Ce qui est bien dans le communisme italien, c'est qu'il est communiste. Et italien, aussi.
Feu sur le quartier général!
L'élégance, la science, la violence! (Rimbaud)
mercredi 1 février 2012
mardi 31 janvier 2012
Serge Quadruppani rime avec deep ecology
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| Aidez cette lectrice de Serge Quadruppani poursuivie par les servizi deviati |
Ce qu’il y a de bien avec le roman noir, c’est qu’il nous apprend des
choses que ni l’économie, ni la sociologie, ni même la presse ne
peuvent ou n’osent nous dire. C’est aussi qu’il souligne les lignes de
forces et les fractures de notre monde en grossissant à peine le trait.
Pour peu que l’auteur soit doué d’un métier solide et d’une jolie plume,
le tour est joué. Serge Quadruppani possède les deux et remplit
parfaitement ce cahier des charges dans La disparition soudaine des ouvrières. (Editions du Masque)
Non, malgré le titre, il ne s’agit pas d’un roman sur les travailleuses de Lejaby. A la limite, la désindustrialisation, Serge Quadruppani en serait partisan, tant il lui semble que notre temps se caractérise par une agression généralisée de la technoscience contre un vivant en voie de marchandisation. Les ouvrières dont il est question dans ce polar se déroulant dans une splendide vallée piémontaise, ce sont les abeilles. Elles sont frappées par le CCD qui n’est pas un contrat de travail mitonné dans les coulisses des nouveaux ministères de la précarité mais du Colony Collapse Disorder, ou syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles domestiques. « Subitement, à n’importe quelle époque, – hors hiver où la ruche est en quasi sommeil-, les abeilles ne rentrent par dans leur ruche, et on ne retrouve de cadavres, ni dans la ruche, ni à proximité. Des colonies entières disparaissent en une nuit, ce qui est nouveau et très anormal pour des insectes sociaux. »
Non, malgré le titre, il ne s’agit pas d’un roman sur les travailleuses de Lejaby. A la limite, la désindustrialisation, Serge Quadruppani en serait partisan, tant il lui semble que notre temps se caractérise par une agression généralisée de la technoscience contre un vivant en voie de marchandisation. Les ouvrières dont il est question dans ce polar se déroulant dans une splendide vallée piémontaise, ce sont les abeilles. Elles sont frappées par le CCD qui n’est pas un contrat de travail mitonné dans les coulisses des nouveaux ministères de la précarité mais du Colony Collapse Disorder, ou syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles domestiques. « Subitement, à n’importe quelle époque, – hors hiver où la ruche est en quasi sommeil-, les abeilles ne rentrent par dans leur ruche, et on ne retrouve de cadavres, ni dans la ruche, ni à proximité. Des colonies entières disparaissent en une nuit, ce qui est nouveau et très anormal pour des insectes sociaux. »
Si la commissaire Simona Tavianello, grande fliquesse antimafia, à la
cinquantaine sexy et opulente, qui se trouve en vacances à proximité de
Pinerolo1
s’intéresse à ce CCD, c’est qu’elle a trouvé, alors qu’elle allait
acheter du miel chez un apiculteur, le cadavre d’un ingénieur dans la
boutique vide. Comme cet ingénieur travaillait dans un centre de
recherches pour une multinationale de l’agroalimentaire à proximité, et
qu’il a en outre été exécuté par une arme qu’on avait volé à Simona la
nuit précédente, la voilà mêlée bien malgré elle à l’enquête. Les choses
se compliquent encore quand on découvre que l’apiculteur chez qui
l’ingénieur a été assassiné est le leader d’un groupe écologiste opposé
aux recherches de la multinationale accusée de provoquer le CCD et
quelques autres désordres dans la faune et la flore de la région.
Quadruppani dresse habilement le tableau d’un affrontement sans merci
entre des environnementalistes radicaux, des technophiles naïfs qui
voudraient « pucer » les abeilles et des industriels à la recherche de
nouveaux brevets, tout ce petit monde étant instrumentalisé par une
spécialité bien italienne : les servizi deviati. Il s’agit
d’agences de renseignement qui se sont livrées à toutes sortes de
manœuvres occultes : préparation de coups d’Etat et négociations avec la
mafia, sans parler de la « participation observante », comme le dit
joliment Quadruppani, aux attentats-massacres des années de plomb. Dans
le roman, les servizi deviati décident de provoquer une
opération antiterroriste contre les apiculteurs écolos sur la seule foi
d’une brochure sans nom d’auteur intitulée La révolution des abeilles.
Toute ressemblance avec la désormais célèbre opération Taïga qui a vu
la DCRI envahir un village corrézien pour arrêter Coupat et ses amis est
bien entendu absolument volontaire.
Remarquablement documenté, La disparition soudaine des ouvrières
a l’élégance de plus en plus rare de métaboliser cette documentation et
de nous éviter ces tartines explicatives des thrillers actuels qui ont
toujours deux cents pages de trop.
Une distance ironique et amusée reste par ailleurs présente tout au long du roman et l’on pourra conseiller, à François Hollande par exemple, de lire et de méditer ce passage où un professeur en biologie explique à la commissaire Tavianello ce qui arrive à certaines abeilles : « Selon Marini, et il avait employé lui-même la métaphore, les abeilles étaient en train de mourir d’avoir trop bien essayé de s’adapter à l’évolution du monde, au lieu de lui résister, offrant ainsi l’image parfaite de la trajectoire d’une certaine gauche. »
Une distance ironique et amusée reste par ailleurs présente tout au long du roman et l’on pourra conseiller, à François Hollande par exemple, de lire et de méditer ce passage où un professeur en biologie explique à la commissaire Tavianello ce qui arrive à certaines abeilles : « Selon Marini, et il avait employé lui-même la métaphore, les abeilles étaient en train de mourir d’avoir trop bien essayé de s’adapter à l’évolution du monde, au lieu de lui résister, offrant ainsi l’image parfaite de la trajectoire d’une certaine gauche. »
Serge Quadruppani, La disparition soudaine des ouvrières. (Editions du Masque)
Libellés :
le miel et les abeilles,
Quadruppani,
Thierry ça arrive
lundi 30 janvier 2012
Le Bloc sur La Fringale Littéraire
Libellés :
interviouve
Rimbaud, en janvier.
Mais la Vampire qui nous rend gentils commande
que nous nous amusions avec ce qu'elle nous laisse, ou qu'autrement nous
soyons plus drôles.
Rouler aux blessures, par l'air lassant et la
mer : aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers ;
aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux.
(Illuminations, "angoisse")
dimanche 29 janvier 2012
Little brother is talking to you
(ce soir, sur huit chaînes de télécran dans tous les foyers d'Océania)
Toute image traumatisante pour les personnes fragiles est, en conformité avec la politique sanitaire de notre zone chaviste libérée et comme le savent nos aimables abonnés, compensée par une illustration célébrant la vie, la beauté et le plaisir.
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Libellés :
employé du mois,
larbinat organisé
samedi 28 janvier 2012
Guerre totale
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| Things to come, un film de 1936, chef d'oeuvre de la sf brit |
Alors, pour Jean-Luc Marret dans Guerre totale, ainsi que l’aurait dit le Céline du Voyage au bout de la nuit,
ça a commencé comme ça, par une intuition terrifiante, un
pressentiment monstrueux : la guerre, l’amour de la guerre est la
réalité de l’homme, son désir délirant, sa pulsion métaphysique vers
l’autodestruction. Si par hasard l’homme ne fait pas la guerre, c’est
qu’il ne peut pas. Parce qu’il se retrouve, comme un drogué en manque
de violence historique, sans pouvoir provisoirement, toujours très
provisoirement d’ailleurs, satisfaire sa passion mortifère. « La
violence peut se définir comme un état intermédiaire entre l’inanition –
crever de faim, être faible ou écrasé, bref être enclin à la
gentillesse, à manger dans la main – et être repu, oisif, baigner dans
le confort ; autrement dit ne plus rien avoir à foutre. »
Jean-Luc Marret a écrit sur cette guerre universelle de tous contre
tous une fable-fleuve, comme il y a des romans-fleuves. Guerre totale
imagine une sorte de « présent visionnaire », aurait dit J. G. Ballard, dans lequel la planète est en proie à un conflit généralisé où tous les coups sont permis et « toutes les grandes tueries, les “sanguignoleries” baroques » font le quotidien d’une humanité dévastée par ses propres délires.
Nous sommes ainsi dans un espace-temps qui n’est ni tout à fait le
nôtre ni tout à fait un autre. Nous sommes au coeur de l’Albanistan, un
pays hargneux atteint de fièvre obsidionale, un axe du mal à lui tout
seul, dirigé par des satrapes ubuesques qui procèdent à des purges
monumentales dans leurs rangs et font de la famine un mode de
gouvernement. L’Albanistan et son parti unique, l’Union patriotique,
attendent les bombardements massifs, ils les auront, et pis encore.
Jean-Luc Marret n’a pas appelé son roman Guerre totale pour rien :
on kamikaze, on piège, on bactériologise et pendant ce temps-là,
sur les écrans plats du spectacle permanent, on sponsorise la
boucherie et la publicité continue en
vantant des marques de bière, de napalm ou de 4x4.
Tout l’enjeu d’un tel texte-limite, incontrôlable, somptueux dans
son énergie morbide, est de tenir la note, de faire jusqu’au bout de ce
que Hegel appelait le travail du négatif. Et c’est là que Marret, pour
son premier roman, a une véritable intuition d’écrivain. Il faut que la
langue, la langue qu’il écrit entre en guerre contre elle-même. Le
pari est relevé de manière étonnante. Marret joue avec la typographie,
la ponctuation, les onomatopées, les néologismes en dosant parfaitement
ses effets.
On songe forcément à Céline et notamment à son roman un peu moins connu, Normance,
dans lequel il réussit l’exploit sur plus de cinq cents pages de
décrire le bombardement des usines Renault vu depuis la butte Montmartre
soufflée par les bombes. Il y a aussi d’ailleurs chez Jean-Luc Marret
cette ironie constante, cet humour affolé, cette panique rigolarde
devant l’horreur qui sont autant d’hommages au maître de Meudon.
Mais le texte entre en guerre également avec lui-même grâce à des
censures plus baroques les unes que les autres qui interrompent soudain
le fil du discours et laissent, par le seul énoncé de leur nom,
deviner à quel désordre est soumis ce monde, miroir du nôtre, imaginé
dans Guerre totale : « Censuré par l’Union antipatriotique
mondiale section Britney Spears, censuré par les fragmentistes
mongolo-ruthènes, censuré par l’union mondiale des biologistes pour un
eugénisme général et humaniste. »
Guerre totale, par sa manière de décaler la réalité pour
mieux en saisir ses contours paradoxaux ainsi que par le flux
irrésistible de son style, pourra parfois rappeler un livre de Pierre
Guyotat, Tombeau pour cinq cent mille soldats, qui lui aussi, il y
a quelques décennies, avait revisité notre histoire inhumaine sous
l’angle de la guerre comme alpha et oméga de nos destinées intimes
inextricablement mêlées à la violence collective.
Ce qui est certain, c’est que Guerre totale, comme une géopolitique sous hallucinogène, complétera utilement le très classique Goncourt d’Alexis Jenni, l’Art français de la guerre.
Guerre totale, de Jean-Luc Marret, L’Éditeur, 448 pages, 23 €.
Paru dans Valeurs Actuelles
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fin de partie,
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roman
vendredi 27 janvier 2012
mercredi 25 janvier 2012
lundi 23 janvier 2012
Vers l'Est, again

Demain nous serons à la librairie Bisey de Mulhouse pour signer Le Bloc, qui continue gentiment son petit bonhomme de chemin. Ce sera entre 18H45 et 20H.
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la carte et le territoire,
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viendèze dire bonjour
dimanche 22 janvier 2012
François Hollande a prononcé un discours enthousiasmant
Et toute la jeunesse de France a exprimé son bonheur devant la furie prolétarienne que le candidat socialiste a suscité.
samedi 21 janvier 2012
Etta s'en va, Lénine est mort et Solange écrit dans Libé
Etta James fit partie de nos premiers achats soul, avec Otis Redding. En 80, disons. On n'était pas franchement de notre temps, question paysage sonore. Et cela n'a pas changé depuis. Et c'est très bien comme ça. Alors on réécoute Two sides et puis, ne soyons pas chien, Trust in me, pour danser un slow dans l'éternité de sa voix, au plus près de la pulsation.
On pourra lire pendant la musique la semaine de l'écrivain de Solange Bied-Charreton dans Libération de ce week-end en attendant de lire son premier roman, Enjoy (Stock) qui sort le 25 janvier. Encore une qui n'est pas de son temps, SBC, mais qui le comprend mieux que personne. Ce qui est, entre nous soit-dit, la meilleur preuve que vous avez affaire à un écrivain.
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etta james,
littérature,
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solange bied-charreton,
soul
vendredi 20 janvier 2012
Revoir L'Eclipse
Nerval disait qu'il y avait un air pour lequel il aurait donné tout Rossini, tout Mozart et tout Weber. Moi, je donne tout le cinéma trentenaire français des années 1990 à 2010 pour quelques plans de L'Eclipse d'Antonioni.
Je m'apprête donc à le revoir parce qu'il n'y a pas grand chose de mieux à faire par une nuit de janvier en Europe occidentale, au temps de la dictature pré-apocalyptique des marchés sur les vieilles nations. Et l'on vérifiera si ce que l'irremplaçable Jean-Louis Bory disait de ce film en 1962 est toujours vrai:
"Etrange civilisation au bord du robot. Au bord? Nous y sommes. Que sont-ils d'autres que des machines à faire du fric, comme il y a des machines à faire du vent, ces boursicoteurs dont l'agitation et les aboiements hystériques n'ont plus rien d'humain? (...) L'amour reluira-t-il après l'éclipse? Ses vieilles ruses valent encore, toujours les mêmes: la complicité de la musique douce et de ces morceaux de nature domestiquée et prisonnière des villes qu'on appelle des jardins, le désir, la caresse (même sous la forme parodique de la chatouille), l'odeur des peaux. Il arrive qu'un garçon ait envie de monter dans la chambre d'une fille. Alors, dans un décor inhumainement moderne, recommence la scène du balcon de Roméo et Juliette."
L'éclipse (1962) Bande annonce
jeudi 19 janvier 2012
Toi aussi, larbin, nomme un banquier premier ministre!
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| Accélère! Un banquier slovène! |
Les Slovènes ont toujours été des pragmatiques. On ne va
pas leur reprocher. Ils avaient intégré le royaume de Yougoslavie après
la première guerre mondiale en sentant bien qu’il vaut mieux être une
petite nation tranquille dans un ensemble fédéral puissant qu’une petite
nation faible au milieu d’autres petites nations tout aussi faibles.
Après la seconde guerre mondiale, toujours avec la même idée, ils ont
rejoint par referendum Tito et les communistes.
Plus tard, au début des années 90, ils ont compris que la
Yougoslavie, c’était terminé, que ça allait faire vinaigre, que les
Allemands étaient les vrais patrons en Europe et ils furent les premiers
à quitter un pays qui n’existait presque plus mais dont l’agonie allait
amener les massacres que l’on sait. Ensuite, ils ont demandé leur
adhésion à l’Union Européenne mais comme ils ont toujours su se mettre
du côté du manche, à peine entrés, ils ont dit au moment de la deuxième
guerre du Golfe en 2003 qu’ils soutenaient Georges Bush dans sa croisade
irakienne pour la démocratie et le pétrole réunis. Cela avait à
l’époque vivement fâché le président Chirac qui tentait avec Villepin à
l’ONU d’éviter le carnage.
Aujourd’hui, toujours à la pointe de la prudence, la Slovénie qui est dans la zone euro vient de s’apercevoir que ses deux millions d’habitants sont confrontés, comme les petits copains, à une vraie crise économique et financière. Récession, chômage à 12% et une dette qui est à 45% du PIB. Alors plutôt que d’attendre que Bruxelles vienne donner ses ordres comme en Grèce ou en Italie, le président Slovène vient de proposer comme nouveau premier ministre…un banquier !
Aujourd’hui, toujours à la pointe de la prudence, la Slovénie qui est dans la zone euro vient de s’apercevoir que ses deux millions d’habitants sont confrontés, comme les petits copains, à une vraie crise économique et financière. Récession, chômage à 12% et une dette qui est à 45% du PIB. Alors plutôt que d’attendre que Bruxelles vienne donner ses ordres comme en Grèce ou en Italie, le président Slovène vient de proposer comme nouveau premier ministre…un banquier !
Pourquoi en effet continuer de faire semblant que c’est encore la
politique qui gouverne quand c’est désormais la finance. Il s’agit en
l’occurrence de M. Voljc, 62ans, qui a dirigé la plus importante banque
slovène, Nova Ljubljanska banka (NLB) entre 1992 et 2004. Il est
aujourd’hui directeur pour l’Europe de l’Est et l’Europe centrale du
groupe belge de bancassurance KBC. Il a également travaillé de 1979 à
1992 pour la Banque mondiale, dont il a dirigé la représentation en
Amérique centrale.
On sent tout de suite que M. Voljc connaît son affaire et qu’il ne va
pas se laisser impressionner par des criailleries sociales.
Si j’étais à la place de François Fillon, je ferais gaffe : un Baudoin Prot est vite arrivé.
Si j’étais à la place de François Fillon, je ferais gaffe : un Baudoin Prot est vite arrivé.
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apocapitalisme,
brûler les banques
mercredi 18 janvier 2012
Lord Jim n'était pas à bord du Concordia
On a les capitaines qu'on mérite...
La dernière fois que j’avais entendu parler d’un capitaine qui avait abandonné son bateau en pleine tempête, c’était dans Lord Jim,
le roman de Conrad et dans son adaptation plutôt réussie de Richard
Brooks, en 1965. Il y avait Peter O’Toole qui jouait le rôle du
capitaine trouillard, hanté par sa lâcheté et réussissant une
composition merveilleusement hallucinée dans sa recherche de rédemption.
Inutile de dire qu’il n’y a que peu de rapport avec le commandant
Francesco Schettino, qui a plutôt le physique d’un second rôle dans un
porno soft allemand et qui après avoir menti de manière presque
désespérée devant les caméras a gardé le même air impassible et bovin
quand il s’est retrouvé les bracelets aux poignets, inculpé d’homicides
multiples et d’abandon de navire. L’abandon de navire, pour un marin,
c’est quand même la honte totale, presque autant qu’une nation qui
abandonne son destin à des inconnus qui la notent avec des lettres.
Lord Jim avait abandonné son navire en pleine tempête alors qu’il
transportait des pèlerins vers la Mecque. On peut comprendre sa
trouille, à défaut de l’excuser. Au milieu des vagues gigantesques qui
menaçaient de faire chavirer son navire extrêmement fatigué, Jim a dû se
dire qu’il ne laissait pas vraiment tomber ses passagers puisqu’ils
avaient la Foi et que la Foi peut tout. D’ailleurs, il a eu raison
puisque dans le roman comme dans le film, à la fin, les pèlerins sont
sauvés in extremis, par une canonnière française si je me souviens bien.
A cette époque là, vers 1900, la France avait des canonnières et
pratiquait la politique du même nom. Elle n’attendait pas, tétanisée,
que des libéraux apatrides lui dictent son destin, mais c’est une autre
histoire.
Francesco Schettino, lui, n’a pas été victime d’une tempête.
Apparemment, il a voulu faire le kéké avec un bateau qui ressemble à une
barre HLM flottante, ce qui n’est pas très malin. On appelle ça
l’inchino et cela consiste à naviguer le plus près des côtes possible,
sirènes mugissantes et toutes lumières allumées, histoire de faire
coucou aux habitants d’une île, en l’occurrence les huit cents résidents
de Giglio.
C’est bien un truc d’Italien, de faire ça, un truc de citoyen venant d’un pays encore plus mal noté que nous, c’est dire. Et ça ne va pas arranger leurs affaires auprès des agences, une histoire de ce genre. Même si Mario Monti n’est pas Berlusconi, s’il montre dans le pilotage de l’économie italienne les mêmes dispositions que Francesco Schettino dans la manœuvre du Concordia, ça augure mal de la suite des opérations.
C’est bien un truc d’Italien, de faire ça, un truc de citoyen venant d’un pays encore plus mal noté que nous, c’est dire. Et ça ne va pas arranger leurs affaires auprès des agences, une histoire de ce genre. Même si Mario Monti n’est pas Berlusconi, s’il montre dans le pilotage de l’économie italienne les mêmes dispositions que Francesco Schettino dans la manœuvre du Concordia, ça augure mal de la suite des opérations.
En plus, Schettino aurait dû savoir qu’il ne transportait pas des
pèlerins musulmans mais des touristes occidentaux, c’est à dire des gens
qui n’ont plus la Foi, qui oublient dans des croisières calibrées comme
des pommes golden que leur seul horizon historique est une soumission
définitive à des régimes austéritaires et qu’ils n’ont, par
conséquent, aucune chance d’être rédimés. Lord Jim, lui, dans la
deuxième partie du roman de Conrad, se rachète en aidant une tribu
opprimée en Malaisie dans sa lutte pour l’indépendance. Je ne veux pas
faire de procès d’intention à Francesco Schetttino mais après un tel
fiasco, je le vois plutôt se reconvertir dans un domaine où son
physique, comme nous le disions, sera parfaitement adapté : l’industrie
pornographique.
Cependant, j’espère me tromper, qu’il sera touché par la grâce et
qu’on entendra parler de lui dans quelques années comme le chef d’un
maquis des Abruzzes, entourés de partisans communistes comme ceux
que l’on voit au début de Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, un film encore plus émouvant que le Lord Jim
de Richard Brooks, parce qu’il montre toute une génération victime d’un
naufrage, celui de ses illusions, un peu comme celles des jeunes
européens dégradés d’aujourd’hui.
Publié sur Causeur.fr
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conrad,
résistance
lundi 16 janvier 2012
Ça se lève toujours à la fin
Ça se lève toujours à la fin
L'avenue en pente douce
Descend vers les années soixante
A chaque numéro insensiblement
Un détail entre les platanes
Indique le reflux du temps
L'avenue en pente douce
Descend vers l'estuaire bleu et or
On entend maintenant du twist
Un Tepaz respire par la fenêtre
Au troisième étage du 120
Et c'est une petite MG qui descend
L'avenue en pente douce
Bientôt l'estuaire bientôt le bleu et or
Les platanes du temps respirent
L'après-midi est si calme
Bientôt l'estuaire bientôt le temps
L'avenue en pente douce
Descend vers les années soixante
Ça se lève toujours à la fin.
©Jérôme Leroy, 2012
L'avenue en pente douce
Descend vers les années soixante
A chaque numéro insensiblement
Un détail entre les platanes
Indique le reflux du temps
L'avenue en pente douce
Descend vers l'estuaire bleu et or
On entend maintenant du twist
Un Tepaz respire par la fenêtre
Au troisième étage du 120
Et c'est une petite MG qui descend
L'avenue en pente douce
Bientôt l'estuaire bientôt le bleu et or
Les platanes du temps respirent
L'après-midi est si calme
Bientôt l'estuaire bientôt le temps
L'avenue en pente douce
Descend vers les années soixante
Ça se lève toujours à la fin.
©Jérôme Leroy, 2012
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bel été concentré,
poetry in motion,
Temps,
élégance des temps endormis
Proust, une table d'orientation
article paru sur Causeur.fr
Michel Erman, Le Bottin des lieux proustiens (La Table Ronde)
Comment peut-on être à la fois charmant, poétique et utile, alors que
l’on sait depuis Théophile Gautier que tout ce qui est utile est laid ?
Eh bien, par exemple, en écrivant Le Bottin des lieux proustiens
comme l’a fait Michel Erman à la Table Ronde, dans la collection Petite
Vermillon. Le livre est court comme un discret addendum à l’œuvre
gigantesque de Marcel et dépourvu de tout jargon universitaire. Une
brève préface explique le statut particulier de l’espace dans une œuvre
que l’on pourrait croire uniquement dédiée au Temps et cite
opportunément Georges Poulet qui consacra jadis un essai à L’espace proustien : «
On voit donc clairement que, dès le premier moment -on pourrait presque
dire aussi : dès le premier lieu du récit, l’œuvre proustienne
s’affirme comme une recherche non seulement du temps, mais aussi de
l’espace perdu. »
Ce préalable posé, la promenade peut commencer. Le premier lieu de
l’œuvre, justement, c’est la chambre du héros à Combray, avec ses
oreillers frais comme des joues de jeune fille mais qui est aussi le
lieu de l’inquiétude fondatrice, celle du petit garçon asthmatique qui a
peur de ne pas s’endormir si sa mère ne vient pas l’embrasser avant
l’arrivée des invités. On se souvenait de la lanterne magique qui
projetait les images de Geneviève de Brabant mais pourquoi avions-nous
diable oublié qu’il y avait au mur, comme nous le précise Michel Erman,
des reproductions de Corot, Hubert Robert et Turner offerts par la
grand-mère bien aimée.
Les chambres ont d’ailleurs une place non négligeable dans ce Bottin et représentent pas moins d’une douzaine d’entrées. On connaît évidemment celle de Tante Léonie, toujours à Combray, dans laquelle elle offrira au narrateur lors d’une visite dominicale la fameuse madeleine trempée dans du tilleul, ce qui provoquera des années plus tard le phénomène de mémoire involontaire faisant renaitre le passé : « … toutes les fleurs de notre jardin et celle du parc de monsieur Swann et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis, et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, elle sortit, ville et jardins, de ma tasse de thé. »
Les chambres ont d’ailleurs une place non négligeable dans ce Bottin et représentent pas moins d’une douzaine d’entrées. On connaît évidemment celle de Tante Léonie, toujours à Combray, dans laquelle elle offrira au narrateur lors d’une visite dominicale la fameuse madeleine trempée dans du tilleul, ce qui provoquera des années plus tard le phénomène de mémoire involontaire faisant renaitre le passé : « … toutes les fleurs de notre jardin et celle du parc de monsieur Swann et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis, et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, elle sortit, ville et jardins, de ma tasse de thé. »
Il y aussi les chambres de la perversité, qui ont une sale odeur
d’ambre, de plaisir et de jalousie comme celle réservée à Albertine par
le narrateur dans l’appartement familial qu’il veut surveiller et
éloigner des tentations saphiques dans la Prisonnière. Michel Erman nous
rappelle en quelque lignes toute l’ambigüité quasi psychanalytique de
la situation: « C’est, en réalité, le cabinet de travail du père.
Les deux amants dînent le plus souvent dans cette chambre. A la fin de
la soirée, Albertine vient y dormir, seule, après avoir dispensé un
baiser langoureux au héros, sauf les nuits où ce dernier fait en sorte
qu’elle reste avec lui. »
Pourtant, celle qui nous émeut toujours autant, finalement, c’est la
chambre du narrateur au grand hôtel de Balbec, celle où il connaîtra « les intermittences du cœur »,
celle où, un matin en se relevant après avoir lacé ses chaussures, la
mer lui apparaît dans l’encadrement de la fenêtre sous un angle
particulier qui lui rend incroyablement présent le souvenir de sa
grand-mère, morte des années plus tôt et qui l’avait accompagné pour son
premier séjour dans cette station balnéaire imaginaire, Balbec.
Balbec est d’ailleurs présentée justement ici comme un mélange de Cabourg et Trouville mais surtout comme le lieu de l’adolescence et de la découverte des jeunes filles. C’est que ce Bottin des lieux proustiens insiste sur un fait essentiel : qu’ils soient imaginaires ou réels, les lieux de la Recherche du temps perdu ne se contentent pas d’ordonner à la fois le temps et l’espace avec, par exemple, le côté de Guermantes et le côté de chez Swann qui sont les deux grandes divisions géographiques mais aussi sociales, culturelles, voire politiques qui organisent l’œuvre. Non, les lieux sont aussi consubstantiels des êtres, de leur passage et de leur évolution dans le Temps.
Balbec est d’ailleurs présentée justement ici comme un mélange de Cabourg et Trouville mais surtout comme le lieu de l’adolescence et de la découverte des jeunes filles. C’est que ce Bottin des lieux proustiens insiste sur un fait essentiel : qu’ils soient imaginaires ou réels, les lieux de la Recherche du temps perdu ne se contentent pas d’ordonner à la fois le temps et l’espace avec, par exemple, le côté de Guermantes et le côté de chez Swann qui sont les deux grandes divisions géographiques mais aussi sociales, culturelles, voire politiques qui organisent l’œuvre. Non, les lieux sont aussi consubstantiels des êtres, de leur passage et de leur évolution dans le Temps.
Ce que nous rappelle aussi ce Bottin, c’est que Proust est un
formidable peintre de son époque, doué d’un sens de l’observation et de
la métaphore ou, si l’on préfère d’un sens de l’observation donc de la
métaphore. Mais en aucun cas, il n’est un réaliste. Il déteste l’idée
d’un lieu « toile de fond » et se méfie du pittoresque qui
finit toujours dans le kitsch et le toc. Non, la mer en Bretagne, qui
est une des entrées de ce Bottin, ne vaut que si elle renvoie à la
silhouette gracieuse de mademoiselle de Stermaria, c’est une mer « qu’elle tenait enclose dans son corps ».
Ce petit livre très complet, s’il apportera un évident plaisir au
lecteur habitué de Proust peut aussi servir d’introduction idéale au
néophyte, ou à celui qui est inquiet à l’idée de se lancer dans une des
plus grandes œuvres romanesques de la littérature française. Un peu
comme une table d’orientation claire et précise rassurera le voyageur
qui se trouve soudain face à un panorama grandiose et hésite, bien à
tort, à commencer son exploration.
Michel Erman, Le Bottin des lieux proustiens (La Table Ronde)
Libellés :
Proust
samedi 14 janvier 2012
On a causé dans le poste avec Lapaque...
...ce matin très tôt, de cinq à sept, dans l'émission de la délicieuse Laurence Garcia, sur France Inter.
Officiellement Lapaque était là pour la réédition en Babel Noir de son premier roman, un polar turfiste et janséniste, Les Barricades Mystérieuses et mézigue pour Le Bloc.
Evidemment, on a surtout raconté des horreurs, on a bien rigolé et pendant les flash d'informations, on dansait le chachacha pour mieux nous réjouir de la dégradation de la France qui a perdu son triple A. Car être dégradé par des crapules mortifères comme les enflures à la tête de ces douteuses officines, c'est finalement très une bonne nouvelle. Comme était une très bonne nouvelle la longue figure paniquée des employés du mois politico-médiatiques qui en avaient pourtant beaucoup fait dans le larbinisme ethnolibéral afin de rester dans les bonnes grâces de ces quelques dizaines d'encostumés qu'"un paquet de mitraille dans le ventre"(Léon Bloy) suffirait pourtant à remettre à leur place.
vendredi 13 janvier 2012
jeudi 12 janvier 2012
La relève du hussard
En février 1990, je sortais mon premier roman, L'Orange de Malte.
En janvier 2012, Solange Bied-Charreton va sortir le sien. Il s'appelle Enjoy. C'est dans quelques jours en librairie.
Ce que j'ai bien aimé dans Enjoy, dont on reparlera ici et ailleurs, c'est que cette phrase de Bernard Frank qui m'avait tourné dans la tête au moment de L'Orange m'est revenue aussitôt:
«On écrit son premier livre comme
un testament, pour dire que quelque chose n'allait pas et que cependant on
n'était pas coupable.»

Enjoy de Solange Bied-Charreton (Stock, 18 euros 50)
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mardi 10 janvier 2012
Vite payé, vite mangé, vite aliéné
![]() |
| Tu vas les payer tes heures sup, dis, patron? |
On sait que les
conditions de travail dans la grande distribution relèvent de plus en plus d’un
parcours du combattant. On s’étonnera d’ailleurs, à quelques rares exemples, du
peu de pugnacité de la part des employés puisqu’ils ne peuvent eux, être soumis
au chantage de la délocalisation s’ils n’acceptent pas chaque jour un peu plus
la dégradation de condition de travail, allant des douceurs du temps partiel
imposé au remplacement par des caisses automatiques. Celles qui les renvoient
chaque jour un peu plus à cette « obsolescence
de l’homme » dont parlait Gunther Anders dès l’après guerre en face
d’un monde de plus en plus mécanisé.
En effet, on
imagine mal les grandes enseignes délocaliser et envoyer leurs clients faire
leurs caddies en Bulgarie. La Bulgarie, c’est loin, surtout s’il s’agit de
ramener un pack de lait et des nouilles. Finalement, la caissière, pardon,
l’hôtesse de caisse, ne se rend pas toujours compte qu’elle a un pouvoir de
nuisance potentiel largement aussi fort qu’un agent de sécurité dans un
aéroport, par exemple.
Mais la grande
distribution a des allures de vitrine sociale si on la compare à la
restauration rapide. Le fast-food, on le sait, est la providence des étudiants
pauvres et des mères célibataires sans diplômes. On commence à y manger parce
que c’est pas cher et on finit
dans les cuisines à fabriquer à la chaîne du cheese burger, et un Coca
XXL s’il vous plaît.
Le point commun
entre la grande distribution et la restauration rapide, c’est qu’ils font des
bénéfices colossaux, notamment en pressurant le plus possible le coût du
travail. Mais qu’en même temps, ils voudraient qu’on les aime. Du coup, ils se
présentent dans de nombreuses campagnes de communication comme des « acteurs citoyens », créant du
« lien social. » Qui a vu les gens un samedi après-midi
faire leur course loin des centres villes dans des zones commerciales ou une
bande de jeunes manger dans un fast-food comprend l’ironie de la chose, pour ne
pas dire son hypocrisie antiphrastique.
Comme le droit
de grève dans le secteur privé notamment, est de fait impossible à exercer, et
que si par hasard il l’est, on envoie la police car il ne manquerait plus
qu’une grève, ça gêne qui que ce soit, il reste la Justice. Les dernières
décisions favorables aux salariés ces derniers temps ont pour la plupart du
temps était le fait des tribunaux. Que ce soit des magistrats qui soient les
derniers remparts du droit du travail devrait peut-être nous interroger sur la
qualité du dialogue social qui fut pourtant, à une époque le socle idéologique
de François Fillon.
En l’occurrence,
le droit vient d’être dit par le tribunal des Prud’hommes de Guingamp dans une
affaire emblématique mais traitée cependant avec une grande discrétion
médiatique. Une ancienne directrice d’un restaurant franchisé Mac Donald vient
d’être indemnisée à hauteur de 125 000 euros au titre d’heures supplémentaires
impayées et 130 000 euros au titre de journées de congés compensatoires.
250 000 euros, à
ce niveau, c’est un record.
C’était pourtant
une belle histoire, une success
story type telle qu’aime à la raconter l’enseigne au Clown, qui se vante par
ailleurs en communiquant sur le fait qu’elle embauche 80% de CDI et a créé une
base de données sociales. Seulement, l’employeur de la salariée en question,
qui a la franchise de quatre MacDo en Bretagne, avait dû l’oublier. Embauchée
en 99, devenue directrice entre 2006 et 2010, cette salariée d’après les
représentants syndicaux (de la CFDT, donc pas des voyous bolchéviques) aux
Prud’hommes, « était soumise à des
pressions énormes et se trouvait sous l’emprise totale de l'entreprise, ne réalisant même pas
ce qui lui arrivait. »
Ce qui est une
assez bonne définition de ce que l’on appelait autrefois, en termes marxistes,
l’aliénation.
Et il faut
croire que ça existe, l’aliénation : la preuve, ça coûte un quart de
million d’euros à l’employeur.
JL
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dimanche 8 janvier 2012
Ciné-Nimier

Prêté par l'ami ALG, Les Grandes Personnes de Jean Valère. Un film de
61 que nous n'avions jamais vu, une adaptation d'Histoire un amour, un
roman de Roger Nimier par Nimier lui-même qui signe aussi les dialogues.
Joli conte cruel sur le thème du bel indifférent avec Maurice Ronet et
Jean Seberg. On peut regretter qu'il n'y ait pas dans la réalisation de
Valère l'espèce d'électricité un peu sauvage que l'on trouvait chez les
réalisateurs de la Nouvelle Vague à la même époque. Et puis on pense à ce que donne en ce
moment le cinéma français (sauf dans le cinéma de genre), dégoulinant
de moraline sympa ou d'auto-complaisance générationnelle de trentenaires
larbinisés, et on se dit que Jean Valère, c'est très bien et que c'est
très bien aussi d'entendre parler un français du monde d'avant dans une
ville où, pour paraphraser un grand travailleur du négatif, quand on
voyait les rives de la Seine, on ne voyait pas encore nos peines.
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vendredi 6 janvier 2012
Pauvre, sois heureux ! Le malheur, c’est dans ta tête.
![]() |
| Au coin, vilaine pauvresse assistée! |
J’aime
beaucoup Le Parisien qui d’ailleurs ne s’appelle plus Le Parisien une fois passées les frontières de l’Ile de France mais
Aujourd’hui , ce qui traduit un
louable souci de parler au plus grand monde. Le Parisien est sans doute, au sens noble du terme, du dernier
quotidien populaire en France avec des pages hippiques, un horoscope et une
carte météo qui ne ressemble pas à un timbre poste. Et contrairement à ses
confrères d’Outre-Manche, pour être populaire, il ne se vautre pas pour autant
dans la fange hystérique des tabloïds. Il sait même faire des unes avec des
dossiers simples et didactiques sur des sujets austères que tout le monde feint
de comprendre, par exemple comme vient de le souligner brillamment l’ami Di Nota, en ce qui
concerne l’économie devenue une vraie pensée magique en ces temps de crises
sans précédent.
Justement,
avec un louable souci de bonheur du plus grand nombre, dans son édition du 2 janvier,
Le Parisien nous propose une page
avec 12 conseils pour aimer 2012. On appréciera le souci euphonique du titre.
En dessous, pour « faire dossier », il y a un court entretien avec un
neurobiologiste. Déjà, on tique un peu. La situation est donc si grave qu’il
faille d’une part des conseils pour aimer une année à venir et d’autre part faire appel à un homme de science pour
nous parler de la manière d’être heureux. On voudrait nous suggérer, même
inconsciemment, que notre morosité est plutôt une question de taux de lithium
et de sérotonine dans notre cerveau et n’a pas pour cause un cousin qui vient
de perdre son boulot et fait flirter le taux de chômage avec les 10% de la
population active qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Mais non, le
neurobiologiste ne nous ordonne pas de nous mettre sous antidépresseurs, il
veut juste que nous ayons une attitude positive et il le résume en un conseil
d’une pertinence qui laisse rêveur : « Il faut aller de l’avant pour être heureux. »
Monsieur
Prudhomme et le pharmacien Homais réunis dans un brain trust sous les auspices de Flaubert les guettant au tournant
pour son Dictionnaire des idées reçues
n’auraient pas trouvé mieux. D’autant plus que c’est discutable, cette idée
d’aller de l’avant quand on a le sentiment d’être au bord d’un précipice…
Mais
revenons aux douze conseils du Parisien.
Le premier nous indique que « les
plaisirs doux sont souvent les moins chers » et de nous conseiller par
exemple d’écouter une chanson que l’on aime. C’est vrai que c’est une bonne
idée surtout quand le deuxième conseil nous demande de nous extasier sur le
fait que « le smic augmente, c’est
mieux que rien. » Il est vrai qu’à 1398 euros 37 bruts, il vaut mieux
avoir des plaisirs pas chers et laisser les plaisirs chers à ceux qui ont de
l’argent.
Si on parle
de gastronomie, c’est que sans trop souci de se contredire avec les plaisirs
simples, Le Parisien nous conseille en septième position de faire honneur à la
gastronomie française honorée récemment par l’Unesco. Moi, je veux bien, mais
je maintiens qu’avec 1398 euros 37 bruts, c’est tout de même un peu compliqué.
Mais qu’importe, on nous donne un excellent conseil 3 : « La méthode Coué, ça marche ! »
Répétez, pour voir, vingt fois « Mes
œufs mayonnaises sont du foie gras, mes oeufs mayonnaises sont du foie
gras » vous allez voir, ça marche !
Sinon, très
antipascalien, Le Parisien nous conseille le divertissement. Cesser de
s’occuper de soi et de son angoisse métaphysique pour s’occuper d’autrui
(conseil 4), car donner à plus pauvre que soi non seulement c’est gentil
moralement mais ça évite à l’Etat de le faire, d’ailleurs, il ne peut plus le
faire, l’Etat. On pourra aussi oublier ses soucis en regardant les grandes
compétitions sportive dont les JO et la Coupe d’Europe(conseil 8), façon
discrète de nous faire comprendre que l’adage « Des œufs
mayonnaise et des jeux » est toujours d’actualité quand les empires
s’écroulent. Pour finir, on recommande même (conseil 10) de faire des bébés
même si la France a déjà fait ses preuves en ayant la première natalité
d’Europe avec deux enfants par femme. Mais là, on se souvient surtout que le
regretté Alphonse Boudard appelait
faire l’amour « le café du
pauvre » car cela ne coûtait rien, en tout cas sur le coup, si vous me
passez l’expression.
Non
décidément, le seul conseil qui me semble jurer dans cette liste qui sent bon
la soumission à l’ordre des choses, c’est le numéro 9 : « Ne vous privez pas d’aller voter »
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jeudi 5 janvier 2012
Dilettante
![]() |
| Un vin de Catherine et Pierre Breton mais aussi une illustration d'une société réellement communiste. |
C'est décidément un des plus jolis mots de langue française, et c'est normal puisqu'il vient de l'italien.
Sa douce pétillance stendhalienne nous renvoie aussitôt à des choses éminemment plaisantes:
Au vin de Catherine et Pierre Breton qui est au cabernet franc ce que le marxisme est à l'émancipation: un apport décisif.
Au vin de Catherine et Pierre Breton qui est au cabernet franc ce que le marxisme est à l'émancipation: un apport décisif.
Ou à une maison d'édition à laquelle on doit de relire des textes oubliés de Frank, Calet, Giraud, Forton, Perret, Hyvernaud, Guérin parmi tant d'autres du même... tonneau.
Ou encore à un film charmant de Pascal Thomas (ils le sont presque tous) avec Catherine Frot (qui l'est tout le temps).
Dilettante n'est péjoratif que pour les larbins sarkozystes moyen pauvres épris de la valeur travail et de leur propre servitude, pire que des chiens enragés car les chiens, eux, au moins n'aiment pas leur rage. La comparaison est de Céline et la citation probablement inexacte mais aller la chercher dans ma bibliothèque serait rentrer en contradiction avec le propos même de ce billet.
Dilettante, on pourrait très bien imaginer que cela remplace "monsieur" ou "citoyen" ou même "camarade" quand, ce qui ne saurait tarder désormais, sera advenue la société réellement communiste, sexy et balnéaire.
-Dilettante Leroy?
-Oui?
-Je suis la dilettante Catherine Spaak. Je vous dérange?
-Pas du tout.
mercredi 4 janvier 2012
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