mardi 27 janvier 2015

lundi 26 janvier 2015

Dites, les camarades...

Camarades du KKE, votre passé admirable dans la Résistance, lors de la guerre civile et sous les Colonels, méritent tout notre respect, et même un peu plus que ça.
Mais si vous pouviez retirer vos gros doigts staliniens de votre cul, elle est là la majorité rouge-rouge!

vendredi 23 janvier 2015

"Je ne veux pas de conneries comme ça chez moi!"


                                                    
Je dis pas que Jean Yanne était un modèle de finesse, de féminisme et de progressisme. Mais bon, il y a quelque chose de profondément salubre là-dedans, quand on voit se dessiner sous nos yeux le nouvel ordre moral qui allie les dames chaisières barbues et les imams en voilette, à moins que ça ne soye le contraire. Faut dire que j'ai pu toute ma tête depuis qu'on m'esseplique la liberté d'esspression à la tévé comme quoi en fait ça dépend de ce qu'on essprime, la liberté d'esspression.


Il existe un pays où quand on blasphème, on prend des coups de fouet, on se fait mutiler ou lapider en public. Néanmoins, ce pays ayant refusé la théorie du genre puisque les femmes n'ont pas le droit de conduire et disposant d'importantes réserves pétrolières, il aura le droit à la double indulgence de la Manif pour tous et des Américains. Sacré Abdallah, t'étais un vrai malin.


Réarmement moral mon cul. Si tu veux sanctionner les comportements antirépublicains chez les mômes, rends d'abord la république républicaine.

Toi aussi méfie toi des punaises de sacristie déguisées en alters...

Finalement, l'islamiste sera toujours plus supportable au catho intégriste (genre "anarchriste" avec des références de gauche orwellienne et décroissante pour égarer l'adversaire) que le communiste, le progressiste et même le laïcard oldschool. Ils écrivent des articles un peu fielleux ces temps-ci qui sous-entendent que, eh bien, si on y pense, les gars de Charlie, au bout du compte, ils l'auraient bien cherché un peu tout de même.
Ils font la fine gueule désormais pour la manif du 11 janvier au nom "que c'est pas bien quand même le blasphème" mais s'exaltaient aux manifs contre le mariage pour tous avec d'ailleurs des bus de barbus qui leur prêtaient main forte. Intégristes de tous pays unissez-vous contre la sodomie, le genre et contre la liberté d'expression, aussi. Mais évitez de parler de la misère sociale et de la lutte des classes, c'est sale.
Je m'en fous, Syriza va gagner dimanche. Et Lassana Bathily est devenu français: fais gaffe quand même, Lassana, il y a aussi des Français blancs qui sont de sacrées punaises de sacristie déguisées en jeunes alter
.
Je sais aussi que dans leurs schémas binaires, c’est quand même un peu con que ce soit des gens de gauche, des libertaires et des anars qui aient morflé à cause des barbus. Pas de pot, hein, vous nous soulez la tête avec l’islamogauchisme mais voilà que ceux qui refusent de se déculotter, justement, c’est cette gauche de la gauche que vous voyiez forcément en agent du Hamas. C’est oublier que ceux que les islamistes détestent le plus, ceux qu’ils éradiquent en premier, quand ils arrivent au pouvoir, ce sont les progressistes, les rouges, les partageux, les pédés, les femmes. 
C’est bête hein? 
Allez, un petit quizz.
Quel est le seul homme politique de premier plan buté en Tunisie au début du printemps arabe? Quel est le premier parti gazaoui dézingué par le Hamas à peine arrivé au pouvoir? Qui Khomeini a flingué en tête de liste dans les partis qui l'avaient aidé à renverser le Shah? 
Le pire ennemi du fanatique islamiste en dernière analyse, c’est pas le droitard islamophobe qui est islamophobe parce qu’il a perdu ce que l’islamiste a encore (domination masculine, féodalisme, foi aveugle). Son pire ennemi, c’est le mec qui dit "Merde à dieu'" et qui se fait enterrer au son de l’internationale.
E basta cosi!

lundi 19 janvier 2015

Un manque soudain et régulier

"Je n'ai rencontré qu'une fois Antoine Blondin: c'était un an après sa mort." 
Frédéric Berthet, Paris-Berry

 
J'ai beau chercher une définition, je ne sais toujours pas, au juste, ce qu'est un écrivain. Mais je suis sûr que Frédéric Berthet en était un.

dimanche 18 janvier 2015

Autocritique

Cécile Duflot annonce son soutien à Syriza pour les élections grecques du 25 janvier. Voilà un cas assez rare d'une politique qui m'énerve de moins en moins. Il faut dire qu'elle est de plus en plus à gauche en vieillissant, comme mézigue. Même si elle part de plus loin, à vrai dire. Je l'avais déjà trouvée impeccable lors de la mort de Rémi Fraisse Je regrette donc toutes les horreurs que j'ai pu écrire sur elle ici et là. 
Et puis ça tombe bien, comme ça je vais pouvoir dire, sans être taxé de machisme excessif, que dans son genre, je l'ai toujours trouvée hypersexy, en plus. Le genre copine de seconde, avec des hanches, qu'on raccompagne à l'arrêt de bus. 
Bon dieu, comme le temps passe.



L'Ange gardien sur RTL

vendredi 16 janvier 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 28

"Une minute de cris de joie de chanson de rire et de
    bruits et de longues nuits en hiver avec
    des heures supplémentaires pour rêver qu'on est en
    été et de longs jours pour faire l'amour et des rivières
    pour nous baigner de grands soleils pour nous sécher"

Jacques Prévert


mercredi 14 janvier 2015

Propos comme ça, 18



Sur la situation présente, pour éviter angélisme et paranoia, penser à relire Le perdant radical de Hans-Magnus Enzensberger (Gallimard, 2006). Ca nous change des dialogues entre des rioufols et des rokayadiallos du style:
-Islam et islamisme, c'est la même choseu, nananèreu!
-Mais non, mais non, heu, c'est rien que la fauteu de l'oppression blancheuh!"


 L'humour botté du néoréac à tendance nerf de boeuf sous le comptoir, lui fait écrire "padamalgam" pour moquer ceux qui persistent à refuser de confondre musulmans et islamistes.  Ce serait de naïfs "bisounours" (terme gentil du néoréac) ou de sinistres "collabos" (terme méchant du néoréac, qui sait pourtant souvent de quoi il parle quand il parle de collabo, étant donné sa généalogie familiale ou intellectuelle). Et pourtant, oui, pas d'amalgame, augustes pétomanes:

A Ramallah, ce matin, source AFP et RTL


A ce moment là, le néoréac qui est aussi un islamologue distingué, un couillu qui sait de quoi il cause vous explique:"Taqiya!". Mot savant pour dire, en gros, que le bougnoule est fourbe, forcément fourbe. 


Charlie Hebdo: 700 000 exemplaires en quelques secondes ce matin quand ils avaient du mal à en vendre 50 000 en un mois. Effectivement, c'est dur d'être aimé par des cons.

Il paraît que toute cette racaille-là, OWS, Anonymous, Zadistes et compagnie, c'étaient des "islamogauchistes", comme ils disent, les néoréacs. Ils se seraient trompés? On pourrait être anticapitaliste sans être antisémite et toussa? Naaaan! Mais si, mais si.  Du coup, il y a des néoréacs qui vont devoir prendre la balayette et l'enfoncer dans leur fignedé avec le manche et l'étiquette...Spéciale kasdi aussi, pour les néocons, pour qui toute personne demandant une augmentation du Smic veut forcément, in fine, reconstruire le goulag avec des minarets à la place des miradors. 

Quand je pense qu'il y a des acheteurs de Charlie, ce matin, qui ne voulaient pas, il y a quelques mois, que deux mecs s'entresodomisassent avec une bague au doigt...
Si Dieu existe, il a un certain humour quand même.




lundi 12 janvier 2015

Avec Valérie Pécresse, les conneries commencent...

Valérie Pécresse a déjà réclamé un Patriot Act à la française, dans un touite, dès dimanche. C'était prévisible pour n'importe quel lecteur un peu conséquent des Commentaires de GD, dit le Vieux de la Montagne qui écrivait déjà en 1988: 
"Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique."  
Pour les mal-comprenants, il ne s'agit pas d'un texte complotiste, il n'est pas dit ici que c'est l'Etat qui a armé les terroristes, il est juste dit que le capitalisme sait très bien utiliser ses ennemis pour montrer son excellence, comme le faisait Big Brother avec Goldstein. Et, l'occasion faisant le larron, assurer un peu plus de contrôle sur ses populations, au nom des droits de l'homme, évidemment. 
On appréciera aussi ce paradoxe que ce sont les plus libéraux en économie qui sont les plus liberticides en matière de libertés publiques, tant il est vrai que le dispositif qui empêchera, à l'occasion, des dingues barbus de faire un carnage pourra aussi servir, et de manière plus systématique, à empêcher une grève, un mouvement social, une zad, une manif...

Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil

Un communiqué de nos camarades espagnols d'Izquierda Unida.

dimanche 11 janvier 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 27

« Et si l’inutilité, la gratuité, le don, l’insouciance, le plaisir, la recherche désintéressée, la poésie, la création hasardeuse engendraient de la valeur ? Et si les marchands dépendaient – ô combien ! – des poètes ? Et si la fourmi n’était rien sans la cigale ? Voici venu le temps d’affirmer, contre les économistes, que l’inutile crée de l’utilité, que la gratuité crée de la richesse, que l’intérêt ne peut exister sans le désintéressement. »
Bernard Maris, dit Oncle Bernard, (assassiné le 7 janvier 2015), Antimanuel d'économie

La malle aux souvenirs

La malle aux souvenirs est ouverte: Charb, lors d'une signature dans la libraire de Saint-Denis-de-la-Réunion, octobre 2009.

samedi 10 janvier 2015

Charlie Hebdo: les mots pour le dire


charlie hebdo twitter france
Paru sur Causeur.fr
Le massacre de Charlie Hebdo et son traitement par Internet, les réseaux sociaux et les chaines infos peut être l’occasion  d’une leçon de vocabulaire ou de réfléchir au sens des mots. Comment le dire, comment en parler, comment essayer de formaliser l’émotion  sans sombrer dans l’abjection ou l’obscénité.
Les réactions de certains tweetos, qui se réjouissaient ouvertement de l’attentat dans une orthographe approximative, réactions relevées et dénoncées par Marc Cohen relevaient de l’abjection. L’abjection nous apprend le Littré, c’est ce qui est vil, qui doit être rejeté. Lautréamont, dans les Chants de Maldoror, parlait « du requin de l’abjection individuelle et du colimaçon monstrueux de l’idiotisme ». Comme cela a été justement souligné par l’ami Marc, une forte dimension de bêtise, qui n’excuse rien en l’occurrence, était en effet associée à ces prises de position qui n’avaient qu’un seul mérite : elle étaient abjectes, certes, mais elles étaient gratuites dans  la mesure où  s’exprimait une opinion, évidemment proche du degré zéro de la pensée, de la compassion ou de la sensibilité mais une opinion tout de même.
On franchit un stade, qui est celui qui nous amène de l’abjection à l’obscénité avec ce que l’on pourrait appeler le marketing de l’horreur. L’obscénité, c’est nous apprend le Littré, encore lui, ce qui offense la pudeur. Si l’on convoque l’étymologie, c’est ce qui doit rester hors de la scène. Les télés d’info continues sont presque nécessairement obscènes puis qu’elles vivent de ce qu’elles vont montrer ou pouvoir montrer pour accrocher le téléspectateur sur le mode hypnotique. C’est ainsi qu’on voit  les journalistes, et sur les plateaux et sur le terrain, finir par dire à peu près n’importe quoi à cause de la fatigue, de la répétition et d’une excitation qui finit par devenir, proprement, obscène. Pour qui est sensible à la tessiture des voix, l’hystérie rôde et l’hystérie ce n’est pas franchement bon pour l’info : or, ce que l’on devrait demander à une chaîne info, c’est de l’info, pas du spectacle.
L’obscénité naît de ce décalage. L’exemple le plus significatif a été cette danse du ventre autour des images de l’exécution du policier Ahmed Merabet. L’embargo annoncé avec des trémolos moraux dans la voix a assez vite cédé. Et d’images arrêtées en images arrêtées, on a fini  par tout voir. On le voyait déjà sur les réseaux sociaux ? Et alors, les réseaux sociaux ne sont pas des chaines infos mais le plus souvent des défouloirs. On pourra toujours estimer que voir la mort d’un homme exécuté par deux salopards alors qu’il est à terre et qu’il demande grâce relève de la pédagogie. Non, cela relève de l’obscénité pure et simple. Cette horreur ne convaincra personne. Les petits  cons qui approuvaient l’attentat par tweet ne seront pas convaincus par cette horreur et ceux qui savent à quoi on a affaire sont assez grands pour qu’on ne leur mette pas les points sur les i de cette façon là. Il ne me semble pas que la détermination de la population à lutter contre le terrorisme ait été moins forte dans les années 80, -je me souviens de l’horreur de l’attentat à la FNAC de la rue de Rennes-,  alors que nous n’étions pourtant pas abreuvés d’images de mutilations ou de corps explosés.
Dans un autre domaine, je ne sais pas qui a lancé le slogan « Je suis Charlie » qui est manifestement une émanation de ce génie populaire où naissent des formules qui resteront dans l’histoire, lors des moments de crise, comme en mai 68 avec « Nous sommes tous des juifs allemands » ou « Sous les pavés la plage ». Mais, par exemple, en 68, on n’a pas transformé comme ce fut le cas en moins de 36 heures pour « Je suis Charlie » ces slogans en tee-shirt, exhibé par Ali Baddou sur Canal, lui qui trouve Houellebecq à gerber mais manifestement pas une telle exhibition textile de bonne conscience.
En temps de guerre, ce n’est pas nouveau, les affaires continuent. Un stade supérieur de cette obscénité commerciale a été franchi sur Ebay. On y trouve le dernier numéro de Charlie sorti le jour même du massacre entre 650 et 1 000 euros en vent « immédiate » et une enchère montée jusqu’à 75 000 euros….
C’est quoi la prochaine étape, des photos volées à la morgue?

vendredi 9 janvier 2015

"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier"

C'est finalement la phrase qui me revient sans cesse en tête depuis le 7 janvier. Elle est de Stig Dagerman, celui qui disait, et il allait le prouver, que le suicide est un accident du travail chez les écrivains. Stig Dagerman parlait aussi de la dictature du chagrin et l'unanimisme autour de l'horreur a toujours quelque chose de réconfortant, certes, mais d'effrayant comme si nous devions avoir une lecture unique de ce qui s'est passé, une lecture limitée à ce chagrin. Mon copain Serge Quadruppani, avec sa lucidité habituelle, en dit quelques mots sur son blog. Il a sans doute raison. Il a sans doute raison un peu tôt.
Mais si j'évoque le besoin de consolation impossible à rassasier, c'est parce que je suis au-delà du chagrin immédiat, qui a pris une forme aigüe avec la mort de Charb car c'est la première fois, de fait, qu'un copain meurt dans un attentat et que je suis confronté sur un plan personnel à la violence historique que d'autres, sous d'autres cieux, connaissent quotidiennement. C'est la première fois que des scénarios que j'avais évoqués dans des romans prennent corps alors que je pensais par la fiction exorciser, conjurer le fatum comme disaient les Anciens. "Si je le raconte, ça n'arrivera pas. Si je pense à tous les accidents, toutes les maladies qui peuvent me tomber dessus, ils n'arriveront pas." Cette pensée magique a volé en éclats, évidemment, le 7 janvier.
Et j'ai besoin d'être consolé parce que ce 7 janvier a aussi révélé l'état avancé de la décomposition d'une société qu'on pousse tranquillement à la guerre de civilisations, voulant nous faire croire que le choix est entre les abrutis fascisants identitaires et les tueurs islamiques. On aura beau répéter que l'identitaire raciste hait l'islamiste parce qu'il voudrait ne pas avoir perdu ce que l'islamiste a encore, l'esprit de croisade, la domination masculine, le désir de soumettre, le goût de la violence sacrificielle, on aura beau répéter qu'ils sont les deux mâchoires du même piège à cons, plus personne n'écoute. 
La consolation apportée par la fraternité militante, le corps d'une femme qui vous serre contre elle ou la poésie ne suffisent plus, cette fois-ci.
Et à part une révolution, ou une disparition dans l'exil, je ne vois pas, vraiment pas, ce qui pourra rassasier ce besoin de consolation.

jeudi 8 janvier 2015

On est triste alors...

...on fouille les archives, forcément. Aux cantonales de 2004, à Lille, Charb avait fait gracieusement des affiches pour un candidat du Parti. Une avait fait scandale, elle disait "Je vote communiste et je t'emmerde". Mais il y avait aussi celle-là, qui complétait la série pour les Régionales et que je veux partager avec vous ce soir.

Le jour d'après, les larmes aux yeux

Charb, je le connaissais quand même bien. La fête de l'Huma, les 1er mai à Arras avec Colères du Présent et surtout ces dix jours, avec la même association, à faire des ateliers d'écriture ou de dessins de presse, à la Réunion, dans le quartier du Chaudron ou avec les ouvriers agricoles des Hauts. On trouvera des échos de tout ça dans FQG. C'était en 2009 et c'est là qu'il avait croqué tous les membres de l'équipe, dont mézigue. La dernière fois, c'était pour les cinquante piges d'un pote, à Arras. Il était avec ses pandores de garde 24h sur 24 dont j'ai bien l'impression qu'un des deux est resté sur le carreau hier. Et Charb n'aura jamais cinquante ans, donc.

Du coup, à Arras, pour les 1er mai de Colères du présent, il y en avait de la bande à Charlie et notamment Honoré dont j'ai appris la mort hier soir, tard. Il m'avait pratiquement fait cadeau de ça, après une bouffe et une longue conversation, en 2007. C'est vraiment de saison, je trouve.


C'est dur, tout ça, surtout quand on a en plus l'impression, alors que les cadavres sont encore tièdes, que se referment les deux fameuses mâchoires du même piège à cons.
Je pense à mon Babouse, aussi, bien connu des lecteurs du FQG qui n'a pas pu se rendre à la réunion de rédaction de Charlie, hier, au dernier moment.
Nous serons, camarades, les derniers civils. Et si ce n'est plus possible, nous partirons.

mercredi 7 janvier 2015

Je suis Charlie


Cold in july, vrai film noir

paru sur Causeur.fr



Que peut-on demander à un bon film noir en 2015 ? Que peut-on demander à un genre qui a trop tendance, pour se renouveler, à aller chercher du côté de la pyrotechnie flingueuse ou du maniérisme dépouillé crasseux janséniste ou encore de la banalité surjouée dans des décors d’une médiocrité hyperbolique à visée de critique sociale ? Pour répondre à cette question, on pourra aller voir Cold in July de Jim Mickle. Cold in July joue avec les codes du genre, y compris avec les travers dénoncés plus haut. Mais comme cela est fait de manière parfaitement consciente, voire assez roublarde, l’amateur ressort comblé.
Cold in July, c’est d’abord un bon scénario. Ce n’est pas évident par les temps qui courent où les arguments des films de genre ont de plus en plus tendance à tenir sur un ticket de métro. Mais ici, en l’occurrence, il s’agit de l’adaptation d’un polar de Joe R. Lansdale, un des très bons américains du roman noir d’aujourd’hui qui promène ses personnages dans un Texas à la fois violent, plouc et attachant. Dans Cold in July, au début mais au début seulement, il est question d’autodéfense. On est en 1989, dans une de ces petites villes où même ma chaleur n’arrive pas à effacer la banalité des vies quotidiennes made in America. Un couple est réveillé la nuit par un cambrioleur. Le mari un bon gars qui exerce le métier d’encadreur dans sa boutique va chercher un flingue en tremblotant. Il est joué par un Michaël C.Hall (Dexter) doté d’une coupe de cheveux de footballeur allemand des années 80 et d’une normalité presque encombrante. Il tire un peu par maladresse sur le voleur qui va éclabousser le canapé familial et une horrible croûte au mur avec sa cervelle. On est à la limite de l’esthétique volontairement cheap du gore qui fait toujours ressortir par contraste l’horreur de la violence.
A partir de là, tout va mal se passer. Notre gentil encadreur est traité comme un héros qu’il n’a pas envie d’être, la police locale arrange le coup y compris quand le père de la victime décide de se venger. Il est ici joué par le mythique Sam Shepard qui n’hésite pas à assumer son corps vieillissant comme seuls savent le faire les grands acteurs.
Evidemment, ce n’est là que la première partie du film. Dans la seconde, il va virer à l’équipée sanglante de trois hommes, l’encadreur banal, le père de la victime qui est en fait un ancien truand mutique et, ô plaisir mélancolique, Dan Johnson (vous savez le blond de Deux Flics à Miami) en détective privé à stetson,  éleveur de cochons,  qui sont partis se venger d’une manipulation dont on ne vous dira rien.
Jim Mickle, le metteur en scène, nous donne avec Cold in July un film qui est une synthèse plutôt très réussie entre l’ironie des frères Coen et le minimalisme angoissant d’un John Carpenter dont on se souvient quand on voit certaines scènes de Cold in July comme l’assaut contre le repaire des amateurs de snuff movies ou même dans la musique avec ce synthétiseur obsédant qui était aussi la marque de fabrique de l’auteur d’Invasion Los Angeles. Ce parti pris esthétique rend par exemple les fusillades particulièrement sanglantes avec des impacts approximatifs qui ne tuent jamais du premier coup et va de pair avec une forme d’humour très rentré comme dans cette scène où le couple, après le cambriolage, nettoie son salon et décide, quand même, de changer de canapé pour continuer à regarder la télé.
Il est difficile, dans le film de Mickle, de chercher autre chose que ce qu’il nous donne. Il n’est pas comme dans History of violence de Cronenberg auquel on songe aussi parfois, une réflexion sur la sauvagerie qui sommeillerait en  nous tous. Il n’est pas non plus une parodie malgré quelques plans au ralenti  où le réalisateur se fait plaisir, et à nous aussi par la même occasion. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que Cold in July est un des films les plus intéressants de moment puisque chose devenue rare aujourd’hui, il coïncide parfaitement, malgré son caractère hybride, avec son intention de départ : donner un bon film noir, ni plus, ni moins.

En salle depuis le 31 décembre

Propos comme ça, 17

L'islamisme, l'ultime trouvaille du capitalisme pour masquer le désastre dont il est responsable. Après, il reste éventuellement l'invasion vénusienne, mais ça va être tout de suite plus compliqué.

Si les Grecs votent Syriza, leur pays deviendra la Corée du Nord, leurs femmes seront bréhaignes et il pleuvra des crapauds poilus. Visiblement, les marchés sont nerveux.

Le trader et le djihadiste, les deux figures extrêmes et équivalentes du capitalisme moribond.

Les gens qui veulent "dépasser le clivage gauche droite" sont tous de droite.

Le communisme réalisé, ce sera les soviets moins les radio réveils.

Dans un pays qui achète Zemmour à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, qui s'apprête à ne parler que de Houellebecq sans jamais parler de littérature, il est logique qu'un maire puisse se croire autorisé à refuser une sépulture à un bébé rom. Si vous ne voyez pas le rapport, j'irai cracher sur vos tombes. Pas celle du bébé: lui, il n'en a pas.

Assez étrangement, la Troika et les fonds de pension détestent Podemos et Syriza, mais ne trouvent rien à dire quand le FN est à 25% en France. Enfin quand je dis "assez étrangement..."

Voilà à quoi ça ressemble la littérature. Ca a l'air simple pourtant:
"Des sourires et des oeillades, des battements, des frous-frous de jupe rêche, des gestes amples et précis, une hauteur du corps et de l'âme, on regarde ma bibliothèque, on commente, on veut bien un livre, on accepte un verre de whisky, on donne des nouvelles de l'atelier, on se regarde dans la glace, on abaisse sa jupe sur des genoux sages, on répand un parfum féminin inodore mais non sans saveur. On ne parle de rien, on se tait, on est bleue et blonde, on est dans la lumière immense et sèche, on est dans l'ombre, et on parle de tout, de vie, des potins de l'atelier, on visite un malade et on s'admire de le visiter, on s'émerveille de sa propre bonté."

Jean-Didier Wolfromm, Diane Lanster, (Grasset, 1978)

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 26

"Je retournais le sens de maux inévitables,
car j'aimais ma douleur, petite castration.
De tous les coups du sort, j'ai su faire une fable.
Le moins devient le plus, consolante inversion."

Raymond Queneau, Chêne et chien.

dimanche 4 janvier 2015

Merkel/Le Pen, même combat.

Le Beau et la Bête.


Dans l'Huma: Grèce : Tsipras veut "en finir avec l'austérité",  Merkel menace son pays d'une "sortie de la zone Euro" 
Alors vous voyez, comme ça, les choses sont claires:
L'euro, c'est le mark et les chefs, c'est la droite allemande encore plus que Bruxelles. Ca, on s'en doutait un peu, vous me direz. En revanche que l'ingérence allemande se fasse quand c'est Syriza qui est à 30% et non le FN qui est à 25 ou Aube Dorée quand ils étaient à autant devrait enfin prouver, même aux plus aveugles, deux autres choses à propos du FN en particulier et de l'extrême droite en Europe en général dans ses rapports avec le capitalisme.
1° Chez ces ordures de l'ordolibéralisme, on n'a plus peur d'une gauche radicale que d'un populisme postfasciste. Le populisme postfasciste est, selon les circonstances historiques, un repoussoir pour discréditer les politiques alternatives soit, si le temps devient vraiment mauvais, un allié, un bras armé. Vous avez, le vieux refrain, "plutôt Hitler que le Front Populaire"
 
2° Il faut déposséder Merkel et l'UE de l'Euro, il faut tenter d'en faire jusqu'au bout un outil économique de gauche et pour cela soutenir Syriza. Elle n'a rien à perdre avec la Grèce, la luthérienne de mes deux? Voire. Et avec le Portugal, l'Espagne, demain la France, est-ce toujours si sûr? Ce rapport de force-là est gagnable. Et si on ne gagne pas, à ce moment là et seulement à ce moment là, la question de la sortie se posera.

***
  Merkel, si Le Pen ou Viktor Orban lui garantissent la pérennité de l'ordolibéralisme, elle signe des deux mains. Elle n'a pas d'ennemi au centre ni à droite ni à l'extrême droite. Ca tombe bien, je suis un démocrate, je souhaite la victoire de Syriza et une renégociation de la (fausse) dette. En même temps, moi, symétriquement, j'ai pas d'ennemi à gauche et si une new-Fraction Armée Rouge vient lui buter ses patrons, je ne dis pas que j'approuverais, mais si certains ont besoin d'une soupe et d'une planque, il y a moyen.

 

vendredi 2 janvier 2015

Une bonne année 2016

Pour nos fidèles abonnés, pour les lecteurs de passage, pour les amis, les camarades, les copains, une belle année rouge et révolutionnaire à tous.
Et cette chronique du Talon de Fer dans Liberté Hebdo, parue à l'occasion de ce premier numéro de l'année du petit canard rouge dont la santé toujours très précaire a, je le rappelle, besoin de votre soutien et de vos abonnements.

Bonne année…2016





Chers lecteurs du Talon de fer, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2016. Mais comment pourrait-il en être autrement après la formidable année 2015 que nous venons de vivre. Qui aurait pu imaginer, il y a un peu plus de douze mois que le monde et notre quotidien auraient changé à ce point ? Bien sûr, tout n’est pas parfait, on parle encore de cent mille chômeurs et de citoyens qui gagneraient toujours moins de 2000 euros mais enfin que de chemin parcouru en si peu de temps !

Souvenez vous de décembre 2014 : la guerre partout, la précarité généralisée, la soumission au patronat, un gouvernement socialiste aux ordres de Bruxelles et des SDF qui mouraient de froid parce qu’on refusait d’ouvrir les abris d’urgence. Certes, pour les plus attentifs, il y eut un signe positif, un seul durant cette période. Le gouvernement grec menant sous la pression de la Troïka la politique la plus cruellement austéritaire d’Europe, se révélait incapable de faire élire un nouveau président de la République et comme le prévoyait la Constitution, il y eut dissolution.

Tout commença donc avec la large victoire de Syriza, le front de gauche grec aux élections du 25 janvier. Cela fut un véritable électrochoc. Le gouvernement d’Alexis Tsipras n’hésita pas à renégocier la dette et à menacer de faire exploser la zone euro en la quittant. On se souvient d’Angela Merkel, furieuse, promettant aux Grecs de sanctions économiques terribles s’ils ne changeaient pas d’avis. Et ils ne changèrent pas d’avis. Au contraire leur courage suscita un immense espoir en Europe et une remobilisation de la contestation sociale. Ce furent d’immenses manifestations populaires réclamant la fin de l’austérité de Paris à Berlin en passant par Londres, Rome, Madrid et Lisbonne.

En France, contrairement aux prévisions électorales, les élections u mois de Mars furent très décevantes pour la droite et le FN, virent la quasi disparition du PS mais marquèrent un progrès époustouflant des candidats du Front de gauche élargi, regroupant les communistes, les socialistes frondeurs, les écologistes antilibéraux, le PG et toute la galaxie alternative. Plus de 25% des voix. Cela dopa encore la contestation sociale et des millions de personnes investirent tous les centre villes et les transformèrent en ZAD « hors économie de marché ». Manuel Valls fit donner la police, il y eut des morts et des blessés mais assez vite, comme partout en Europe, les forces de l’ordre passèrent du côté des manifestants. François Hollande prononça la dissolution de L’Assemblée nationale ce qui amena en juin une majorité FDG de plus de 400 sièges. Elle se transforma aussitôt en Constituante et nomma un gouvernement de salut public. Ce fut ce qu’on appela «L’été rouge ». Des processus similaires se déclenchèrent dans les 27 pays européens. François Hollande fut arrêté en compagnie de Gattaz,  Vals, Attali, Macron, Minc,  BHL et Zemmour alors qu’ils tentaient de passer secrètement en Suisse déguisés en Roms.

Assez vite, dès le début de l’automne fut mise sur pied une Union des républiques conseillistes d’Europe (URCE). Les investissements publics massifs, la loi sur le revenu universel, la fermeture des Bourses et l’envoi des traders comme travailleurs volontaires dans les colonies pénitentiaires des Kerguelen, la semaine de 24H et la retraite à 55 ans pour tous font comme vous le savez de notre pays et de notre continent un véritable modèle et actuellement, il semblerait que l’agitation populaire gagne les USA, la Russie et la Chine.

C’est pour cela que je vous souhaite, chers lecteurs de Liberté, une année 2016 qui verra encore progresser notre URCE vers plus d’égalité, de bonheur et de fraternité. Pour fêter ça,  donc, rendez-vous Place des Jours Heureux (ex Grand-Place) à Lille, le 5 janvier 2016 à partir de 20H.

mercredi 31 décembre 2014

Finir l'année avec Henri Thomas, entre autres...

Dans mon souvenir je vois
une rue assez tranquille,
le soleil sur un pavois
de nuages immobiles.

C'est Paris chaud sous l'ardoise
et frais sous les marronniers,
le tabac, l'ennui la phrase,
et rôder pour  oublier.

C'est Paris comme avant-guerre,
diverse y fut ma jeunesse,
ô fatigue, ô nuit de pierre
et la soudaine allégresse.

Quelle chambre abandonnée
se souviendra des instants?
Il fait noir dans les années, 
le Temps mange ses enfants.

Henri Thomas, Le monde absent (1947)

mardi 30 décembre 2014

Demain, la Grèce...

paru sur causeur.fr



Finalement, l’année se termine bien. Avec une nouvelle aussi bonne qu’une bouteille de muscadet Amphibolite de Landron sur une douzaine de Prat-Ar-Coum : il va y avoir des élections législatives en Grèce, probablement le 25 janvier. Quoi de plus normal me direz-vous car, comme moi, vous êtes démocrate, n’est-ce pas ? C’est bien mal connaître l’atmosphère idéologique qui règne en Europe, ou plutôt dans les cercles dirigeants de l’Union Européenne ou de l’Allemagne, ce qui revient sensiblement au même par les temps qui courent. Des élections, on en veut bien en Europe à condition que ce soit les libéraux qui les gagnent ou les sociaux-libéraux, voire des grandes coalitions des deux, ce qui provoque en général des soupirs orgasmiques chez les commentateurs autorisés qui sont convaincus de l’excellence des politiques austéritaires comme un Concile médiéval était convaincu de l’excellence de la Sainte-Trinité.
La Sainte Trinité de l’Union européenne, on le sait, s’appelle la Troïka et la Troïka est constituée non pas du Père, du Fils et du Saint-Esprit mais du FMI, de la Commission et de la BCE qui ont finalement, eux aussi, une existence qui devrait être l’objet de disputes purement théologiques mais hélas suscite très concrètement des ravages économiques, politiques et sociaux sans précédent dans les pays sur lesquels elle exerce son magistère. C’est que la Troïka tient aussi du médecin de Molière. Elle ne connaît que la saignée, même pour les malades anémiques. Ainsi, lorsque la Troïka a provoqué l’hystérie sur la dette souveraine grecque dès 2008, celle-ci venait de dépasser le seuil des 200 milliards d’euros. La Commission Européenne et le FMI ont alors imposé au pays des cures d’austérité sur cure d’austérité, ce qui, plutôt que de réduire la dette, l’a fait exploser. On connaît le cercle vicieux : baisse  des recettes, baise de l’activité,  chômage de masse,  hausse effrayante des dépenses sociales. En fait, au lieu d’en terminer avec les créances grecques, l’austérité a multiplié par 2 la dette en 3 ans. Même en adoptant la logique cannibale de la Troïka, sa politique est doublement absurde: le FMI a accepté de prêter  en tout 240 milliards d’euros à la Grèce, ce qui aurait pourtant largement suffi à éponger ce qui était réclamé en… 2008. Bref, ne cherchez plus le prochain Kafka, il est en train d’écrire un grand roman quelque part dans la nouvelle tour de la BCE, celle à 1, 2 milliards d’euros.
Sur un plan démocratique, il a été très clair, très vite que du point de vue de la Troïka, la démocratie n’était pas faite pour les peuples déficitaires. Les peuples déficitaires n’avaient plus qu’un droit, celui de se taire et d’obéir à des gouvernements collabos comme celui du Premier ministre Samaras qui est en échec aujourd’hui puisqu’il n’a pas réussi, après trois tentatives, à faire élire par le parlement son candidat au poste pourtant purement théorique de Président de la République. Résultat, dissolution et élection dans la foulée. Et ça, ça ne plait pas du tout à la Troïka. La Troïka n’a pas vraiment de temps à perdre avec des élections. Elle l’avait montré déjà en Italie en forçant le parlement à investir un gouvernement technique, celui de Mario Monti qui devait d’ailleurs connaître une défaite cuisante lors des élections suivantes.
En plus cette fois-ci, qui risque de gagner les élections ? Je vous le donne en mille : Syriza, c’est à dire l’équivalent du Front de gauche en France, avec 30% des voix d’après les premiers sondages. Je vous passe les pressions dont a été victime le parlement grec  de la part de la Commission Européenne, les déplacements de Moscovici sur place, les petites phrases de Junker ou le chantage au « chaos » de Samaras : les parlementaires grecs n’ont rien voulu entendre. Et ils risquent donc de faire gagner ce que les journaux français toute tendance confondue ne savent plus trop comment appeler : extrême gauche,  gauche extrême, gauche radicale, gauche anti-austéritaire… bref quelque chose qui sera « pire que le communisme » d’après monsieur John Sporter, président de Capital Group, un fonds de pension .
Bon, évidemment, on ne va pas demander à monsieur Sporter d’aller se faire soigner dans des hôpitaux grecs, de regarder la consommation d’anxiolytiques dans le pays, le taux de chômage, celui des suicides et des overdoses, les retraités qui fouillent dans les poubelles du Pirée ou les gamins qui s’évanouissent à cause de la faim dans les écoles qui fonctionnent encore. Non, monsieur Sporter, comme tous nos amis de la Troïka, lui, il juge la bonne santé d’un pays à sa capacité à emprunter sur les marchés. Le reste, ce n’est pas son affaire.
C’est pourtant celle du peuple grec et puis aussi la nôtre, à nous, Français. La bourse d’Athènes a dévissé, le FMI a suspendu sa prochaine tranche d’aide jusqu’à la formation du nouveau gouvernement, ce qui prouve bien que pour n’importe quel pays voulant prendre une autre direction, il va falloir un sacré courage. On ne va pas lui envoyer des tanks comme au Chili en 73, ou pas encore, mais il s’agira de serrer les dents et de résister aux « amicales » pressions. D’autant plus que Syriza, pour peu qu’on regarde les choses froidement, ne va pas transformer la Grèce en république conseilliste (hélas…) mais tout simplement prôner une renégociation de sa dette et un néokeynésianisme somme toute plus proche du New-Deal que de l’appropriation collective des moyens de production, comme disait l’autre.
En fait, fondamentalement, ce qui gêne l’UE dans cette histoire, c’est que les Grecs ne sont pas tombés entre les deux mâchoires du même piège à cons, comme le disait Manchette dans Nada : soit la pensée unique austéritaire, soit les néo-nazis d’Aube dorée. Non, ils ont décidé de ne pas se tromper de colère et ont refusé la paranoïa identitaire en redessinant au passage les contours de la gauche : un parti socialiste devenu groupusculaire remplacé par une gauche…de gauche.
Inutile de dire, alors qu’un scénario similaire se dessine en Espagne avec Podemos, qu’on aimerait bien qu’en France, on en prenne de la graine et que l’on se souvienne que tout Européen a deux patries : la sienne et la Grèce.

Fétichisme

Brocanteuse ouverte entre deux bourrasques à Veules-les-Roses. 2 euros le blot. Ce fétichisme du vieux poche. En même temps, Diane Lanster c'est un sacré roman. Souvenir très lointain d'un film ou d'un téléfilm avec Jacques Spiesser. Vérification faite, c'est un téléfilm réalisé par le même metteur en scène qu'Un homme qui dort de Perec, Bernard Queysanne. En voilà un qui a une filmographie cohérente. Si un de nos aimables abonnés, par miracle, avait ça (Diane Lanster) en stock, genre enregistrement sur DVD, ça nous ferait nos étrennes.
Après on lira Ramuz dans la chambre de nos 17 ans. Ca, plus les nouvelles qui viennent de Grèce, on a vu pire comme fin d'année.

"Des sourires et des oeillades, des battements, des frous-frous de jupe rêche, des gestes amples et précis, une hauteur du corps et de l'âme, on regarde ma bibliothèque, on commente, on veut bien un livre, on accepte un verre de whisky, on donne des nouvelles de l'atelier, on se regarde dans la glace, on abaisse sa jupe sur des genoux sages, on répand un parfum féminin inodore mais non sans saveur. On ne parle de rien, on se tait, on est bleue et blonde, on est dans la lumière immense et sèche, on est dans l'ombre, et on parle de tout, de vie, des potins de l'atelier, on visite un malade et on s'admire de le visiter, on s'émerveille de sa propre bonté."

 Jean-Didier Wolfromm, Diane Lanster, (Grasset, 1978)