mercredi 7 décembre 2016

Maryland

À part écouter une radio doo wop
qui émet
depuis le Maryland
je ne vois pas ce que j'ai de mieux à faire
sinon regarder un beau matin bleu
de décembre
au temps de la circulation alternée
et des particules fines
Je ne sais pas si je verrai un jour le Maryland
je ne sais même pas
si j'ai la bonne plaque d'immatriculation
pour aller dans le Maryland
Il me semble que non
Mais Calypso ronronne
elle aime le bleu d'hiver et le doo wop
elle se moque du Maryland
de la mélancolie
et du temps des particules fines
Elle a sans doute raison
Calypso.

©jérôme leroy décembre16

mardi 6 décembre 2016

Le devenir-Stryge

Relire Sternberg en première édition d'une collection mythique,  grâce à la générosité de JYG, le bienveillant et généreux bibliophile, du côté de chez Gambetta.
S'apercevoir qu'on aspire de plus en plus,  à trois cent kilomètres heure dans la Picardie bleue crépusculaire des temps terminaux de la pollution aux particules fines, à un devenir-Stryge.

lundi 5 décembre 2016

Etat présent de mon esprit


Etat présent de mon esprit


Rappeler des amours perdues
La nuit
Depuis une cabine téléphonique
A carte
Quand on n’a que des pièces
Et que
De toute manière
Les cabines téléphoniques
n’existent plus.


© JLeroy12/16

dimanche 4 décembre 2016

Rhââââ deadly.


Gotlib, rhâââ, deadly. On l'avait rencontré à l'époque où on pigeait au Quotidien de Paris. 93. Tout le monde était jeune. Comme c'était avant internet, il reste moins de traces de tout ça que pour Pompéi.  
On laissera nos souvenirs à ceux qui voudront rire comme dans le monde d'avant. 
Ce n'est pas dit qu'ils soient nombreux à se battre pour l'héritage. 
Y a pas mal de mutants, ces temps-ci.

David Goodis, à la recherche du noir parfait

Pour les lecteurs de David Goodis, tout a commencé par l’amour de la Série noire. Dans la France de l’après-guerre, au jeu des trois familles des amants du mauvais genre, on distinguait les lecteurs du Masque sous casaque jaune. C’étaient d’ailleurs plutôt des lectrices, des dames qui se rêvaient en Miss Marple. On pouvait aussi appartenir à la famille Fleuve noir. Mais si, souvenez-vous, les couvertures de Gourdon, sagement dénudées et déclinées en couleurs ou en noir et blanc, selon que la collection était policière, d’angoisse ou d’espionnage. Le Fleuve noir était la vraie littérature de gare à l’époque où on lisait encore dans les gares, même quand on était un prolo de retour du turbin. Et puis il y avait la Série noire. Sa couverture rigide et janséniste avec jaquette au liseré blanc tranchait, sans compter que l’ombre tutélaire de Gallimard lui valut l’onction des intellectuels qui y virent des contes de fées modernes.
Des noms nouveaux apparaissaient, des noms qui peu à peu allaient devenir des classiques : Hammett et Chandler, les pères fondateurs, mais aussi la génération suivante avec notamment Jim Thompson, Chester Himes et bien entendu David Goodis. Marcel Duhamel, le fondateur de la Série noire, aurait préféré comme ses confrères que le chaland achète une marque de fabrique plutôt que le nom d’un écrivain. Il n’y est pas parvenu et c’est tant mieux. La Série noire s’est caractérisée par une bonne quantité de titres illisibles aujourd’hui mais aussi quelques révélations qu’il faudra bien se résoudre à qualifier de littéraires.

David Goodis en fait partie. Et Retour vers David Goodis, le livre que lui consacre à nouveau Philippe Garnier après une première enquête parue en 1984, Goodis, la vie en noir et blanc, lui donne sa pleine dimension. Il n’est pas certain malgré tout que ce Nerval du roman noir, qui a donné ses lettres de noblesse à une poésie urbaine du sordide et à la femme fatale vue par les yeux d’hommes redevenus des enfants perdus, dise forcément quelque chose aujourd’hui aux lecteurs si ce n’est, indirectement, par le cinéma. Goodis a très vite et très souvent été adapté et, ce qui aurait tendance à prouver son universalité, pas seulement par quelques grands noms d’Hollywood comme Delmer Daves ou Jacques Tourneur. En France, nous rappelle Garnier, c’est dès 1960 que Truffaut adapte avec Charles Aznavour Tirez sur le pianiste, un roman publié aux États-Unis seulement quatre ans plus tôt : « Si son film était si fidèle à Goodis par le ton, c’est justement que rien n’est français dans son “Pianiste” ». Puis il cite Truffaut lui-même : « Aznavour est arménien, et même en France a cet air lunaire venu d’ailleurs. Je crois que c’est important, ça, si on veut garder cette idée de pays imaginaire, ce qu’est au fond la Série noire. »
Goodis, né en 1917 et mort cinquante ans plus tard plutôt usé, plutôt alcoolique, aura été presque malgré lui la silhouette près du réverbère qui attend une blonde au coin de la rue sans savoir, ou bien trop tard, si elle représente sa rédemption ou sa chute. Nous sommes chez lui toujours dans l’archétype ou la névrose d’une scène primitive qui diffracte à l’infini : Cauchemar, Cassidy’s Girl, La nuit tombe, Les Pieds dans les nuages, Goodis aura finalement toujours écrit le même roman, et ce n’est pas pour rien que l’un de ses titres les plus célèbres est Obsession. Écrire toujours le même livre, comme Modiano ou Simenon, est un privilège des grands écrivains : ils ne se répètent pas, ils modulent, ils jouent subtilement de variations sur un même thème. Celles des grands romans de Goodis sont comme les monochromes de Soulages : elles cherchent le noir parfait, celui que l’on atteint, pour reprendre un autre titre célèbre de Goodis, Sans espoir de retour. La trame goodisienne est simple, comme le sont les tragédies : sur des airs de jazz et de be-bop, au milieu de truands minables ou de flics corrompus, un homme seul, déchu, se noie dans l’alcool pour oublier qu’il a été autrefois un type bien.
L’influence de Goodis demeure pourtant importante, au moins sur les écrivains de noir. En témoigne Laurent Guillaume, une des plumes les plus prometteuses du polar français, qui a rédigé la préface d’une réédition récente de Vendredi 13 : « Vendredi 13 est la parfaite incarnation du roman noir non en ce qu’il raconte une histoire de braquage, car il ne s’agit là que du prétexte qui réunit les personnages. Vendredi 13 est un roman noir en ce qu’il montre par le menu les interactions entre des personnages de la rue, des ratés, des petits malfrats. Le roman noir est plus dans le décor que montre Goodis que dans l’intrigue qu’il bâtit. »
Le malentendu sur sa postérité à éclipses est sans doute dû au fait que Goodis est un grand écrivain sans vraiment l’avoir voulu. Dans son livre construit comme un road-movie, Garnier recueille des témoignages dans les trois points névralgiques de la vie de Goodis : Philadelphie, sa ville natale, New York, où il a fait ses débuts dans les pulps (ces magazines bon marché qui publiaient des nouvelles à la chaîne), et Hollywood, où il connaîtra, comme nombre de ses confrères de l’époque, une carrière aléatoire de scénariste. Il démonte la légende d’un homme qui aurait fini par ressembler à ses personnages au point de disparaître de longs moments dans les bas quartiers ou de séjourner dans des cellules de dégrisement de Phily, obsédé sexuellement par les femmes noires ou plus fortes que lui. Goodis, nous dit en substance Garnier, n’est pas un personnage. Ou alors pas du roman qu’on croit, plutôt celui d’un homme qui a lutté désespérément pour être comme les autres, qui a été hanté par l’écriture tout en ayant peur de la folie d’un frère cadet qu’il a protégé jusqu’au bout.
Au début des années 1980, quand Garnier démarrait sa première enquête, Goodis était pratiquement indisponible dans toutes les librairies américaines, et absent des histoires littéraires. Depuis, nous apprend Garnier, il semblerait qu’on le relise et qu’on commence à l’étudier sur le plan universitaire. Il serait même devenu une « cottage industry », une attraction touristique, dans sa ville natale de Philadelphie.
Il faut croire que cet écrivain d’un pessimisme radical très contemporain, conjugué au vieux romantisme de la nuit, est aujourd’hui une voix que l’on peut à nouveau entendre, qu’il faut à nouveau entendre.

Retour vers David Goodis de Philippe Garnier ( La Table Ronde)
Vendredi 13 de David Goodis (Folio Policier)

(article paru dans Causeur Magzine de Novembre 2016)
 

samedi 3 décembre 2016

Mais j'ai un doute

Oui, effectivement, Trump, candidat antisystème et... antisuffrage universel. Je veux bien admettre que la loi électorale américaine permette et ait permis ce genre d'aberration, que l'élection de Trump ne soit de fait juridiquement entachée d'aucune irrégularité mais les néo-réacs qui se touchent la nouille depuis des semaines sur le retour des oubliés grâce à "Trump contre les zélites" devraient en rabattre un chouïa quand même. A moins d'admettre qu'il y ait, aux USA, 65 millions de spectateurs pour les films de Woody, 65 millions de lecteurs pour les romans de Pynchon et les poèmes de Brautigan, 65 millions de passionnés qui fassent la queue au MOMA pour une exposition d'On Kawara avant de se presser pour prendre un brunch à Tribeca. 
Mais j'ai un doute.

Parfois la nuit arrive un peu vite


Parfois, la nuit arrive un peu vite.

Un gros roman réaliste du XIXème siècle est toujours consolant.

Elles t’auront fait mal mais elles n’auront pas fait exprès.

Ils ne comprennent rien, mais toi non plus. Il faudrait juste arriver à comprendre ensemble qu’on ne comprend rien, mais pas aux mêmes choses.

Je m’essouffle.

Faire la liste des mots intraduisibles en français ou, au mieux, par une périphrase : ils indiquent souvent la tristesse ou la désillusion : saudade, dor, spleen, desengagno. Parfois, une attitude d’orgueil, un sens de l’honneur : diom, pukhtu (merci DOA). Si vous en voyez d’autres, écrivez à la maison. On transmettra. S’interroger sur cette part manquante, cette déperdition, ce caractère irréductible qui serait propre à une nation, une culture.

Le désenchantement n’empêche pas de chanter. Au contraire.

S’apercevoir soudain qu’on ne chante plus sous la douche. Se demander depuis quand. Et pourquoi. C’est d’ailleurs une seule et même question.

Les récits de fin du monde ou post-apocalyptiques, comme on dit, me plaisent de plus en plus. Je crois qu’ils sont, paradoxalement, un moyen d’éviter la peur de la mort, ou plutôt du « je meurs » (Jankelevitch). Ce n’est pas une consolation, c’est juste que « nous mourons » semble plus humain.

Je croise le regard d’une  gamine lors d’une rencontre autour d’un roman jeunesse, et je me dis que tout ça vaut la peine d’être vécu. Je reprends le TGV juste après, j’entends parler des commerciaux pendant une heure de trajet et j’ai envie de mourir parce que j’ai oublié mon ipod.

Je ne crois pas assez à mon existence pour ne pas porter des Church’s.

Mes contemporains, en cette saison, s’appellent Héraclite et Brautigan, Apollinaire et Scutenaire, Michaux et Norge, Dickens et Debord, Nabokov et Pirotte. Penser à téléphoner à Rimbaud, Balzac, Proust, Perros, Scutenaire, Calet, Guérin. il y a un peu trop longtemps que l’on n’a pas discuté du temps qu’il fait.

J'en oublie surement. Je devrais avoir un agenda. Je n'ai qu'une bibliothèque. Mais ils ne m'en voudront pas. Les morts ont le temps.


-Do you speak english ?
-Yes, whisky !

vendredi 2 décembre 2016

Montreuil, Macha, l'énergie

Montreuil, hier, au salon du livre jeunesse.  Quand parfois, tu regrettes ton ancien boulot, ou que tu te rappelles pourquoi tu as aimé la ZEP, pendant vingt piges. 
Une simple question de regard, de bienveillance.
Et puis on sent que l'énergie passe, ensuite. Dans les deux sens. 
Et ca va mieux. Jusqu'à la prochaine fois. On raconte justement un peu ça dans Macha ou l'évasion. Comment l'énergie circule, et les regards, malgré tout...


 

mercredi 30 novembre 2016

Pourvu


Pourvu que 
ça se termine 
sur une plage
au milieu 
d'enfants qui rigolent
et de filles qui dansent.
Pourvu.

Tout perdre,
et savoir mourir.





©jleroy11/16



Fétichisme et temps clair


Un cadeau de ton éditrice, Alice Déon, qui connaît tes fétichismes, pour adoucir l'occupation austère du service de presse.
En plus, c'est exactement le poème qu'il faut parce qu'on oublierait assez vite, avec tout ça, qu'il y a tout de même un bonheur d'être au monde surtout par temps clair.

lundi 28 novembre 2016

Tentative d'instruction des larbins anticommunistes

Tentons, sans trop d'espoir, d'instruire les larbins anticommunistes à l'aide de cette photo. Elle représente deux des plus belles figures du socialisme réel au siècle dernier. Aujourd'hui encore, elles sont pour moi et pour nombre de communistes et de progressistes, des modèles politiques même si l'on est bien placés pour savoir qu'il n'est pas de sauveur suprême.
Le premier, Fidel, face à la sauvagerie des attaques du capitalisme contre l'expérience cubaine en cours (tentatives d'invasions, de meurtres, embargo pluridecennal, sabotages économiques, attentats) avait choisi de prendre des mesures d'urgence pour assurer les acquis d'une révolution qui a permis à son pays d'échapper à son destin de bordel maffieux et de narco-état satellite des USA. 
Les petits bourgeois de chez nous, déclassés par la baisse tendancielle du taux de profit du capitalisme qu'on fait reposer sur leurs épaules, qui se disent à l'occasion de gauche (mais pas trop), qui sont paupérisés par la précarité et qui acceptent sans moufter de travailler jusqu'à 70 piges comme auto-entrepreneur sans sécu tout ça parce qu'ils se résignent au TINA (acronyme thatchérien pour There is no alternative) imposé par les néolibéraux, ces petits bourgeois donc viennent dire: "Oui mais quand même, Castro, c'était un dictateur." Comme si eux vivaient en démocratie....
Le second est Salvador Allende. Lui aussi entreprend une transformation socialiste de la société chilienne après avoir accédé démocratiquement au pouvoir en 1971. Deux ans après, le 11 septembre 1973, le même Salvador Allende, qui avait voulu jouer jusqu'au bout le jeu constitutionnel,  alors que les USA et les multinationales déstabilisaient le pays à coups de grèves financées par la CIA, se retrouve victime d'un putsch qui fait entre trois et quatre mille morts et ouvre la porte à une dictature militaire ultralibérale qui va durer vingt ans: n'oublions pas, en effet que la révolution conservatrice de Thatcher et Reagan est d'abord expérimentée à l'ombre des chars sur les cadavres des étudiants et des ouvriers, par les sinistres Chicago boy's de Milton Friedman.
J'adorerais personnellement avoir raison avec Allende et tort avec Castro. 
Mais aussi héroïque ait été la mort de Salvador Allende, le problème, c'est qu'il est mort. Assassiné, les armes à la main. Et avec lui,  est morte l'expérience chilienne d'émancipation. 
Ce qu'il faut donc que tu comprennes, petit scarabée humaniste et moral, tellement moral, c'est que toute rupture avec le capitalisme se fait contre le capitalisme, c'est-à-dire contre l'ordre du monde. Aucune révolution socialiste n'a pu aller jusqu'au bout de sa logique sans être, aussitôt ou presque,  confrontée à des agressions extérieures et intérieures. 
Castro n'était pas un dictateur et Cuba n'était pas une dictature, ce sont un homme et son pays qui ont lutté par tous les moyens et qui ont gagné à la fin. Tu m'expliqueras sinon,  petit scarabée, pourquoi ils sont des milliers, des centaines de milliers à défiler devant sa dépouille en pleurant.
Ta démocratie libérale n'est pas plus une démocratie que Cuba est une dictature. 
C'est Cuba, la démocratie. 
Et si tu ne comprends pas, va voter Fillon pour faire barrage à Le Pen en 2017, démocrate...

Ca, c'est fait...

Lundi 28 novembre,  bureaux des Editions de la Table Ronde, quatre heures de l'après-midi, temps bleu et froid. Le service de presse se termine.
En attendant la rafle de trois, le 3 janvier.

dimanche 27 novembre 2016

Le 3 janvier, rafale de trois.

Le 3 janvier 2017, Un peu tard dans la saison sort aux Editions de La Table Ronde.
Ce nouveau roman sera accompagné de deux rééditions en poche dans La Petite Vermillon,
La minute prescrite pour l'assaut, un roman de 2008 et Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèques en ruine, un recueil de nouvelles de 2007. 
Tout cela sera, on l'espère, noir mais joyeux, désespéré mais énergique,  violent mais amoureux, bref parfaitement "mauvais genres".


Collage-dédicace


Suite à une des nombreuses conversations nantaises avec Monsieur Houdaer, poète à Lyon, on feuillette ça  de retour chez nous, et on trouve à l'intérieur ce collage-dédicace oublié qui doit dater de l'époque lointaine où l'on pigeait à la Revue des Deux-Mondes. 
Et le dimanche prend soudain le goût du temps.

Brigitte Bardot n'existe pas

Brigitte Bardot est-elle un mythe ? L’essai enjoué, précis, brillant de Marie Céhère, Brigitte Bardot ou l’art de déplaire, pose la question dans cette France des années 10 où tout comme les fées, les sous-bois, les fantômes, les stations-service au bord des départementales, les dernières séances dans un cinéma d’Aubusson, les stars aussi ont disparu. Où le désenchantement pixélisé des réseaux sociaux joue avec l’éphémère définitif et l’amnésie permanente d’un présent perpétuel qui ne laisse guère de place à la nostalgie, ce dernier mode de connaissance des âmes sensibles telles que les définissait Stendhal. Or, Marie Céhère qui n’a pas trente ans, est d’abord une nostalgique mais pas pour jouir du plaisir d’être triste, ou pas seulement, mais pour tenter de comprendre ce qu’on a pu perdre en route, ce qui fait que nous avons cette impression de plus en plus prégnante que si ce n’était pas mieux avant, c’est pire maintenant.
Oui, Brigitte Bardot est un mythe et non des moindres. La preuve, nous dit Marie Céhère, elle n’existe pas : « Brigitte Bardot n’est pas réelle. Le cinéma, la publicité, la presse, la télévision, la rumeur populaire en ont fait un concept, une créature dont le nom et les initiales suffisent, comme une formule, à provoquer des réactions extrêmes. » Déjà, dans un petit livre écrit sur le vif, B.B 60, François Nourissier, nous rappelle Marie Céhère, avait écrit : « B.B incarne ce qu’aiment les Français ». En tout cas, les Français des années 50-60, trop heureux que Bardot l’impudique, la décoiffée, la Vouivre des plateaux de cinéma, Bardot au corps évident et solaire, bouscule malgré eux cette France encore tranquillement patriarcale, peu habituée à voir la part sauvage et mystérieuse du féminin s’exposer dans la radieuse impudeur de la jeunesse. Et cela, que le corps de Bardot apparaisse dans la célèbre scène de danse de Et dieu créa la femme de Vadim ou allongé, nu, sur le toit de la villa de Malaparte dans Le mépris de Godard. Marie Céhère a compris et le montre très bien que le scandale Bardot est un obscur désir inavoué de scandale de la part d’une société qui a envie d’être choquée mais ne le dirait pour rien au monde. « Brigitte Bardot, cette chose qui se promène toute nue ? » aurait demandé Gabin quand on lui annonça qu’elle serait sa partenaire dans En cas de malheur. Oui, c’est exactement ça, Bardot est cette chose qui se promène toute nue dans un monde encore très habillé comme l’avait vu Claude Autant-Lara qui la montre se dénudant dans le bureau solennel d’un Gabin en costume pour le convaincre d’assurer sa défense, ce qui donne un des contrastes les plus érotiques du cinéma de papa.
La haine du féminin qui est si bien portée aujourd’hui, que ce soit par les fanatiques religieux ou les pornographes industriels qui sont, au bout du compte, les mêmes, rendrait-elle une nouvelle Bardot possible aujourd’hui ? C’est une autre des questions soulevées par Marie Céhère. On peut en douter, la nudité n’est plus subversive, elle a été neutralisée par la surexposition ou le refoulement, le gang-bang ou la burqa. Le dossier Bardot s’alourdit car, comme nous l’explique Marie Céhère, il y a un féminisme de Bardot mais un féminisme différentialiste, où la femme s’assume en tant que femme et pas nécessairement contre l’homme : « Brigitte Bardot ne s’est jamais lancée dans une compétition contre les hommes. Ses relations amoureuses, multiples, tumultueuses et publiques, ne revêtaient pas les caractères de la lutte des sexes. A l’instar du MLF qui manifestait dans les années 70 pour l’abolition des lois pénalisant l’avortement, elle revendiquait la possibilité d’exister en tant que femme et non d’être à égalité de pouvoir avec l’homme. » Bref, Bardot la réac, par un paradoxe dont Marie Céhère montre qu’il n’est qu’apparent, est en fait une révolutionnaire dont le mot clé, le sésame émancipateur est « l’autonomie ». Autonomie de son désir, de ses choix professionnels, de ses engouements politiques.
Dernier crime de Bardot, le plus impardonnable peut-être dans une société spectaculaire et panoptique mais qui est aussi la dernière contribution de la star à la construction inconsciente du mythe : sa disparition. Elle arrête brutalement sa carrière en 73, se réfugie sur la côte d’Azur. Ce n’est pas parce qu’elle est oubliée ou moins sollicitée par le cinéma. Simplement, elle ne veut plus être là, ou en tout cas plus là où on l’attend.
Elle aura ainsi conjugué « l’art de déplaire » jusqu’au bout, avec une élégance définitive qui est aussi celle de Marie Céhère dans ce livre vivement recommandable.

Brigitte Bardot, l’art de déplaire de Marie Céhère (Pierre-Guillaume de Roux)

(paru sur causeur.fr)

samedi 26 novembre 2016

Sans raison apparente, 2

Les titres qui te reviennent sans raison apparente(suite): La solitude est un cercueil de verre de Ray Bradbury.
Pas lu ce roman, pourtant, depuis sa sortie, il y a au moins vingt cinq ans. Mais le titre est là depuis de matin, entêtant.
Je retrouve le roman dans un carton, à la cave. Folio, 1991, effectivement.
Première phrase:
"Venice, Californie, avait autrefois de quoi plaire à ceux qui aiment être tristes."
Il doit y avoir un sens à tout ça. 
Je ne suis même pas certain d'avoir envie de le trouver.

L'étrange questionnaire d'Eric Poindron


L'étrange questionnaire d'Eric Poindron (Editions Les Venterniers) est à l'image de son auteur: il vous fait parler de vous en parlant de lui. Nous sommes présents beaucoup plus, en effet, dans les questions que nous nous posons que dans les réponses possibles. C'est élégant, fantasque, érudit,  malicieux,  parfois lunaire,  parfois inquiétant,  parfois discrètement émouvant.
À la question 31, je répondrai l'Amoureux. Cette pièce ne pourrait bouger que si la Reine est à moins de deux cases. L'Amoureux se suspendrait à son cou, la ferait changer de couleur mais une fois sa mission accomplie, il en mourrait.

A demain, Fidel

Fidel Castro: on va certainement entendre un déluge de conneries anticommunistes vintage pour saluer sa mort. 
Il faudra juste ne jamais oublier que dans sa vie, il aura beaucoup plus souvent été à court de munitions qu'à court d'arguments.
C'est ce qui fait notre différence irréductible avec le capitalisme pour qui c'est le contraire, toujours.
A demain, camarade. Je t'aime.

vendredi 25 novembre 2016

Quitter Nantes

Photo de Cornélius Rouge.
Photo de Cornélius Rouge.
Et toi aussi
il te faudra quitter Nantes
et ses passages
où l'on change
de dimension
où l'on passe dans des univers
parallèles
avec l'aisance des meilleurs rêveurs
je serais peut-être tombé sur un monde
heureux
tu sais un monde
où tu m'aurais vraiment aimé
et si ce n'était toujours pas le cas

dans ce monde-là
quelle importance
j'aurais repris le passage Pommeraye
dans un autre sens
j'aurais bien fini par trouver
le lieu et la formule.


(c)jeromeleroy11/16

jeudi 24 novembre 2016

Sans raison apparente

Ivre de femmes et de peinture. Ces titres qui te reviennent sans raison apparente et qui te rendent heureux sans que tu saches pourquoi, dans une ville que tu connais mal, au moment où tu rentres dans ton hôtel, à deux pas du passage Pommeraye (souvenir de Jacques Vaché et d'une nouvelle de Mandiargues dans Le musée noir.)
Le monde vaut la peine, parfois.

lundi 21 novembre 2016

Elle t'écrit


Elle t'écrit
Je vais mieux c'est pourtant l'hiver
ou presque
J'arrive à manger un peu
L'odeur des châtaignes sorties du four
c'est l'enfance
c'est la pluie et la tempête
que je mange aussi
Je n'ai pas peur
alors toi non plus n'aie pas peur
Elle t'écrit
car je sais à la couleur de ton absence
le temps qu'il fait chez toi.

©jeromeleroy11/16

Lisez Macha, à défaut de la manger

Merci encore à Lamballe et au formidable festival Noir sur la ville.

Vers l'Ouest, again

On y part dès demain pour vous présenter ça, jeudi.
A Nantes, à l'initiative de la Maison de la Poésie et de l'association Fondu au Noir.

Un pays de vieux

Quand le titre d'un grand roman noir te revient en tête, en écoutant le journal radio-diffusé.

jeudi 17 novembre 2016

1969, naissance d'une vocation.

Il semblerait que cet texte datant de l'année scolaire 1969-1970 puisse être considéré comme mon premier. On notera l'économie de moyens hemingwayenne pour se livrer à une autobiographie sans concession.

Le document ci-dessous prouvera en outre que la maîtresse avait discerné en moi ce qui allait faire un bon communiste: le sens de l'autocritique pour revenir à ou dans la ligne, comme on voudra.

mercredi 16 novembre 2016

Vers l'Ouest

On sera à Lamballe, pour fêter les vingt ans de Noir sur la Ville et on en est très heureux! Le programme est ici. Viendèze nous dire bonjour!

mardi 15 novembre 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 72


"Nous étions partis et nous dûmes repartir,
  Le siècle était devenu un stand de tir."
 
Armen Lubin, Le passager clandestin (1946)

lundi 14 novembre 2016

On en a tous connu des comme ça...

...et c'était bien. Merci, Richard et bonne nuit.
C'est tout ce que j'ai à déclarer, Oeuvre poétique complète (édition bilingue) de Richard Brautigan (Le Castor Astral)

Un hiver avec Richard

Il est arrivé, mon copain pour l'hiver les trains,  la route, les hôtels... Avec lui, plus le temps passe, plus on a de choses à se dire. Ca nous change. Merci, pour des raisons à la fois différentes et proches à Jean-Yves Griette, son trop modeste et irremplaçable premier éditeur et à Eric Poindron, honnête homme.
On en reparlera, bientôt et souvent.

C'est tout ce que j'ai à déclarer, Oeuvre poétique complète (édition bilingue) de Richard Brautigan (Le Castor Astral)


"In a Cafe

       I watched a man in a cafe fold a slice of bread
  as if he were folding a birth certificate or looking 
  at the photograph of a dead lover."
 


Au secours, je suis élu!


Le cauchemar de Donald Trump
Je crois que j’ai commencé à vraiment avoir peur vers 23 heures, 23 heures 30, quand j’ai compris que j’avais gagné l’Ohio. Ce n’est jamais bon signe de gagner l’Ohio. « Où va l’Ohio, où va la nation », c’est un vieux dicton de chez nous. Je n’en savais rien, en fait. C’est Stephen Bannon, mon directeur de campagne, mon "Goebbels" comme dit Fox News, pourtant pas une chaîne gauchiste, qui me l’a annoncé. La politique, je m’en suis toujours un peu foutu à vrai dire. Ce qui m’intéresse, c’est le spectacle,  ce qui m’intéresse, c’est faire le show. J’aime que les lumières soient braquées sur moi, que la vie ressemble à un épisode de La croisière s’amuse ou de Dallas et jouer le rôle du riche. C’est plus amusant que de jouer le rôle du pauvre, du col bleu de Pennsylvanie. Il paraît qu’ils ont voté en masse pour moi. Ils sont dingues, ou quoi ? Ils croient que je vais les sauver comment ? En baissant les impôts des riches ? Parce que les riches m’attendent au tournant…
Heureusement, mes contradictions ne se voient pas. Beaucoup sont trop occupés, ici ou en France, à m’admirer parce que j’ai tapé sur ceux avec qui j’ai toujours vécu : les grands patrons, les politiques de Washington, les journalistes… J’espère qu’ils ne vont pas trop vite la ressortir, la photo où je rigole avec les Clinton à une réception. Ce serait encore plus gênant que l’enregistrement où je dis que j’attrape les filles qui me plaisent par la chatte pour aller plus vite. Je n’ai jamais attrapé de fille par la chatte pour aller plus vite. Mon fric suffit en général… Mais trainer avec les Clinton – et tous les autres –  ça en revanche…
Il n’empêche, j’ai vraiment la trouille. Vers deux heures du mat, ça a viré au cauchemar. Le Wisconsin et la Pennsylvanie, qui devaient revenir à l’autre, je les avais aussi dans la fouille.
Oui, là, je voudrais vraiment – plutôt que d’avoir à préparer mon discours de vainqueur -me retrouver dans une de ces vieilles séries où les personnages ne travaillent jamais mais passent leur vie en smoking.  Pour suggérer qu’ils sont occupés, parfois, le metteur en scène les montre derrière un bureau, à signer des papiers.  Il n’y a rien d’écrit dessus. C'est comme les enfants qui font semblant. Je le sais bien, quand j’étais le personnage principal de mon émission de télé-réalité, The apprentice, quand je jouais au patron qui refusait des postes à des demandeurs d’emploi dans ma boîte, c’était moins dur que dans la vraie vie. Je n’ai jamais tellement aimé la vraie vie, je préférais les grandes tours à mon nom, les golfs, les marinas, les casinos… bref les endroits chics et tocs  où être riche, ce n’est pas si compliqué : il faut juste savoir s’amuser.
Et dire que maintenant que je suis élu, je ne vais plus pouvoir jouer à être président des Etats-Unis, ça je saurais encore à peu près le faire, non, je vais être président des Etats-Unis. Et ça,  ça va être vraiment plus compliqué. Surtout avec le quarteron de septuagénaires réacs, vieux chevaux de retour de la droite américaine, qui m’entourent. Faut dire que pour croire en mes chances, mieux valait être ou désespéré ou très joueur. Nom de Dieu, qu’est-ce que je vais faire avec des Newt Gringrich ou des Rudy Guliani que même les Républicains trouvaient tout de même un peu facho…
Moi ce que je voulais, c’était pourtant simple. C’était être battu de justesse, c’était mettre des gens dans la rue, c’était mettre le dawa dans tous les USA et aussi au Parti Républicain, peuplé de prétentieux qui m’ont encore plus méprisé que les Démocrates. C’était transformer le mandat Clinton en cauchemar, lui balancer une procédure d’impeachment aux fesses, devenir le centre d’intérêt de tout le pays mais sans avoir la moindre décision à prendre.
Tiens, j’ai reçu les félicitations de Marine Le Pen. C’est drôle, je me souviens de la tête de son père le soir du premier tour des élections française de 2002. On aurait dit que le ciel lui était tombé sur la tête. Il n’avait pas prévu le coup, sans doute. Critiquer le système, c’est une chose, le prendre en main, c’en est une autre. Lui, au moins, il n’a pas été élu. Mais moi. 
Je sens la crise d’angoisse qui monte. Il paraît que le monde entier a la trouille et la masque plus ou moins bien.
S’ils savaient… S’ils savaient les Noirs, les Latinos, les femmes, les gays, les musulmans, tous ceux dont j’ai fait des boucs émissaires… S’ils savaient comme j’ai peur ! J’ai l’impression d’avoir allumé une putain de mèche devant une poudrière sauf que c’est à moi de l’éteindre, pas à l'arrogante qui devait gagner. Ou de refaire ces cauchemars d'avant, quand on arrive tout nu au lycée. 
Sauf que là, c’est dans le bureau ovale que je vais arriver à poil, à la tête de la première puissance du monde. 
Il est où le réalisateur ? 
Quand est-ce qu’il va dire : « Coupez ! »
 S’il vous plaît, aidez-moi...
(paru sur Causeur.fr)

C'est pas pour dire...

...(si en fait, c'est pour dire), mais l'hypothèse clown sinistre et populiste genre Grillo/Trump qui coiffe tout le monde sur le poteau, c'est une hypothèse explorée par mézigue par ici, encore disponible dans toutes les bonnes librairies et sous la direction éclairée et bienveillante d'Arnaud Viviant aux éditions La Tengo.

dimanche 13 novembre 2016

Un dimanche, en novembre

"

Quand, à l'époque de sa jeunesse, il se rappelait le passé, il lui arrivait de se demander si une nuit il n'avait pas réellement sauté de son lit et pénétré dans le tableau et si cela n'avait pas été le début de ce voyage plein de joie et d'angoisse qu'était devenue toute sa vie."
Et il sut alors, quand il retrouva ce roman qu'il cherchait dans la bibliothèque familiale, à quoi il passerait ce dimanche de novembre chez sa mère, ne relevant les yeux de temps à autre que pour regarder le jardin.

samedi 12 novembre 2016

Sur les traces de nos pères...


Tu te souviens, cara amica? 
Je suis sur les traces de nos pères. Ils lisaient Ada ou l'ardeur qui venait de sortir, ils fumaient des Benson et buvaient un peu trop, ils votaient à gauche et roulaient en R 16. Quand ils revenaient d'un dimanche à Saint-Valery-en-Caux, c'était en écoutant Jean-Louis Bory et Georges Charensol au Masque et la Plume avant de regarder un Dino Risi au ciné club de FR3. 
C'étaient nos mélancolies françaises, vers 1975, 76, 77.... N'est-ce pas, cara amica? Nous nous retrouvions au collège Fontenelle le lundi matin et nous savions déjà que le temps était de notre côté...

vendredi 11 novembre 2016

Le 11 novembre de Georges Leroy

Tu es mort pour la France, tué à l'ennemi le 30 mars 1918. Tu étais paysan-tisserand à Doudeville-en-Caux. Un champ de lin, un métier à tisser. Quelque chose me dit que tu devais aimer ce bleu-là, si particulier, qui vibre dans l'été. Tu as laissé trois enfants, pupilles de la nation, dont mon grand-père qui avait six ans. L'instituteur et le curé le repèrent parce qu'il passe son temps à lire et décident de l'envoyer à l'Ecole Normale de Rouen. C'est comme ça que tout a commencé pour moi, finalement. Alors, merci.
Maintenant, je suis bien plus vieux que toi quand tu es mort à l'âge du Christ dans les combats du dernier printemps de la guerre. C'est donc moi qui dois veiller sur toi  et ta mémoire comme sur un fils en attendant que l'on se retrouve dans l'Invisible pour faire un peu connaissance. A bientôt, grand-père.