pas aimer En Marche. 
On peut ne pas aimer la ministre de la santé. 
Mais on n'est pas non plus obligé de dire des conneries sans savoir sur la vaccination ou adopter ce comportement irresponsable et égoïste qui consiste à ne pas vacciner ses gosses parce que comme les autres parents le font majoritairement, du coup, on est tranquilles. 
Après, on peut aussi faire comme s'il n'y avait pas de résurgence de la rougeole avec quelques dizaines de nourrissons qui ont passé l'arme à gauche ces dernières années. 
On sera de vrais rebelles anticapitalistes et écolos à qui on ne la fait pas. 
On sera surtout très cons ou très morts.
Pasteur, réveille-toi, ils sont devenus fous.

La première chose à faire était de hisser les couleurs

18 juin. Oui, mais ça, c'était un 18 juin du monde d'avant. 
Sinon, là, je mets un bermuda, des bateaux et j'arrive. On mangera des rougets à la tapenade en attendant le retour de l'Histoire. Elle revient toujours, comme toi. Je m'aperçois que j'ai trois ans de plus que De Gaulle sinon, alors sois gentille de charger les Américano. Parce que ça, plus les 400 coucous de Midwich pour ce soir, c'est dur.

jeudi 15 juin 2017

Rien n'a changé rien n'achangé




A nos innocences retrouvées
à nos mauvais rêves dissipés
à nos héraldiques à nos blasons
Losanges d'azur et d'or
accompagnés de matin bleu
et d'anges blonds en scooter
d'un croissant de doo wop
sur champ de sable
au lion de gueule
et filles qui dansent
à nos chansons nos plages
nos livres nos transats
nos caresses sur 
la fraicheur
évidente 
la cambrure 
émouvante
Rien n'a changé rien n'a changé
Le 45 tours improbable
de la toute première fois
tourne dans la vieille maison
tourne  toujours et encore
tourne et nous attend
derrière les stores entrouverts
à nos innocences retrouvées
à nos mauvais rêves dissipés

mardi 13 juin 2017

Beaucoup de ciel


beaucoup de ciel
ça suffira
je t'assure
pour l'instant
beaucoup de ciel
pour reprendre
son souffle
un instant
beaucoup de ciel
pour revenir
à la beauté sereine
dans le temps
beaucoup de ciel
s'il est bleu
sans nuages
tant mieux
mais
beaucoup de ciel beaucoup de ciel beaucoup de ciel

©jerome leroy 06/2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 85


Je ne sais
comment j’arrive à me suivre
à m’entendre
à racler le peu qui me reste.
Je n’irais pas loin
si je n’emportais pas sa voix
si je n’avais pas ce ruisseau
de sa main
sur la mienne.
Ce que je retrouve le soir
détourné par un baiser.


Thierry Metz, Tel que c'est écrit (L'arrière-pays)

dimanche 11 juin 2017

Pour l'honneur

Tnadis que L'Elu attend avec impatience la majorité absolue,
d'autres vont vivre autrement d'une vie humaine
"Nous sommes venus au lieu où je t’ai dit que tu verrais les malheureux qui ont perdu le bien de l’intelligence. » (Dante, L'Enfer, chant III)
Jamais, ce matin, après une semaine parmi les beaux vivants des Nuits Noires d'Aubusson, l'idée d'aller voter, pour tenter, au milieu de la désunion la plus totale et sinistrement habituelle de mon propre camp, d'empêcher l'invasion programmée des profanateurs de la sépulture de l'Etat Providence et celle de leurs électeurs, enfants d'un Midwich ubérisé planétaire, ne m'a semblé aussi dérisoire. J'ai des procurations, la candidate communiste implantée depuis vingt ans (opposée à un FI...) est une bonne camarade.
Alors, une dernière fois.
Pour l'honneur. 
Après, on liquide et on s'en va. 
Se souvenir de William Holden dans Breezy, par exemple.

samedi 10 juin 2017

Sécession douce

Il allait bien falloir quitter Aubusson et ses Nuits Noires. Pendant quelques jours, le temps s'était suspendu. Par éclats était apparu ce que d'autres avaient appelé une zone d'autonomie temporaire ou une utopie concrète ou une communauté affinitaire. Les gens avaient fait ce qu'ils avaient toujours aimé faire: lire, faire lire; écrire, faire écrire; passer l'énergie, prendre l'énergie, rester au soleil en terrasse, discuter jusqu'à pas d'heure dans des maisons du moyen âge avec vue sur la Creuse, battre la campagne, passer des ponts...
Il se prenait à rêver qu'un peu partout, au lieu d'aller voter avec enthousiasme pour leur propre ubérisation, d'autres gens fassent la même chose: ce qu'il leur plaisait pour retrouver en douceur la saveur fraîche et forte de l'autonomie et de l'émancipation. Et surtout, qu'ils ne reviennent plus. Laisser aux fossoyeurs l'illusion qu'ils gouvernaient alors qu'il n'y aurait plus eu personne pour se soumettre à leurs décrets fantomatiques.
Il n'était pas trop tard. Il n'était jamais trop tard
-On s'en va, mon amour?
-On s'en va.

jeudi 8 juin 2017

De cette vie française...

-Tu te souviens des sous-préfectures et des vieux lycées endormis sous le soleil de juin? De cette joie poignante à l'approche des vacances, de Macha qui avait dit oui, et de l'édition de poche des Trois mousquetaires? De cette vie française qui devait être droite et lumineuse comme la nationale bordée de platanes qui longeait la rivière? 
-Non.
-Tu te souviens qu'il y a eu un monde avant la Start-up Nation?
-Non.

Recherche une jardinière

Le ciel est bleu, la Creuse est belle et les Français, cette fois-ci en toute conscience, s'apprêtent à donner une majorité à des godillots au service des intérêts de classe du capital qui vont les renvoyer, en souriant comme des drogués,  chez Dickens et Zola réunis. Devant un tel degré de bêtise suicidaire, je ne suis pas fatigué, je suis juste en rogne.
Mais comme je n'aime pas la mauvaise humeur misanthropique,   je pense que je vais arrêter après le 17 juin de jouer dans les farces électorales. Je songe à ouvrir du côté du plateau de Millevaches une école autogérée dans une communauté affinitaire où l'on apprendra aux enfants le jardinage, la poésie et le maniement des explosifs, ce qui revient au même. Je recherche donc une jardinière pour parachever le projet. 
Pour le reste, ça ira, merci.

lundi 5 juin 2017

Aubusson, encore une fois

Très heureux de retrouver toute la bande pour des rencontres, des ateliers d'écriture et la remise de prix avec les collégiens et les lycéens venus de Creuse, de Haute-Vienne et de Corrèze, c'est à dire au "centre frais de la France" comme disait ce cher Larbaud.

dimanche 4 juin 2017

Perec en Pléiade

Georges Perec n’est pas un écrivain maudit, c’est peut-être pire : il est méconnu. On objectera qu’il reçoit aujourd’hui l’ultime consécration d’une édition de la Pléiade et d’un album dans la même collection, qu’il est présent dans les manuels scolaires, les histoires de la littérature, que ses œuvres sont facilement trouvables, et que certaines, comme Je me souviens, longue anaphore sur la mémoire, autofiction avant l’heure, sont même des best-sellers, ou plutôt des long-sellers ; enfin, que La Vie mode d’emploi (prix Médicis 1978), ce roman total, a acquis une place de chef-d’œuvre quand bien même ses vrais lecteurs ne sont pas si nombreux, tant ce livre où le but consiste à mettre le maximum de personnages et d’objets dans le minimum d’espace exprime une exigence nouvelle.
On ne peut même pas dire que Perec, né en 1936 et mort en 1982, ait connu le purgatoire, cette période de latence où les auteurs partis dans la fleur de l’âge sombrent presque aussitôt avant que la postérité décide de les en sortir ou de les y laisser définitivement. On n’a cessé, depuis sa disparition, de voir chaque année ou presque paraître des inédits, des biographies, des essais, des études universitaires, et Perec aura même eu droit, comme on pourra le découvrir dans l’album établi par
Claude Burgelin, à des timbres édités par la Poste à son effigie pour le vingtième anniversaire de sa mort, en 2002.
Reste à savoir si cette postérité ne repose pas sur un malentendu, auquel cas cette édition de la Pléiade serait le moment de redécouvrir une œuvre que l’on aime pour de mauvaises raisons ou, plus exactement, des raisons confortables qui placent Perec dans le rayon des laborantins amusants, auteurs de romans « lipogrammes » en « e » comme La Disparition ou, à l’inverse, seulement avec des « e » comme Les Revenentes.
De plus, pour son malheur, Perec est un écrivain adoré dans les collèges. Perec, pour le formateur d’ESPE (ex-IUFM), c’est de l’avant-garde facile à comprendre, aisément digérable pour les jeunes enseignants qui, à leur tour, se retrouveront devant des élèves qu’ils pourront convaincre que la littérature se réduit à L'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), c’est-à-dire envisagée uniquement dans sa dimension ludique. L’Oulipo, dont Perec fut un des membres éminents, est cette usine à gaz inventée par un Raymond Queneau farceur qui voulait voir quel effet ça lui ferait, à la littérature, d’être transformée en OGM par l’injection massive de mathématiques, de probabilités, de lois sur la thermodynamique, nous en passons et des bien pires. Quand l’écrivain est bon, cela donne des textes parfois remarquables, et il est vrai que Le Chiendent de Queneau, cette critique romanesque du Discours de la méthode, est une entreprise plutôt convaincante.
Mais ce sont les épigones de Perec qui sont insupportables, ces écrivains à l’inspiration exténuée réfugiés dans un formalisme qui fait office de colonne vertébrale et confère à des fictionnettes simplement amusantes l’allure d’objets de haute technologie que nous sommes priés d’admirer avec le même ennui que le chaland dépourvu du permis de conduire quand on le traîne au Salon de l’automobile.
Perec est évidemment bien plus que cela. Il y a chez lui le désir jamais démenti d’une mise en ordre et en forme du réel. L’obsession majeure de Perec est de penser et de classer, de redonner un sens à un monde effrayant, d’une absurdité cruelle et angoissante. On pourra trouver, sans doute, une raison biographique à cette volonté. Fils d’émigrés juifs polonais réfugiés en France dans les années 20 du siècle dernier, il perd son père engagé dans la Légion étrangère le 16 juin 1940 et est envoyé à Villard-de-Lans dans un internat catholique alors que sa mère Cyrla et une bonne partie de sa famille sont déportées à Auschwitz.
Ce traumatisme majeur dont on retrouve des traces métaphoriques dans W ou le souvenir d’enfance laisse un Perec orphelin qui retrouvera dans le langage et ses contraintes une manière de miroir à celles que la vie lui a imposées. La psychothérapie qu’il entame avec Françoise Dolto à treize ans, puis la psychanalyse conjuguées à des études chaotiques et des périodes de dépressions dont on aura l’écho dans L’homme qui dort contribuent à faire de la littérature sa planche de salut intime, qui lui permet de nommer ce qui le hante en silence tout en se livrant à une description minutieuse, secrètement angoissée, de cette société des années 1960 dont il offre une vision demeurée célèbre dans Les Choses (Prix Renaudot 1965), ce roman au conditionnel qui est l’une des premières peintures de ce qu’on commençait à appeler la société de consommation, à travers l’insatisfaction perpétuelle d’un jeune couple d’intellectuels apparemment à l’aise dans leur époque. On n’oubliera pas, ainsi, que l’un des maîtres de Perec fut Henri Lefebvre, le philosophe et sociologue marxiste dont La Critique de la vie quotidienne devait également inspirer au même moment Guy Debord et les situationnistes.
Chez Perec, la structure, la forme, la combinatoire (il fut un grand joueur de go et publia un traité sur la question) sont autant de refuges, de moyens de s’abstraire de ses cauchemars récurrents. La précision paranoïaque de Perec, qui est sa marque de fabrique, renvoie d’ailleurs, comme souvent chez lui, à une certaine ambiguïté, telle qu’elle apparaît par exemple dans le dernier texte publié à titre posthume, que l’on trouve dans cette Pléiade, L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation : il s’agit de se raccrocher au réel pour ne pas sombrer dans la névrose alors qu’on est dans un monde totalitaire, kafkaïen, où les personnages gardent leurs noms à peine quelques lignes avant d’être réduits à des initiales.
« Autant dire que Perec, lecteur de Rabelais, de Proust, de Joyce, de Thomas Mann, reste un écrivain profondément moderne, alors même que les formes et les modes de sa sensibilité paraissent le rapprocher de notre âge contemporain, volontiers qualifié de “postmoderne” », écrit ainsi Christelle Reggiani, maître d’œuvre de cette Pléiade. C’est bien cette tension qui fait de Perec cet écrivain majeur du vingtième siècle.

Œuvres  de Georges Perec (La Pléiade, édition dirigée par Christelle Reggiani, deux volumes, 2017)
Album Georges Perec de Claude Burgelin (La Pléiade, 2017)

 (Causeur magazine, mai 2017)