mercredi 24 mai 2017

Comme d'habitude

On peut espérer que l'on reparlera vraiment de la question sociale et écologique quand les survivants des classes moyennes, retournés à l'anthropophagie, se battront autour des derniers points d'eau contaminés. A moins qu'En marche ait une majorité à l'Assemblée. Alors pour vos enfants, faites barrage à l'anthropophagie. 
Votez Macron. 
Comme d'habitude.

Hier soir, à Vincennes

C'était une très belle rencontre, hier à Vincennes, dans la splendide libraire Mille Pages. Merci à tous ceux qui sont venus, en particulier les amis et/ou lecteurs de ce blog pour parler de roman noir et de poésie, et boire du vin dans une jolie cour, par une de ces douces et lumineuses soirées de printemps qui ne semblent jamais vouloir finir.
Et demain, départ pour Tubingen où nous retournons à la rencontre de nos lecteurs allemands.

dimanche 21 mai 2017

Tu veux une autre tasse?

-Ca va? Tu as l'air absent, non?  Il ne te plaît pas mon café imaginaire?
-Non, au contraire. C'est juste que je suis revenu. Et ça fait un bien fou.
-Tu me raconteras où tu étais?
-Plus tard, quand tu seras plus grande.
-Pourquoi pas maintenant?
-Parce que c'est une histoire qui te ferait peur...
-J'aime bien les histoires qui font peur!
-Oui, mais là, c'est une peur qui...te ferait vraiment peur.
-Avec des monstres?
-Si tu veux, mais des monstres qui nous ressemblent.
-Tu y as échappé?
-Oui, c'est pour ça que je suis...bien, en fait.  J'ai juste besoin d'un peu de temps pour retrouver mes repères, mais sinon, je n'ai jamais été aussi bien depuis longtemps. J'oublie tout à une vitesse dingue...
-Ca va aller alors?
-Oui, ça va aller. Vraiment. J'adore ton café, tu sais?
-Tu veux une autre tasse?
-Oui, je l'ai bien méritée.
-Tu sais quoi?
-Non?
-Je t'aime même si ton survète est nul.
-Moi aussi, je t'aime.


Amour et urbanisme, 1


"Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues"

René-Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal


"Les amants sont des urbanistes, ils retracent des routes, réveillent des itinéraires oubliés, rendent la vue aux hôtels borgnes. Ils sont architectes et construisent une ville à l'intérieur d'une autre. Ils sont diplomates et annexent des provinces sur un simple sourire. Et leurs pouvoirs tiennent du magicien car ils ont les mains vides. Albertina et moi, qui dans les premiers temps, figurions assez bien des mariés de plein vent, sous la communauté de biens réduite aux nuages, en vînmes à lier notre aventure à tant de paysages et de visages nouveaux que nous ne sûmes bientôt plus de quel côté de la frontière était l'exil."
Antoine Blondin, Les enfants du bon dieu

 

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 83

"Alors, bon dieu, qu'est-ce qui peut te tourmenter, mon garçon? J'espère que tu n'es pas de ces cons qui se font des cheveux à la pensée de ce qui leur arrive, alors que personne n'y peut rien. Espérons bien que non."
Ernest Hemingway, Au-delà du fleuve et sous les arbres.

samedi 20 mai 2017

Le regard clair

En janvier 2010, dans le cadre d'une série de portraits militants pour le journal de la section PCF de Lille, j'avais rencontré Henriette et Michel Defrance. Henriette était déjà malade et devait nous quitter en 2012. Michel, lui, est mort le 15 mai dernier. Si je suis communiste, comme tant d'autres, c'est par une foi indéfectible en une société meilleure et parce que je suis adossé à une tradition révolutionnaire, celle des soldats de l'An II, de la Sociale de 1848, de la Commune, du Front Populaire, des combats antifascistes et antinazis de la Résistance, des luttes contre le colonialisme. Un communiste, ça espère autant que ça se souvient. Et je veux me souvenir d'Henriette et Michel Defrance.

Michel et Henriette Defrance, la mémoire et le présent


Michel Defrance vous reçoit, tout sourire, dans son appartement, du côté du port fluvial.
Henriette n’est pas loin. Ce sont deux figures majeures du Parti dans notre région que je rencontre par ce matin gris de janvier. C’est aussi un morceau d’Histoire, de celle dont les communistes peuvent être fiers, de celle qui ne fait pas baisser les yeux comme jamais ne se baisse le regard  bleu, amical et précis de Michel Defrance
Comment résumer l’itinéraire de Michel en quelques lignes ? Il faudrait un livre, un roman mais un roman où tout serait vrai. Par quoi commencer ? L’adhésion  en mai 42, à 17 ans, à l’insu d’un père lui-même engagé ? Les premiers tractages dans le 18ème arrondissement de Paris ? Son arrestation avec sa mère en juillet 42 ? Son tour des prisons parisiennes, La Santé, Fresnes et la caserne Mortier dont il s’évade ? Ou ce rappel qu’à cette époque, c’est toujours à la police Française qu’ils ont affaire et pas à des occupants nazis heureux d’avoir des fonctionnaires si zélés pour faire le nettoyage de ces sales rouges à leur place…
Avant de rencontrer Henriette, sa future épouse, en mars 44, il aura entre autre participé aux très durs combats menés par le réseau FTP Cadras en Bretagne et il aura miraculeusement échappé à la mort, alors qu’il était en mission du côté de Melun, et qu’il est mitraillé et gravement blessé en essayant de passer un barrage à vélo..
« Mais tu sais, me dit-il, c’est plus facile quand on est jeune, tout ça. Et puis encore aujourd’hui, c’est sur les jeunes qu’il faut compter, ceux qui ont entre dix sept et vingt cinq ans. Après, continue-t-il avec un sourire malicieux, on s’encroûte. »
En tout cas, pour l’encroutement,  il y a pire que Michel Defrance. Vraiment pire. Journaliste entre 45 et 83 à Liberté, il n’a eu ensuite de cesse, avec sa femme Henriette, de rappeler le souvenir de cette époque pleine de bruit et de fureur de la Résistance aux jeunes générations, en allant raconter dans les écoles. Et cela continue et continuera jusqu’au bout.
Leur meilleur souvenir de militants, à Michel et Henriette, ce fut la Libération, quand les communistes, dans le cadre du CNR, ont voulu que plus rien ne soit comme avant, que les sacrifices faits dans la lutte contre le nazisme, débouchent sur une autre société. Ce fut, pour Michel, réussi en partie : la sécu, les grandes nationalisations.  Il pense aujourd’hui encore que non seulement il faut préserver ces acquis-là, mais les renforcer alors qu’ils sont explicitement attaqués,  que la bonne méthode consiste à convaincre, et là encore, il revient à la jeunesse, à cette fameuse tranche 17-25 ans pour changer les choses, pour garder au communisme ce qui a toujours fait sa force : la jeunesse. Et d’insister, et de s’adresser à eux : « Vous n’avez que 7-8 ans pour vraiment inventer et vous engager à fond. »
Une malheureuse coïncidence fait que notre entretien se déroule le jour où l’on apprend le décès d’Auguste Copin qui organisa la grève des mineurs, celle de mars avril 41, celle dont on parle beaucoup moins parce qu’elle rappelle, constate Michel, que le Parti n’ a pas eu besoin d’attendre la fin du pacte germano-soviétique pour résister. Et de  rappeler les noms, aussi, de ces grands chefs militaires de la résistance communiste comme Roger Pannequin dans le Pas de calais ou  Guingouin dans le Limousin. Le Parti n’ a pas forcément eu la bonne attitude avec eux, après la guerre, constate-t-il un peu tristement.
Mais très vite, il revient au présent, aux luttes d’aujourd’hui, il pense qu’il faut à la fois être très pragmatique quand on est militant communiste, faire avec le réel pour mieux le changer. Pragmatique et révolutionnaire ,donc.
Et son dernier mot, avec son regard bleu, alors qu’il me serre la main sur le pas de la porte :
-Tu sais, je pense vraiment que le communisme est la solution. 

Atlantide

Nous aurons tellement aimé l'Atlantide, tellement.

vendredi 19 mai 2017

Il y a quand même plus important


malgré tout

Quand on sortait de la gare
et qu'on descendait vers la ville
par le boulevard Bara
Palaiseau
sentait le jasmin
le 18 mai 2017
vers une heure
de l'après-midi
Il faut  savoir dater
aussi
son plaisir d'être au monde
malgré tout.

mercredi 17 mai 2017

Société civile, mon cul.

Un oubli malheureux, rattrapé de justesse: au nom de la société civile, mademoizelle Zazie a été nommée secrétaire d'Etat aux hormosessuels, aux bloudjines et aux gens qui ont envie de dire "Macron, mon cul" Ici, lors de sa première sortie à la rencontre des chauffeurs Uber.

Nommer un éditeur à la culture, c'est comme nommer un médecin à la santé, un professeur à l'éducation nationale, un général à la défense et un flic à l'intérieur. C'est très exactement le contraire de la politique. 
Autant dire que c'est du macronisme pur jus. 
Avoir une vision, un projet, c'est ça, l'affaire du politique qui est, en principe, élu pour ça et donc légitime. Après, on peut décider que la politique, ça ne sert à rien et qu'un pays, c'est une entreprise. D'ailleurs, on est bien parti pour. 

Je ne vise pas particulièrement ni les éditeurs,  ni les escrimeuses d'ailleurs ni les personnes en général, je vise ce faux bon sens qui plait tant aux journalistes en plein bovarysme médiatique, faux bon sens discrètement totalitaire qui fait croire que le spécialiste dans un domaine domaine donné a la légitimité pour penser politiquement ce domaine. 
La société civile, si elle veut faire de la politique, qu'elle commence par se faire élire.

Honneur aux combattants du progrès

On remarquera la violence des combats antifascistes du 7 mai à la blessure encore visible d'un des héros de la victoire du camp du progrès.
Ces hommes ont fait barrage de leur corps à l'hydre nazie. Honneur à eux. Notre soulagement et notre reconnaissance sont immenses.

mardi 16 mai 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 82

"Solitude, mon smoking"
Georges Perros (1923-1978), Papiers collés 3

Trois hypothèses pour un command-car

 


On a beaucoup glosé sur la remontée des Champs Elysées, dont même l'habileté des cadreurs avait du mal à cacher à quel point les rangs des spectateurs étaient clairsemés, par le président Macron à bord d'un très martial command-car. Que l'on nous permette, sur cette scène inaugurale du quinquennat, trois hypothèses.
Hypothèse 1: Emmanuel Macron appartient à cette génération qui n'a pas eu à faire son service militaire et ça lui manque. "J'appartiens à cette génération de Françaises et de Français, dont l'arrivée à l'âge adulte s'est confondue avec la professionnalisation de nos armées et la suspension de la conscription. Aussi n'ai-je pu faire mon service militaire" a-t-il déclaré à plusieurs reprises en parlant de sa biographie. La restauration d'un service militaire universel et de courte durée est d'ailleurs au programme de La République en marche.
Hypothèse 2:  Du haut de son command-car, il nous dit: "Je vous préviens, je suis le chef des armées et je vais engager mes troupes sur tous les fronts atlantistes au nom de Vrai, du Beau et du Bien." Car l'atlantisme a toujours été la ligne  de la politique étrangère des pays libéraux et européens, vraiment libéraux et vraiment européens, pas comme ces Français encore infectés par le gaullisme malgré les présidences de Giscard, Mitterrand, Sarkozy et Hollande (on fera une petite exception pour Chirac qui a su dire non à la guerre en Irak en 2003).  Au premier chef de ces pays modèles en politique étrangère, il y a bien sûr l'Allemagne si chère au coeur du nouveau président.  Il faut donc que la France elle aussi s'aligne sur les USA comme autrefois les démocraties populaires s'alignaient sur le grand frère soviétique.
Hypothèse 3, dite de l'indice sémiologique: "Oui, je vous ai bien eus, je viens de réussir en moins de deux ans un coup d'état parfait, selon un scénario pensé et réalisé par le capitalisme financiarisé et ses principaux relais qui vont pouvoir en finir, grâce à moi et à mon allure moderne,  avec l'exception française, son jacobinisme, son état providence, son goût pour l'égalité.  Ceci est un putsch, d'un genre nouveau, mais on sait en Europe, depuis la Grèce de 2015, qu'il n'y a plus besoin de chars pour renverser un régime."
L'hypothèse 1 est purement psychologique, l'hypothèse 2 purement politique, l'hypothèse 3 pourrait être qualifiée de complotiste mais doit tout de même être l'occasion de nous rappeler qu'il existe deux erreurs en matière de complot: en voir partout, ce qui est une pathologie dangereuse et n'en voir nulle part, ce qui est d'une naïveté qui confine à la bêtise à moins d'être totalement ignorant en matière d'histoire. Le command-car du président Macron serait donc à la fois la satisfaction d'une frustration, le signe politique de nouvelles allégeances françaises et le clin d'oeil presque amusé à des commanditaires tout aussi amusés.
La vérité est sans doute composée,  en des proportions variables, des trois hypothèses. En tout cas, c'est ce qu'il faudrait avoir en tête pour qui voudrait écrire un roman, dans quelques années,  sur cette prise du pouvoir qui, dès qu'on aura un peu pris de recul, apparaîtra comme proprement invraisemblable dans un pays comme le nôtre, même en tenant compte de sa désorientation,  de ses fractures profondes et de la propagande inégalée et la ferveur hagiographique délirante en la faveur de l'Elu par les médias mainstream.  
Ce qui nous renverrait,  en partie, à l'hypothèse 3 puisque qu'on sait depuis longtemps, par des livres lucides  dont le dernier en date est Le Monde Libre d'Aude Lancelin,  comment ça marche désormais  dans presque toute la presse et la radio télévision ainsi que dans ses rapports avec les puissances financières qui les possèdent de fait.

Heureusement





Heureusement, le bourgueil de Catherine et Pierre Breton, les bonis jaunes et les livres (fin de marché à Wazemmes, pour deux euros les quatre.)

dimanche 14 mai 2017

Aussi joyeux qu'un préfixe privatif

Vieillir
c'est devenir à peu près aussi
joyeux
qu'un préfixe privatif
Il y a ceux en a-
aboulique
apathique
anorgasmique
aphasique (ou presque)
anomique
asocial
Il y a ceux en in-
inapte
inintéressé
inintéressant
invisible
incapable
incohérent
Vieillir
finalement
c'est faire de la grammaire
en attendant de partir.

Propos comme ça, 42

Dans mes amis, au deuxième tour,  il y a ceux qui ont voté blanc et ceux qui ont voté chèque en blanc.

Si on pouvait, précisément au nom de ce que nous sommes, éviter de traiter Marine Le Pen de truie ou de salope ou de pute et Brigitte Macron de vieille peau, ça m'arrangerait. "Il n'insultait personne en vain." Jo Hammett à propos de son père Dashiell, écrivain de romans noirs, gentleman et communiste.

Je préfère rester communiste, en fait, si ça ne vous dérange pas trop. D'ailleurs, j'ai l'intention de me présenter dans la 4ème circonscription des Bouches du Rhône. J'ai vu qu'il n'y avait pas de candidat de gauche puisqu'il n'y a que Mélenchon et Menucci.

"Les révolutions bourgeoises, comme celles du XVIII° siècle, se précipitent rapidement de succès en succès, leurs effets dramatiques se surpassent, les hommes et les choses semblent être pris dans des feux de diamants, l'enthousiasme extatique est l'état permanent de la société, mais elles sont de courte durée."
Un philosophe allemand mort à Londres, dont le nom échappe à beaucoup de monde en ce moment.


Dans l'entourage de Macron, on est déjà à l'étape suivante. Assurer une pédagogie efficace pour faire passer les ordonnances estivales relatives au code du travail.

samedi 13 mai 2017

Ma génération

"La génération d'incapables à laquelle j'appartiens a remisé tous ses souvenirs sur la Toile, et le crash de 2039 a été une sorte d'AVC collectif."
David Mitchell, L'âme des horloges (L'Olivier, 2017)

Menteuse


"Mon plus secret conseil et mon cher entretien,
Pensers, chers confidents d’une amour si fidèle,
Tenez-moi compagnie et parlons d’Isabelle
Puisque aujourd’hui sa vue est mon souverain bien."

vendredi 12 mai 2017

Macronisme et lovecraftisme

Ici, une impétrante enmarchiste qui vient d'apprendre qu'elle avait passé avec succès son entretien d'embauche pour être candidate aux législatives et qui peut se lâcher.
Cette sensation oubliée depuis Sarkozy et retrouvée avec Macron: un dégoût viscéral pour tout ce qu'il représente. Hollande, malgré la colère qu'il sucitait à cause de ses trahisons et de son incapacité manifeste, ne provoquait pas cette répulsion instinctive qui ressemble à celle inspirée  par Chtulhu et les Grands Anciens au personnage lovecraftien. 



26 mai, retour en Allemagne


Après Stuttgart, Fribourg et Leipzig,  ce sera Tubingen pour parler du Bloc. Notre éditeur de Hambourg nous informe que nous en sommes à la troisième réimpression et toujours dans les premières places des ventes de "Krimi". On est content.

Swann désespéré par les Législatives.


Swann désespéré par les élections législatives et Odette aussi, un peu.

Une page retrouvée de Proust




 Quand Swann voyait ce qu'il se passait entre le PCF, les écologistes et France Insoumise, leurs tractations à la fois byzantines et brutales, dominée par la figure de Jean-Luc Mélenchon, devenue étrange à force de métamorphoses qui devaient autant au caractère de l’homme qu’à la situation politique nouvelle, pour ces élections législatives qui étaient pourtant la dernière chance d'empêcher le président Macron d'achever de détruire tout ce qu'il avait aimé dans ce pays ;  de la cathédrale, si chère à Ruskin,  d'Amiens dont le nouveau chef de l'Etat, comme par une ironie qui ajoutait sa touche amère à l'immense accablement qui s'était emparé de lui, était originaire  aux plages de Balbec où les charmantes employées qui arrivaient à bicyclette au Grand Hôtel, nuée d'oiseaux joyeux, rieurs et comme rendus ivres par l'air iodé, seraient bientôt ubérisées ; des conversations  si plaisantes des Guermantes remplacées implacablement par celles des Verdurin qui n'inviteraient plus que des spéculateurs doués en électronique, des entrepreneurs éphémères qui faisaient des fortunes arrogantes en créant des applications pour les smartphones qui désormais servaient à tout sauf aux téléphonages,  à la manière encore polie et décente, gaie à l’occasion, même si cela était de plus en plus rare, dont on vivait dans certains quartiers populaires où les minima sociaux permettaient encore une existence qui, à défaut d’être confortable, n’était pas totalement angoissante mais le deviendrait avec la fin du modèle social issu de la Résistance et qui semblait, comme l’Atlantide, sur le point de s’engloutir définitivement « dans les eaux glacées du calcul égoïste » selon les mots de ce philosophe allemand mort à Londres et dont ses amis communistes faisaient grand cas mais dont le nom pour l’instant lui échappait ,  Swann, donc, se disait qu'être de gauche, ce qui était son cas depuis toujours,  était comme être amoureux passionnément de la plus belle femme du monde, comme être amoureux d'Odette ou, si les hasards de ses dilections sensuelles en avaient décidé autrement, de la petite laitière délurée aux joues rebondies qui agaçait tellement son majordome quand elle livrait le matin en faisant exagérément jouer la sonnette électrique qui venait d'être installée. 
Oui, c'était savoir que c'était elle et seulement elle, la Gauche, qui occuperait votre coeur pour toujours, représenterait le seul bonheur imaginable et inatteignable à la fois, comme de posséder la Simonetta Vespucci de Piero di Cosimo que Swann avait vue encore il y avait moins d'un mois au musée de Chantilly avec un député sortant du Parti et Charlus, lors d'une promenade entre garçons ;  mais s'apercevoir, dans le même temps, et sans que cela changeât vos sentiments car c'était impossible et que c'était là votre malédiction, que la Gauche était aussi une garce stupide, une gourgandine hargneuse, une mégère ratiocinante qui trouvait l'essentiel de son plaisir à désespérer ceux qui l'aimaient parce qu'elle savait qu'ils ne pouvaient pas faire autrement et que leur amour serait toujours inconditionnel, immense, plus fort que le désespoir, pourtant si douloureux, qu'elle faisait périodiquement naître en eux, depuis tant d'années, peut-être même depuis leur première rencontre.

jeudi 11 mai 2017

Rabelais: le savoir et la jouissance

Chaque nation a son œuvre fondatrice, son épopée mythologique qui résume tout son passé et annonce tout son avenir. Pour la France, il semble bien que ce soit Rabelais
. Par son apparition précise au point de bascule du Moyen Âge et de la Renaissance, il n’est pas exagéré de dire qu’avec lui, la France s’incarne au sens plein du terme. Rabelais, en cinq livres, affirme d’abord la présence d’un corps. Un corps démesuré, scandaleux, terrifiant, drôle ; un corps qui recherche pourtant, constamment, la sagesse, le savoir, l’équilibre, le bien-être, le rapport serein au monde. Bref, un corps français.
On pourra, en se plongeant dans la nouvelle édition des Cinq Livres des faits et dits de Gargantua et Pantagruel sous la direction de Marie-Madeleine Fragonard, retrouver à chaque page ce paradoxe qui n’en est pas un, entre l’expression de l’excès d’une part et la recherche de la mesure d’autre part, entre la profusion presque angoissante des énumérations interminables et la dispute érudite et comique, entre la tératologie scatologique des festins, des batailles, des copulations, des explorations d’îles fantastiques et le désir de précision, de méthode et même de douceur qui s’exprime dans la fondation de l’utopie libertaire de l’abbaye de Thélème ou, sur un mode plus paillard, par la quête de Panurge dans le Tiers Livre, entre éloge de la dépense et recherche de la femme idéale.
Cette nouvelle édition très complète, à défaut d’apporter des révélations, offre des angles inédits pour explorer ce continent Rabelais réduit hélas à quelques extraits pour les manuels scolaires. Et encore, dans le meilleur des cas, quand une réforme du collège ne fait pas disparaître « les buveurs très illustres » et autres « vérolés très précieux » dans des usines à gaz interdisciplinaires. Oui, lire Rabelais, c’est ne pas se laisser prendre au piège ambigu des « paroles gelées » du Quart Livre et, sur la question centrale de l’éducation, voir que ce sont les scoliastes de son temps qui ressemblent à nos modernes et l’enseignement révolutionnaire de Ponocrates qui serait désigné comme affreusement néo-réac.
Rabelais est de toute manière un homme qui a toujours brouillé les pistes. Marie-Madeleine Fragonard nous rappelle ainsi qu’on ne connaît pas le vrai visage de Rabelais, au sens propre, que son portrait le plus connu est d’origine incertaine et subit des métamorphoses reproduites dans cette édition qui sont autant de variations idéologiques sur la manière dont une époque le voit, ou ne le voit plus. Visage inconnu comme celui de Sade, qui symbolise pour Rabelais et le divin marquis, une situation au centre névralgique de plusieurs milieux entre lesquels ils circulent avec une mobilité aimablement suspecte : ecclésiastique, intellectuel, politique.
Il est possible malgré tout d’essayer de s’y retrouver un peu avec Rabelais. On est en 1494, ou à peu près. C’est l’année où meurt un homme qui avait le rêve fou de tout savoir, Pic de La Mirandole, comme s’il voulait laisser la place à la naissance d’un projet semblable au sien, celui d’un certain François Rabelais, qui voit le jour non loin de la Loire, ce fleuve blond, sur les rives duquel s’édifiaient alors les plus beaux châteaux du monde. Il faut d’abord imaginer une jeunesse franciscaine où Rabelais prêche en souvenir d’un saint qui marchait pieds nus et aimait le rire et les oiseaux avant la frénésie de savoir qui le prend et le pousse chez les bénédictins. Dans la grande tradition humaniste, Rabelais correspond très vite avec Guillaume Budé et découvre simultanément son goût pour le grec et la médecine. Il abandonne la vie monastique, devient médecin à Lyon, l’autre capitale de la Renaissance, et rédige le premier état de Pantagruel. Les voyages en Italie, Gargantua, l’amitié pour François Ier et l’admiration pour la sœur du roi, la lumineuse Marguerite de Navarre, n’empêchent pas Rabelais de regarder en face les convulsions de son temps. Déjà, le « beau xvie siècle », qui fut en fait bien court, jette ses derniers feux. Une partie de la France s’est levée contre l’autre, parce qu’une nouvelle lecture des Évangiles pousse certains à douter de la virginité de Marie. Rabelais, tenté par cette autre vision du monde, ne franchira pourtant jamais le pas. Il sait les dangers de ce genre de pureté qui cache mal la rumeur des massacres et l’odeur des bûchers.
Mais surtout, le grand mérite de cette édition est de pointer exactement tout ce qui a fait bondir ses contemporains et feraient bondir les nôtres s’ils se donnaient la peine de prendre la mesure exacte de son génie. Quoi de plus choquant, en effet, dans nos années 2010 finissantes placées sous le signe du minimalisme, de l’anorexie, du refoulement religieux des désirs et de la confiscation des plaisirs au profit du « développement personnel » ou du puritanisme de la pornographie obligatoire, que cette œuvre où l’on tente sans cesse de nommer la totalité du réel sans jamais délivrer de message ou de leçon de morale, où l’individu se construit par sa découverte du savoir et de la jouissance, où le corps, encore lui, toujours lui, n’est pas calibré selon les canons de la mode ou les délires du transhumanisme. Les rois géants de Rabelais ne sont pas des surhommes, ils sont des figures protectrices de l’émancipation et, quand à la fin de Pantagruel, ce dernier sort à moitié une langue de « deux lieues », c’est à la fois pour protéger son armée de la pluie et permettre au narrateur, Alcofribas Nasier, de découvrir l’intérieur de sa bouche où se trouve tout un pays avec ses villes, ses villages, ses champs, ses montagnes, ses fleuves…
Le lecteur contemporain éprouvera sans doute, à l’époque où le globish devient notre bas latin, une certaine mélancolie devant le texte rabelaisien qui découvre en même temps qu’il s’écrit toutes les possibilités d’une langue merveilleuse, le français. Ce serait faire un reproche infondé à Marie-Thérèse Fragonard que de nous donner ici une version bilingue. Le français de Rabelais nous a déjà échappé depuis longtemps et au moins, ici, on pourra le retrouver mais aussi le comprendre.
Un autre grand médecin de la littérature, Céline, au moment où il finit sa vie à Meudon qui est aussi, le hasard n’existe pas, la dernière paroisse de Rabelais, écrivait déjà : « Non, la France ne peut plus comprendre Rabelais : elle est devenue précieuse. Ce qui est terrible à penser, c’est que ça aurait pu être le contraire. La langue de Rabelais aurait pu devenir la langue française. Mais il n’y a plus que des larbins qui sentent le maître et veulent parler comme lui. Vive l’anglais, la retenue plate. »
Il reste à faire mentir Céline. En lisant et relisant Rabelais parce qu’il est et demeure, après un demi-millénaire, malgré tous les moutons de Panurge du déclinisme, selon les mots du pourtant très délicat Cocteau, « les entrailles de la France, les grandes orgues d’une cathédrale pleine des grimaces du diable et des sourires des anges ».

Les Cinq Livres des faits et dits de Gargantua et Pantagruel de Rabelais, édition intégrale bilingue établie sous la direction de Marie-Madeleine Fragonard, Quarto/Gallimard, 2017.

paru dans Causeur Magazine, mars 2017

mardi 9 mai 2017

Démocratie, 2


Il nous restera maintenant à caresser nos utopies
mortes
On ne pariera même plus sur la chance
qu'une adolescente fatiguée
ramasse les morceaux d'un poème déchiré
où il aura été question
de paysage immonde
de la plus cynique prostitution
Elle essaiera un moment au coeur de sa lassitude tellement lasse
de faire un puzzle avec
monstrueuse exploitation
philosophie féroce
Elle essaiera mais elle n'insistera pas
Il faut la comprendre 
ce sera le temps de sa pause
de sa cigarette hors de prix
de son reflet  déjà vieilli
dans la flaque de pluie
près du scooter autoentrepreneur
Alors vraiment qu'est-ce que ça veut dire
les révoltes logiques
Allez ma grande 
Arrête
De toute manière ça te rendrait encore plus triste
que ton reflet dans la flaque de pluie
Remonte sur ton scooter
Pizza quatre saisons
Remonte sur ton scooter
C'est la vraie marche 
En avant route

Il nous restera maintenant à caresser nos utopies
mortes
Et je le ferai pour toi même si tu t’en moques.

dimanche 7 mai 2017

En marche




Formidable Emmanuel Macron. Il a promis, en cas de victoire ce dimanche (Ô suspense insoutenable), que pour commémorer ce jour historique où le fascisme aura été écrasé, le lendemain, c'est à dire le 8 mai, serait désormais férié.

vendredi 5 mai 2017

Le neveu de Raoul


Parce que vous n'avez pas que ça à faire, je vous résume l'enquête du CEVIPOF parue dans Le Monde daté de jeudi. 
L'électeur type de Macron est une femme de 40 ans, bac+7, gagnant 6000 euros par mois. Elle a de jolis seins, elle est cultivée et bronzée, elle a une vie sociale exaltante dans une grande ville, elle connaît une sexualité libérée et épanouie et elle lit de gros romans anglo-saxons. 
 L'électeur type de MLP est un homme de 25 ans, qui n'a pas terminé son BEP électro-tech et vit avec les minima sociaux bien qu'il travaille au black dans le garage de tonton Raoul. Il souffre d'une acné persistante, il s'emmerde dans un chef-lieu de canton de 2500 habitants et se touche sans conviction en matant Youporn. Il ne lit pas. 
En plus ce salopard est fasciste. Alors prenez vos responsabilités, merde! Faites barrage au neveu de Raoul. En plus, grâce à vous, après la victoire de l'Elu, il pourra créer sa starteupe, le neveu de Raoul.

Lettre ouverte de Ruffin à Macron : "Vous êtes déjà haï"

Il y a peu de chances que les petits et grands bourgeois illuminés qui forment l'ossature de la nouvelle idole des marchés et de la casse sociale annoncée lisent ce texte paru dans Le Monde du 4 mai. Et s'ils le lisent, qu'ils le comprennent. Ivres du reflet que leur renvoient des médias unanimes, ils sont le Bien, le Beau, le Bon. 
Nous reproduisons donc ici cette lettre de François Ruffin, réalisateur de Merci Patron, auteur de La guerre des classes (Fayard, 2008) pour une raison simple. François Ruffin, il va être dur de le taxer de lepénisme rampant. Primo: il a annoncé qu'il mettait un bulletin Macron dans l'urne, secundo: il est le candidat de la gauche dans la "circonscription Whirpool" d'Amiens.

« Monsieur Macron, je regarde votre débat, ce soir, devant ma télé, avec Marine Le Pen qui vous attaque bille en tête, vous, « le candidat de la mondialisation, de l’ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, de la guerre de tous contre tous », et vous hochez la tête avec un sourire. Ça vous glisse dessus. Je vais tenter de faire mieux.
D’habitude, je joue les petits rigolos, je débarque avec des cartes d’Amiens, des chèques géants, des autocollants, des tee-shirts, bref, mon personnage. Aujourd’hui, je voudrais vous parler avec gravité. Vraiment, car l’heure me semble grave : vous êtes détesté d’emblée, avant même d’avoir mis un pied à l’Elysée.
Lundi 1er mai, au matin, j’étais à la braderie du quartier Saint-Maurice, à Amiens, l’après-midi à celle de Longueau, distribuant mon tract de candidat, j’ai discuté avec des centaines de personnes, et ça se respire dans l’air : vous êtes haï. Ça m’a frappé, vraiment, impressionné, stupéfait : vous êtes haï. C’était pareil la veille au circuit moto-cross de Flixecourt, à l’intuition, comme ça, dans les discussions : vous êtes haï. Ça confirme mon sentiment, lors de mes échanges quotidiens chez les Whirlpool : vous êtes haï. Vous êtes haï par « les sans-droits, les oubliés, les sans-grade » que vous citez dans votre discours, singeant un peu Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes haï, tant ils ressentent en vous, et à raison, l’élite arrogante (je ne vais pas retracer votre CV ici).
Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï. Je vous le martèle parce que, avec votre cour, avec votre campagne, avec la bourgeoisie qui vous entoure, vous êtes frappé de surdité sociale. Vous n’entendez pas le grondement : votre heure, houleuse, sur le parking des Whirlpool, n’était qu’un avant-goût. C’est un fossé de classe qui, face à vous, se creuse. L’oligarchie vous appuie, parfait, les classes supérieures suivent.
Fulgurant paradoxe
Il y a, dans la classe intermédiaire, chez moi, chez d’autres, encore un peu la volonté de « faire barrage », mais qui s’amenuise de jour en jour, au fil de vos déclarations, de votre rigidité. Mais en dessous, dans les classes populaires, c’est un carnage. Les plus progressistes vont faire l’effort de s’abstenir, et ce sera un effort, tant l’envie les taraude de saisir l’autre bulletin, juste pour ne plus vous voir. Et les autres, évidemment, le saisiront, l’autre bulletin, avec conviction, avec rage.
Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï. Et c’est dans cette ambiance électrique que, sans concession, vous prétendez « simplifier le code du travail par ordonnances ». C’est dangereux. Comme si, le 7 mai, les électeurs vous donnaient mandat pour ça.
Dimanche 30 avril, sur France Inter, une électrice de Benoît Hamon regrettait votre « début de campagne catastrophique », votre « discours indigent », votre « dîner à La Rotonde », votre manque d’« aise avec les ouvriers ». Nicolas Demorand la questionna : « Et vous allez voter au deuxième tour, Chantal ? » « Plus c’est catastrophique, plus je vais y aller, parce que j’ai vraiment peur de l’autre », lui répondit l’auditrice en un fulgurant paradoxe.
A cet énoncé, que répliqua votre porte-parole, l’économiste Philippe Aghion ? Il recourut bien sûr à la tragique Histoire : Shoah, négationnistes, Zyklon B, Auschwitz, maréchal Pétain. En deux phrases, il esquissa toute l’horreur du nazisme. Et de sommer Chantal : « Ne pas mettre un vote, s’abstenir, c’est en fait voter Mme Le Pen. Il faut que vous soyez bien consciente de ça. » Contre ça, oui, qui ne voterait pas ?
Mais de ce rejet du pire, vous tirez un blanc-seing. Votre économiste parlait, le 30 avril, comme un missionnaire du FMI : « Réduire la dépense publique », « les coupes d’abord dans le social », « sur l’assurance-maladie », « la tarification à l’acte », « l’assurance-chômage », « les collectivités locales ». Tout y passait.
Et d’insister sur le traitement de choc : « C’est très important, le calendrier, il faut aller très vite. Il faut miser sur le capital politique de l’élection pour démarrer les grandes réformes dès le début, dès le début. Quand on veut vraiment aller vite sur ces choses-là, je crois que l’ordonnance s’impose. Je vois la France maintenant, un peu un parallèle avec l’après-guerre, je crois que nous sommes à un moment semblable à la reconstruction de 1945. » Rien que ça : la comparaison avec une France à genoux, qui a servi de champ de bataille, qui n’avait plus de ponts, plus d’acier, plus d’énergie, bref, ruinée, alors que le CAC 40 vient, cette année, de verser des « dividendes record » aux actionnaires.
Mais de quel « capital politique » parlez-vous ? La moitié, apparemment, de vos électeurs au premier tour ont glissé votre bulletin dans l’urne moins par adhésion à votre programme que pour le « vote utile ». Et pour le second, si vous obtenez la majorité, ce sera en souvenir d’Auschwitz et du « point de détail ». Des millions de Français ne se déplaceront pas, qui ne veulent pas choisir entre « la peste et le choléra », qui vous sont d’ores et déjà hostiles.
C’est sur cette base rikiki, sur cette légitimité fragile que vous comptez mener vos régressions à marche forcée ? Que ça passe ou ça casse ? Vous êtes haï, monsieur Macron, et je suis inquiet pour mon pays, moins pour ce dimanche soir que pour plus tard, pour dans cinq ans ou avant : que ça bascule vraiment, que la « fracture sociale » ne tourne au déchirement. Vous portez en vous la guerre sociale comme la nuée porte l’orage. A bon entendeur. »
François Ruffin

jeudi 4 mai 2017

Poésie et second tour, 4

Un poème par jour avant le second tour, parce la poésie est la raison du monde, et donc sa beauté.
Un poème par jour avant le second tour pour échapper "aux mots de la tribu."
Un poème par jour avant le second tour pour ne pas devenir fou.
Un poème par jour avant le second tour.
Ce soir, "C'est le temps" de Gaston Criel (1913-1990), extrait de Popoème (Les éditions du Chemin de fer)

Impossible de désigner un vainqueur...

dans le débat d'hier soir qui a opposé Alain Juppé et Jean-Luc Mélenchon

 La presse française et étrangère salue avec raison la qualité de ce débat de second tour, projet contre projet, entre Alain Juppé et Jean-Luc Mélenchon. La manière dont l’écologie et l’avenir de la France en Europe ont été abordés, de même que, sans invectives ni intox, les problèmes du travail et de la situation internationale, ont manifestement redonné aux Français le goût de la politique. Un grand moment démocratique alors que les sondages restent toujours aussi serrés. Les deux hommes revenaient de très loin et devaient impérativement se montrer à la hauteur des enjeux après une campagne de premier tour marquée par des affrontements violents et les affaires qui ont plombé le camp des Républicains.
Jean-Luc Mélanchon, sorti en tête du premier tour, était pourtant dans une situation paradoxale, celle du challenger. Que faire de ses surprenants 24,3% alors que sa réserve de voix est assez faible même en comptant le ralliement logique de Benoît Hamon et de ses 5,3% et celui, plus surprenant, voire embarrassant, de Dupont-Aignan avec le même score ? D’abord éviter de se laisser enfermer dans l’image d’un candidat d’extrême gauche, fréquemment accusé de populisme par ses adversaires. La poussée spectaculaire qu’il avait enregistrée dans les dernières semaines du scrutin ne lui avait-elle pas fait atteindre une forme de plafond de verre dans une France pas forcément tentée par le changement radical de société auquel il aspire ? Ensuite, affiner une stature présidentielle que d’aucuns lui dénient. On peut dire qu’il a relevé le pari, au moins en partie. Pédagogue, rassurant, citant Hugo, il a plaidé à la surprise générale pour « les Etats-Unis d’Europe » en clarifiant sa position devant un Alain Juppé désorienté par cette sortie.
« Ne prenez pas cet air étonné, monsieur Juppé, les millions d’électeurs de la France Insoumise ne sont pas les nationalistes de gauche que vous avez dénoncés lors de votre dernier meeting au Zénith de Lille. Notre finalité est loin de cette caricature et je sais que vous n’êtes pas l’homme de la caricature. Je suis convaincu que l’avenir du continent est celui d’un espace de paix et d’un futur modèle social. Mais pour cela, avant, ce que nous voulons, c’est renégocier les traités. Il ne s’agit pas de claquer la porte, il s’agit de repenser l’Europe, non plus comme vous et vos amis, à la manière d’un simple espace de libre échange des marchandises mais, à la manière de la Grèce de Syriza, en janvier 2015, comme le refus du régime austéritaire bruxellois. La différence, c’est que la France n’est pas la Grèce et qu’elle pourra imposer un autre rapport de forces avec l’Allemagne notamment dont le modèle économique est en contradiction avec un développement social harmonieux, car l’homme ne peut se réduire à être un simple agent économique. »
Alain Juppé, pour sa part, qui est donné légèrement favori, devait relever d’autres défis. Quand il a remplacé en catastrophe François Fillon, après avoir longtemps refusé de jouer les remplaçants de luxe, il a dû passer beaucoup de temps à gérer les doutes de l’aile droite des Républicains, et notamment le poids excessif qu’avait pris Sens Commun, sans pour autant s’aliéner la partie la plus conservatrice et identitaire de son électorat représentée par un Laurent Wauquiez. Mais aussi convaincre les 12,3% des voix d’Emmanuel Macron qui lui a apporté son soutien dès le soir du premier tour avant d’aller se consoler à La Rotonde, un Macron associé étroitement à la campagne du maire de Bordeaux depuis plus d’une semaine.
Il a donc d’abord attaqué Jean-Luc Mélenchon sur le financement de  son programme: « Vous vivez dans un monde utopique, monsieur Mélenchon. Le lyrisme ne peut rien contre les chiffres. Je vais vous étonner, mais moi aussi, j’aime l’utopie et je crois moi aussi à vos Etats-Unis d’Europe. Le problème est que pour atteindre cet idéal, il faudra faire avec des règles. Nous ne les avons pas choisies, c’est vrai, mais notre modèle social est à bout de souffle et en le rénovant par le pacte que je veux passer avec les Français, moi aussi, car vous n’avez pas le monopole du cœur, je veux soulager la souffrance sociale qui a généré, encore une fois le score élevé de l’extrême-droite de madame Le Pen. Il s’en est fallu de quelques centaines de milliers de voix pour que ce soit-elle qui soit en face de vous. Je ne suis pas sûr que le débat démocratique y aurait gagné en qualité et que vous auriez préféré ce cas de figure. »  Alain Juppé qui est passé de justesse devant Marine Le Pen avec 20,2% des voix contre 19,7% a ainsi devancé les critiques de l’entourage de Jean-Luc Mélenchon, sur le « candidat de repêchage du système ».
Jean-Luc Mélenchon a encaissé le coup d’autant plus que Marine Le Pen, il y a 48h, lui a donné le baiser de la mort en appelant ses électeurs à un retentissant : « Pas une voix pour Alain Juppé ! » Jean-Luc Mélenchon, a paru, à ce moment-là, sur la défensive. Est-il sorti du piège en précisant que les électeurs de Marine Le Pen se trompaient de colère et qu’il les distinguait du programme antisocial du Front national ? Et que l’absence de préoccupations écologiques comme l’obsession de la préférence nationale chez MLP étaient des marqueurs bien suffisants pour faire exister une opposition radicale entre la France Insoumise et l’idéologie frontiste ?
De nombreux points d’accords ou de diagnostics partagés entre Juppé et Mélenchon sont par ailleurs apparus : la fermeté face à l’évasion fiscale, estimée par les deux candidats à 80 milliards d’euros, qui devaient pour l’un servir à financer la retraite à 60 ans et pour l’autre, baisser les charges des entreprises qui jouent vraiment le jeu de la création d’emplois. Mais aussi sur la lutte contre le terrorisme, le retour d’une police de proximité, le mariage pour tous ou encore le refus de la GPA.
Reste à savoir, maintenant, lequel des deux aura le plus convaincu. Mais il demeure certain, d’après les observateurs et les premières enquêtes d’opinion que les deux hommes ont affirmé, par leur retenue, leur souci de rassembler plus que de s’opposer frontalement, qu’ils feraient l’un comme l’autre, des présidents possibles. Ce débat est, de fait, la bonne surprise d’une campagne qui avait un peu désespéré jusque là les Français par sa médiocrité.



 

Et en plus, mes seventies foutent le camp.


Non seulement, il a fallu encaisser un débat de second tour d'une effroyable nullité, mais en plus, mes seventies foutent le quand. Mais je ne peux pas t'en vouloir, Victor, on est quand même mieux à la piscine au lit ou avec sa cousine.

mercredi 3 mai 2017

Un jour en mai

La jeune fille noire court sous la pluie
Ses dreadlocks jouent avec les gouttes
qui glissent et qui font
de la joaillerie spontanée
sous la verrière de Lille Flandres
Elle pointe le nez au dessus de son écharpe et sourit
Elle n'a pas raté son train
Finalement je n'achèterai pas Libé
J'ai de quoi lire pour la journée.


3 mai 2017


©jeromeleroy5/2017
 

mardi 2 mai 2017

Poésie et second tour, 2

Un poème par jour avant le second tour, parce la poésie est la raison du monde, et donc sa beauté.
Un poème par jour avant le second tout pour échapper "aux mots de la tribu."
Un poème par jour avant le second tour pour ne pas devenir fou.
Un poème par jour avant le second tour.
Ce soir, un extrait du Promenoir magique et autres poèmes de Jean-Claude Pirotte (La Table Ronde 2009)

Dimanche 4 juin, Un peu tard dans la saison sur France-Inter

Merci à Kathleen Evin pour cette très belle émission

lundi 1 mai 2017

Poésie et second tour, 1


Un poème par jour avant le second tour, parce la poésie est la raison du monde, et donc sa beauté.
Un poème par jour avant le second tout pour échapper "aux mots de la tribu."
Un poème par jour avant le second tour pour ne pas devenir fou.
Un poème par jour avant le second tour.
Ce soir, un extrait d' Ecume de Hanz-Magnus Ezenberger (Poésie/Gallimard.)

 

Frédéric, déjà neuf ans

Frédéric Fajardie, 28 août 1947-1er mai 2008. 
Tu me manques comme écrivain, comme ami, comme grand frère et, en ce moment, comme camarade. 
La mort n'éblouit pas les yeux des partisans, il paraît.

Antilepénisme concret

Sous prétexte qu'il se trouve face à Marine Le Pen,  le ministre de l'économie de François Hollande et responsable du virage libéral du quinquennat dès qu'il a été secrétaire général de l'Elysée, se permet une campagne où se mêlent la nullité stratégique, l'arrogance et, depuis quelques jours avec l'instrumentalisation de la Résistance, l'abjection pure et simple.
L'antilepénisme, comme l'amour, n'existe que par ses preuves concrètes et non ses déclarations incantatoires. Les leçons de morale, voire de moraline culpabilisante, qui sont données ces jours-ci aux électeurs de gauche, notamment de France Insoumise, qui ont quand même un peu de mal à accepter de voter pour une contre-révolution libérale qui aura changé nos vies en septembre après une destruction estivale et par ordonnances des lois qui protégeaient encore (un peu) le monde du travail, ces leçons donc, pleuvent. Sont accusés d'être des fascistes passifs ceux qui refuseraient de donner leur voix à Emmanuel Macron, et en plus, de le proclamer bien fort alors que ce même Macron qui ne comprend rien à ce pays, se refuse au moindre signe, persuadé que le repoussoir Le Pen lui servira de légitimité.
Il n'y aura aucune voix pour Marine Le Pen, évidemment, du côté des communistes, des insoumis et des rares socialistes restés de gauche.
En revanche, exiger que tous votent pour Macron, et le disent, est une honte, une humiliation provoquée qui révèle bien la nature du petit bonhomme et de ses soutiens qui prétendent nous gouverner. 
Eux, qui par leur politique pluridécennale, ont créé le monstre qu'ils prétendent combattre,  savent très bien ce qu'il en est et jouent cyniquement de l'articulation logique entre néolibéralisme et fascisme (les scores du FN commencent à grimper dès 1984, une fois entamée "le tournant de la rigueur"). 
Nous préférons, pour notre part, l'antilepénisme concret et non l'"antifascisme" de ces gens-là, qui n'apparait que tous les cinq ans, pour parachever leur oeuvre de destruction de notre vieille société où les citoyens n'étaient pas réduits à leur rôle économique.
Et l'antilepénisme concret, c'était, par exemple, la projection-débat de Chez Nous, hier à Châteauroux dans le cadre de l'Envolée des Livres.

vendredi 28 avril 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 81

"Le plan A consistait à alerter la Terre entière par la poésie. Mais c'est un échec. Il va donc falloir passer au plan B."
David Mitchell, L'âme des horloges.

29 et 30 avril, 1er mai, de Châteauroux à Arras.

Les programmes détaillés ici et

mardi 25 avril 2017

Encore une fois, et plus que jamais...


25 avril 1974: bon anniversaire à la révolution de la Douceur...

lundi 24 avril 2017

Macron, Le Pen, Orwell et Kafka.

Dans 1984, pour assurer la puissance de Big Brother, il y a un méchant, Goldstein, dont on ne sait pas trop s'il est encore vivant, d'ailleurs, ou même s'il a existé.
Ce méchant est un des éléments qui permet à Big Brother d'exercer son pouvoir totalitaire sur la population, notamment par le biais des Semaines de la Haine où l'on se doit de cracher en groupe sur la figure abjecte du traître quand elle apparaît sur des télécrans.
Le Pen, père et fille, c'est Goldstein. 
Grâce à Goldstein, un candidat qui représente un néo-libéralisme aussi sauvage que celui de Fillon mais avec un lexique plus sucré, qui va enfin selon le souhait pluridecennal du MEDEF liquider ce qui restait de l'Etat-Providence et des acquis du CNR, un candidat qui vous dit, comme Big Brother, "la liberté, c'est l'esclavage; la paix, c'est la guerre (de tous contre tous)", ce candidat-là, en plus, il va falloir que vous le preniez pour un héros de l'antifascisme.
On aura rarement poussé aussi loin notre servitude volontaire, notre humiliation, notre honte. 
Après Orwell, Kafka donc, et la dernière phrase du Procès, car nous sommes tous, devant cette alternative, des Joseph K:
"Mais l'un des deux messieurs venait de le saisir à la gorge;  l'autre lui enfonça le couteau dans le coeur et l'y retourna par deux fois. Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le dénouement joue contre joue.
-Comme un chien! dit-il, et c'était comme si la honte dût lui survivre."