mardi 30 septembre 2014

Radio days

Le podcast de l'émission Pop Fiction, c'est ici. Votre serviteur intervient à partir de la 21ème minute.
Et celui du Masque et la Plume, où Michel Crépu a un coup de coeur pour L'ange gardien, c'est là.

dimanche 28 septembre 2014

"Prends garde à la douceur des choses."

Dimanche 28 septembre 2014, 8H50, 15e arrondissement
Les matins de fin d'été
ou de début d'automne
surtout un dimanche
ont le goût exact
du temps qui passe
L'âge et une légère gueule de bois
me rendent aussi fragile
que la trame du ciel
Ce n'est pas une sensation désagréable
puisque tout est tendre 
jusqu'à la pierre de taille
des immeubles Haussmann 
Ils s'étirent 
comme une grande fille
solide et sûre de son corps
quand elle se réveille
Le bleu est plus un souvenir du bleu
qu'autre chose
un bleu qui se rappelle
dans le calme de la ville
comme il était jeune encore
au coeur de juillet
Je suis fragile comme ce bleu-là
Je suis le souvenir de moi-même plus que moi-même
et c'est bien dommage car rien ne serait bon
comme de coïncider avec moi
en cet instant précis
en ce matin de fin d'été
ou de début d'automne
Je suis certain que j'apprécierais mieux
le goût exact 
du temps qui passe
et du café
à la terrasse déserte 
de ce bistrot
place Charles-Michels
dans le bleu pâle
dans le bleu fragile
dans le bleu du temps.


©Jérôme Leroy septembre 2014






De facto


samedi 27 septembre 2014

L'art poétique du roman noir

Sans jamais prononcer le terme, Irène Némirovksy, dans une préface qu'il faudrait reproduire ici intégralement, une préface aussi brève que lumineuse au Facteur sonne toujours deux fois du grand James Cain, donne une des meilleures définitions qui soit de l'esthétique du roman noir: 
"On imagine l'auteur, tenu en haleine par cette exigence du public américain, qui veut être à chaque instant de sa lecture, saisi, secoué, passionnément intéressé, et cette exigence se traduit, pour le livre, en qualités, presque classiques, de raison, d'ordre et d'économie."
Cela pourrait nous aider, dans la surproduction d'aujourd'hui, à distinguer ce qui appartient en propre au roman noir par rapport au thriller, au whodunit, au police procedural, etc... Ce qui appartient en propre au roman noir, c'est donc d'après Irène Némirovsky, son aptitude à remplacer et sur le plan esthétique et, d'une certaine manière sur le plan moral, ce qu'était la tragédie classique: "raison, ordre, économie" dans la réalistaion et purgation cathartique des passions pour le lecteur ou le spectateur.
C'est pour cela d'ailleurs que seuls les auteurs de romans noirs,  Hammett, Cain ou chez nous Manchette, entrent assez vite de plain-pied dans la l'histoire littéraire malgré les préventions de certains qui sont vraiment convaincus, du haut de leur ignorance universitaire, que Musso et Thompson, c'est la même chose.

Radio pour L'ange gardien

L'ange gardien sera ce samedi soir en direct à France Inter, dès 20 heures, dans l'émission Pop Fiction d'Ali Rebeihi.

jeudi 25 septembre 2014

Masculin/Féminin, encore une fois.


                                                      Plus je le revois, plus je pense que c'est un film capital. Il décrit le moment historique précis où le désir s'est métamorphosé en consommation, où la vieille grammaire amoureuse a laissé place à la syntaxe du marché. C'est extension du domaine de la lutte trente ans avant extension du domaine de la lutte. 
Et puis, en plus, Chantal Goya est canon. 
Oui, je sais, ça fait toujours drôle de dire ça. 
Et Catherine-Isabelle Duport, aussi, forcément...                                                                        

mercredi 24 septembre 2014

A Templemars

Dans le cadre du salon du polar de Templemars, nous aurons le plaisir de signer L'Ange Gardien à La Librairie Le Bateau Livre de Lille vendredi 26 dès 16H et de participer au salon lui-même samedi 27 jusqu'en milieu d'après-midi.

L'ange gardien à France Info

dimanche 21 septembre 2014

Belle comme une Française


Et toi aussi, danse avec l'Histoire

Il n'y avait pas de raison. Le local de la section de Lille du PCF s'appelle Angela Davis. Elle était de passage à Manifiesta, la fête du Parti du Travail de Belgique (PTB) à Bredene-aan-Zee, à deux pas d'Ostende. Alors, on lui a demandé un petit mot, comme ça, et puis on a causé.

Jacques Réda

"Un beau soir dans la rue, est-ce qu'il souriait?
Voici qu'il tombe la face en avant sur le trottoir.
Autour de lui beaucoup de gens se rassemblent pour voir
Comment il va mourir, tout seul, attendant la voiture,
Se débattant pour la dernière fois avec son coeur
Et son âme soudain lointaine où subsiste un reflet
De l'improbable enfance, un arbre, un morceau de clôture,
Quelques soucis d'argent et peut-être un nom, un visage
Effacé mais qui fut l'unique et déchirant amour."

Jacques Réda, "La fête est finie" in  Récitatif (1970)

Marianne et l'ange gardien.

Un grand merci à Alain Léauthier qui consacre deux pages à L'ange gardien dans Marianne.
sans oublier la recension de l'ami Claude Le Nocher dans son blogue Action Suspense

vendredi 19 septembre 2014

Propos comme ça, 11

L'Ecosse n'est pas indépendante, Sarkozy revient, Hollande fait sa guerre. Ca pourrait être une sale journée: sauf que l'après-midi est somptueuse, qu'il y a deux pages dans Marianne sur l'Ange Gardien et que je lis Jean-Claude Pirotte au soleil en buvant un Chinon de chez Lenoir et en mangeant des noix. Alors désespéré, mais bon...

Manifestations de notaires. La police charge. Trois BMW série 7 et deux Porsche Cayenne légèrement blessés.

Manifestations de notaires. Eux, on ne les entend jamais contrairement aux cheminots. C'est donc que ça doit être super grave ce qui leur arrive. 

Loisirs. Le week-end approche: et si vous sodomisiez un notaire?

Similitude somme toute logique, mais tout de même assez frappante, entre la phraséologie libérale menaçante et méprisante utilisée pour convaincre les Français de voter oui au referendum de 2005 et, dix ans plus tard, pour convaincre les Ecossais de voter non à leur indépendance.

L'extrême incertitude quant aux moyens de subsister sans travailler rendait les outrances nécessaires et les ruptures définitives."
GD

Illettrées: j'ai toujours trouvé que le mépris était un sentiment de droite. C'est pour ça que j'en veux un peu à Macron qui me donne envie de lui cracher à la gueule.  

Ce connard de Casimir a quarante piges. J'en déduis qu'il est pas toujours crevé d'un infar à cause de son gloubiboulga pourri. J'en déduis aussi que l'Ile aux Enfants existe toujours. Je suggère donc aux avions de la coalition de retour des bombardements sur l'Etat Islamique de pulvériser ce pays de débiles et de pas rater ce gros pédophile de facteur, cette tarlouze de monsieur Dusnob, ces niaiseux de François et Julie. Et qu'on en parle plus. Jamais. 

Cette mauvaise réputation qui voudrait que je sois un incurable nostalgique alors que si quelqu'un aime les femmes d'aujourd'hui, c'est bien moi. 
 

jeudi 18 septembre 2014

Demain, l'Ecosse?

En tout cas, comme symbole de sécession d'un monde libéral, ce ne serait pas mal de pouvoir aller se saouler à Dundee en chantant à tue-tête Flower of Scotland sous la pluie pour fêter l'indépendance de la toute nouvelle République d'Ecosse.

mardi 16 septembre 2014

N'est-ce pas?


Tu es chez les bouquinistes de la Vieille Bourse. Il faudra un jour reconnaître que c'est une addiction, un fétichisme, une névrose. Tu traines devant les caisses. Tu résistes. Tu as du mal mais tu résistes. Et pourtant, ces titres, ces éditions, ces couvertures, ces odeurs même. Tu ressors. Tu t'en vas. Tu es presque fier de toi. Tu n'avais ni la place, ni le temps et à peine l'argent. Tu as bien fait. N'est-ce pas? N'EST-CE PAS?

Pialat, écrivain.



La personnalité de Pialat, mort en 2003,  n’était pas aimable. Mais on paraît rarement aimable quand on refuse absolument toute concession aux goûts et aux convenances de son époque. On se souvient, le plus souvent, en ce qui concerne Pialat, de sa magnifique réponse, aux sifflets des festivaliers cannois lorsqu’il reçut la Palme d’Or pour Sous le soleil de Satan : «  Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus ». Pialat a toujours fait partie de ceux, en effet, qui préféraient la colère à la peur, attitude qui paraît aujourd’hui plus que jamais comme profondément morale. Dans un monde placé sous le signe de la précarité et de l’oppression soft des politiques austéritaires présentées comme la seule alternative, si les gens se mettaient en rogne un peu plus souvent plutôt que de se confire dans la trouille aliénée de ceux qui croient encore avoir quelque chose à perdre, on aurait peut-être un paysage politique moins désespérant.

Pialat, qui a eu  une enfance célinienne entre ses parents ruinés et sa grand-mère qui l’a élevé, n’avait aucune raison de prendre des gants avec qui que ce soit. Et il ne les a pas pris, y compris dans ses amours. Son deuxième long métrage, Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), décrit la décomposition d’un couple joué par Jean Yanne et Marlène Jobert.  On raconte d’ailleurs que Jean Yanne qui se révèle là un acteur extraordinaire, a failli en venir aux mains avec Pialat lors du tournage. Il y avait de quoi, pour ceux qui se souviennent du film. Il n’est pas facile de jouer un personnage odieux et malheureux à la fois, un mec abject avec une femme qui est sa maitresse et qu'il commence à aimer vraiment quand elle, elle se met à moins l’aimer.  Si on se fie à l’intrigue, on pourrait croire à du Harlequin, avec le triangle amoureux classique. Mais comme le remarquait Fanny Ardant chez Truffaut dans La Femme d’à côté, ce sont les chansons d’amour à la radio, mêmes idiotes et sirupeuses, qui disent la vérité de l’amour. Et Pialat, le génie de Pialat avait été dans Nous ne vieillirons pas ensemble de transformer une situation convenue en  chef d’œuvre.

Autre question, que se posèrent les spectateurs de Nous ne vieillirons pas ensemble : comment un film sentimental pouvait-il être aussi brutal ? La fin d’un amour aurait appelé plutôt à une forme de mélancolie élégante et non à ces répliques blessantes, ces paires de gifles, ce refus de l’attendrissement, cette psychologie au hachoir. On pourrait aller chercher une explication du côté d’une pudeur exacerbée ou d’une forme d’étrangeté à soi-même comme si précisément, on assistait à sa propre vie dans un film dont on ne serait même pas le metteur en scène.


Mais une  réponse plus précise est sans doute à trouver dans le roman qui donna naissance au film et qui reparait aujourd’hui dans cette collection d’Archipel/Poche intelligemment consacrée à exhumer les romans oubliés qui furent à l’origine de films restés célèbres. Nous ne vieillirons pas ensemble est un roman qui paraît deux ans avant le film, chez un éditeur relativement obscur. Comme le signale l’ami Le Guern dans son intelligente préface, Pialat a déjà 45 ans quand il publie ce livre et sa carrière est au point mort puisqu’il reste confiné à la réalisation de documentaires sans pouvoir réaliser les films qu’il voudrait. Le lecteur découvrira un texte qui ressemble déjà au Pialat cinéaste. Sur une trame très proche du film, le narrateur Jean vit encore avec sa femme Françoise qu’il trompe depuis des années avec Colette. Tout le monde est au courant dans le trio et dans leur entourage. Ce qui frappe, c’est la sècheresse du roman, une sècheresse qui confine à la désorientation, désorientation du lecteur et des personnages, parce que le narrateur parle de lui comme d’un étranger, se décrivant de manière purement comportementale à la façon d’un auteur de polar. Littéralement, il ne sait pas qui il est et ce qu’il pense. Il se raccroche à des bars, des bistrots, des rendez-vous, des errances sur les routes françaises des années 70 entre l’Auvergne, la Côte Normande, la Camargue, Paris.  On peut seulement arriver à deviner ce que les personnages ressentent dans les dialogues, et encore. Tous les bons cinéastes savent que les dialogues ne  sont là que pour ajouter à la confusion, surtout quand ils sont parfaitement ciselés au point de paraître vraiment naturels, ce qui est le comble de l’art.

Nous ne vieillirons pas ensemble, le roman, est donc celui de personnages nus et opaques à la fois, surexposés et pourtant insaisissables. Et au bout du compte, humains, trop humains.  On a là, du coup, une clé bouleversante pour comprendre un peu mieux le grand Maurice.
Paru sur Causeur.fr

lundi 15 septembre 2014

Propos comme ça, 10

Le communisme, c'est ne pas choisir entre le recueil de poèmes, le paquet de cigarettes et le petit coup de blanc quand tu t'installes en terrasse d'un bistrot. Et encore moins t'y installer, à cette terrasse, dans le temps que daignent te laisser les rapports de production mais quand toi, tu en as envie. Nous voulons tout.

Rêve d'enfant. Debout, devant les locaux du Medef, un mégaphone à la main et dire une phrase du genre: "Vous avez dix minutes pour vous rendre sinon nous ouvrons le feu."


Je suis désolé mais Aer Lingus ne me fait pas prioritairement penser à une compagnie aérienne.


62% des Français souhaitent la démission de François Hollande pour élire Nicolas Sarkozy. Ou Marine Le Pen. 62% des Français sont des vrais cons. Finalement, c'est étonnamment peu.
 

La seule chance que la Sierra Leone, le Liberia ou la Guinée ont d'intéresser la communauté internationale est d'annoncer qu'Ebola est un émir islamiste et qu'il a enlevé deux cents lycéennes. Et encore, ça va durer un mois. Bring back mon cul. 
 
Apple révise à la baisse ses objectifs sur le marché libérien. 
La pauvreté toujours aussi importante en France: l'appétit vient en mangeant une fois par jour.
 
L'été indien dans un monde de droite, ça vous en gâcherait presque l'élégance mélancolique et tiède.
 
Aux prochaines élections présidentielles, il y a de fortes chances que je vote Jacques Rozier. 

jeudi 11 septembre 2014

L'ange gardien, dans le Figaro, le Canard enchaîné et des blogues amis

Dans le Figaro, c'est notre petit frère Sébastien Lapaque qui s'y colle.
Dans le Canard, c'est Didier Hassoux qui a tout compris et qu'on remercie.

Et last, but not the least, le camarade Jean Marc fidèle au blogue et Christopher Gérard dans le Salon Littéraire

Notre 11 septembre.

Comme chaque année, c'est évidemment celui-là:



Guibourgé, ex-fan des eighties



Rien n’est plus compliqué, par les temps qui courent, que de faire de la littérature sans que les moralistes vous tombent dessus. Cela a toujours été un peu le cas : la littérature, la bonne, est suspecte de toute éternité pour ce qu’elle porte en elle de subversion, de provocation, de refus des assignations idéologiques. Va-t-on faire ce procès en moralité au dernier roman de Stéphane Guibourgé, Les fils de rien, les princes, les humiliés ? Voilà un garçon au style élégant, racé, ce qui n’étonnera personne car il fit ses premières armes, comme un peu nous tous, à l’ombre des hussards et des néo-hussards qui sont tout de même ce qui se fait de mieux pour apprendre à faire jouir le français sans pour autant trop le bousculer. Ce qui pourrait, par parenthèse, être aussi une définition du classicisme.

Mais ce style ne lui sert pas à raconter une histoire d’amour entre lecteurs de la presse de centre-gauche avec de vrais bouts d’érotisme dedans. Car, n’est-ce pas, pour être de centre-gauche, on n’en est pas moins très audacieux dans la sexualité. Il suffit de voir Christine Angot, comme elle est audacieuse, par exemple…  Non, Guibourgé est un intempestif qui préfère les alcools forts de la marginalité politique aux smoothies des émois trentenaires. Ce qu’il nous raconte, et les imbéciles qui persistent à confondre le je d’un narrateur et celui d’un auteur pourront toujours crier au loup, c’est l’histoire d’un skinhead qui avait dix-sept ans dans les années 80 et qui trente ans plus tard, alors que la cinquantaine approche, s’est installé au vert et cajole dans une tendresse inquiète sa femme et un fils de six ans pour qui il construit une maison. Mais Falco n’est pas dupe. Il n’aura pas l’impudeur de parler de rédemption. Simplement, il se souvient. C’est déjà assez compliqué de se souvenir sans encore avoir à demander pardon. D’ailleurs, se souvenir, c’est déjà demander pardon.  Pas la peine d’en rajouter, donc.

Le roman de Guibourgé est construit sur ce va-et-vient entre passé et présent. Les choses ont-elles tellement changé, d’ailleurs, en une grosse génération? Pour Falco, sans doute. Pour le monde, rien n’est moins sûr. Le Falco d’aujourd’hui retrouve les mêmes drames  sociaux, et donc humains, que ceux qu’il a connus dans les années 80, à l’époque où ça bastonnait sec dans les kops, où ça violait les filles arabes, juives ou gouines, afin de « tuer quelque chose en elles pour toujours. », à l’époque où ils étaient des bêtes fauves. Le narrateur de Guibourgé n’est fier de rien, il est parfaitement conscient que tout le monde se fiche de ses éventuels remords. Seulement, à l’époque où les froids statisticiens de l’économie alignent depuis leurs think tanks ou leurs cabinets ministériels des graphiques qui transforment les hommes en variable de gestion, parlent de flexibilité, de délocalisation, de compétitivité, il ne faut pas qu’on s’étonne d’enfanter des monstres. Quand on crée un enfer, il est assez logique qu’il soit peuplé de démons. Aujourd’hui, les intégristes dans les banlieues, hier les skinheads dont les pères, petits blancs et ouvriers fiers d’avoir contribué à la richesse des trente glorieuses, ont été traités comme des chiens, des « humiliés » alors qu’ils étaient des « princes ». On écoute Guibourgé décrire les années 80 ?  « La lutte des classes, ce n’est plus grand chose. C’est mon père qui a perdu son boulot, de nouvelles chaînes de télévision, des variétés, le sport, la pornographie. Un gouvernement qui détourne l’attention du peuple en organisant la mise en scène de son action. Sac de riz sur l’épaule du ministre étranger, chute dans le spectacle, fête de la Musique. »

Alors, forcément, pour Falco, il faut vivre malgré la mort symbolique du père, sentir les os craquer, le sang jaillir. On vole des bagnoles avec des gitans, on va en taule, on rentre dans la Meute, surnom de bande de skins, on boxe, on boit, on trouve même le moyen d’aller en fac. C’était absurde, puisque ça n’a rien changé, puisqu’aujourd’hui, au bistrot du village, il faut écouter un copain lui aussi victime d’un plan social, lui aussi subissant le même mépris politique, pire, la même indifférence.

Les fils de rien, les princes, les humiliés est un beau roman de colère rentrée et de sérénité introuvable. C’est surtout, et là est sa grande intuition, un livre sur la paternité comme unité de mesure idéale et tragique pour se rendre compte de la décomposition d’une époque : « Je n’oublie rien. L’enfance, l’Usine et les coups. Les stades, le Meute et la prison. Puis un matin je me retrouve près de lui à l’hôpital. Une vie a passé. Il ne peut pas se lever. Alors, je le prends dans mes bras. »

Stéphane Guibourgé, Les fils de rien, les princes, les humiliés, Fayard, 2014.
paru sur Causeur.fr

lundi 8 septembre 2014

Propos comme ça, 9

L'Ecosse, d'après les derniers sondages, pourrait devenir indépendante. Dans ce cas, je me fais naturaliser sur l'heure car j'aime les rousses aux yeux gris, le Laphroaig, le saumon fumé, les îles et j'ai toujours rêvé d'apporter ma contribution à la déconstruction des stéréotypes en me promenant les couilles à l'air sous une jupe plissée.


 19 ans, nue, couverte d'huile d'olive, elle blesse deux policiers (Le Parisien). Elle est présentée comme démente, ce que je trouve injuste. Quand on a 19 ans, dans ce monde-là, y a t il un geste plus sensé que de se mettre nue, de s'enduire d'huile d'olive et de blesser des flics?


En français, par exemple, le mot "livre" désigne le recueil de poèmes de Jean Follain que je suis en train de lire et le vomi de Valérie Trierweller. Il faudrait tout de même réfléchir à un vocable pour désigner l'ensemble des faux livres. Un mot sans histoire, sans racine, sans étymologie. Des syllabes aléatoires choisies par un logiciel. Je ne sais pas, moi, "barloume", par exemple. "Bonjour monsieur, je désirerais ce livre de Jean-Claude Pirotte et puis, tenez, je vais vous prendre le dernier barloume sur le développement personnel, c'est rapport à ma grand mère qui est devenue New Age."

Assez étrangement, la droite attaque Najat Vallaud Belkacem mais pas Emmanuel Macron qui est pourtant lui aussi un ministre de gauche. Ou alors, il y a quelque chose qui m'a échappé...


Soyons honnêtes et lucides. Le succès du livre de VT est dû à son obscénité, sa pornographie profonde. Il aurait fallu qu'elle aille jusqu'au bout dans la confusion définitive entre les deux corps du roi (Kantorowicz). Bref qu'elle dise comment FH baise. S'il aime de temps en temps un doigt dans le cul, s'il est nul en cunnilingus, quelle est la taille de sa bite, s'il jouit en appelant sa mère. Là, je la trouve limite petite joueuse. Mais ce sera sans doute pour le second volume "Merci pour ce moment dans ton cul."


Le couteau entre les sans-dents. 



 

samedi 6 septembre 2014

Comment rendre votre bibliothèque incontrôlable?


Vous savez de quelle manière une bibliothèque commence à devenir incontrôlable?
Prenons un exemple. Vous lisez Jean-Claude Pirotte ou, plus précisément vous essayez de lire tout de lui parce que vous ne pouvez plus vous en passer. Ses livres s'accumulent, pour votre bonheur, autour de la demi-douzaine de titres que vous possédiez déjà. A un moment, tout de même, vous vous dites, Pirotte parle sans arrêt d'André Dhôtel, et vous savez tout de suite, à la manière dont il en parle, que vous allez aimer et même sans doute un peu plus que ça.
Comme vous n'avez rien d'André Dhôtel dans votre bibliothèque et que vous avez un souvenir d'enfance plus que lointain du Pays où l'on n'arrive jamais, vous allez chez Gibert, pour vous procurer un  titre d'André Dhôtel. Un seul, bien entendu, promis, juré. Mais voilà, il y en a plein d'occase dans le rayon des poches. Alors, après une brève hésitation, vous en prenez deux, puis trois, puis quatre.
Vous vous sauvez vers le rayon poésie pour échapper à la tentation. Devant le  rayon poésie, vous vous rappelez que Dhôtel, d'après Pirotte, a aussi écrit de la poésie. Au point où vous en êtes. Vous la cherchez, vous ne la trouvez pas. Mais, bing, vous tombez sur un recueil de...René Fallet! Vous n'en aviez jamais entendu parler. Pas de Fallet, bien sûr, mais de la poésie de Fallet. Vous ouvrez le recueil dans l'espoir de vous convaincre que ce n'est pas bon, secondaire, accessoire. Vous lisez alors ça:

Ce qu'il aimait, c'était le gris
Les tripes, le Pouilly, la photographie à plaques,
La politique, les meetings, les bras de chemise
Ca le saoulait, c'était sa poésie.


Vous prenez donc le Fallet. Forcément.
Et puis vous comprenez, de retour chez vous, en regardant  les rayonnages surpeuplés, les piles un peu partout dans la maison, qu'à moins de devenir millionnaire ou qu'une société réellement communiste n'advienne, vous n'aurez jamais le temps de tout lire parce qu'il faut travailler, paraît-il. Il n'empêche, en attendant d'aller à la Braderie de Lille en ce premier week-end de septembre manger des moules et des frites sur le stand du Parti, vous allez lire Dhôtel, Pirotte, Fallet avant de faire ce que vous aviez à faire. Le seul avantage de l'âge
, c'est que vous culpabilisez de moins en moins, ce qui fait encore beaucoup trop mais il faut dire que vous partiez de proportions quasi ashkénazes.

Une soirée à la librairie Charybde

Des amis, des inconnus, des camarades et des lecteurs qui connaissent nos goûts et nos dates et qui pour notre cinquantenaire nous ont apporté en cadeau du vin et des livres.








L'Ange gardien, suite des opérations.

Deux papiers sur l'Ange Gardien, l'un, sensible et fraternel, du camarade Arnaud Le Guern, pour le Service Littéraire, que l'on pourra lire ici.
L'autre du fidèle Gaël Golhen dans Techknikart du mois de septembre que l'on pourra lire ci-dessous:

jeudi 4 septembre 2014

Au chic communiste, 18

Marina Ginesta, combattante  espagnole de 17 ans, sur les toits de Barcelone en 1936, pendant la guerre d'Espagne.

mercredi 3 septembre 2014