mercredi 20 mai 2015

Quitter Aubusson

Parfois on est loin
ou avant
ou après
bien après
mais au fond
c'est la même chose
à Aubusson.


© jérôme leroy 5/2015
 





mardi 19 mai 2015

Le poète qui signait d'un soleil.


"Je t'aime.
Tu es forte comme un comité de gestion
Comme une coopérative agricole
Comme une brasserie nationalisée
Comme la rose de midi
Comme l'unité du peuple
Comme une cellule d'alphabétisation
Comme un centre professionnel
Comme une parole de meddah
Comme l'odeur du jasmin dans la rue de Tayeb
Comme ne gouache de Benanteur
Comme le chant des murs et la métamorphose des slogans"
Extrait de "Citoyens de beauté"  de Jean Sénac

dimanche 17 mai 2015

Mad Max, Fury road: demain, les femmes...


 paru sur Causeur.fr
On se souvient encore du premier Mad Max, celui avec Mel Gibson, arrivé dans les salles en 1982. Il était précédé d’une aura sulfureuse d’ultraviolence et avait mis trois ans à venir en France à cause de démêlés avec la censure. C’est Mad Movies qui le disait, le fanzine des amateurs du cinéma d’horreur, de gore et de SF. On en faisait partie. À l’époque, cela n’avait pas la cote. C’était à peine au-dessus du porno. On se souvient pourtant encore du choc. George Miller, le metteur en scène australien, possédait une forme de rage héritée du Nouvel Hollywood des seventies. La même radicalité aussi. En même temps, quand on tourne un film sans un rond, ou on est radical, ou on est nul. Baudelaire appelait ça la jouissance éternelle de la contrainte et c’est cette radicalité-là que l’on trouve encore dans le cinéma-bis aujourd’hui, ces fameux films d’épouvante interdits aux moins de seize ans : ils fourmillent, que ce soit en Europe ou aux USA, de metteurs en scène brillantissimes et encore inconnus qui osent tout, parfois pour le pire, souvent pour le meilleur, car ils n’ont rien à perdre.
C’est pour cela qu’on avait un peu peur pour ce Mad Max, estampillé Fury road. Voir George Miller reprendre sa franchise trente-cinq ans après, avec les moyens d’une superproduction, ce n’était pas forcément une bonne idée au départ. Il y avait un risque d’aseptisation : le Mad Max de 79 était une fable janséniste, violente, dépouillée, sur la lutte à mort entre flics en V8 et motards dégénérés, sur fond d’Australie désertique bouffée par le choc pétrolier. Qu’allait-être celui de 2015? Eh bien disons-le tout net, un chef-d’œuvre: il ne s’agit pas d’un remake avec tout l’arsenal pyrotechnique et numérique des effets spéciaux ramenards mais plutôt un mix des trois films avec Mel Gibson au service d’une nouvelle vision, bien surprenante.
Le personnage de Max Rockatansky, incarné par un Tom Hardy intelligemment mutique, est bien celui de Mel Gibson dans Mad Max I. La poursuite acharnée entre un groupe qui cherche à survivre et des chefs de guerre qui les poursuivent dans des véhicules tous plus monstrueux les uns que les autres, c’est Mad Max II. Et l’on retrouve aussi la réflexion sur l’utopie possible qui était au cœur du Mad Max III avec la toute divine Tina Turner.  Mais cette recréation dans Fury road est tout sauf une resucée. Nous sommes dans un monde désertique où les petits lézards ont deux têtes, un monde qui a été dévasté par la pollution, la disparition des énergies fossiles et de l’eau ainsi que par la pollution qui a créé une humanité aux trois quarts malade, ayant subi à des degrés divers des mutations génétiques. Le pire, c’est qu’en 2015, cela ne nous semble finalement pas plus invraisemblable que ça. Ces peurs écologiques et politiques, qui travaillent l’inconscient collectif depuis trois générations, sont devenues encore plus prégnantes : la guerre à bas bruit généralisée de tous contre tous, la mondialisation prédatrice, les catastrophes climatiques sont passées par là.
Fury road ajoute aussi un enjeu nouveau qui fait le vrai ressort dramatique du film : c’est le ventre des femmes. Pour avoir des enfants normaux, il faut que les chefs sélectionnent les rares "épouses" qui soient viables. Un seigneur de la guerre contrôle l’eau, un autre les armes et un troisième le pétrole. Ils s’entendent comme s’entendent aujourd’hui les grandes multinationales mais le problème demeure: comment avoir de la main-d’œuvre qui ne meure pas trop vite. Alors quand la conductrice d’élite Furiosa (incarnée par la bad girl archétypale Charlize Theron)  fuit en emmenant avec elle les jeunes reproductrices du chef Immortan Joe, un fou furieux post-viking qui a fanatisé des esclaves leucémiques dépendant de lui pour les traitements, la traque infernale commence.
C’est là que le film prend une dimension étonnamment féministe. Max ne sera pas le héros, il est indécis, poursuivi par des visions du passé, il a même du mal à tirer juste (ô Lacan!) comme dans cette scène où il ne reste que trois balles dans un fusil de sniper pour stopper un poursuivant, qu’il rate ses deux premiers tirs et qu’il cède bon gré mal gré l’arme à Furiosa qui se sert de lui comme d’un banal affût pour faire, elle, un carton plein.  Et ce sont les restes de l’ancienne tribu de Furiosa, uniquement composée de vieilles femmes, qui seront décisifs dans la victoire.
Si Fury Road hante à ce point, c’est aussi que Miller pousse très loin la logique des précédents Mad Max pour recréer un univers total qui a sa logique propre: les personnages usent par exemple d’un nouveau langage comme les voyous d’Orange Mécanique, langage qui nous en raconte plus sur l’histoire et l’état présent de cette société que ces artifices narratifs que l’on trouve trop souvent dans les films post-apocalyptiques: voix off ou traces du passé trouvées par hasard. Il faudrait aussi parler de cette poésie effroyable et fascinante du couplage homme/machine que seul un Cronenberg dans Videodrome, Crash ou ExistenZ avait su pousser à ce point.
Bref, le Max version 2015 tient autant de la SF  gonflée comme un moteur trafiqué que d’un cauchemar de Lautréamont, ce qui finalement n’a rien de contradictoire.

samedi 16 mai 2015

Jean-Pierre Verheggen, encore une fois.

On vient de recevoir le dernier livre de Jean-Pierre Verheggen. On va presque bénir, du coup, la semaine qui s'annonce où l'on sera souvent dans le train entre Aubusson, Lisieux et Brive. Voici ce qu'on écrivait de ce poète hénaurme et subtil, il y a deux ans, pour Causeur.
 Portrait de l'artiste en pied de porc
Et si nous cessions d’avoir peur de la poésie contemporaine ? Non, sérieusement, arrêtons d’imaginer qu’elle se limite à des expérimentations post-mallarméennes avec trois vers par page et trois mots par vers. Ou, à l’inverse, aux épanchements un peu niais « des sous-préfets aux champs » quand un lyrisme niaiseux continue de dégouliner comme de la confiture de coing. Réconcilions-nous, voulez-vous, avec les poètes qui ont compris que le fait d’être lisible n’est pas rédhibitoire. Réconcilions-nous avec les poètes qui ont une parole joyeuse, charnelle, heureuse, drôle. La poésie n’est pas, ne peut pas être uniquement l’affaire de jeunes femmes chlorotiques et de laborantins du verbe subventionnés par les conseils généraux.

Lisons, par exemple, Jean-Pierre Verheggen. Il est belge, il a soixante-dix ans et il a derrière lui une œuvre où le rire et le plaisir, l’appétit et l’exagération, la pulsion et l’appétit  dominent visiblement. Oui, on découvre avec Jean-Pierre Verheggen que la poésie peut faire rire, d’un rire souverain qui réenchante le monde. Son dernier recueil ; Un jour je serai prix Nobelge, est une autobiographie foutraque, un bilan ironique, un solde de tout compte.

Le principe est simple : Verheggen estime qu’il est temps pour lui de connaître une gloire méritée. Pour ceux qui ont lu son Artaud Rimbur (Poésie/Gallimard), ils savent que cette prétention n’est pas illégitime. Après tout, ce qui importe, quand on écrit, c’est de faire jouir la langue dans des proportions considérables, par le jeu de mot, le mot-valise, le sens de la formule ou l’aphorisme. N’allez surtout pas imaginer, pour autant, que Verheggen se limite à un formalisme oulipien. Notre poète est un sensuel qui sait que là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Je défie d’ailleurs quiconque, sauf ceux qui souffrent du foie ou se laissent caresser par les bras maigres de l’anorexie, de ne pas saliver, physiquement saliver, à la description du pied de porc que le poète aime dévorer le dimanche, au Villance, sa taverne bruxelloise de prédilection : « Un entier pied (arrière de préférence ! le plus recommandé par tout bon charcutier) habilement désossé, détaillé en gros dés de gras, et maigres mêlés et reconstitué en salpicon dans sa forme initiale et sa chair qui ressemble à s’y méprendre – n’était-ce sa sapidité toute différente !-, à celle de la hure de porc marbrée ou du fromage de tête, mais en nettement plus goûteuse, croyez moi ! ».

Et il l’aime tellement ce pied de porc, le poète, qu’il en rêve les nuits précédant ce rendez-vous gourmand et qu’il se transforme en cochon lui-même, celui de la Pornokratès de Félicien Rops qui tient en laisse l’animal promis à la dévoration. C’est que le poète, si l’on en croit Apollinaire, est d’abord et avant tout « un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses. »

Un jour, je serai prix Nobelge recense les raisons objectives et délirantes que le poète peut faire valoir pour accéder à la gloire anthume. Il nous donne son CV à travers des prix imaginaires, des diplômes improbables, des expériences professionnelles qui laissent rêveur comme ce poste de « Conseiller conjugal pour familles de mots recomposées » ou de « Chasseur de jeunes têtes poétiques (département Ressources humaines et. avenir de la versification) » : prière, donc, d « être en possession d’un master européen en alchimie verbale et avoir suivi une solide formation en génie lyrique et biotechnologie de la rime riche à haute valeur ajoutée.  Un atout (en plus) serait d’être titulaire d’un diplôme complémentaire en gestion des césures et des élégies ».



Seul concurrent sérieux pour Verheggen sur la route du prix Nobelge, Henri Michaux dont on lira un éblouissant pastiche. Mais pour le reste, il estime ne rien avoir à craindre de personne, même pas du « Flamand de Lady Chatterley ».

De toute manière, Verheggen a raison d'avoir confiance. Il a de sérieuses références, il a dirigé et publié dans la collection Freud Astaire quelques ouvrages remarquables comme Hystérix le grivois ou encore Mignonne, allons voir si ta névrose.

Et puis il a compris l’essentiel : pour ne pas être oublié, il faut finir dans « les Emmanuelle scolaires ».



Jérôme Leroy



Un jour, je serai prix Nobelge de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard)

Le bleu du temps

« Daimler, qui redoutait depuis des siècles le coup de la petite fille blonde courant dans les blés, se dit que ça y est, c’est arrivé. »
Frédéric Berthet, Daimler s'en va 

"Et la ville, elle aussi, est belle dans le bleu du temps ; les tours
Sont comme des femmes qui, de loin,
Regardent venir leur amour."

O.V de Lubicz-Milozc, Symphonie de Printemps

"Et j’étais seul dans la maison que tu n’as pas connue,
La maison de l’enfance, la muette, la sombre,
Au fond des parcs touffus où l’oiseau transi du matin
Chantait bas pour l’amour des morts très anciens, dans l’obscure rosée. "

O.V de Lubicz-Milozc, Symphonie inachevée.

A travers le passé ma mémoire t' embrasse.
Te voici. Tu descends en courant la terrasse
Odorante, et tes faibles pas s' embarrassent
Parmi les fleurs.

PJ Toulet, Contrerimes

 


vendredi 15 mai 2015

Propos comme ça, 23

Le communisme...ou alors Mad Max. On ne pourra pas dire qu'on n'était pas prévenus.

 Le patron de la FNAC profite d'un amendement voté par les sénateurs sur la loi Macron pour généraliser en loucedé et sans compensation le travail du dimanche.Quand j'étais jeune à Rouen (vos gueules, les mouettes, je sais...), la FNAC avait la réputation d'un patron social et ça se bousculait pour les jobs étudiants. Le vieux Max Théret, le fondateur, un ancien de la guerre d'Espagne, était toujours vivant. Mais bon, ça, c'était avant. En moins d'une génération, la librairie alternative est devenue le symbole du tueur des petits libraires qui vend des Mac et des machines à Espresso. Parallèle avec le club Med des débuts. Bref, cela semblerait accréditer l'idée que trouver des alternatives ponctuelles au capitalisme dans une société capitaliste est voué à l'échec. La Bête fait semblant de vous tolérer avant de vous bouffer. Il faut donc qu'Elle meure. Et vite.

Durant son adolescence, il était tellement laid qu'il s'empêchait de respirer. Les médecins classèrent cette pathologie sous le nom d'apnée juvénile.

Qui a bu a bu.

Sondage des lecteurs du Figaro: 75% pour sanctionner plus durement les consommateurs de cannabis. Je ne sais pas s'ils sont au courant, les lecteurs du Figaro mais leurs journalistes sont à l'image de la société française et il n'y aurait plus grand monde pour l'écrire, leur journal, si on commence à mettre les fumeurs de oinjes en zonzon. Sauf Ivan Rioufol. Lui, il n'a même pas besoin de shit pour être défoncé en permanence.Il sécrète son acide tout seul.

J'aime bien quand on me met sur un pied de vestale.

C'est pas pour donner raison à la Corée du Nord, mais exécuter un ministre (de la défense en plus) avec un canon anti-aérien, je trouve que
1°) Ca ne manque pas d'un certain sens de l'humour.
2°) Ca peut donner des idées quand l'insurrection sera venue.

Je ne compte pas les Noirs et les Arabes dans le métro tout simplement parce que ça ne me saute pas au visage. Après tout, je suis pas Richard Millet. En revanche, ce qui ne laisse pas de me frapper, c'est le nombre grandissant de gens avec des comportements de type psychotique : monologue, dodelinage, mains scandant le rythme d'une musique qui n'existe pas et, bien sûr, comptage des Noirs et des Arabes.

Tomber dans ses bras mais pas entre ses mains.

Je suis d'un pays qui, pour qualifier une certaine nuance de rose, a inventé "la cuisse de nymphe émue". Et puis après je tombe, par hasard, sur une chaine de téléréalité. Et j'ai quand même le sentiment d'avoir perdu quelque chose en route. Vraiment.



jeudi 14 mai 2015

Perdu pour perdu

à Thierry Roquet, cow-boy de Malakoff


Je ne demandais pas grand chose

des espadrilles

des pantalons en toile

des chemises en lin

Je ne demandais pas grand chose

de l’ombre

des citronniers

des chapeaux de paille

Je ne demandais pas grand chose

une petite maison

un transat devant

un bout d’Egée au loin

Je ne demandais pas grand chose

des livres de poésie

du temps devant moi

de la bière fraiche

Je ne demandais pas grand chose

du poisson grillé

des sommeils ailés

des semaines sans parler

Et si je l’avais eu

ce pas grand chose

je n’aurais pas trahi

je n’aurais pas menti

je n’aurais pas senti

ma peau s’en aller

mes nuits se trouer

mes matins s’étrangler

Je ne demandais pas grand chose

Il faut croire que c’était trop

Du coup mettez vous bien

dans la tête que

perdu pour perdu

je

n’ai

pas

l’in

ten

tion

de

vous

faire

grâce

de

quoi

que

ce

soit.





©Jérôme Leroy, mai 15

Les jours d'après sur Actu du Noir

On remercie pour sa bienveillante fidélité Jean-Marc Lahérrère. C'est ici.

Sauf dans les chansons, point presse

Merci à Christian Authier dans L'Opinion Indépendante, à Toulouse
Et à Roland Jaccard sur Causeur.fr où l'on pourra lire son éloge amical

samedi 9 mai 2015

9 mai 1945-9 mai 2015


François Hollande, définitivement atlantiste et manifestement inculte en histoire, ne sera pas au cérémonies pour le soixante-dixième anniversaire du 9 Mai en Russie qui célèbre à cette date  la capitulation de l'armée nazie en 1945. Il paraît qu'il trouve que Poutine est un peu léger avec les droits de l'homme ou qu'il lui reproche de ne pas être clair dans l'affaire ukrainienne dont on rappellera au passage qu'elle est le fruit d'une manipulation ratée de la part des USA, de l'UE et de l'OTAN. Non, ces derniers temps, François Hollande a préféré aller se montrer dans des pays où pour le coup, on ne plaisante pas avec les droits de l'homme comme le Qatar et l'Arabie Saoudite.
Que l'Armée Rouge ait été décisive, et même un peu plus que ça,  dans la victoire sur le nazisme, ça ne peut pas vraiment rentrer dans les schémas d'un type qui dirige la France comme une PME en difficulté. 
Que les héroïques aviateurs français de l'escadrille Normandie-Niemen aient leur carré toujours fleuri dans le cimetière de Lefortovo ne doit pas lui sembler très important. Il est vrai qu'en cette époque furetienne où l'on a mis un signe d'équivalence abject entre Hitler et Staline, il est toujours compliqué de faire comprendre qu'Auschwitz, il y a ceux qui l'ont construit et ceux qui l'ont libéré. 
Et que l'Armée Rouge, dans la Grande Guerre Patriotique, en perdant 32 millions de soldats et de civils, a sauvé une certaine idée de la civilisation.

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 36

"Il va de soi qu'il m'est aussi arrivé de me réveiller dans le lit d'une belle et jeune inconnue. Mais sans être autrement fier. Car étais-je parvenu à mes fins en usant de mon talent ou n'avait-elle joui qu'à cause de l'idée qu'elle se faisait d'un poète?"
Charles Bukowski,  "Observations sur la vie d'un vieux poète" in Un carnet taché de vin 

vendredi 8 mai 2015

La mort n'éblouit pas les yeux des partisans

8 mai 2015, Lille, ce matin au cimetière de Lille-Sud puis rue des Postes.




Traditionnel dépôt de gerbes par le PCF et la JC pour honorer la mémoire de:

.Roger MIELLET et René DENYS,  compagnons d'Eusebio Ferrari, qui reconstituent à Lille dès l’été 40 un groupe clandestin de la jeunesse communiste.
.Emile VERZELE, mort à 32 ans dans les combats de la Libération de Lille
.Roland LECLABAERT, fusillé à Rouen en 1943
.Marcel BOUDERIEZ, responsable du comité de défense de l’usine de Fives, bastion de la résistance ouvrière, fusillé en 1943
.Octave LAMEND, originaire de Wazemmes, artisan au faubourg St Antoine , arrêté à Paris en 1941, avant d’être fusillé en Normandie.

Le contraste avec l'article précédent sur le têtard préfasciste peut vous paraitre violent.  De fait, il l'est.



jeudi 7 mai 2015

Statistiques ethniques mon cul



À propos de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Ménard, Emmanuelle Ory-Lavollée souhaite qu’on appelle un chat un chat. Alors je vais le faire, ne serait-ce que parce que j’ai la fâcheuse impression que c’est toujours du même côté que l’on se plaint de ne pouvoir le faire. Je pourrais pourtant faire remarquer qu’en matière de tabou et de confiscation langagière, les gens de gauche, je veux dire de la vraie gauche et pas du social-libéralisme au pouvoir, n’ont plus le droit, sous peine d’être accusés de bisounoursisme ou de néostalinisme, de critiquer en « appelant un chat un chat »  la politique du gouvernement en matière économique. Dire que les « réformes” qu’on nous vante sont des régressions pures et simples, que la « modernisation » de l’économie est un retour aux rapports sociaux les plus archaïques, que le patronat à force de cadeaux fiscaux se croit à peu près tout permis au point comme Philippe Varin de prendre quand même sa retraite chapeau - malgré ses engagements et des résultats désastreux. Le Medef ose même promettre un million d’emplois supplémentaires si on supprimait deux jours fériés. Pas 950 000 ou 1 200 000, non un million tout rond, ce qui prouve le sérieux de l’histoire…

Mais revenons à Robert Ménard. Robert Ménard a compté les élèves musulmans des écoles primaires de sa ville et il faudrait trouver cela : primo normal, secundo courageux. Ce n’est pas normal, d’abord, et c’est même passible des tribunaux. Oui, c’est effectivement un tabou. Et il y a de très bonnes raisons pour ça dans une France qui n’a jamais « communautarisé » sa vie sociale et politique. Il faut appeler un chat un chat? Alors allons-y. Cela rappelle de très mauvais souvenirs à la République Française quand elle n’était plus la République, justement, ces comptages divers et foireux en se fiant aux prénoms ou autres patronymes. Je ne me laisserai pas paralyser par le point Godwin. Il y eut bien une période où l’on compta dans les écoles, dans la fonction publique, chez les médecins, les juges, les avocats. On compta qui était Juif ou communiste ou socialiste ou franc-maçon.  Et cette parenthèse de notre histoire, même lointaine, ne doit pas être oubliée;

Secundo : Robert Ménard aurait été courageux.À moins de confondre le courage et la provocation, on voit surtout qu’il a mis en contradiction une partie de la gauche, comme Esther Benbassa qui plaide pour les statistiques ethniques afin de réduire les inégalités sociales qu’elle impute essentiellement à la discrimination. Ménard aura au moins rendu ce service aux gens de gauche qu’ils auront vu à quoi cela peut mener quand on se met à compter. Parce que le problème n’est pas de savoir pourquoi on compte, le problème, c’est simplement de compter. C’est dangereux quel que soit le but: jouer sur la panique identitaire chez Ménard ou se tromper d’égalité chez Benbassa.

Dernière remarque, toujours dans le jeu « appelons un chat un chat ». Ménard n’est pas n’importe qui, ce n’est pas l’enfant de la dernière pluie ni un perdreau de l’année. En linguistique, on distingue toujours l’énoncé de la situation d’énonciation. Quand on me dit que tel maire de telle commune a comme Ménard les listes des écoles primaires et agit en conséquence, que tel principal de collège dans sa répartition par classes fait sans le dire de l’équilibrage ethnique, ça ne légitime en rien les propos de Ménard. Parce que le maire de telle commune ou le principal de tel collège ne se sont pas, j’en passe et des pires, déclarés pour la peine de mort, n’ont pas interdit le linge aux fenêtres, décrété des couvre-feux pour ados dans certains quartiers, supprimé la garderie pour les enfants de chômeurs, installé des crèches dans leurs mairies (en réduisant au passage la laïcité à « Tout sauf l’Islam ») et last but not least débaptisé des rues d’une commune afin de continuer la guerre d’Algérie par plaques interposées.

Alors, non, décidément, je ne trouve pas que Ménard ait brisé quelque tabou que ce soit. Il poursuit seulement une stratégie de la tension, en flattant les crispations identitaires et, dans la foulée, en jouant la carte habituelle de victime de « la meute des bien-pensants ».

Ne tombons pas dans le panneau.

paru sur Causeur.fr

mercredi 6 mai 2015

Ouïghour

Sortir d'un bar de Sanlitun la nuit
Dans une ville étrangère
Où rien ne semble étrange
-monde unifiée de la production-
Si ce n'est le profil perdu
D'une rockeuse ouïghour
Et peut-être la douceur sableuse de l'air
Printemps obscur du jet-lag
Les décalages horaires valent
Toutes les métaphores
Et l'avenue illuminée d'idéogrammes
M'enchante mais me surprend à peine
Comme une lettre d'amour de qui on aime

Le déclenchement muet des opérations cannibales (Equateurs, 2006)

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 35

"Si je partais sans me retourner, je me perdrais bientôt de vue."

lundi 4 mai 2015

Merci pour Hammett, Sébastien Lapaque!

On remercie Sébastien Lapaque pour son article sur Hammet détective (Syros) découvert alors que l'on était à Radio PFM avec Tim Willocks himself lors du Salon du 1er mai à Arras.

dimanche 3 mai 2015

Tombeau pour Ben E.King




A mes slows
A mes petites amoureuses qui reviennent vers moi
-You don't know how good it feels to call you my girl-
dans la cour du Lycée Corneille
A Rouen bleu et or
dans la fin de l'été
quand tout était encore possible
A la rentrée des classes sous les platanes
A l'odeur des livres neufs
des vinyles de l'encaustique
Aux derniers flirts dans les jardins
A cette chanson qu'il ne faut pas jouer pour moi
et qui venait quand même jusqu'au laurier
là où l’on s'embrassait 
A ce moment magique 
-sweeter than wine, softer than the summer night-
A la pochette de disque dans l'herbe à côté d'Albertine disparue
dans l'édition du livre de poche
celle qui reproduit des manuscrits
et des photos de Proust en couverture
Au laurier qui sentait plus fort dans le soir
A ta main qui passait dans tes cheveux
Au dernier baiser quand la nuit arrivait
-and the moon is the only light we'll see-
A la grille qui se refermait sans bruit
Au laurier sans nous
Au bras du pick-up qui ne s’était pas relevé
et répétait
dans la chambre du haut
ce qui pourrait bien être le vrai bruit du passé
A la douceur oui surtout à la douceur
Au Temps aussi
qui gardera j'en suis bien convaincu
sa dernière danse pour moi
A la Soul
et à la fin
coeur serré coeur vagabond
à Ben E. King
mil neuf cent trente huit
deux mille quinze.


© jérôme leroy (fqg)mai 2015


Encanaquons-nous!

Si la défense de la Civilisation Phrançaise signifie vivre dans un pays peuplé par, mettons, des Robert Ménard et autres boutiquiers roteurs,  poujadistes pétomanes ou punaises de sacristie, je préfère m'encanaquer définitivement selon la taxinomie ci-dessous exposée:
"Je crois surtout qu'il avait envie de vivre dans la brousse, de s'encanaquer comme nous disions là-bas. Vous ne connaissez pas ça. Il y a des Blancs qui restent Blancs ou que ce soit, des civilisés. Certains, comme les Anglais, se mettent en smoking pour dîner seuls sous leur tente. D'autres vivent avec une indigène ou avec plusieurs. Beaucoup boivent. Enfin, il y a ceux qui s'encanaquent, perdent le souci de leur toilette et de leurs manières et qui, après quelques années, se comportent à peu près comme des nègres."
Simenon, L'enterrement de monsieur Bouvet
Et en attendant de vivre à la colle avec des indigènes, de boire avec excès et de ne prendre aucun soin  de notre toilette, écoutons un grand encanaqué:



samedi 2 mai 2015

Jean Rolin: la guerre civile près de chez vous

Les Evénements de Jean Rolin (P.O.L)

Alors, voilà, dans Les Evénements, le dernier roman de Jean Rolin, vous êtes en France, incontestablement. Quand ? Difficile à dire précisément. Un futur proche, d’ici dix ou quinze ans. On a sombré dans une guerre civile à bas bruit qui a balkanisé l’ensemble du territoire. Une multitude de milices d’obédiences diverses se sont taillées des zones d’influence de taille variable. Elles se font parfois la guerre avec du matériel un rien obsolète. Si vraiment on veut s’y retrouver, on peut les regrouper en deux grandes familles, les Zuzus (pour les Unitaires) et le Hezb (pour le Hezbollah). Mais les renversements d’alliance entre petits seigneurs de la guerre sont tellement fréquents qu’il est difficile de tracer une cartographie idéologique précise. On note aussi la présence d’un reste de gouvernement légal sur l’île d’Arcachon, une enclave néocommuniste du côté de Port-de-Bouc et la présence de la FINUF, la force d’interposition des Nations Unies pour la France. Elle est composée de Ghanéens et de Finlandais pour l’essentiel. Ils ne font pas grand chose sinon arrêter à l’occasion quelques criminels de guerre trop voyants.

Dans ce chaos, un narrateur. On ne saura pas grand chose de lui: il est doué en botanique, il décrit les paysages avec une minutie hyperréaliste et il a été un temps plus ou moins au service de Brennecke, un chef zuzu avec qui il a partagé une maîtresse, Victoria. Victoria aurait un fils dans l’enclave néocommuniste. Elle ne sait pas s’il est du narrateur ou de Brennecke mais c’est le narrateur qui accepte de l’accompagner puisque Brennecke est occupé à étendre son royaume vers le Berry.

Tout l’intérêt des Evénements est dans le point de vue adopté, c’est à dire pour l’essentiel celui du narrateur qui nous renseigne sur cette guerre civile à peine plus que Fabrice l’a fait pour Waterloo dans La Chartreuse de Parme. On ne verra que quelques cadavres au bord de la route, quelques check-points hargneux, des prêtres en soutane abattus dans une friche commerciale ou encore les panaches de fumée  d’une bataille lointaine, vus depuis la terrasse d’une villa de Marignane. Sur l’origine du conflit, nous ne saurons rien ; sur son issue non plus. En revanche, il y aura, par exemple, des réflexions aussi minimalistes que précises sur ce qu’est une guerre : «  Premièrement, que celle-ci, indépendamment de l’ampleur des combats ou de leur intensité, peut être envisagée comme un certain volume d’air à l’intérieur duquel des morceaux de métal, de poids et de forme variables, volent en tout sens à la recherche de chairs à déchiqueter et d’os à rompre. Deuxièmement, que là où la densité de tels fragments, si on essaie de se la représenter, devient mentalement acceptable – par exemple, là où peuvent exploser de temps à autres une roquette ou un obus de mortier mais où il n’en tombe pas à tout instant –, même si elle continue d’entraîner un risque vital bien supérieur à celui que l’on serait prêt à affronter en temps de paix, l’activité humaine se poursuit, ou reprend, presque comme si de rien était. »

On mesure à quel point  il y a, sur un sujet similaire – la France à quelque temps d’ici – une différence entre la littérature démonstrative, de circonstance, façon Soumission de Houellebecq (qui est avec le recul le moins bon roman de son auteur) et Les événements de Jean Rolin, qui tendent vers l’archétype. On croit beaucoup plus à l’archétype, en l’occurrence à cette France devenue un Liban ou une Yougoslavie comme les autres, où l’on se bat dans les Carrefour Market de l’Essonne, où l’on se massacre autour de l’Hôtel de la Poste de Saint-Amant-Montrond, où les VAB blancs de la FINUF franchissent un pont sur l’Allier et où l’on traîne avec les réfugiés sous les tentes du CICR dans le jardin Lecocq de Clermont Ferrand. Le réalisme, malgré les noms de personnages réels, passe à la trappe chez un Houellebecq trop sarcastique pour croire à son histoire tandis qu’il se déploie chez Rolin dans l’ironie, l’humour noir et aussi une certaine mélancolie sous-jacente, derrière l’apparente froideur et le traitement impersonnel et fragmentaire d’un chaos étrangement familier.

Les Evénements, à vrai dire, sont infiniment plus inquiétants parce qu’ils ont cette forme de logique interne des mauvais rêves et qu’ils laissent au lecteur cette impression double : le plaisir d’avoir lu un très bon roman et un malaise durable à l’idée, somme toute, que tout cela pourrait très bien avoir lieu en France puisque cela a déjà eu lieu, et tellement de fois, ailleurs…


Paru sur Causeur.fr

Affinités électives

 "Pour moi, il y a longtemps que c'est fini.
Je comprends plus grand-chose, aujourd'hui
Mais j'entends quand même des choses que j'aime
Et ça distrait ma vie..."

Michel Delpech, When I was a writer 

A Milan contre l'Exposition
A Paris contre la Dédiabolisation, 
J'aime bien ces jeunes-là, en fait
Et je me sens comme Michel Delpech dans Quand j'étais chanteur. On pourra,  sur les beaux événements de Milan lire aussi, et utilement, le blogue de Serge Quadruppani.




Quand j'étais chanteur - michel delpech par damienmailis

jeudi 30 avril 2015

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 34

"En même temps, il lui vient une certaine nostalgie de l'époque où l'on avait encore le loisir de pourvoir à ce genre de  choses, le changement de numérotation des routes lorsqu'elles franchissent une frontière interdépartementale."
Jean Rolin, Les Evénements (P.O.L, 2015)


1er mai 2008: Frédéric s'en va



Et comme chaque année, le souvenir de Frédéric H. Fajardie (28 août 1947-1er mai 2008) qui fut le parrain de ce salon d'Arras mais avant tout un grand écrivain et un ami formidable.
 

1er mai 2015: colères du présent.

Comme chaque année et comme le savent les habitués de FQG, nous serons au salon de littérature populaire et de critique sociale d'Arras. Avec à onze heures, une rencontre autour du Hammett détective de Syros et de la littérature jeunesse.
Et à quatorze heures, pour changer, un débat sur les soixante-dix ans de la Série Noire.

mercredi 29 avril 2015

Propos comme ça, 22


Je suis un cargo spatial russe

Dans l'histoire du mouvement ouvrier, il faut bien reconnaître qu'on a été beaucoup plus souvent à court de munitions qu'à court d'arguments.

Comment échapper aux snipers? En une semaine tu fais Lille/Eymoutiers/Limoges/Eymoutiers/Lille/Paris/Lille/Roissy/Dublin/Roissy/Lille. En même temps, du coup, tu risques d'être dans le collimateur des barbouzes de la loi sur le Renseignement. Faut choisir dans la vie.

De temps en temps, un puissant ou une puissante est jetée en pâture au public. Mathieu Gallet et son burlingue ou la pédégère de l'Ina et ses 40 000 boules de tacosse en moins d'une pige. Mais pourquoi cette impression qu'on nous prend pour des caves? Qu'on nous occupe avec des petits joueurs pour que d'autres continuent à se goinfrer à l'échelle mondiale en privatisant tout ce qui est privatisable, et même ce qui reste à inventer...

C'est ceux qui ont la honte qui changent de nom ou voudraient bien: UMP, PSG, PS, FN... Le PCF, lui reste le PCF. Parce que communiste français, pour le coup, ça veut dire quelque chose.

Le terminal 1 de Roissy. Toujours ce charme rétrofuturiste et cheap de Cosmos 1999. Ne manquent plus que Barbara Bain et Martin Landau avec pyjamas moulants en lycra beige et on s'y croirait.

On peut accueillir toute la misère du monde.

J'irai cracher sur ma tombe.

"Combien de temps l'optimisme, la liberté, l'égalité, la foi dans le progrès et la perfectibilité, voire l'assouvissement de l'avidité des entreprises et des individus, peuvent survivre aux ressources qui en sont à l'origine? Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l'amenuisement des possibles et à l'élargissement du fossé entre riches et pauvres?" Wallace Stegner (1909-1993), Lettres pour le monde sauvage (Éditions Gallmeister)

lundi 27 avril 2015

Quitter Dublin

Ce que j'ai bien aimé à Dublin, c'est l'hôtel Brooks, les rousses, le Dublin Castle, Sam Millar, le dîner à la Résidence, le temps qui changeait, la bibliothèque du Trinity Collège, ce pont sur la Liffey aussi large que long, les rousses, Pierre Joannon qui m'offre son histoire de Dublin, la lire presque entièrement dans l'insomnie du samedi au dimanche, Chantal Pelletier, la Guinness bue seul dans un pub loin de Temple bar, les rousses, le Jameson hors d'âge de la Résidence, les conversations avec Pierre Joannon à propos de son voisin de villégiature Michel Déon sous l'oeil vigilant, tellement vigilant  d'un auteur de polars qui nous adore Serge Quadruppani et moi, marcher vers Saint-Patrick alors que le soleil revenait,  la pierre tombale de Swift, les rousses, la Guinness bue seul dans un pub avec vue sur Four Courts, les petits déjeuners du Brooks où il s'agissait d'aggraver voluptueusement les facteurs de risques cardio-vasculaires, Pouy en veste, le cochon de lait du dîner à la Résidence, le soleil couchant sur les jardins d'Ailesbury Road, la Guinness bue seul après mon unique débat le dimanche après midi dans un pub près de l'Alliance Française, les rousses, le chauffeur de la navette qui a grillé trois feux rouges pour arriver à l'heure à la Résidence, le prêcheur qui annonçait la fin du monde devant la banque d'Irlande, le côté ni fait ni à faire de la ville, les conversations avec Pierre Joannon sur Morand et Nimier, l'expression "soft day" pour désigner une journée de crachin sans vent, l'idée si civilisée du coup que la douceur soit associée au gris et à la mélancolie, l'antique poste de radio réglé sur une fréquence de musique classique qui m'accueillait dans la chambre 215-autre preuve d'extrême civilisation puisqu'au Brooks on a compris que le seul silence un peu dur dans ce monde est celui que retrouve le voyageur dans une chambre d'hôtel où il dormira seul,  les rousses, dédicacer à Pierre Joannon tous mes livres qu'il avait achetés au fur et à mesure de leur parution depuis L'Orange de Malte, aggraver mon cas aux yeux d'un auteur de polars vigilant, tellement vigilant qui nous adore Serge Quadruppani et moi, les mouettes au dessus de la Liffey qui se moquaient car elles savaient que je n'aurais pas le temps de voir la mer, les rousses, les rousses, les rousses qui ont l'air à peine christianisées et parlent une langue sexy et rauque d'avant l'histoire devant les pubs le soir, comprendre  alors pourquoi Joyce a eu besoin d'écrire Finnegan's wake.
Ce que j'ai bien aimé à Dublin, en fait,  c'est l'envie de retourner à Dublin.

Socialisme et triolisme

Amor de Dominique Forma est un roman noir profondément moral. L’adjectif pourra surprendre puisque son sujet apparent est le triolisme, ou comme disaient nos grands-mères et disent encore les Anglais en français dans le texte, « un ménage à trois ». Il y a Maximilien, il est professeur d’économie à l’ENS de Cachan. Maximilien a la quarantaine relativement entretenue, de vagues idées de centre-gauche et tient un blog un peu suivi par les spécialistes sur les nécessaires réformes qu’il faudrait entreprendre pour flexibiliser le marché du travail tout en restant social. Il ne comprend pas, avec un tel profil, qu’il ne soit pas plus connu et qu’on ne lui demande pas son avis dans les talk shows des chaînes infos. Il y a Camille, sa femme. Elle a l’air très heureuse, elle est directrice des affaires culturelles de Saint-Fargeau-Ponthierry, une jolie banlieue en bord de Seine pour les classes moyennes supérieures. Elle a un projet humaniste et généreux de coopération avec le Mali. À Saint-Fargeau, où le couple vit avec un fils de neuf ans, la vie est douce et ennuyeuse. Au début d’Amor,  la petite famille est en vacances dans l’arrière-pays, sur la Côte d’Azur. Maximilien et Camille ont une sexualité harmonieuse qu’ils savent pimenter pour ne pas fatiguer le quotidien en inventant des scénarios de pornos soft. Chacun fait ce qu’il veut, après tout, et en plus, ils s’aiment.
Puis il y a la rencontre avec Viviane. Viviane est une marginale. Un petit tanagra de vingt ans et des poussières qui vit de la vente à la sauvette d’objets rapportés d’un voyage en Inde. Quand Maximilien, -on ne se refait pas-, défend Camille contre de petits caïds qui veulent garder leur monopole sur les plages, elle tombe littéralement amoureuse du couple qui, presque naturellement, l’invite dans le lit conjugal où tout se passe très bien. Dominique Forma nous décrit leurs ébats avec précision et délicatesse. On se dit que ça ne pourra pas tourner mal, une telle harmonie.
C’est compter sans Alain Delgado, grand économiste médiatique, conseiller des Princes et chouchous des plateaux télés qui s’intéresse soudain à Maximilien et voudrait en faire le candidat aux élections municipales de Saint-Fargeau. Viviane devient soudain gênante et elle est virée du couple sans trop de ménagements. La machine infernale est en place et la peinture sans concession, discrètement ironique d’une certaine bonne conscience sociale-libérale va virer à la tragédie. On laissera découvrir comment au lecteur. Qu’il sache juste que Dominique Forma est aussi à l’aise pour décrire les arcanes d’une campagne électorale que la faune des Puces de Clignancourt et son marché Malik. Qu’il rend à merveille la manière dont des milieux sociaux se côtoient sans plus jamais se croiser sauf pour se heurter dans une forme de lutte des classes qui passe par la sexualité, entre autres. Mais une lutte des classes sans conscience, ce qui la rend encore plus sournoisement violente.
Si Amor est une parfaite réussite sur la France des années 2010,  sur la fausse émancipation de sa bourgeoisie « progressiste », sur ses marges oubliées qui se débattent dans une économie de survie, sur les démons noirs qui rôdent dans les sexualités prétendument affranchies et les discours politiques prétendument modernes, c’est qu’il ne démontre pas. Aucun catéchisme chez cette auteur qui manie l’« understatement » comme d’autres manient une arme de précision: « Observant les vendeurs amorphes, venus du Soudan, du Lesotho et d’ailleurs, Maximilien pensa aux dégâts causés par les puissances européennes durant le vingtième siècle. Il se sentait un peu coupable, comme tous les néosocialistes, l’instant d’après il effaça cette idée, il avait la gorge sèche, il faisait soif. »

Amor de Dominique Forma (Rivages/Thriller)
(paru sur Causeur.fr)

Sauf dans les chansons dans le Point: merci Patrick Besson!

On remercie Patrick Besson, qu'on lit depuis toujours, de nous avoir consacré sa chronique du Point de cette semaine. c'est amusant, comment les autres vous voient, parfois. Mais comme c'est élogieux de bout en bout, on ne fera pas la fine bouche sur quelques erreurs biographiques et sur la vision de mon positionnement politique, car comme Besson le dit lui-même, et en termes plus choisis: au bout du compte, on s'en fout.

mardi 21 avril 2015

Le petit, tout petit président....

Qu'il soit de droite est une chose. 
Qu'il compare le FN au PCF des années 70 en est une autre. Il n'y aura décidément pas de réconciliation ni d'accommodement possible avec ce PS là, qui est par ailleurs en train de mourir de sa moche mort.  
Lui rappeler quoi à ce type absolument dépourvu de grandeur, de classe, qui ne boit pas de vin et ne lit pas de romans, qui parle un français approximatif, post-spectaculaire et n'est que le gestionnaire interchangeable des politiques austéritaires? Qu'entre l'extrême-droite et le PCF, il y du sang? C'est peine perdue. Lui expliquer que c'est son bilan qui est le principal fourrier du FN? Il le sait, il mise même là-dessus pour sa réélection hypothétique, ce machiavel en playmobil car le FN ne fait que servir l'ordre qui existe pour discréditer toute alternative crédible.
On pourra, même si on n'est pas communiste mais simplement un peu sensible encore aux sens des mots et à la plus élémentaire cohérence mentale, signer la pétition ici.

Et puis après, on oublie le petit président parce que c'est le matin de printemps sur Eymoutiers, le bleu, la Vienne, la Collégiale et les collines...