vendredi 31 octobre 2014

Lisez les poètes tant qu'il sont vivants, 1

Ca leur fera plaisir...par exemple Mon vrai boulot de Grégoire Damon (Le Pédalo ivre, collection poésie).


"Je crois encore aux divorcées soûles
seize ans en toc plantés sur leur quarante et un
qui dansent en after dans les PMU
le vendredi soir quand noël tombe un vendredi."


extrait de "Credo" in Mon vrai boulot de Grégoire Damon.

Propos comme ça, 14

Les clowns, vous voudriez que j'ai peur des clowns alors que les zombies sont déjà partout?

Si à cinquante ans, on n'est pas devenu communiste, on a raté sa vie.

Quand on aura le pouvoir, on fera la ferme des mille patrons. Seuls ceux qui auront bien mérité de la révolution pourront manger du banquier bio élevé sous la mère, comme Macron.`

Une loi va reconnaitre que les animaux sont des êtes vivants doués de sensibilité. Les mille vaches applaudissent et les 440 000 enfants supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté demandent à bénéficier du nouveau statut.

Le nom du soldat des forces spéciales qui a tué Ben Laden sera bientôt révélé. En revanche le nom de l'agent de la CIA qui l'a armé dans les années 80 en Afghanistan reste un mystère.

Nous aurons gagné quand nous serons devenus injoignables.

jeudi 30 octobre 2014

J'avais oublié que c'était si beau.

"Je n'hésitai presque pas avant de lui dire que je l'appellerai Glaise.
Glaise. Elle en avait la couleur nocturne, de même que la densité suggérant quelque calme gestation au plus profond d'un monde figé dans son silence natal. Un monde de marais perdus sans doute, car il était impossible de ne pas songer aux marécages en regardant ses yeux dans lesquels, en de fulgurants reflets, se diluaient toutes les couleurs stagnantes de la nuit, des algues et des herbes à moitié décomposées. Glaise."
 

 




mercredi 29 octobre 2014

Daniel Boulanger (1922-2014)

retouche à la fatigue

avenir à la marche incertaine
garde sous ton bras le livre où sèche
la fleur du seul amour
ne te retourne pas
oublie mon visage usé

Daniel Boulanger, Etiquettes (1994)

Le roi de coeur de Philippe de Broca, scénario de Daniel Boulanger

mardi 28 octobre 2014

Mort d'un coeur pur

Il n'aura pas la légion d'honneur à titre posthume. Il est vrai qu'il ne pratiquait pas l'optimisation fiscale, les stock options, les retraites chapeau, le travail forcé en Birmanie, l'empoisonnement du delta du Niger ou des côtes bretonnes, la corruption à l'échelle continentale et le néocolonialisme capitaliste à la sauce Françafrique. Il n'aura donc pas le droit, non plus, aux condoléances serviles et kimiljonguiennes des ordures et des décombres qui contrôlent, certes de plus en plus mal, l'appareil politico-médiatique.
Il s'appelait Rémi Fraisse, il avait vingt et un ans et il est mort pour empêcher un barrage de se construire et de perpétuer la  vision délirante d'une agriculture productiviste qui, ailleurs en France, a déjà transformé des rivières en zones hautement toxiques et fait rôder notre fin dans nos canalisations.
La manière dont l'enquête multiplie les circonvolutions pour expliquer sa mort rappelle un scénario que même Yves Boisset aurait trouvé caricatural. On attend le moment où le procureur conclura que Rémi Fraisse s'est suicidé en se tirant une grenade lacrymogène dans le dos juste pour embêter les forces de l'ordre. Tout le monde ne peut pas mourir, aurait dit Lautréamont, de la rencontre fortuite sur une table de dissection entre un jet privé et une déneigeuse.
Rémi Fraisse appartenait à cette fraction de la jeunesse qui, de Tarnac à Notre Dame des Landes, des places d'Espagne ou de Turquie aux centres sociaux italiens, de la vallée de Suze à Taksim, d'Exarchia à Occupy Wall street, de ZAD en TAZ, s'est libérée de la matrice et a compris que ce que "nos enfants allaient payer", ce n'étaient pas les intérêts de cette dette fantasmatique inventée par un système aux abois pour domestiquer la population, non, ce qu'ils allaient payer, c'étaient les conséquences écologiques d'un mode de production aberrant. 
Pour un peu méditer cette fin violente, il est peut-être temps de lire A nos amis (La Fabrique) qui vient de paraître sept ans après l'Insurrection qui vient et en confirme tellement d'intuitions.
On a toujours raison de se révolter, et de refuser le choix entre une fin effroyable et un effroi sans fin.

lundi 27 octobre 2014

Aucune raison de se presser

Pont de l'Yèvre, deux heures.
Aucune raison de se presser. Soleil d'automne sur Vierzon. Des poèmes de Fombeure, de Thomas et de Hardellet dans la poche. 
Le bord de l'eau. 
Ca sent les prolongations dans l'errance,  pour tout dire.

"Et plus tard
  Il suffit de renverser le sablier"
Celui-là, cela faisait un bail qu'on le recherchait.

Pirotte, en automne, pour toujours





Deux textes posthumes de l’écrivain mort en mai 2014 viennent de paraître. Retour sur une œuvre majeure
 Paru dans Causeur Magazine, octobre 2014

Il faudrait aimer et lire les poètes quand ils sont encore là, avant qu’ils ne deviennent des classiques et que leur parole vivante, chaude comme la peau d’une fille au cœur de l’été, ne devienne l’objet d’études plus ou moins savantes, enveloppée dans la cellophane universitaire et disséquée par des étudiants plus ou moins adroits. On me dira que c’est le prix de la postérité. Sans doute. Il y a tellement eu d’écrivains très connus de leur temps qui ont sombré dans le néant à peine les clous plantés dans leur cercueil que la postérité est la vraie revanche des oubliés, des méconnus, des francs-tireurs.
J’ai confiance en la postérité de Jean-Claude Pirotte qui est mort le 24 mai 2014, à soixante quatorze ans, d’un cancer. Son nom circulait déjà depuis au moins une génération comme un mot de passe entre quelques amis dont le nombre ne cessait de grandir bien avant qu’il ne reçoive en 2012, coup sur coup Le Grand Prix de l’Académie Française de Poésie et le Prix Robert Sabatier, nouveau nom du Prix Goncourt des rimailleurs. C’était très généreux de la part de ces nobles assemblées. On pourrait chipoter en disant que dans les deux cas, les jurys se sont aperçus que Pirotte était en train de mourir et que cela lui ferait une consolation. Seulement, Pirotte était inconsolable, c’est même pour cela qu’il était un poète : « Je reproduis avec facilité l’atmosphère un peu doucereuse et oisivement méditative de ma vie de toujours, avec quelques livres, un peu de musique, beaucoup de silence, et le goût du chocolat noir des longues soirées. » écrit-il ainsi dans Le Voyage en Automne. 
 Deux livres posthumes de lui sortent cet automne, justement. Cela tombe bien, c’était sa saison préférée. Portrait craché, qui est un roman, et Une île ici, qui est un recueil de poèmes. Ils racontent la maladie avec une élégance et une ironie toute stoïcienne. Dans Portrait craché, pour la première fois Pirotte passe à la troisième personne, ce qui était le plus sûr indice qu’il était en train de prendre ses distances avec lui-même avant un congé définitif. 



Je me demande si ces précisions sur le genre littéraire de ces deux livres sont bien utiles. Pour les libraires et les éditeurs, sans doute. Pour les lecteurs, j’en suis moins sûr. L’écriture comme l’univers de Pirotte sont en effet les mêmes dans tous ses livres qui mêlent parfois dans une souveraine liberté et un joli désordre, des fragments de récits, des considérations sur la littérature, des poèmes, des portrait de femmes, des récits de voyage plus ou moins immobiles. On appelait jadis ces livres-là des « mélanges » et on conseillerait volontiers Il est minuit depuis toujours ou encore Plis perdus. Ce serait de bonnes introductions à Pirotte, ou de bonnes ouvertures comme on dit en musique, là où sont annoncés tous les motifs de l’œuvre, motifs incessamment répétés, modulés qui sont chez lui ceux de l’enfance, de l’errance, du vin, des paysages, des livres, des petites villes d’importance secondaire déjà célébrées par Larbaud pour leur qualité de mélancolie et le cadre apaisé, suranné qu’elles offrent à ceux qui veulent se poser un peu parce qu’ils fuient des souvenirs, des femmes  suicidées ou même la Justice. 
Ce fut le cas de Pirotte, qui connut le sort des hommes en cavale et donna même ce beau mot comme titre à un autre de ses romans. Mais avant d’en arriver là, il faut d’abord savoir que Pirotte, comme tant de très grands écrivains français (Simenon, Michaux), est belge. Après une enfance namuroise dans une famille où il s’ennuie, il passe une partie de son adolescence et de sa jeunesse en Hollande, une Hollande qu’il saura rendre lumineuse, sensuelle, érotique presque, une Hollande qui lui apparaitra toute sa vie comme une Atlantide, la même Hollande ou presque que celle du Baudelaire de l’invitation au voyage, la Hollande « du luxe, du calme et de la volupté ». Il faut lire Une adolescence en Gueldre, roman d’apprentissage plein de balades en vélos, de cuites au bord des canaux et de grandes serveuses blondes aux yeux gris mais aussi La pluie à Rethel où les souvenirs reviennent à l’homme en fuite, caché dans un meublé et seulement entouré de ses cigarettes, de quelques livres et de bouteilles de vins : « Ombres mouvantes de l’après-midi hollandaise. La route aux larges courbes fraîches. Les mains effilées et brunes de C. sur le volant noir. Sa chevelure libre et les blés ondoyants de la Gueldre. » 
Oui, Pirotte, longtemps, a été un hors-la-loi. Avocat, il est accusé en 1975 d’avoir aidé à l’évasion d’un client. Il quitte la Belgique et ne reviendra pas, même quand la prescription arrivera en 1981. Entendons-nous bien : quand on dit qu’il ne reviendra pas, c’est qu’il ne reviendra jamais à sa vie d’avant, que sa dilection pour le vagabondage, la fréquentation des réprouvés et des ivrognes, les résidences passagères en Champagne, dans les Charentes, les Ardennes, le Jura, la Catalogne ou le Portugal, que ce soit des cabanes de clochard rural ou des appartements prêtés par des amis, des maisons qui menacent ruine au bord de la mer ou des cellules de garde à vue, tout cela ne le quittera plus. 
C’est que Pirotte est un paysagiste mais pas à la façon marmoréenne du géographe Louis Poirier alias Julien Gracq. Non, les paysages de Pirotte sont mobiles, frémissants, émouvants. D’ailleurs, à l’occasion, il était peintre et quand vous receviez ses lettres, il y avait toujours sur l’enveloppe une petite encre qui représentait un lointain, un chemin qui ne menait nulle part, un pays où l’on arrive jamais pour reprendre le titre d’un célèbre livre d’André Dhôtel, un de ses amis qu’il considérait comme un écrivain majeur. Parce que Pirotte, en plus, était un formidable passeur. Le lire, c’est aussi découvrir une histoire souterraine de la littérature avec des écrivains à son image, c’est-à-dire des stylistes qui ont poussé très loin l’art de rendre au français sa clarté modeste, son incandescence sous le givre : Joubert, Chardonne, Marcel Arland, Henri Thomas, Jean Follain, Philippe Jaccottet,  Georges Limbour, Cingria, Georges Perros. Si ces noms, pour la plupart, ne disent plus grand chose aujourd’hui, c’est davantage à cause du mauvais goût contemporain et des impératifs commerciaux de l’édition de ce temps que d’un quelconque snobisme pour happy few. Dans la bibliothèque nomade de Pirotte, et parce qu’il faut voyager léger quand on extravague sur les départementales, il n’y avait que des livres qu’il avait lu deux fois et qu’il avait toujours envie de relire. 
Pour Pirotte, même le vin était un paysage et il savait non seulement le boire avec excès comme il se doit mais en parler, et bien en parler comme dans Expédition nocturne autour de ma cave ou Les Contes bleus du vin. Il n’est pas interdit de voir en lui notre moderne Li Po : toujours un peu en délicatesse avec l’autorité, poète et franc-buveur, avec la terre pour oreiller et le ciel pour couverture.  Il était aussi, et c’est sans doute ce que nous touche le plus aujourd’hui dans une époque où il y a de moins en moins de zones blanches dans le Grand Réseau, un homme qui avait développé une véritable technique, ou une morale ce qui revient au même, pour être injoignable. Ce qu’il est devenu pour toujours au mois de mai dernier, sauf pour ceux qui sauront le retrouver à chaque page de ses livres, évidemment. Et, qui sait, suivre son art poétique qui est aussi un art de vivre : "J'avais envie d'écrire un poème par jour. Dans le temps, quand je vagabondais, c'est ainsi que je me souvenais des lieux. Un arrêt, un poème, trois vers, trois mots, le nom d'une rue, d'une place, d'un inconnu dont le buste vert-de-gris paraît frissonner sous le soleil chauffé à blanc."

 

Portrait craché  et  Une île ici  (Cherche-Midi  et Mercure de France)

 

La plupart des livres de Jean-Claude Pirotte sont disponibles aux éditions de la Table Ronde, au Temps qu’il fait, au Cherche-Midi et au Mercure de France.

 

dimanche 26 octobre 2014

Du vagabondage

Tourbière du Longeyroux, 24 octobre 14, midi.
Voir du pays, 
battre la campagne, 
courir les rues, 
fendre l'air: 
l'échapper belle.

samedi 25 octobre 2014

Trotski a-t-il écrit la Recherche du temps perdu?

Paru sur Causeur.fr

 On sait, depuis Valery Larbaud, que la lecture est un vice impuni et l’on s’étonne que notre époque si amoureuse de taxes et de gabelles, surtout pour les moins riches, n’ait pas songé à un impôt sur les bibliothèques des particuliers. Le nombre de livres, comme autrefois le nombre de portes et fenêtres des domiciles, permettrait d’en établir l’assiette et le montant. Il faut croire que cela n’est pas assez rentable, étant donné ce qu’il reste de personnes en France, désormais, qui éprouvent le besoin de vivre entourées de murs de livres dans lesquels, à tout instant, loin des réseaux sociaux et des chaînes de télévision, et sans que cela ne leur coûte rien, elles peuvent soudain devenir injoignables, luxe aussi insensé que suspect par les temps qui courent. Et puis, il est possible également que le fisc connaisse l’existence des bibliothèques imaginaires et refuse de se confronter à cet épineux problème. La bibliothèque imaginaire, en effet, est composée de livres qui n’existent que…dans les livres. Ainsi est fait  l’écrivain, ce bizarre animal, qui non seulement écrit et lit des livres mais en plus, à l’occasion, en invente.

On remerciera Stéphane Mahieu de s’être penché sur la question dans La bibliothèque invisible (Editions du Sandre) dont le sous-titre, « Catalogue des livres imaginaires » indique bien le projet borgésien. D’ailleurs, nous rappelle-t-il, ce furent Borges et avant lui Rabelais qui furent les pères de ces  bibliothèques imaginaires. Dans Pantagruel, on trouve ainsi un « catalogue de la librairie Saint-Victor » qui compte près de 139 titres n’ayant jamais existé. Borges lui, avait fait de l’invention de livres fictifs un des aspects essentiels de son œuvre. Dans le prologue du Jardin aux sentiers qui bifurquent, en 1941, il explique malicieusement cette passion pour les bibliothèques invisibles : « Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer e 500 pages une idée que l’on peut très bien exposer oralement en quelques minutes. Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir, en résumé, un commentaire ». Que celui qui ne s’est pas livré à ce petit jeu lors de ses études pour une dissertation ou un exposé lève le doigt !
Mais Borges, en fait, n’a pas seulement cette vision utilitariste de la bibliothèque fictive : il s’en sert, comme beaucoup d’autres écrivains ayant pratiqué la chose, pour interroger les ressorts et les mécanismes de la création littéraire ainsi que le rapport de l’auteur avec son oeuvre comme dans sa célèbre nouvelle, Pierre Ménard, auteur du Quichotte où un écrivain recréant Don Quichotte en arrive au même résultat que Cervantès au mot près mais est considéré comme supérieur à l’original par la critique, ce qui est une invitation, par exemple, à se demander si l’on garderait le même œil sur La recherche du Temps perdu en la sachant en fait écrite par Trotski ou si l’on songeait au  Voyage au bout de la nuit comme à un roman de De Gaulle.
Stéphane Mahieu, dans sa Bibliothèque invisible, nous invite à une balade érudite et ironique dans une manière de fiction au carré mais aussi, l’air de rien, à une réflexion assez poussée sur la littérature. Les entrées de son catalogue sont faites par le titre des œuvres imaginaires et il faut aller jusqu’au bout de la notice pour voir qu’elles ont été inventées, souvent, par les plus grands noms de la littérature, et dans tous les genres, de Lovecraft à Nabokov en passant par Orwell ou encore ces délicieux écrivains trop oubliés que furent les « fins de siècle » Marcel Schwob ou Pierre Louÿs.  Et comme il le dit fort justement, ce divertissement mélancolique et souriant de la bibliothèque imaginaire qui court toute la littérature depuis ses origines obéit à un désir simple mais un peu fou car impossible à assouvir : « Il n’est jamais assez de livres. »


La bibliothèque invisible  de Stéphane Mahieu (Editions du Sandre)

jeudi 23 octobre 2014

Jours tranquilles à Eymoutiers.

La campagne est très belle par ici et l'automne enchante tant il ressemble aux dictées de l'enfance:

La Vienne coule toujours au bout du jardin et la collégiale aime toujours autant le ciel:

La population qui n'a pas estimé utile de débaptiser sa rue Marx ou sa place Stalingrad a d'ailleurs historiquement fait toujours preuve de bon esprit, notamment au moment de la Terreur qui ne fut Terreur que pour ceux qui avaient bien mérité d'être terrorisés:
Chez Guy le libraire, nous faisons une bonne pêche

 Puis nous repassons la Vienne et allons jardiner avec le dédicataire de L'Ange Gardien en attendant la Révolution Mondiale

Et après nous lisons dans la chambre avec vue pendant que le silence fait croire que le Temps ne coule plus, ou à peine.


mercredi 22 octobre 2014

Brève contribution à l'iconothèque d'Eric Zemmour


Christophe de Margerie: un linceul n'a pas de poches.


La mort de Christophe de Margerie dans un crash aérien sur un aéroport moscovite suscite une grande émotion chez les maîtres du moment et leurs valets. Christophe de Margerie était en effet un des puissants de ce monde. Pour l'exercice 2013, le PDG de Total avait touché un salaire fixe de 1,5 million d’euros, un variable de 1,9 million d’euros et 1,7 million d’euros en stock-options et actions. Soit une rémunération globale de 5,3 millions d’euros.
C'est le Bossuet du Panégyrique de saint Bernard de Clairvaux que l’on entendra aujourd'hui pour notre part : «Cette heure fatale viendra, qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence ; la vie nous manquera, comme un faux ami, au milieu de nos entreprises. Là tous nos beaux desseins tomberont par terre ; là s’évanouiront toutes nos pensées.  Les riches de la terre, qui, durant cette vie, jouissent de la tromperie d'un songe agréable, et s'imaginent avoir de grands biens, s'éveillant tout a coup dans ce grand jour de l'éternité, seront tout étonnés de se trouver les mains vides…»


mardi 21 octobre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 18

"
"Leurs joues avaient l'odeur du vent. Et ce goût furtif, cette douceur duvetée sous les lèvres, c'était le goût âpre, la douceur bouleversante du bonheur. Mais je ne le savais pas, je ne le savais pas."

Marcel Béalu, "L'autobus sans retour", Mémoires de l'ombre.

lundi 20 octobre 2014

La Fayette, la revoilà!

paru dans Causeur magazine, octobre 2014



Qu’on nous permette de revenir au XVIIe siècle. Il nous semble bien oublié, à vrai dire. Ou pire, on s’est habitué à sa présence comme on s’habitue aux grands monuments, comme on s’habitue à Versailles, par exemple. On sait qu’il est là, ce Grand Siècle, mais on n’éprouve plus vraiment le besoin de le visiter. Ce n’est pas un hasard si le terme « classique » désigne à la fois l’esthétique de ce temps et les auteurs qu’on n’étudie plus qu’en classe, et encore… La Rochefoucauld, Molière, Corneille, le cardinal de Retz ou Mme de Sévigné ont pourtant inventé une manière d’être français infiniment séduisante, qui pourrait se révéler particulièrement utile en ces temps de grandes angoisses sur ce qui fonde notre identité. Il y a chez eux, au-delà de leurs différences, une même manière d’être au monde, une manière incroyablement tonique dans son impassibilité apparente, une forme de légèreté héroïque qui se conjugue à une grammaire des sentiments bien oubliée aujourd’hui.


Ce retour au XVIIe, c’est la parution des Œuvres complètes de Madame de Lafayette dans la Bibliothèque de la Pléiade qui nous en offre l’occasion. Le volume édité par Camille Esmein-Sarrazin prend l’allure d’un système solaire. Autour de l’étoile Princesse de Clèves gravitent une correspondance, des portraits, des Mémoires attribués, d’autres romans et nouvelles connus jusque-là des seuls spécialistes, ou presque. Tout cela, en plus du riche appareil critique, nous permet de connaître un peu mieux cette silhouette mystérieuse, un peu abstraite, qui passe discrètement dans les manuels de littérature, laissant derrière elle la réputation de fondatrice d’un genre littéraire devenu une spécialité nationale : ces fameux romans psychologiques, tout pétris de retenue, d’extrême civilisation, ces romans brefs où les cœurs s’échauffent à proportion que les têtes demeurent froides. Il faudrait nuancer, parler de l’influence de Segrais qui, dans la préface de ses Nouvelles françaises (1657), définit une esthétique qui rompt avec l’âge du roman héroïque et pastoral pour définir la fiction moderne comme celle du réalisme psychologique sur fond d’histoire. Mais c’est bien Mme de La Fayette qui passe à la pratique, écrivant en 1678, avec La Princesse de Clèves, l’archétype de cette nouvelle fiction.



On sait les problèmes que ce roman a pu poser à certains par sa trop grande cérébralité. On ne parle pas seulement d’un ancien président de la République dont on a beaucoup moqué l’ obsession anti-Princesse de Clèves, mais aussi bien de la manière dont, quelques décennies plus tôt, Louis Scutenaire (1905-1987), anarchiste et surréaliste belge trop méconnu, après avoir vu le premier volume de ses Inscriptions édité chez Gallimard en 1945, se vit refuser le second car il s’était moqué de l’admiration extatique que l’on vouait à La Princesse du côté des excellences de la NRF, à commencer par Gide. Son aphorisme « Relu hier soir La Princesse de Clèves. Avec mon cul. » lui valut un exil définitif de la rue Sébastien-Bottin.


Et pourtant, il s’agit bien, avec ce roman sacré ou ce sacré roman, de la leçon capitale que nous laissent une femme et un siècle : l’amour à la française est tout entier dans cette tension, cette lucidité tragique, par exemple celle d’un prince de Clèves passionné, qui a encore la force de détester sa passion : « Je n’ai que des sentiments violents et incertains dont je ne suis pas le maître. Je ne me trouve digne de vous, vous ne me paraissez plus digne de moi. Je vous adore, je vous hais, je vous offense, je vous demande pardon ; je vous admire, j’ai honte de vous admirer. Enfin, il n’y a plus en moi ni de calme ni de raison. » La Rochefoucauld, l’ami dont Mme de La Fayette adoucit les derniers temps, ne dit pas autre chose dans ses Maximes : « Un honnête homme peut aimer comme un fou, jamais comme un sot. »


Il y a donc, chez  Mme de La Fayette, bien autre chose à chercher que la finesse de l’analyse, la délicatesse des sentiments. C’est même le contraire qu’il faudrait lire dans ces leçons de folie contrôlée par l’orgueil : l’apprentissage du dépassement, le culte d’une énergie intime qui amène à une morale des sommets. Mais tout cela exposé sans élever la voix, dans l’élégance glacée de la litote. Comme le montre ce portrait qu’elle fit de son amie d’enfance, la marquise de Sévigné, et qui ouvre judicieusement ce volume de La Pléiade, il s’agit avant tout d’être à la hauteur de ses désirs : « Vous êtes sensible à la gloire et à l’ambition, et vous ne l’êtes pas moins au plaisir ; vous paraissez née pour eux et il semble qu’ils soient faits pour vous. » Cette fois-ci, ce n’est plus La Rochefoucauld mais son frère ennemi Retz qui donne un écho de cette idée  dans ses Mémoires : « Toutes les grandes choses qui ne sont pas exécutées paraissent impraticables à ceux qui ne sont pas capables de grandes choses. »

On trouve là une éthique commune à cette poignée d’écrivains qui connurent les deux XVIIe siècle, en passant par la case Fronde : celui baroque, héroïque, de Louis XIII, et celui policé, un rien compassé, de Louis XIV, qu’on appelle le Grand Siècle, justement. Retz, La Rochefoucauld, frondeurs en pleine illusion lyrique aurait dit Malraux, ratèrent un destin historique et prirent leur revanche par l’écriture : Retz par cette confession murmurée à l’oreille d’une femme que sont ses Mémoires et La Rochefoucauld par les tirs sporadiques de ses Maximes, qui ressemblent aux ultimes rafales que lâchent les rebelles dans une ville déjà reprise en main par les troupes gouvernementales.


Mme de La Fayette, de son côté, perpétua le raffinement des ruelles de la préciosité comme pour opposer son art de la dépense, des feux d’artifice de l’esprit, du luxe des analyses subtiles et gratuites au pragmatisme triomphant d’un appareil d’État que contrôlait déjà Colbert. Elle placera ainsi le cadre de ses romans soit dans une Espagne de fantaisie pour Zaïde, soit sous le règne d’Henri II pour La Princesse de Clèves, soit encore pendant les guerres de religion pour La Princesse de Montpensier, le premier texte qui la fit un peu connaître : elle s’ y offrit le luxe d’inventer un genre littéraire, la nouvelle historique, où l’histoire récente lui permet un subtil « floutage » de sa propre époque. Dans tous les cas, l’important est de se décentrer par rapport à un temps dont la grandeur signe aussi une certaine forme de désenchantement.


Avant d’être comtesse de La Fayette, elle fut Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, une jeune fille qui connut le bruit et la fureur de la Fronde, cette pavane flamboyante pour une aristocratie défunte. Elle avait dix-huit ans lors des combats du faubourg Saint-Antoine, quand La Rochefoucauld chargea, avec une poignée de cavaliers, une compagnie de mousquetaires pour dégager le Grand Condé et perdit, à cette occasion, ses illusions et la moitié de son visage. Et elle n’en avait que vingt, en juillet 1654, quand sa mère lui fit faire un étrange voyage à Nantes. Cette année-là, le cardinal de Retz, encore lui, emmêlé comme à son habitude dans des intrigues qu’il avait lui-même nouées, était en résidence surveillée. Mais on était entre gens du monde : son geôlier, le maréchal de La Meilleraye, lui laissait à peu près faire ce qu’il voulait. Les promenades sur les remparts de la forteresse se révélèrent vite ennuyeuses, alors il put recevoir des visites. D’après ses Mémoires, celle d’une certaine Mme de La Vergne lui laissa un joli souvenir. Il faut dire qu’elle avait eu le bon goût de venir avec sa fille. Retz, qui pour une fois n’avait rien à faire, tenta sa chance : « Elle était fort jolie et fort aimable. Elle me plut beaucoup. La vérité est que je ne lui plus guère. Je me consolai de sa cruauté avec la facilité qui m’était naturelle. » 


 Un coup pour rien, donc. De toute manière, cette histoire n’aurait pas duré : Retz s’évada quelques jours après. Marie-Madeleine, la jolie jeune fille, ne fut pas non plus particulièrement marquée par cette aventure puisqu’elle épousa, l’année suivante, le comte de La Fayette, personnage un peu falot au demeurant qui préféra toujours ses terres d’Auvergne aux fastes de la cour. Si le cardinal de Retz se trompe toujours avec brio quand il s’agit de politique, il faut le croire lorsqu’il parle des femmes : la pudeur de cette jeune fille sera celle d’une œuvre tout entière, où le désir, partout présent, est partout retenu. On n’est plus tellement habitué à ce genre d’économie du cœur à l’époque de la pornographie et du narcissisme sur Internet qui, au fond, sont une seule et même chose. Raison de plus pour y revenir.


Voilà, de fait, le génie très particulier de Mme de La Fayette et de quelques-uns de ses contemporains : croire en l’émotion, en la vie, pour mieux les brider, les étouffer. Aveux, confessions murmurées ou sèches maximes, un certain goût pour le silence à peine rompu vient se confondre avec le style. C’est en une seule phrase que Mme de La Fayette montre à quel point la princesse de Clèves eut raison de ne pas céder à l’amour et de préférer la solitude du cloître. Nemours, le beau Nemours, pour lequel elle fut prête un instant à tout sacrifier, était finalement comme les autres : « Enfin, des années entières s’étant passées, le temps et l’absence ralentirent sa douleur et éteignirent sa passion. »


C’est sans doute cela, finalement, Mme de La Fayette, et à travers elle la France : ce monde où les princesses seront toujours les plus belles pour aller danser mais où jamais, au grand jamais, vous ne verrez une larme couler sur leur visage.


Madame de La Fayette – Œuvres complètes, édition établie par Camille Esmein-Sarrazin (Bibliothèque de la Pléiade).

vendredi 17 octobre 2014

Thomas l'éclatant

Lisez Thomas Morales. Pour au moins trois raisons. Un, c'est un bel écrivain qui porte la critique au rang des beaux-arts. Deux, les éditions de la Thébaïde qui font un bien joli travail. Trois, j'ai écrit la préface et en général, je ne me dérange pas pour rien.

Propos comme ça, 13

Emmanuel Macron: "L'assurance chômage n'est pas un tabou à gauche"
Mézigue: "La lutte armée non plus, en fait."

Gauche.
En Bolivie, Evo Morales réélu au premier tour et pour la troisième fois, dédie sa victoire à Chavez et Fidel Castro.
En France, on a Emmanuel Macron.

Eric Zemmour aurait lu Dora Bruder de Modiano hier soir . Pris de honte, il se serait réfugié chez les Bénédictins, où le fantôme du facétieux mystique Max Jacob, mort à Drancy en 44, l'aurait accueilli avec les mots suivants: "Pauvre con."

Il aura passé sa vie à chasser midinette à quatorze heures.

On aura beau dire, les gens qui vous parlent de racisme anti-blanc, c'est quand même souvent parce qu'ils sont de bons vieux racistes anti-bougnoules.

Ce qui aurait été bien, c'est que la tehon de BHL avec sa pièce de théâtre nous consolât du succès de Zemmour. Eh bien, même pas.

Manif pour tous, Zemmour, etc.... La rebellitude de droite, c'est quand les enfants de Thiers se mettent à parler comme Guy Debord. C'est à la fois indécent et rigolo.

jeudi 16 octobre 2014

Potlatch pour Frédérick Houdaer



A Frédérick Houdaer



Parfois
le monde est tellement
gris
vain
vétilleux
vulgaire
paranoïaque
cruel
et surtout surtout
sans le moindre intérêt
que j’ai l’impression
fugitive mais atroce
que les poètes n’ont jamais existé
que les manuels de littérature
sont vides ou presque
que Rimbaud Aragon
Apollinaire Larbaud
Réda Thomas Toulet
et tous les autres
ne sont jamais nés
sinon dans mon hallucination
d’homme fatigué.


©jerome leroy 10/14




mercredi 15 octobre 2014

Péan pour Loukanikos

Nous en avions déjà parlé dans FQG. Il fut le symbole héroïque et narquois de la résistance de tout un peuple à la barbarie austéritaire qui a ramené la Grèce au rang d'un pays du tiers-monde, prouvant qu'il n'y avait plus besoin, dans l'Europe post-démocratique, de chars et de brutasses galonnées pour faire un putsch. Il suffisait de quelques hommes en noir venus de Bruxelles, du FMI et de la BCE pour imposer la dictature des marchés. On en connaît les résultats en matière politique, sociale et sanitaire.
Loukanikos, la saucisse, fut de toutes les manifestations, chien du peuple d'Athènes, comme un enchanteur sachant varier ses métamorphoses, comme un demi-dieu célébrant l'alliance du vivant. Il repose désormais à l'ombre d'un arbre, sur une colline de la ville, au-dessus de la rumeur jamais éteinte des coeurs purs retrouvant leur fierté et leur désir dans l'émeute.





Manquer dans l'image




Automne
Ca rime depuis toujours avec atone ou monotone
Il y a des pluies des paysans cagneux
Depuis toujours aussi
Des vents mauvais
Des feuilles tombées avec Verlaine Toulet
Ou même Guillaume
Mais l'automne pour moi ce matin
En cet instant précis
C’est un paysage où je ne suis pas
Un lieu qui existe à deux heures d’avion
Ou trois disons
C’est une table sous un citronnier
Sur une île
Dans une petite vallée
La chaise m’attend le chat aussi
Et le bleu surtout le bleu
Qui aurait à peine pâli
Mais à peine à peine
On irait à la plage tout à l’heure
On lirait
Un livre oublié dans la maison
Lors du dernier été
Le tome I du Vicomte de Bragelonne
Dans l’édition de poche des années soixante
Mais je ne l’ai pas oublié bien sûr
Je l’ai laissé pour revenir
Pour que Bragelonne
Ne rime jamais avec automne
On verrait encore des baigneuses
Des baigneuses de midi
Qui rentreraient à peine un peu plus tôt
Mais à peine  à peine
Le livre de poche pourrait être ouvert à la page cent vingt
Sur le transat
Avec du sable entre les pages
La serviette pourrait être tenue par mes mains
Pour essuyer les épaules toujours bronzées
De la baigneuse de midi
On pourrait encore dans la taverne de la plage
Déjeuner de poisson grillé de tomates et de vin blanc
Mais moi
En cet instant précis
Atone et monotone
Je manque dans l’image
Comme si j’étais mort.


© jérôme leroy 10/14






lundi 13 octobre 2014

L'ange gardien, sur Radio Libertaire.

C'était samedi, de 17 heures à 19 heures avec le programme musical choisi par nous. On peut écouter ici.


On en profite pour remercier Le Courrier Picard et Philippe Lacoche.
Stéphanie des Horts dans Coté Ouest
Natalie Beunat dans Clés
Hélène Reynaert dans la Page des Libraires.
Mais aussi Ouest France et Paris Match.